AVERTISSEMENT. UI
Dous avons fait nous-méme. Quand, après avoir médité et pHé, ils ne comprendront pas, qu'ils passent outre sans vouloir forcer par la pensée rentrée qui leur est refusée, et surtout sans entreprendre avec la parole sainte une sorte de lutte où l'esprit propre a plus de part que l'esprit de Dieu. Qu'ils renoncent par un acte de foi à comprendre dans le moment^ espérant pour demain la lumière qui ne leur est pas accordée aujourd'hui, et s'en remettant en cela, comme en tout le reste, à la bonne Providence qui donne le pain de chaque jour à tous ceux qui le lui demandent. La divine lumière leur arrivera un jour ou l'autre, qu'ils en soient sûrs, s'ils persistent à l'invoquer, et il viendra un temps où, illuminés tout d'un coup dans leurs obscurités, ils ne comprendront même plus comment ils n'avaient pas compris. »
MÉDITATIONS
SUR
Leçon tirée du prophète Joël, II, 12-'19.
Maintenant, dit le Seigneur, convertissezvous à moi de tout votre cœur, dans les jeûnes, dans les larmes et dans les gémissements. Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, et con vertîssez-vous au Seigneur votre Dieu , parce qu'il est bon et compatissant, patient et plein de miséricorde, et qu'il change le mal en bien. Qui sait s'il ne reviendra pas à vous pour vous pardonner, vous combler de ses bénédictions ,
afin que vous puissiez présenter au Seigneur vos sacriflceg et vos ûffrapdesî Sonnez de la trompette dans Sion, ordonnez un jeûne public, convoquez l'assemblée solennelle. Réunissez la peuple, purif[Qz-|e, assemblez les vieillards, les enfants, même ceux qui sont à la mamelle. Que l'époux sorte de sa couche et l'épouse de son lit nuptial. Que les prêtres, ministres du Seigneur, pleurant entre le vestibule et l'autel disent : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne laissez point tomber votre héritage sous l'opprobre de la domination des nations, tes peuples diront-ils avec dérision : où est leur Dieu ? Le Seigneur a aimé sa terre et il a épargné son peuple. Le Seigneur a parlé à son peuple, et il lui a dit : Je vous enverrai du blé, du vin et de l'huile, et vous en serez rassasié, et je ne vous abandonnerai plus aux insultes des nations.
Les Juifs en leur temps de pénitence ou de désolation se couvraient d'un sac et répandaicQt de la cendre sur leurs têtes. L'Église conserve quelque fehose de cette coutume, et en ce jour, qui ouvre les mortifications du carême par le jeftne et l'abstinence, elle répand aussi de la cendre sur le
front de ses fidèles, en leur rappelant qu'ils sont poussière et.qu'ils retourneront à la poussière. Ce qui ne s'entend proprement que du corps tiré du limon de la terre et qui doit y rentrer par la mort. Néanmoins l'homme tout entier est atteint par la mort ; car en séparant les deqx parties qui le composent elle détruit l'intégrité de son existence ou l'œuvre de Dieii dans sa création : ce qui implique la nécessité d'une réintégration future ou de la réçurrection.
Considérons en outre que la poussière humaine n'eçt point une poussière comme une Qutre. Ayant été unie k une ftme immortelle par la communauté de la vie pour constituer la personne humaine, elle a participé à la nature et aui^ qualités de cette âme, comme ritme elle-même a communiqué à ses propriétés; car le moi, expression de la personnalité humaine, s'applique au corps et à ses fonctions comme h l'âme et à ses opérations. Après leur séparation il doit donc rester dans le corps quelque chose de l'âme , qui en fait une poussière sut generi$, une sorte de poussière sacrée qui a été respectée dans tous les temps et chex tous les peuples.
D y a plus. Le corps humain a participé à la Régénération de l'âme par le haplême; car c'est à travers sa substance que l'Esprit-Saint a passé avec l'eau pour purifier l'âme 4e la tache origi-
nelle, la délivrer du péché et lui implanter la semence de la vie divine. La chair a encore pris part aux bienfaits des autres sacrements, qui ont tous une partie matérielle, justement à cause du corps, afin de pouvoir opérer par son intermédiaire sur l'âme qu'il enveloppe*. Il a donc été arrosé des bénédictions d'en haut; il a mangé le pain du ciel, bu le sang de Jésus-Christ, et le Verbe incamé a daigné descendre en lui et y demeurer. Donc le corps a été pénétré comme l'âme de la vertu des sacrements, et, comme en Jésus-Christ, la plénitude de la Divinité a habité corporellement en lui. Il lui reste donc des vestiges de la régénération chrétienne, et plus il en aura conservé au milieu de la poussière commune où la mort l'a dissous, plus il lui sera facile de se rejoindre à son âme au grand jour de la résurrection, quand l'homme tout entier devra paraître devant le tribunal suprême pour la restauration complète de la justice et de la gloire divine.
Voilà pourquoi l'Église nous invite en ce temps de pénitence à mortifiier notre corps par.le jeûne et la pénitence, à le discipliner par la tempérs^ce, afin que nous apprenions à vaincre la concupiscence charnelle dont les instincts grossiers poussent les hommes aux excès, à l'impureté et à 1^ corruption : ce qui souille et dégrade l'âme en la matérialisant, enTanimalisant, c'est-à-dire en
•la rendant Fesclave du corps qu'elle doit gouverner.
La cérémonie des cendres a donc pour fin de nous rappeler à la fois que nous mourrons et que nous ressusciterons. Nous mourrons; car nous avons été formés de la poussière de la terre, où la malédiction attiré^ par le péché nous oblige k retourner : mais nouB ressusciterons, parce que la poussière que nous sommes, et qui fait partie intégrante de rhumanité , participe en tout homme à rûnmortalité de Tâme à laquelle elle a été unie par la vie, et dans le chrétien à la vie même de Dieu par le corps de Jésus-Christ,dont tout homme régénéré par le baptême est devenu membre.
Évangile selon saint Matthieu, VI, 16, 21.
Lorsque vous jeûnez, ne soyez point tristes comme des hypocrites, car ils affectent de paraître avec un visage défait, pour faire voir aux hommes qu'ils jeûnent. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Mais vous, quand vous jeûnez, parfumez votre tête et lavez votre visage, afin que les hoinmes ne s'a-, perçoivent pas que vous jeûnez, et votre Père, qui voit ce qui est caché, vous le rendra. N'a-
massez point de trésors sur la terre> où la rouille et les vers les consument, et où les voleurs les déterrent et les dérobent, mais faitesvous des trésors dans le ciel, où ni la rouille ni les vers ne les rongent, où il n'y a point de voleurs qui les ravissent ; car là où est votre trésor, là aussi est votre cœur.
