‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles du carêmeChapitre 15 sur 27 · LA COMPASSION, ETC · texte numérisé non relu

LA COMPASSION, ETC

soient*, considérons les douleurs de Marie, la Mère des, douleurs, qui, comme son divin Fils, n'a pu accomplir sa mission qu'à travers les souffrances. Et nous aussi, nous ne pourrons nous délivrer du mal et faire quelque bien, sans être en butte aux' contradictions, sans que notre cœur soit percé par le glaive. Unissonsnous donc avec Jean à la mère douloureuse au pied de la croix, pour participer avec lui à sa tendresse' maternelle.

PRIÈRE

G Jésus, qui pehdant votre passion, avez vu Pâme si pure de Marie, votre mère toujours Vierge, traversée parle glaive de la douleur, accordez-nous la grâce, pendant que nous vénérons le déchirement de son cœur et ses souffrances, et par les mérites de tous les saints attachés fidèlement à la Croix, de recueillir les heureux fruits de votre sacrifice.

Jérémie, XVIII, 48.

Ils ont dit : Venez, et formons des desseins contre Jérémie, car nous ne manquerons point de prêtre qui nous instruise de la loi, de s^e qui nous donne des conseils, ni de* prophète pour nous annoncer la parole du Seigneur. Venez, frappons-le de notre langue, et ne fai*sons pas attention à tous ses discours. Seigneur, jettez les yeux sur moi et écoutez la voix de mes adversaires. Est-ce qu'on rend le mal pour le bien? car ils ont creusé une fosse pour m'y faire tomber. Souvenez-vous que je me suis présenté devant vous pour parler en leur faveur et détourner d'eux votre indignation. C'est pourquoi livrez leurs enfants à la famine et au glaive ; que leurs femmes soient sans enfants et veuves; que leurs maris soient tués, et que leurs jeunes hommes soient percés par l'épée dans le combat; que des cris sortent de leurs maisons; car vous y amènerez tout d'un

coup le voleur, parce qu'ils ont creusé une fosse pour me prendre, et ils ont caché des pièges sous mes pieds. Mais vous, Seigneur, vous savez tous les complots de mort qu'ils ont formés contre moi. Ne leur pardonnez point leur iniquité, et que leur péché ne s'efface point devant vous. Qu'ils tombent en votre présence, et qu'ils ressentent en son temps les effets de votre fureur.

En offrant à notre méditation ce passage de Jérémie le dernier j our de la semaine de la Passion, rÉglise nous présente ici le prophète comme un type de Jésus-Christ et elle applique à ses souffrances tout ce que Jérémie dit de ses propres tribulations. Elles ont préfiguré tout ce que Celui qui est venu pour notre salut a souffert et souffre encore de l'ingratitude et de la méchanceté des hommes, qui Tont traité en ennemi, le persécutant de toutes manières pendant son existence sur la terre, au point dé lui infliger le supplice le plus cruelet le plus ignominieux; et qui depuis, à travers les siècles jusqu'à nos jours, le poursuivent dans son Église par la violence, par le sarcasme ou par la ruse, afin de la détruire avec lui s'il était possible; en sorte qu*aujourd*hui encore, ne pouvant le tuer en réalité comme les Juifs déicides, ils le

tuent en effigie; soit en le déshonorant par leurs calomnies, ou même par leurs éloges qui Texal* tent comme homme pour le renier comme Dieu ; soit enfin, dans la fureur qui les pousse à anéantir son influence, allant jusqu'à lui contester TexisteQce, en en faisant un yain produit de Timagina- >tion populaire, un mjthe sans réalité, ou ce qui revient au même, une idée de la pensée humaine personnifiée, que la multitude ignorante adore comme une idole , et que le philosophe tolère par Gondescendsmce, quand il ne juge pas à propos de la renverser.