Saint» Augustili dit à ce sujet (lib. II, de Serm. Domini in monte, cap. xlï, tom. IV) : * Il est évident que ces préceptes teiiaent à diriger notre intention vers les joies intéHeures, de peur qu*en , cherchant notre récompensé au déhoî^, noas ne devenions semblables aux hommes du siècle , et que nous ne perdions la promesse d'un bonheur d'autant plus solide et assuré qti*il sera plus au dedans, par lequel Dieu veut nous rendre conformes à Pimage de soU fils. Il faut remarquei* à ce propos qu- on peut mettre de la jactance nonseulement dans Téclat et la pompe deâ choses du corps, mais aussi dans la négligence et la saleté, et qu'alors cette jactance est d'autant plus dange-^ reuse, qu elle trompe par l'apparence du service de Dieu. En effet, celui qui se distingue par lé soin excessif de son corps ou par la splendeur de 6e qui l'entoure est convaincu par là même d*être un amateur des pompes du siècle, et il ne trompe
personne par l'image hypocrite de la sainteté. Mais celui qui, faisant profession d'être chrétien, attire sur lui les regards par une aSeetktion de malpropreté et de mauvaise tenue, quand il agit ainsi de sa volonté propre et sans nécessité, ne peut-oti pas douter par le reste de sa conduite s'il le fiût par un vrai mépris d'un luxe superflu ou par une secrète ambition? Car le Seignetir a recommandé de prendre garde aux loups cachés sous une peau de brebis. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits, a-t-il dit. »
Après nous avoir montré dans cet Évangile conmxent nous devons jeûner pour être agréables à Dieu et en retirer un fruit véritable, TÉglise nous enseigne encore que nous détone en ce saint temps travailler à nous détacher des biend de la terre et de la gloire du mpnde. Les uns sbnt aussi périssables que l'autre, et la possession des deux est toujours incertaine, pleine d'inquiétude, et en définitive ne mène à rien. Là oh est votre trésoi*, là est aussi votte cœui^.Or,le trésor dé la volotité est ce qu'elle aime le plus, <fe qu'elle désire pat dessus tout si elle ne l'a pas, ce qu'elle craint le plus de perdre si elle le possède; et le cœur qui est la faculté d'aimer se pose tout entier dans l'objet de son amour et s'y absorbe. Faisons donc un retour sur nous-mêmes et sondons notre cœur. Où est-il placé en ce moment? A quoi tend-il par son désir
le plus vif, ou autrement qu'aime-t-il de préférence et que s'estimerait-il heureux de posséder? Est-ce Dieu ou la créature? Est-ce le ciel ou la terre? Serait-ce la puissance, la gloire, la volupté ? Le degré de chaque âme dans la voie du perfectionnement est déterminé par la direction et la prédominance de son désir ou de son amour ; car elle devient conforme à ce qu'elle aime, et le cœur se fixe dans son trésor.
PRATIQUE
Préparons dès ce moment notre résurrection future, d'un côté par les œuvres de pénitence qui, en purifiant l'âme et le corps, les harmonisent: de Pautre par la participation fréquente au corps et au sang de Jésus-Christ, qui en se mêlant à notre être y déposent des semences d'immortalité.
PRIÈRE
Seigneur, accordez à vos fidèles la grâce d'entrer avec courage dans la pratique du saint jeûne du Carême, et d'en parcourir tout le cours avec une dévotion et une persévérance que rien ne puisse troubler. Par Notre Seigneur Jésus-Christ.
Leçon tirée du prophète Isaie, XXXVIII, 1.
En ce temps-là, Ézéchiasfut malade jusqu'à la mort, et Isaïe, fils d'Amos, vint le voir et lui dit : Voici ce que dit le Seigneur : Mettez ordre aux affaires de votre maison, parce que vous allez mourir. Alors Ézéchias tourna son visage vers la muraille, et pria le Seigneur en lui disant : Souvenez-vous, Seigneur, je vous en conjure, que j'ai marché devant vous dans la vérité et avec un cœur parfait, et que j'ai fait ce qui est bien à vos yeux. Et il pleura avec une grande abondance de larmes. Alors le Seigneur parla à Isaïe et lui dit: Allez et dites à Ézéchias : Voici ce que dit le Seigneur, le Dieu de David votre père : j'ai entendu vos prières et vu vos larmes, j'ajouterai quinze années à votre vie et je vous délivrerai, de la puissance du roi des Assyriens, j'en délivrerai aussi cette ville et je la protégerai.
Hier l'Église nous disait en couvrant notre front
de cendres : Souviens-toi, homme, que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière. Aujourd'hui elle iioiis rappelle encore là pensée de la mort, parce que le carême est le temps de la pénitence et de l*expiatîon dti péché par la mortification dont la mort doit être ici-bas le dernier acte. Elle nous offre l'exemple du roi Ézéchias, malade jusqu'à la mort, et qui va mourir si Dieu ne le sauve : car les hommes nô peuvent plus rien pour luit Sans doute, sa famille et ses courtisans n'osaient point le lui dire ^ et comme il arrive encore aujourd'hui autour des moribonds, chacun sans y croire lui donnait en paroles l'espérance de vivre ; ce qui l*aveuglait sur son état et rempêchait de se préparer à paraître " devant son juge. L'homme de Dieu seul a le courage de liii annoncer la vérité. Hélas! combieû nous avôûfi de peine aussi à la dire eli pareilles circonstances! Que de raisons pltis ou moins plausibles^ (^ue de prétextes spécieux pour nous en dispenser, et qui ne sont au fond que les inspirations d'une affection trop humaine ou les couvertures de notre lâcheté ! On craint, dit- on, de redoubler le mal par l'émotion pénible produite sur le malade, qui peut s'abattre à l'aspect de la mort ou de ce qui l'anûonce, et ainsi on se reprocherait de précipiter le moment fatal par une parole indiscrète ou inopportune, comme si quelques jours de plus d'agonie étaient un gain
devant l'éterûité. On craitit encore d'être repoussé par cette âme qui ne connaît point son état, ou peut-être ne veut point le reconnaître, oU bien de l'indisposer contre Dieu par une tentative maladroite , qui tournerait alors contre la fin qu'on désire pour la sauver. On craint tout dans ces cas, et le malade et ceux qui l'entdui'ent et soi-même, tout, excepté ce qu'on devrait craindre, à savoir la perte d'une âme qui va tomber sans prépahition entre les mains de son juge suprême. On prétend aimw cet bomme, quelquefois même de l'affection la plus tendre, et cependant on refuse, on n'a pas le courage de lui en donner la meilleure preuve , et de lui rendre le dernier et le plus grand de tous les services, le seul qui puisse en ce moment lui être vraiment utile. Car quel plus grand bien peut-on lui faire dans cette extrémité que de lui ouvrir les yeux sur son état^ etde^ tourner son regard vers le ciel, au moment od la terre lui échappe, afin de briser dans son eœur les liens qui l'y retiennent encore, et le torturent. Mettez ordre à vos affaires, dit courageusement le prophète, aux affaires de votre conscience et à celles de votre famille; à celles de la conscience avant tout ; car il est terrible de sortir de ce monde avec le poids de l'injustice, avec les sotiillures du vice, avec les stigmates du crime. Il faut se débarrasser de ce fardeatk avant de mourir, ,afin de n'avoir point à le
porter devant le tribunal de Dieu. Heureux celui qui peut payer toutes ses dettes ayant de quitter ce monde ! Plus heureux encore celui qui peut dire, comme le roi Ézéchias ; Souvenez-vous, Seigneur, que j'ai marché devant vous dans la vérité, et que j'ai toujours fait ce qui vous est agréable I Et cependant Ezéchiël, en disant ces paroles, verse encore une abondance de larmes. Le témoignage de sa conscience ne suffit pas à le rassurer devant la justice divine, et il a recours à la miséricorde. 0 puissant et admirable effet de la sincérité, de l'humilité du cœur, qui s'effraye même des fautes légères l La^ tristesse qu'il en ressent touche le cœur de Dieu et en attire des grâces. Un répit est accordé à Ezéchias, et quinze années sont ajoutées à son existence. La mort est désarmée par son humble prière. Chrétiens, si quand nous arriverons à un pareil moment, nous avons aussi le bonheur de pouyoir offrir au Père céleste une vie pure et consacrée à son service, nous enfants de Dieu, frères et cohéritiers de Jésus-Christ, ne demandons point la prolongation dé notre séjour ici-bas, mais plutôt d'aller en avant, en haut, vers le ciel, afin de saisir le prix glorieux que nous poursuivons depuis longtemps ; ou plutôt, nous abandonnant à la volonté divine, remettons avec confiance notre sort entre ses mains; prêts à partir si elle nous appelle, prêts à
rester, si notre vie peut encore servir h, sa gloire et au salut de nos frères. Mais que dire, hélas 1 et que penser de tant d'âmes qui après une longue existence passée, dans l'ignorance ou. l'oubli de Dieu, dans le mépris ou la négligence de sa loi, à l'article de la mort et quand ils vont comparaître devant son tribunal, n'ont ni une pensée, ni un sentiment, ni un désir, ni une voix pour le confes* ser et implorer sa miséricorde?
Évangile selon saint Matthieu , VIII, 5,
Comme Jésus entrait à Capharnaùm, un centurion s'approcha de lui et lui adressa cette prière : Seigneur, mon serviteur est couché dans ma maison, frappé d'une paralysie et il souffre cruellement. Jésus lui dit : J'irai et je le guérirai. Mais le centurion lui répondit: Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison, mais dites seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Car, quoique je sois un homme soumis au pouvoir, ayant des soldats sous mes ordres, je dis à l'un: allez, et il va; à l'autre : venez, et il vient; et à mon serviteur : faites cela, et il le fait. Jésus entendant ces paroles fut dans l'admiration, et dit à
ceiîx qui le suivaient: Je vous le dis, en vérité, ^e n'ai point trouvé une si grande foi en Israël. Aussi je vous déclare que plusieurs viendront d'Orient ef d'Occident et auront leur place dans ie royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob; mais que les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures. C'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors Jésus dit au centurion : Allez et qu'il vous soit fait comme Vous l'avez cru* Et son serviteur fut guéri à l'heure même.
Les plus grands exemples de foi rapportés dans rÊvangile ont été donnés au monde, suivant le témoignage de notre Seigneur Jésus-Christ, par des païens, par des hommes qui n'appartenaient point au peuple de Dieu. C'efet le centurion, qui croit tellement à la puissance divine de Jésus, qu'il lui demande seulement une parole pour guérir son serviteur, et TÉgUse a été si édifiée de sa foi, qu'elle en fait répéter l'expression à tous ses enfants, quand ils viennent à l'autel recevoir le corps et le sang du Sauveur. C'est Zachée qui se pi'écipite au miUeu de la foule et mo4tê sur un arbre pour avoir le bonheur d'apercevoir Jésus k son passage. C'est la Ghananéenne qui im-
plore avec impottuiiilé la guérison. de sa fille, malgré les rebuts qu'elle essuie, et quand il lui est dit qu'on ne donne pas aux chiens le pain des enfants, en demandant humblement au moins une miette tombée de la table des enfants. Aussi le Seigneur dit avec admiration : En vérité je n'ai point trouvé Une telle foi même en Israël.
Ces faits si frappants et qui, au premier abord pourraient sembler contraires à là providence de Dieu sur son peuple, tout en inspirant une certaine crainte aux chrétiens qui se croiétit fidèles et qui, à cause de lôuf régularité dans l'accomplissement dés commandements et des observances, pourraient s'en prévaloir en eux-mêmes et dire comme les juifs : nous sommes les enfants d'Abraham, sont consolants d'un autre tôté pour les âmes éloignées de l'Église par la négligence de ses préceptes ou l'abandon de la pratique religieuse, si elles dut encore le sentiment du bien et la bonne volonté de le faire. Ne désespérons donc pas de leur retour à Dieu, même quand elles paraissent le plus éloignées de lui et de son service ; et que notre affection pour elles se prouve par une prière persévérante et même importune en leur faveur. Car il ne faut qu'un éclair du ciel qui dessille subitement leurs yeux et leur duvl*e le cûêur en y excitant la foi : et ainsi il y a dans le monde
beaucoup de païens comme ceux-là, bien près de Dieu et qui s'en rapprocheront tout d'un coup, quand l'heure de la grâce aura sonné. Ayons donc de l'indulgence pour eux, delà patience pour leur ignorance, leurs Sésordres et même leur hostilité. Saint Paul persécutait Jésus-Christ quand il a été appelé à son service, et il a mis encore plus d'ardeur à le défendre qu'à l'attaquer; car il a souffert pour son nom tout ce qu'on peut souffrir, et il a donné sa vie pour- la vérité de l'Évangile. Et en même temps que nous serons plus indulgents pour les infidèles, et même pour ceux qui paraissent les ennemis de Dieu et de son Église, ayons moins de confiance en nous-mêmes, en notre justice propre et dans les dons qui nous ont été accordés. N'oublions point que c'est la foi qui sauve, qu'elle seule peut nous rendre agréables à Dieu, et que si elle est faible, froide, peu active, même au milieu de la plus stricte régularité et quand nous accomplirions exactement tous les actes de dévotion, nous risquons encore de ne point entrer dans le ciel, suivant la parole du maître : qu'on ouvrira les portes à ceux qui viendront de l'Orient et de l'Occident à l'exclu tiion des enfants du royaume. Mais faisons remarquer aussi à ces étrangers, qui sont ainsi appelés ou rappelés de si loin au royaume du ciel par la lumière admirable de la foi, dont le don leur est si miséricordieuse-
ment accordé, qu'il y a toujours à cette donation une préparation mystérieuse de la grâce agissant dans le secret sur la volonté humaine, et qui la dispose doucement et sans qu^eUe s'en aperçoive à la réception de la verlu d'en haut qui va la toucher et la changer. Ainsi le centurion, quoique païen, aimait le peuple de Dieu, faisait de larges aumônes et avait bâti à ses frais une synagogue. Ainsi le centurion Corneille , auquel Pierre a été envoyé si miraculeusement pour son salut et celui de sa famille, craignait Dieu, le priait assidûment et exerçait la justice avec un cœur sincère. La justice et. la bienfaisance sont les préambules ordinaires de la foi; et c'est pourquoi nous disons à ceux qui ne croient pas à la divinité de la parole qui proclame les dogmejs sacrés du christianisme, ni aux miracles qui la confirment, tout en admirant la sublimité. de sa morale et son inépuisable charité : commencez par pratiquer sincèrement et .autant qu'il sera en vous cette morale sublime, efforcez-vous de participer suivant vos forces à cette charité qui vous touche, et la foi qui vous manque, et que vous regrettez peut-être au fond de votre cœur, vous sera donnée.
Quoi que nous demandions pour notre santé et celle des nôtres, pour les besoins de notre corps, de notre
esprit ou de tiotre âme, et surtout pour notre salut au moment de la mort, demandons-le avec une foi ferme en la puissance et en la benté de Dieu, comme le centurion, ou remettons-nous entre ses mains avec confiance et humilité comme le roi Ézéchias. La prière, qui sort du cœur de Phomme va au cœur de Dieu, et Ténergie d^une ibi ardente excite sa puissance et attire le rayon de sa grâce.
PRIÈRE
Seigneur, que les fautes offensent et que la pénitence apaise, recevez favorablement les prières de votre peuple qui vous supplie, et détournez de nos tètes les fléaui de votre colère mérités par nos péchés. Par Notre Seigneur Jésus-Christ.
Isaie, LVIII, 1.