Les pharisiens tenaient aussi contre Jésus** Christ le langage que Jérémie prête aux Israélites de son temps : Qu'avons-nous besoin de ce nouveau docteur et de ses enseignemenis fâcheux? N'y a-t-il donc plus de prêtres pour nous enseigner la loi et les commandements divins ? Ne sommesnous pas là, nous, avec la parole de Moïse et la tradition des anciens? Que peut-il dire qui ne soit écrit déjà dans les livres saints? S'il enseigne la même chose, et il le doit, sa prédication est inutile ; et s'il enseigne autre chose, elle est blasphématoire et mérite la mort. D'ailleurs d'où vient ce prétendu prophète qui n'a que des choses pénibles ànous dire, et qui s'arroge insolemment le droit de nous décrier devant le peuple? N'est-ce pas le fils d'un charpentier de Nazareth, qui a passé sa jeunesse

à travailler de ses mains avec son père? Est-ce là qu'il a appris la science sacrée , et comment peut-il enseigner ce qu'il n'a jamais appris? Dieu merci , il y a encore à Jérusalem des docteurs de la loi pour instruire le peuple. Les conseils ne lui manqueront pas , s'il veut consulter les sages qui sont la gloire de la nation, les savants qui peuvent l'éclairer de leurs lumières, et il y a toujours eu Israël des prophètes pour annoncer la vérité.

Ne croirait-on pas entendre, avec quelques variantes et un ton d'incrédulité plus accentué, les sages et les savants de nos jours parlant de Jésus- Christ et de son Évangile , de la religion chrétienne et de l'Église? Il n'y a de vrai et de bon là dedans, disent-ils, que ce qui est conforme à la morale naturelle et à ce que la conscience nous enseigne. Le reste , à savoir les dogmes et une morale exagérée, est un amas d'absurdités, que la raison ne peut comprendre, ou d'illusions chimériques, puisque la pratique en dépasse les forces de la nature humaine. Rien n'est vrai que ce qui est raisonnable , c'est-à-dire ce que la raison peut expliquer par ses propres lumières ; et tout ce qu'on nous donne pour du surnaturel dans les idées et dans les actes est un produit factice de l'imagination surexcitée, hallucinée, ou d'une volonté exaltée par le mysticisme , au point de se croire

en rapport direct et intime avec l'infini. Ge qu'on appelle la révélation est une pure invention des hommes, qui se trompent euxrmêmes ou veulent tromper les autres. Il n'y a d'autre révélation que celle de la lumière naturelle qui éclaire l'intelligence, et lui fait percevoir par ses sens et ses facultés tout ce que nous avons besoin de connaître. A quoi bon ime révélation surnaturelle , et des hommes qui prétendent en avoir le privilège et le dépôt, quand il y a parmi nouB tant de savants, qui découvrent tous les jours les secrets de la nature, en dévoilent les mystères, en exploitent les forces? tant de philosophes qui nous apprennent ' à connaître l'homme par Tanthropologie, la psy^ chologie et la métaphysique ? tant de sages, qui donnent des règles et des conseils pour l'organisation des sociétés et la conduite des individus, tant d'esprits élevés pour prévoir notre avenir, prédire et annoncer les destinées du monde? Laissons donc là Jésus -Christ , sa doctrine et son Église ; ou plutôt, comme il y a du vrai partout, prenons-en ce qu'il y a de mieux dans la morale, 'et abandonnons le reste aux femmes, aux enfants, au peuple qui leur ressemble, à tous ceux qu'on mène par l'entraînement du sentiment et les illusions de l'imagination!

C'est encore les meilleurs qui parlent ainsi, à savoir ceux qui se croyant au-dessus de la religion

par la science et par Vidée ^ et regtodant le peuple comme incapable de les comprendre, tolèrent, protègent même les symbdas, les figures, les mythes avec lesquels on le Cascine et le maintient. D'autres, comme les pharisiens, sont plus animés contre le Christ et son Église. Ils veulent détruire l'un et l'autre, disant comme les mauvais Juifs contre Jérémie : Venez, frappons-les des traits de notre langue, et n'ayons aucun égard à tous leurs discours. Et à cette fin, ils font des livres, des brochures, des cours, des revues, des articles de journaux, où ils attaquent sans cesse et par tous les moyens les vérités fondamentales du christianisme, la parole révélée et tout ce qu'elle a enseigné au monde, la création de l'univer» par la toute-puissance de Dieu,» Dieu lui-même, dans sa personnalité et sa providence, la chute de l'homme et sa rédemption par le Verbe fait chair, la réha^ bilitation, le salut et la glorification de l'humanité par la miséricorde divine ; s'efforçant de détruire la foi du peuple en la lumière du ciel, cfui peut seule l'y conduire, et lui donnant en définitive dans les misères de la vie, en place de Tes-" pérance et des consolations de cette foi, la perspective du néant qui éteindra toutes lés douleurs par la mort de l'âme et du corps, ou l'avenir vague et obscur d'une absorption dans rabime du grand tout, qui engloutira les personnatités avec leur an-

tagonisme et leurs agitations. Voilà le bonheur que la philosophie nous promet au delà de cette existence, le bonheur de Fanéantissement de la vie, la joie du néant, en opposition avec Fexaltation de Fâme chrétienne, unie à Dieu par la grâce et participant à son éternelle féh'cité dans la gloire du ciel ! Mprtem pacem appellanL

Est-ce ainsi qu'on rend le mal pour le bien, s'écrie le prophète indigné! Hélas! oui. Les hommes en ont toujours agi ainsi dans leur oi^eil et leur ingratitude ; ils ont toujours tenté de tourner contre Dieu les dons divins ; ils y ont répondu par les outrages et les blasphèmes. Et ceux qu'il a employés comme les instruments de sa bonté et les hérauts de sa parole, ont été de tout temps repousses, insultés, persécutés ou tués, en retour de leur obéissance et de leur dévouement. Jérusalem, Jérusalem, dit le Seigneur, tu as maltraité ou mis à mort tous ceux qu6 je t'ai envoyés (Matth., XXIII, 31). Les serviteurs du roi de la parabole évangélique , qui viennent réclamer aux colons ou aux fermiers ce qu^ils doivent à leur maître , sont chassés ou massacrés ; et quand ceux-ci apprennent que le fils du roi va venir lui-même parmi eux, ils disent dans leur cœur : Nous tuions l'héritier, et nous auronsr l'héritage (Matth., XX, 14). C'est son propre sort que Jésus avait prophétisé* Qui plus que lui avait tait du bien

aux Juifs? Il les instruisait des choses du ciel^ les guérissait des maux de la terre, soulageant toutes leurs misères, et rendant même la vie à leurs morts. Il était venu pour les ressusciter tous, en leur apportant la vie du ciel I et, en récompense, ils l'ont calomnié, outragé, garrotté, flagellé et crucifié. ]^t lui, il n'a cessé de les aimer jusqu'à la fin, cherchaut toujours à leur faire du bien au milieu du mal dont ils l'accablent, et poussant la miséricorde et l'ardeur de sa charité jusqu'à prier pour ses bourreaux au milieu de son supplice, offrant encore leur ignorance comme excuse en atténuation de leur crime : Mon Père, paidonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font (Luc, XXIII, 34).

Jérémie n'est pas aussi miséricordieux pour ses persécuteurs. Il a cependant aussi intercédé pour eux la première fois ; mais comme ils ont repoussé la grâce qu'il implorait en leur faveur, Û perd patience; et, lâchant la bride à son indignation, il appelle sur leur tête la vengeance divine avec tous les fléaux qui en sont les instruments. Seigneur, s'écrie-t-il, ne leur pardonnez point leur iniquité, et que leur péché ne s'efface jamais devant vous ; qu'ils tombent en votre présence, et que votre fureur les abatte. Mon Père, dit Jésus sur la croix, pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font 1 Toute la différence de Tancieime

loi et de la nouvelle est dans le contraste de ces deux paroles : Tune, expression de la sévérité de la justice; Tautre de Timmensité de la miséricorde, de l'infinité de l'amour. Jésus, priant sur la croix pour ceux qui l'y ont cloué, inaugure en ce monde le règne de l'amour, qui donne sa vie pour ses amis, et même pour ses ennemis ; ce qui est la perfection de la charité.

Évangile selon saint Jean, XII, 10.