Le Seigneur a dit : Criez sans cesse, faites retentir votre voix comme une trompette; annoncez à mon peuple ses crimes et à la maison de Jacob ses péchés. Car ils me cherchent chaque jour, et ils veulent connaître ma voix , comme si c'était une nation juste et qui n'eût point abandonné la loi de son Dieu. Ils réclament ma justice, et veulent que je m'approche d'eux. Pourquoi, disent-ils, avons-nous jeûné sans que vous nous ayez regardés? Pourquoi avons-nous humilié nos âmes, sans que vous rayez su ? C'est parce que votre volonté propre est dans votre jeûne, et que vous traitez avec rigueur ceux qui vous doivent. Vous ajoutez à vos jeûnes des procès, des querelles et même des violences impies, jusqu'à frapper vos frères du poing. Ne jeûnez plus comme vous avez fait jusqu'à ce jour, en faisant retentir l'air de vos cris. Le jeûne qui me platt, est-ce d'affliger
son Ame pendant un jour, de tourner s^a tête en cercle, de se couvrir d*un sac et de cendres? Est-ce là que vous appelez un jeûne agréable' au Seigneur? Le jeûne que je veux, n'est-ce pas plutôt de rompre les liens de l'impiété, de se décharger des fardeaux qui accablent, de renvoyer libres ceux qui sont sous le joug, et de briser tout ce qui charge les autres. Rompez votre pain à celui qui a faim, et recevez dans votre maison les hommes pauvres et sans asile. Quand vous verrez un homme uu, donnez-lui un vêtement, et ne méprisez point votre semblable. Alors votre lumière éclatera comme Taurore et vous recouvrerez bientôt la santé de l'âme. Voire justice marchera devant vous et la gloire du Seigneur vous protégera. Alors vous invoquerez le Seigneur et il vous exaucera. Vous crierez vers lui et il vous dira : Me voici, si vous cessez d'opprimer les autres, d'étendre la main contre eux et de dire des paroles nuisibles.
Ces paroles sévères du prophète aux Juifs, l'Église les adresse en ce jour aux chrétiens auxquels elle impose aussi des pénitences et des mortifica-
tions en certains temps de Tannée et surtout pen* dant la sainte quarantaine. Elle emploie à ce sujet deux recommandations, afin que l'accomplissement de ces œuvres soit vraiment fructueux pour l'amélioration de l'âme et serve à sa purification et à son salut.
La première est de faire ce qui leur est prescrit à cette fin sans plainte, sans gémissement, et surtout en ne s'en prévalant point devant Dieu ni déviant les hommes. Quand on se lamente de ce qu'on est obligé de faire, comme d'un fardeau accablant pour la nature, on agit en esclave, presque par contrainte, ert ainsi on perd la sainte liberté des enfants de Dieu, qui doivent toujours agir de cœur et par amour plus que par l'obligation de la justice. On a l'air de porter un joug intolérable, et presque d'accuser Dieu de l'avoir imposé. Par cela même on ne le porte pas de bon cœur, avec bonne volonté, ce qui incline à en ôter le plus qu'on peut, et par conséquent à observer la règle à la lettre plus que dans son esprit. Hélas! combien de chrétiens qui se croient fidèles parce qu'ils accomplissent extérieurement ce qui est commandé, mais de maiivaise grâce et presqu'en grondant ! Croit-on être agréable à Dieu de la sorte? et que dirions -nous si nos serviteurs nous obéissaient ainsi, à chaque ordre que nous leur donnons, et ne nous servaient qu'en murmurant?
En outre, on se laisse aller à exhaler sa mauvaise humeur, comme si la nature vexée trouvait un soulagement à le faire paraître; ce qui nous rend aigres et désagréables à tous ceux qui nous entourent et qui souffrent ainsi de notre prétendue justice. Et enfin, quand on a fait tant bien que mal les pénitences ordonnées, par exemple le jeûne, Tabstipence ou des aumônes, par une secrète vanité, qui veut s'en donner le mérite, on le manifeste au dehors par son visage, par sa contenance, par un air languissant ou maladif causé par la mortification, afin d'exciter la louange ou la compression; ou bien on raconte ses bonnes œuvres, ses aumônes, ses privations, ses sacrifices en faveur des malheureux, pour se faire une réputation de générosité, de largesse et de charité. Dans ces cas on se fait à soi-même sa récompense en la demandant à Topinion des hommes, et on perd celle que Dieu réserve à ses fidèles serviteurs et que lui seul peut donner, f Yanivanamy dit un Père de TEglise; leur vanité est récompensée par une vanité. »
La seconde recommandation de l'Église à ses enfants, et déjà le prophète Isaïe la faisait aux Juifs, c'est de parfaire ou de consommer la pénitence corporelle par celle de l'esprit et du coeur, conuue la circoncision de la chair n'était elle*méme que le symbole et la préparation de celle de l'âme.
Ainsi il est bon de jeûaer par le corps pour apprendre et habituer la yolonté h, maîtriser ses appétits grossiers et à ne point se laisser entraîner h l'injustice et au mal par la concupiscence aveugle de la chair, par les instincts et les désirs de la vie animale. Mais il est encore mieux de jeûner par le cœur, c'est-à-dire de maintenir toutes ses affections daus les limites de Véquité, dans le respect de la loi et du droit commun, pour ne point chercher à se satisfaire aux dépens des autres; il est encore meilleur et plus noble de se priver volontairement même de ce qui vous appartient légitimenient afin de leur être utile ou même agréable, et surtout dans l'intérêt de leur bien véritable, c'est-à-dire l'amélioration de leur âme et leur avauçement dans la voie du salut. C'est un jeûne très-agréable aux yçux de Dieu que de savoir dans Toocasion renoncer à sou droit, et ne poussant point la justice à son extrême rigueur, et en préférant comme Dieu la miséricorde au jugement. C'est aussi une abstinence plus méritoire que la privation de la viande ou l'usage des aliments maigres, que de pouvoir retenir sa mauvaise humeux, modérer son impatience, mettre un frein à sa colère, ne point s'sJbandonner à sa vivacité, même quaud on en aurait un motif légitime, ou que les circonstances rendraient l'entraînement excusable. C'est une abstinence bien fructueuse à celui qui la pratique
avec courage, que de pouvoir. arrêter sa langue, quand elle va jeter une parole dure à un inférieur, à un serviteur méprisante , un mot piquaut k une personne déplaisante ou ennuyeuse, une moquerie sur un travers, une médisance, qu'on croit spirituelle, sur une réputation. C'est une aumône cent fois plus précieuse que celle de For et de Targent, que de donner avec bonne volonté et par un mouvement de charité une partie de son temps, de ses facultés, de ses forces, et encore mieux sa vie entière, comme dans l'état de religion, k instruire les ignorants, à soigner les malades, à consoler les afflir gés, à encourager les faibles, à soutenir ceux que le malheur accable, k relever ceux qui sont tombés, par des paroles Cordiales et des services dévoués. Ceux qui ont le bonheur de pratiquer cette espèce de mortification toute spirituelle, qui n'exclut pas l'autre, mais la perfectionne au contraire, seront revêtus, comme dit le prophète, de la gloire du Seigneur, et sa justice marchera devant eux ;-car le Fils de Dieu n'a subi le supplice de la croix, qui comprend toutes les mortifications de la chair, que pour racheter et sauver les âmes en les ramenant et les unissant à son Père par la vertu de son esprit et dans Tabondance de son amour.
fvuigile selon saint Matthieu, V, 43, et VI, 4.
Jésus dit à ses disciples : Vous avez appris qu'il a été dit : Vous aimerez votre prochain et vous haïrez votre ennemi ; et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent et vouscalomçient, afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et répand sa pluie sur les justes et sur les injustes. Car si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense aurezvous? Les publicains ne le font-ils pas aussi? Et si vous ne saluez que vos frères, que faitesvous en cela de plus que les païens? Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait. Prenez garde de ne pas faire vos bonnes œuvres devant les hommes pour en être regardés; autrement vous n'en recevrez pas la récompense de votre Père qui est dans les cieux. Lors donc que vous faites l'aumône, ne faites point sonner la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues pour
être honorés des hommes. Je vous dis en vérité qu'ils ont reçu leur récompense. Mais quand vous faites l'aumône, que votre main gauche ne sache point ce que fait votre main droite, afin que votre aumône soit dans le secret, et votre Père, (Jui voit dans le secret, vous en rendra la récompense.