Cependant les princes des prêtres résolurent de faire mourir aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs se retiraient d'avec-eux à cause de lui, et croyaient en Jésus. Le lendemain, une grande troupe de peuple qui était venue pour la fête, ayant appris que Jésus venait à Jérusalem, prît des branches de palmier et alla au-devânt de lui, en criant :Hosanna ! béni soit le roi d'Israël qui vient au nom du Seigneur! Jésus, ayant trouvé un ânon, s'assit dessus, selon qu'il est écrit : Ne craignez point, fille de Sîon, voici votre roi qui vient à vous assis sur le poulain d'une ânesse* Les disciples ne firent pointd'abord attention à cela; mais quand Jésus futentrédans sa gloire, ils se souvinrent que ces

choses avaient été écrites de lui, et que ce qu'ils avaient fait à cet égard en était Taccomplissement. La multitude, qui était avec lui quand il avait appelé Lazare du tombeau et Tavait ressuscité, lui rendait témoignage. C'est pourquoi tant de monde alla à sa rencontre, parce qu'ils avaient entendu dire qu'il avait fait ce miracle* Les Pharisiens se dirent' dope entre eux : Vous voyez que nous ne gagnons rien ; voilà tout le monde qui court après lui. Or quelques gentils, qui étaient venus pour adorer au jour de la fête, s'adressèrent à Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui dirent : Seigneur, nous désirons voir Jésus. Philippe vint le dire à André, et André et Philippe le dirent ensemble à Jésus. Jésus leur répondit : L'heure est venue où le Fils de l'Homme doit éire glorifié. En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de froment jeté en terre ne meurt, il demeure seul; mais quand il est mort, il rapporte beaucoup de fruits. Celui qui aime sa vie la perdra ; mais celui qui hait sa vie en ce monde la conserve pour la vie étemelle. Si quelqu'un me sert, qu'il me suive ; et là où je serai, il sera

aussi mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. Maintenant mon âme est troublée, et dirai-je à mon Père : Délivrez-moi de cette heure? Mais c'est pour cela que je suis venu en ce monde. Père, glorifiez votre nom. Alors une voix arriva du ciel qui dit : Je l'ai glorifié, et le glorifierai encore. La foule qui était là, et qui avait entendu, disait que c'était un coup de tonnerre. D'autres disaient : C'est un ange qui lui a parlé. Jésus leur dit : Ce n'est pas pour jnoi que cette voix est venue du ciel, mais pour vous. C'est maintenant que Je monde va être jugé; c'est maintenant que le. Prince de ce monde va être chassé dehors. Et moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi. Il disait cela pour signifier de quelle mort il devait mourir. Le peuple lui répondit : Nous avons appris de la loi que le Christ demeurera éternellement ; comment donc ditesvous : Il faut que le Fils de l'homme soit élevé de terre? Quel est ce Fils de l'homme î Jésus leun répondit : La lumière est encore avec vous pour un peu de temps : marchez pendant que vous avez la lumièfe, de peur que les ténèbres

ne VOUS enveloppent. Celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va.

Nous voici arrivés à la veille de la grande semaine, où doit s'accomplir le sacrifice qui sauvera le genre humain au prix du sang du Fils.de Dieu fait homme, qui est venu vivre et mourir sur la terre à cette fin. L'heure providentielle approche, et tout annonce la crise terrible, mais salutaire, qui va s'opérer. La résurrection de Lazare, qui agite le peuple en faveur de Jésus, a fait déborder la colère des pharisiens ; et, dans leur fureur insensée, non-seulement ils teulent tuer l'auteur du miracle, mais encore celui qui en a été l'objet : comme s'ils pouvaient détruire la vérité avec ceux qui la manifestent; comme si celui qui ressuscite les morts n'était pas capable de se sauver luimême de la mort! Tout le monde court après lui, disent-ils avec dépit; ce qui signifie : On nous abandonne pour le suivre, et si cela continue, notre règne est fini,* nous sommes perdus. Et en effet, la foule affluait de tous les côtés pour voir Jésus et l'acclamer. Tous les témoins de la résurrection de Lazare raccompagnaient en triomphe, et de Jérusalem sortait une multitude innombrable qui allait au-devant du triomphateur. Nonseulement les Juifs exaltaient Jésus et criaient Hosanna^ mais les gentils eux-mêmes, qui étaient ^

venus à la fête, demandaient à le voir pour le glorifier. Enfin, pour compléter ce témoignage spontané que rendaient à la, fois au Sauveur le peuple de Dieu et les nations, une voix descendue du ciel, la. même qui avait annoncé sa mission quand il Ta commencée, maintenant qu'il va la terminer, en proclame magnifiquement le succès et la gloire. L'heure du Rédempteur est donc venue. Jésus le sent et l'affirme ; et comme dans le jardin de Gethsémani, où il consentira à boire jusqu'à la lie l'horrible calice des iniquités des hommes, son âme, troublée et triste jusqu'à la mort par l'horreur du supplice qui va frapper son humanité, se raffermit par la volonté divine qui la soutient, et dont elle a voulu être l'instrument pour cette heure et pour cette fin.

Ici nous croyons ne pouvoir mieux faire, pour l'édification de nos lecteurs, que de leur mettre sous les yeux la note simple et substantielle du D'd'AUioli, sur ce passage.

c L'heure approche où j'entrerai dans la gloire par ma mort, et serai reconnu conmcu9 le Messie, non-seulement par les Juifs, mais encore parles Gentils. En effet, il ne devait être glorifié, et les Gentils ne devaient être convertis que par sa mort, comme on le voit par ce qui suit :

t De même que le grain de froment doit mourir dans la terre pour rapporter en son temps des

fruits abondants, ainsi il faut que je meure pour produire les fruits de la rédemption, procurer ma glorification et la couTorsion des hommes. « Ce que Jésus dit icide sa personne s'applique à tous les hommes ; sa glorification est la nôtre ; d'où il suit que sa mor doit être notre mort, c'est-à-dire que pour produire les fruits de la vie étemelle pour nous et les autres, nous devons faire mourir spirituellement Thonmie coupable qui est en nous avec toutes ses mauvaises inclinations, comme Jésus s'est soumis à une mort réelle ; et c'est parce que ces paroles s'appliquent à tous ceux qui doivent être régénérés par la vertu de son sang, qu'il continue à dire en général : « Celui qui aime sa « vie la perdra, mais celui qui hait sa vie en ce « monde, la conserve pour la vie étemelle. Celui « qui veut être mon disciple, doit faire ce que j'ai « fait nfoi-même, et là où je serai il sera avec « moi. Il faut donc qu'il imite ma vie crucifiée, et « qu'il se mortifie, en sorte qu'il soit pour ainsi * dire dans l'état de mort comme moi-même. Â « cette condition, il sera glorifié avec moi et en « moi. » (Chrysost.)

« Jésus permit qu'au souvenir de sa passion, qui devait avoir lieu dans quelques jours, son cœur fût en proie à une angoisse semblable à celle qu'il éprouva au jardin de Qethsemani. Au milieu de cette angoisse, il dit :' « Ma volonté hu-

<c maine, il est vrai, inclinerait à ce que je ne « fusse point conduit par mon Père à l'heure si <t douloureuse de ïna passion , mais Comme je « suis venu uniquement pour celte heure , et afin « de souffrir pour les hommes , elle viendra sui- « vaut la volonté de mon Père. Que la volonté oc de mon Père soit faite et non la mienne. » (August. Bède). Et vous, chrétiens, quand vous êtes exposés à 'des souffrances inévitables, né laissez pas la partie inférieure de votre âme, la sensibilité, triompher de vous, mais abandonnez-vous à la volonté de votre Père , qui dans ses desseins impénétrables vous a prépai'é cette heure d*é-. preuve.

« Mon Père, je ne vous demande pas de me « délivrer de cette heure, mais je vous demande « que mes souffrances et ma mort augmentent «votre gloil'e, et que votre nom soit glorifié. » Et il lui est répondu: <t Jusqu'à ce moïnent, j*ai proc cilré par vous ma glorification, par toutes les « œuvres du ciel que vous avez opérées sur la « terre, et je vais la procurer encore plus efficacece ment par votre mort et par ses fruits. » (Ghrysost., GyriL)

« Tous avaient entendu la voix, mais non pas de la même manière. Les Apôtrçs, ou du moins (juelquôs-uns d'entî^ eux, y reconûurent clairement et intelligiblement la parole de Dieu. D'au-

très y trouvèrent seulement quelque chose d'extraordinaire, et rappelèrent la voix d'un ange. D'autres, au contraire, ne la. prirent que po.ur un coup de tonnerre dans Tordre de la nature. Pourquoi tant de différence? Parce que la voix de Dieu ne se fait entendre et comprendre qu'en raison des dispositions et de la bonne volonté de Thonime pour la recevoir. C'est pourquoi saint Jean Chrysostome dit : « La voix était à la vérité claire et « distincte ; mais, pour ceux qui avaient Toreille « dure, et où l'esprit de la chair dominait, elle s'é- « vanouit bien vite, et il n'en resta^ que le reten- « tissement. » Ainsi en est-il encore de toute espèce de voix émanant de Dieu. Celui-là seul saisit et comprend la voix de Dieu parlant au cœur, qui l'entend avec bonne volonté.