Dans cet Évangile Noire-Seigneur pose nettement la différence entre la justice purement humaine, toujours imparfaite, et lajustice divine qui est la perfection même, et qu*ii vient enseigner au monde comme juatiqe chrétienne.
La première, qui estTéqi^ité naturelIe,consiste comme le nom Tiqdique, dans l'égalité dçs hom- 'mes entre eux devant la loi, en sorte qu'il soit rendu à chacun ce qui lui appartient, et que chacun soit traité par les autres, comme il les traite lui-même ; ce qui est énoncé dans cette formule : Par pari refertur^ suum cuiquCy œil pour œil, dent pour dent, sang pour sapg; ne. fiais pas aux autres ce que tu ne veux point qu'ils te fassent, et fais pour eux ce que tu désires qu'ils fassent pour toi, etc. C'est la loi du talion, expression exacte de la stricte équité ou de l'égalité.
Mais il n'en est point ainsi de la justice divine, de la parfaite justice. Celle-ci, comme Dieu dont
elle émane, ne prend point son caractère ni sa meéûi^e dans le balancement dés intérêts humains ni daâs la compensation des torts et des bienfaits. Sa mesure, cotnme sa source, est dans la bonté infinie de Dieu unie à l'infinité de sa puissance, laquelle ayant créé les hommes par amour et aussi pour faire leur bonheur en les aimant, ou par la communication de sa propre vie et de ises perfections, n'est satisfaite que par le bien de tous, et le cherche dans toutes leé Yoies et par tous les moyend de sa proVidenûe ; suans regard à' son intérêt propre, ptdsqtie celui (jtii est le Principe de la Vie, la tient de lui-même et n'a besoin de personne; et sans la considération exclusive de Tiavantage particulier de ses créatures, puisqu'il est le Dieu de toutes. G^est là la justice souveraine, tmivet^elle ou transcendante, parce que planant au-dessus de touâ les intérêts privés, elle a potir fin, non dé lés balancer où de les compen-^ ser, mais de les unir, de leâ confondre ôU de les idôtitifier dans le bien de tous, c'est à-dire en Dieu Itil-même, qui est le Bien infini. Or, selon saint Patd(Rom., vm, 14), ceux-là sont vt^iment les enfants de Dieu qui sont mus par son esprit et qui font ses œuvres ; comme au Contraire, ainsi que Jésus le disait aul Juifs : Ceux qui font les œuvres du démon Font pour père ; vos ex pâtre diabolo estis. (Jean, viii, 44.) C'est pourquoi les véritables en-
fants de Dieu, qui le sont devenus par la grâce du baptême ou par la régénération dans la vie divine, doivent aimer comme Dieu aime, c'est-à-dire avec désintéressement , avec dévouement et par dessus la justice naturelle, qui fait du bien à ceux qui lui en font, et qui a le droit de rendre le mal dont on Tafflige, ou autrement d'aimer ceux qui l'aiment et de haïr ceux qui le haïssent. Les disciples de Jésus- Christ, qui sont animés de son esprit, n'ont aussi comme lui d'autre motif d'agir que le bien luimême à consommer, autant qu'il est possible, dans toutes les créatures, quels que soient leurs torts, leur injustice et leur mauvaise volonté, à l'imitation du Père céleste qui fait luire son soleil et tomber sa pluie sur les méchants et sur les bons. Voilà pourquoi Jésus a dit à ses disciples : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient, afin de devenir parfaits comme votre Père céleste est parfait.
Un second exemple de cette justice suprême est donné encore dans cet Évangile. Prenez garde, dit le Sauveur, de ne point faire vos bonnes œuvres devant les hommes pour en être'regar|tiés. Car alors ce n'est plus le bien lui-même que vous aimez, que vous cherchez, mais la gloire qui peut en revenir; et ainsi votre justice, au lieu d'être une justice véritable et pure, comme celle de
Dieu, n'est qa'un retour sur vous-même et une recherche d'intérêt propre. C'est à vous, à votre moi que se rapporte ce que vous faites; vous n'agissez plus en vue du bien ou de Dieu, ce qui est tout un , mais pour votre personne. Vous êtes vous-même la fin de votre action,, quand le bien seul ou Dieu doit en être le terme. Elle peut encore être juste, d'une justice naturelle, si conformément à l'équité vous respectez le droit' d'autrui tout en réclamant le vôtre, et encore mieux si par générosité ou. le désir d'une bonne réputation vous cédez de ce qui est à vous. Mais au fond, ce n'est ni la justice elle-même ni l'amour des autres qui est le dernier ressort de votre conduite ; c'est votre gloire propre, voulue et cherchée avant le bien ou la gloire de Dieu. C'est donc une justice incomplète, partielle et purement humaine, qui trouve en elle-même sa récompense, comme Jésus-Christ Ta dit des publicains et des païeiis, et c'est pourquoi elle ne suffit pas aux enfants de Dieu créés et régénérés à sa ressemblance, et qui doivent, pour atteindre à leur sublime deslinatiou, en reproduire en eux la perfection, comme l'image les traits de son module.
Ne nous contentons pas de jeûner par le corps, tâchons d'y joindre le jeûne de l'âme, encore plus agréa-
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Maïe, LVÎIl, 10.
Voici ce que dit le Seigneur : Si vous détruisez Toppression parmi vous, si vous cessez vos menaces et vos paroles outrageantes, si vous assistez le pauvre avec effusion de cœur^ et si vous remplissez de consolations Tâme affligée, votre lumière se lèvera dans les ténèbres, et vos ténèbres deviendront comme le midi. Le Seigneur vous donnera un repos continuel; il remplira votre âme de sa vertu et il donnera à vos 08 de la vigueur. Vous deviendrez comme un jardin arrosé et comme une fontaine dont les eaux ne tariront jamais. Les lieux déserts depuis des siècles seront rebâtis en vous, vous relèverez des fondements abandonnés pendant plusieurs générations^ et vous serez appelé lie réparateur des ruines, qui fait des lieux de passage une demeure paisible. Si vous vous abstenez de voyager le jour du sabbat, et défaire votre volonté au jour qui m'est consacré; si
VOUS en faites un repos délicieux, un jour saint et consacré à la gloire du Seigneur et que vous lui rendiez l'honneur qui lui est dû en ne suivant pas vos voies, n'accomplissant pas votre propre volonté, et ne disant point de vaines paroles ; alors vous trouverez votre joie dans le Seigneur; je vous élèverai au-dessus des hauteurs de la terre, et je vous nourrirai de rhéritage de Jacob votre père; car la bouche du Seigneur a parlé.
Isaïe prophétise dans ces paroles les miracles de la charité, qui ne s'accompliront que par la communication de l'Esprit de Jésus-Christ aux hommes ; car alors; seulement ils seront capables d*aimer Dieu par-dessus tout et le prochain comme soi-même, ou de remplir complètement les deux commandements dans lesquels le Sauveur a résumé la loi et les prophètes : la loi qu'il n'est pas venu abolir mais perfectionner, les prophéties qui ont toutes annoncé au m©nde ce qu'il devait faire' pour le salut du genre humain. ; • •
La charité envers le prochain s'exerce de deux manières : par l'aumône matérielle et par l'aumône spirituelle. Mais la première n'a toute sa valeur
morale-, toute son efficacité salutaire, que par la vérta de la seconde, parce qu'en effet, dans tous les actes de Thomme comme dans toutes ses paroles, la lettre seule est morte et c*est Fesprit qui vivifie. C'est pourquoi il est recommandé d'assister les pauvres avec affection de cœur, et de consoler les affligés avec empressement , en se donnant volontiers à ceux qui ont besoin de notre secours; car Dieu aime celui qui donne avec joie, dit l'Apôtre : Hilarem enim datorem dUigit Deus. (2 Cor., IX, 7.) Il n'y a donc d'aumône vraiment chrétienne, que celle où respire l'esprit de Jésus- Christ et qui est animée par une étincelle du feu de son amour, en sorte que, quelle que soit la forme damai à soulager et des remèdes employés, le cœur se répand à travers ses dons et l'âme charitable se dévoue à l'âme affligée pour la relever, l'encourager et la fortifier dans la voie du bien et du salut. C'est le don le plus profitable au prochain et le pln^ agréable à Dieu, parce que, tout en fournissant ce qui est nécessaire à l'existence du corps, il transmet surtout la vie de l'âme et cellQ du ciel. Aussi le prophète promet une admirable récompense à ceux qui pratiqueront ainsi la charité. Leur lumière se lèvera dans lès ténèbres, car le Verbe divin, qui est la lumière étemelle, régnera eu eux, et illuminera leur esprit comme le soleil éclaire le monde en plein midi. Ils jouiront d'un
repos continuel ; c*est la paix du ciel que le Sauyeui* est venu apporter sur la terre par la réconciliatioû de rhumamté coupable avec le Père céleste^ par le rétablissement de Tordre entre Dieu et sa créature, par le plein acooinplissement delà volonté divine dans le mondes Avec le repos ou la paix de rftme est donnée là gloire dii ciel, à la(|uelle le chrétien participe déjà id-bas par la grâce ; et enfin la glorification ou la transfiguration est promise même à son corps^ qui aura part au jour de la résurrection à la grandeur de Tâme , dont il a été l'instrument pour le bien sur la terre. Ce peut être le sens de cette parole du prophète traduite littéralement, il délivrera vos o$j ou il don^ nera à la chair une vie spiritualisée par sa parfaite hàrtnonie avec Tftme glorifiée. C'est le corps spirittiêl de saint Paul* (1 Cor., xv, 44.)
Une fois Tftme i^emise en communication avec la source de la vie par la charité, elle en devient un canal qui sert à la répandre par toutes ses voies sur les misères humaines. Elle devient le jardin de Dieu, toujours arrosé des eaux de la grâce qui s'infiltrent jusque dans ses moindres produits, c'est-^^re dans toutes les manifestations de sa vie. Les lieux désSrts sont repeuplés et rebâtis, car Dieu revient habiter avec ses anges dans les âmes régénérées. Les fondements abandonnés sont relevés, parce que l'image de Dieu défigurée par
le péché est rétablie dans les âmes, qui redeviennent le temple de Dieu. (1 Cor., m, 16.)
La eélesté Jérusalem descend sur la terre par l'édification de l'Église, dont chaque fidèle est une pierre vivante, qui a sa place et sa part dans la construction éternelle. Les ruines du royaume di-^ vin sur la terre sont réparées, et les chemins qui mènent an ciel, débarrassés des ennemis et des obstacles qui les ol;)stru.aient, par la défaite dé Satan et de ses satellites deviennent sûrs et plus faciles. U y a dans ces paroles la prophétie complète de la réhabilitation de l'humanité par lâchante du Dieu fait homme qui, en se dévouant par amour pour les hommes et les rachetant par son sacrifice, leur a appris par sa parole et par son exemple à aimer comme Dieu aime.
Voilà comme le prophète veut qu'on célèbre le jour consacré au Seigneur, d'un côté s'abstenant de tout ce qui peut éloigner le cœur de Dieu et ramener à la vie matérielle et aux ohoses de la terre, de l'autre en l'élevant dans ses sentiments, ses pensées, ses paroles et ses actes vers le ciel, où l'âme doit ce jour-là, suivant les paroles de TApôtre (Philip., 3, 20), avoir toute sa conversation, afin de s'unir phis profondément, plus étroitement à la source du bien et du bonheur. Qu'il y a loin de cette recommandation k ee que fout aujourd'hui la plupiart des chrétiens, même
m ij: SAMEDI Arafcs les cendres.
eeux qui ont de la loi et qiii prétendent observer le commandement de célébrer le jour du Seigneur! Vue messe basse entendue à La hâte, et comment? fiiii ttjuÊ hn frais de leur piêie et suffit à leur conscience » Encore on arrive souvent quand elle est comjneîieër : on en sort avant la fin, et de quoi !5*occupe-t-on pendant la célébration des saints mystères? On regarde la plupart du temps ce qui se passe autour dû £^oi, les figures et les toilettes, ou bien on se laisse emporter par le torrent des liisirii étions, par les fantômes de Timagination, par toutes; sortes de pensées mondaines. On lit sa messe, comme on dit, quand on a un livre, sans recueillement, sans presque savoir ce qu on lit, sans retour sur soi devant Dieu, peut-être sans an moLivemeDt de cœur, et ou se retire le plus tôt possible pour vaquer k ses plaisirs ou à ses affaires, qui absorbent le reste d'un jour dû au Seigneur, et qu'on donne comme les autres au monde et à ses vanités.
Évangile selon saint Marc, VI, 47.
Le soir étant venu, la barque, où se trouvaient les disciples jetait au milieu de la mer, et Jésus était resté seul à terre. Et voyant qu'ils lïaniaient avec peine parce que le vent était con-
traire, vers la quatrième veille de la nuit il vint à eux marchant sur la mer et il voulait les dépasser. Mais eux le voyant marcher sur les eaux crurent que c'était un fantôme et jetèrent des cris; car tous le virent et en furent épouvantés. Mais aussitôt il leur parla et leur dit : Rassurez vous, c'est moi, ne craignez point. Alors il monta dans la barque et le vent cessa. Ce qui augmenta encore plus leur étonnement : car ils n'avaient pas compris le miracle de la multiplication des pains à cause de l'aveuglement de leur cœur. Après avoir traversé le lac, ils vinrent sur le territoire de Génésareth et y abordèrent. Dès qu'ils furent sortis de la barque, les habitants du lieu le reconnurent, et parcourant tout le pays ils se mirent à lui apporter des malades sur des lits partout où ils entendaient dire qu'il se trouvait. Et en quelque lieu qu*il arrivât, bourgs, villes ou villages, ils posaient les malades sur la place publique, et ils le priaient de leur laisser toucher seulement le bord de son vêtement, et tous ceux qui le touchaient étaient guéris.