« C'est maintenant que le prince de ce monde va être chassé dehors. » Le moment approche où les hommes vont enfin être rachetés, délivrés de la puissance de Satan. Le démon, dit saint Augustin, avait en sa possession le genre humain; et au moyen du péché il retenait les hommes comme ses débiteurs, il régnait dans les cœurs des infidèles. Mais par la foi en Jésus-Christ, par sa mort et sa résurrection, des milliers de captifs sont arrachés à sa puissance, incorporés au corps du Sauveur, et sous cet illustre chef, animés, comme des membres fidèles, d'un nouvel esprit. C'est là

ce que Jésus appelait le jugement, à savoir T^xpulsion du démon de ceux qu'il avait rachetés.

« Et moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi, c'est-à-dire par ma mort sur l'arbre de la croix, je ravirai tout à Satan, les Juifs et les Gentils, et je les unirai à moi. »

« Nous avons appris de la loi que le Christ doit demeurer éternellement. » Les Juifs avaient appris par les Écritures que le règne du Messie devait durer éternellement ; et parce qu'ils ne distinguaient pas le premier avènement du second, ils croyaient que le Messie, même à son premier avènement, devait apparaître dans la gloire. Ces idées leur paraissaient inconciliables avec la déclaration que Jésus fait ici, et qu'il avait déjà faite auparavant (Jean, III, 14), qu'eu qualité de Fils de l'homme, il fallait qu'il fût élevé en croix. De là leur étonnement. Cette manière de voir des Juifs était du reste excusable ; car les Apôtres euxmêmes, avant l'effusion du Saint-Esprit, n'avaient pas des idées plus exactes. Mais leur tort était de se laisser détourner par ces doutes de la foi en la personne de Jésus-Christ, dont les paroles et les actes répandaient sur sa mission la plus vive lumière. C'est pour cela que Jésus, dans ce qui suit, les exhorte à profiter du peu de temps où la lumière brille encore au milieu d'eux, et à croire en elle pour devenir des enfants de lumière. »

PRATIQUE

Si nous voulons être yralment chrétiensy chrétiens de fait et non pas seulement de nom, il nons faut snivre Jôsus-Ghrist, non pas seulement au Thabor on dans son entrée triomphale à Jémsalem, mais sur la yoie donloureuse qui conduit au Galyaire, à la croix et au tombeau* Car pour ressusciter avec lui,. il faut mourir avec lui et comme lui ; il faut porter notre croix comme il a porté la sienne ; il faut laisser notre vie de la terre dans la terre, afin que de sa dissolution sorte Ip germe céleste implanté dans notre âme par le baptême , duquel doit surgir la créature nouvelle , animée de la vie divine , et produisant les fleurs et les fruits de Tétemité. Marchons donc à la lumière de la parole de Jésus-Christ, puisque nous ayons été faits enfants de lumière.

PRIÈRE

Dieu tout-puissant, nous vous en prions, que votre bonté verse sa grâce dans nos cœurs, afin que nous préservant du péché par une mortification volontaire, nous ayons à supporter des peines passagères en ce monde, plutôt que de subir dans l'autre des supplices éternels. Par notre Seigneur Jésus-Christ.

Nous nous arrêtons au Dimanche des Rameaux, qui commence la Semaine sainte, parce que, pour suivre convenablement les offices de la grande Semaine, les fidèles doivent avoir en • mains une Quinzaine de Pâques, Presque tous les jours de la semaine sont consacrés à la commémoration delà Passion deNotre-Seigneur. On en lit successivement le récit dans les quatre Évan- .gélistes, et toutes les cérémonies de ces jours solennels s'y rapportent. Les chrétiens fidèles et pieux doivent y assister, autant qu'il leur est possible, et c'est aux ministres de la parole divine et aux confesseurs à leur expliquer pendant ce temps, où ils se préparent à leurs Pâques, tout ce qui peut servir à purifier à fond leur âme, afin qu'elle puisse s'ouvrir tout entière à Jésus-Christ qui demande à y entrer.

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