Le vénérable Bède commentant ce passage au
livre n chap. xxviii de son explication de l'Évangile de saint Marc, dit:
< Le travail des disciples qui rament avec effort et le vent qui leur est contraire figurent les divers travaux de la Sainte Église, qui dii milieu des flots du siècle qui lui est opposé et malgré le souffle des esprits impurs s'efforce de parvenir au repos de la patrie céleste comme à un port assuré. Il est dit avec raison que la barque était au milieu de la mer et que Jésus était resté seul à terre, parce que en certains moments l'Église est tellement accablée et comme souillée par les persécutions des gentils, qu'il semblerait, s'il était possible, qu'elle est abandonnée par son Rédempteur. De là vient •ce cri, qu'elle jette au milieu des flots soulevés et des tempêtes qui l'assaillent, implorant avec gémissement le secours et la protection de son divin maître ; Pourquoi, Seigneur, vous êtes-vous tant éloigné, et me délaissez-vous dans la tribulalion et dans mes dangers ? (Ps. XXI, 2). Et dans'lasuite du même psaume elle rappelle la ruse de son ennemi, de son persécuteur, par ces paroles : Il a dit dans son cœur: Dieu Ta oublié, il a détourné son visage pour ne pas voir jusqu'à la fin. Mais Dieu n'oublie pas les prières du pauvre, et ne détourne point sa face de ceux qui espèrent en lui. Bien plus, il les secourt dans le combat contre leurs ennemis, afin qu'ils triomphent, et vainqueurs il les couronne
dans réternité. C'est pourquoi il est écrit que Jésus voyait ses disciples, pendant qu'ils travaillaient à ramer. Son regard les suivait sur la mer, quoiqu'il fût au rivage, parce que, bien qu'il semble différer quelquefois d'accorder son secours aux affligés, néanmoins, afin qu'ils ne défaillent pas dans leurs tribulations il les fortifie par le regard de son amour, et souvent par une assistance manifeste qui surmonte les adversités et apaise la fureur des flots.»
Ce que le vénérable Bède dit de l'Église s'applique aussi à tous les chrétiens fidèles, qui marchent et travaillent sur la parole de Jésus-Christ, et qui par cela même qu'ils suivent sa direction et rament au milieu du siècle dans la barque où il les a placés pour traverser la mer de ce monde, sont exposés aux orages de cette mer perfide, et assaillis par les vents contraires des tentations et des épreuves. Parfois la tempête* devient si'violente et le vent si furieux qu'ils paraissent sur le point d'être accablés, celui qui les a envoyés n'étant point dans leur barque et semblant les avoir abandonnés. Mais s'ils persévèrent dans leur foi et dans leurs efforts, son regard, qui les suit du rivage, les soutient mystérieusement dans leur âme par une vertu secrète, et bientôt ils voient leur guide revenir à eux comme par miracle, marchant aussi sur la mer soulevée pour
les rejoindre, pour les sauver, domptant d'uu mot les flots courroucés qui se courbent sous ses pas, et entrant à leur grande joie dans leur barque agitée qui reprend sa marche calme et assurée au milieu des vents vaincus, dès qu'il y a remis le pied. Dans une autre circonstance, «Jésus endormi dans la barque des apôtres et réveillé par leur frayeur, leur reprochait leur peu de foi, tout en apaisant • d'un mot la tempête. Cette fois, après les avoir laissés seuls pendant quelque temps au milieu de la tourmente, comme pour éprouver leur foi et leur courage, il récompense leurs efforts et leur confiance en sa parole dans la traversée périlleuse qu'il leur a ordonnée, et après qu'ils ont lutté intrépidement et avec persévérance contre les vents contraires, il leur rend le calme avec le bonheur de sa présence, et les conduit au port.
Épitre (2 aux Cor., VI, 1-10.)
Nous VOUS exhortons de ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu , car il dit : Je vous ai exaucés au temps favorable et je vous ai secourus au jour du salut. Nous tâchons de ne donner de scandale à personne, afin que notre ministère ne soit point blâmé; mais nous nous montrons en toutes choses comme des ministres de Dieu par une grande patience dans les tribulations, dans les nécessités, dans les angoisses, dans les violences, dans les prisons, dans les séditions, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes, par la chasteté, par la science, par la longanimité, par la douceur, par une vraie charité dans l'Esprit saint, par la parole de vérité, par la vertu divine, par les armes de la justice pour combattre à droite et à gauche, dans rhonneur et Tignominie, dans la mauvaise et la bonne réputation , regardés comme des séducteurs quoique fidèles, comme des inconnus
quoique très-connus, comme toujours près de mourir et vivant néanmoins, comme châtiés, mais non jusqu'à la mort, comme tristes et tou^ jours dans la joie, comme pauvres et enrichissant les autres, comme n'ayant rien et possédant tout.
La grâce de Dieu est, comme la lumière du soleil, toujours prête à se verser là où elle trouve accès. Mais, comme le soleil aussi, elle a des épo* ques où elle se donne avec plus d'abondance et d'efficacité. De là la différence des saisons dans Tordre physique, et la diversité des temps dans l'ordre moral et surtout dans Tordre surnaturel. En certains jours il y a comme un redoublement de lumière et de chaleur dans l'action de la grâce, et la sainte Quarantaine, qui représente les quarante jours passés par Jésus-Christ au désert dans le jeûne et la prière, et aussi le temps qui a précédé sa Passion et sa mort, est une de ces époques les plus fructueuses. Si nous participons aux mortifications du Sauveur, comme TÉglise nous y invite en carême, nous aurons aussi plus de part à ses mérites et aux bienfaits de sa rédemption. C'est pourquoi T Apôtre invite à ne pas recevoir en vain le secours d'en haut qui nous est accordé en ces jours salutaires.
Le reste de TÉpître semble s'appliquer surtout aux ministres de rÉvangiley et néanmoins tous les fidèles peuvent en profiter, puisque le pasteur doit être le modèle et la règle du troupeau ( 1 Pier . , V, 3) . Le prêtre doit éviter soigneusement de scandaliser personne, pour ne pas déconsidérer et discréditer son saint ministère, le caractère et l'autorité dont il est revêtu étant toujours diminués par ses fautes ou ses faiblesses. Mais il faut aussi que chaque chrétien prenne garde de blesser la conscience des autres, afin de ne pas attirer le mépris ou la mauvaise volonté des hommes sur la religion qu'il professe, et dont le mal qu'il commet, ou paraît commettre, peut affaiblir l'autorité et ternir l'éclat. Plus encore que la femme de César, le ministre de Jésus-Christ et le disciple de TÉvangile ne doivent point donner prise au soupçon. C'est à Dieu, à sa parole, à son Église que remontent les scandales des chrétieiï^, et ainsi en obscurcissant la gloire divine, autant qu'il est en eux, ils risquent par leurs mauvais exemples d'entraîner des âmes à leur perte. Pesons donc chacun des mots de celte Épître, indiquant les situations diverses où le prêtre et le fidèle peuvent^se trouver, et comment ils doivent s'y comporter, chacun à son dep^, pour honorer son ministère ou son titre de chrétien par la patience dans la souffrance, par l'exercice impartial de la justice, par l'annonce
courageitee de la vérité, par la manifestatioii de la vertu de Dieu dans les œuvres^ et enfin par la pratique d'une charité sincère, pleine de la richesse du ciel au milieu de la pauvreté de la terre, sans cesse tribulée, jamais abattue, toujours joyeuse dans la tristesse du monde, et possédant toutes choses, quoiqu'elle n*ait rien k elle.
Évangile selon saint Matthieu, IV, 1-11.
Alors Jésus fut conduit par l'Esprit dans le désert, pour y être tenté par le diable. Et ayant jeûné quarante jours et quarante nuits il eut faim ensuite. Alors le tentateur s'approchant lui dit : Si vous êtes le fils de Dieu, dites que ces pierres deviennent du pain. Jésus lui répondit : Il est écrit , Thomme ne vit pas seulement de pain, mais de "toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Le diable alors le transporta dans la ville sainte et le plaçant sur le sommet du temple il lui dit : Si vous êtes le fils de Dieu, jetez-^rous en bas, car il est écrit : Il vous a confié à ses anges et ils vous porteront sur leurs mains , afin que votre pied ne heurte point contre la pierre. Jésus lui répondit : Il est aussi écrit : Vous ne tenterez point
le Seigneur voire Dieu. Le diable le transporta sur une haute montagne, et lui montrant tous les royaumes du monde et leur gloire, il lui dit : Je vous donnerai toutes ces choses si en vous prosternant vous m'adorez. Mais Jésus lui répondit : Retire toi, Satan, car il est écrit : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu et vous le servirez lui seul. Alors le diable le laissa, et aussitôt les anges s'approchèrent de lui et le servirent.
Le Verbe divin, ayant assumé la nature humaine, a dû en subir toutes les misères, sauf le péché, et c'est pourquoi il a voulu passer par la tentation, en tant qu'homme, pour nous montrer la manière de la combattre et de la vaincre (Héb. IV, 13).
Deux choses sont surtout à considérer ici : les précautions à prendre contre la tentation et la défense à lui opposer. La première précaution est • de ne point aller au-devant de la tentation, de ne point la chercher, mais d'en fuir les occasions pour combattre seulement celles qu'on ne peut éviter. C'est pourquoi il est dit que Jésus fut conduit * par l'Esprit dans le désert pour y être tenté. En second lieu, il va dans la solitude y attendre l'épreuve, ce qui nous apprend à nous retirer, au-
tant que possible, en ngus-mémes, dans le secret de notre âmOy parla prière et la méditation, même quand nous sommes obligés de vivre dans le monde, afin de ne point dissiper nos forces par les distractions. et le tumulte des affaires ou des plaisirs. Le jeûne de Jésus-Christ pendant quarante jours nous indique la troisième précaution, qui consiste à combattre et à dominer la chair et ses appétits par le régime sévère de la mortification, dont le double effet est d'affaiblir la tentation et de nous fortifier contre ses attaques. Vient ensuite la tentation elle-même, qui est triple d'après la parole de saint Jean (1 Jean, II, 16), suivant qu'elle excite la. concupiscence de la chair, celle des yeux ou l'orgueil de la vie,
La tentation de la sensualité est la plus grossière et la plus commune ; elle cherche à nous entraîner au mal par les besoins de la vie du corps et l'attrait du plaisir attacha à leur satisfaction. Jésus la repousse en lui opposant la vie de l'esprit, la principale dans Thomme, et qui^ deman-. dant une autre nourriture, procure aussi des jouissances supérieures.
La deuxième tentation est celle de l'orgueil, et le plus subtil et le plus mauvais nait au sein' même de la vertu qui s'exalte et de la piété qui se confie en ses mérites. Le démon propose
à Jésas d'exposer sa vie, .dans la confiance que Dieu la sauvera par un miracle. C'est la fausse voie des choses extraordinaires, merveilleuses, particulières, où l'orgueil entraîne parfois des âmes pieuses, qui, se croyant très- avancées dans la perfection, s'aventurent imprudemment, pour elles ou pour d'autres, dans Tespoir présomptueux d'un secours insolite. Mais Dieu nous a promis des grâces et non des miracles, et c'est le tenter que de se jeter volontairement çt témérairement dans le péril, sous le prétexte qu'il doit nous en retirer.
Le.démon tente Jésus en troisième lieu par la cupidité ou la concupiscence des yeux. C'est la puissance et la richesse de la terre excitant la convoitise du cœur et réblouissant, le fascinant par Téclat de leurs magnificences, en sorte qu'il se détourne de Dieu et de ses lois pour satisfaire à tout prix son ambition, son avarice ou sa prodigalité. Là où est votre trésor, là est votre cœur (Matth., VI, 21) : et comme le charnel se fait un dieu de son ventre, l'ambitieux ou l'avare devient idolâtre du pouvoir ou de Tor. Dieu seul est adorable, répond Jésus-Christ, et on ne doit servir que lui. Les réponses du Sauveur, tirées toutes les trois delà parole divine, nous montrent quelle est l'arme la plus sûre pour combattre la tentation. C'est le glaive spirituel, dont parle saint Paul, et qui est
la pièce principale de l'armure du chrétien pour repousser les attaques de rennemi(Éphès., VI, 17).
PRATIQUE
Prenons garde à deux choses également importantes : lo à ne pas manquer les moments de la grâce qui arrive et disparaît quand on s'y attend le moins ; 2® à ne pas ahuser des grâces par négligence,^ par imprudence ou par présomption ; cequi nous laisse sans défense ou sans force devant la tentation.
PRIÈRE
0 Dieu, qui purifiez votre Église en ce saint temps de Carême qu'elle ohserve religieusement chaque année, faites, nous vous en prions, que vos enfants s'efforcent d'obtenir par leurs bonnes œuvres les grâces nombreuses qu'ils vous demandent. Par Notre Seigneur Jésus-Christ.
Ézéchiel, XXXIV, 21.
Voici ce que dit le Seigneur : je viendrai chercher moi-même mes brebis, et je les visiterai. Comme un pasteur visite son troupeau, quand il se trouve au milieu de ses brebis dispersées, ainsi je visiterai mes brebis, et je^les délivrerai de tous les lieux ou elles avaient été dispersées au jour des nuages et de Tobscurité. Je les retirerai du milieu des peuples, je les rassemblerai de divers pays et les ramènerai dans leur propre terre, je les ferai paître sur la montagne d'Israël, le long des ruisseaux et dans tous les endroits les plus tranquilles. Je les mènerai paître dans les pâturages les plus fertiles, sur les hautes montagnes d'Israël, où elles se reposeront dans les herbes vertes. Je ferai paître moi-même mes brebis et je les ferai reposer moi-même, dit le Seigneur. Je chercherai celles qui étaient perdues; je relèverai celles qui étaient tombées, je banderai les
plaies des blessées; je fortifiçrai les faibles, je conserverai les fortes et je les conduirai dans la voie de la justice.
Qu'on rapproche ces paroles du prophète Ezéchiel de celles de Notre Seigneur dans TÉvangile de saint Jean (Jean, X, 14) et Ton sera frappé de leur conformité, nous dirons presque de leur identité. Elles se correspondent exactement dans leur sens et dans les termes, et il n'y a entre elles qn'une différence, c'est que les unes annoncent ce qui se fera et que les autres racontent ce qui se fait. Je suis le bon pasteur, dit Jésus-Christ; le bon pasteur donne sa vie pour son troupeau. Je connais mes brebis et elles me connaissent. Le bon pasteur marche devant ses brebis et elles le suivent. Il les défend contre les loups ravissants et donne sa vie pour les sauver. J'ai encore d'autres brebis et d'autres bergeries; mais je les ramènerai toutes au même bercail, afin qu'il n'y ait plus qu'un troupeau et qu'un pasteur. Qu'on relise aussi la parabole de la brebis égarée, que le hon pasteur, laissant toutes les autres, va chercher avec sollicitude dans le désert et qu'il rapporte avec joie sur ses épaules toute saignante et épuisée (Luc, XV, 4J. Tout ce qu'Ezéchiel prophétise dans ces lignes, Jésus l'a fait, et le fera jusqu'à la fin du monde par ceux qu'il a envoyés, par les minis-
très de son £glise; et il le fait encore lui-même, puisqu'il a promis d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles, et que tout s'opère en elle par sa vertu et en son nom.
II est donc venu snr la terre, le pasteur céleste, qui s'est annoncé si longtemps d'avance par la bouche de son prophète, il est venu en la personne adorable de l'Homme- Dieu visiter son troupeau et rassembler ses brebis dispersées. Le genre humain était en effet dispersé dans toutes les voies de l'erreur et de l'iniquité, et même chez le peuple choisi et préparé par tant de merveilles pour être le centre du bercail divin ou le point de rassemblement des brebis disséminées, l'esprit du mal et du mensouge jeta la division, l'infidélité et l'égarement. Dieu a longtemps conduit son peuple par ses anges et ses prophètes; mais il annonce le temps où il viendra lui-même, en personne, le visiter et le gouverner. Après avoir parlé aux hommes en divers temps et de différentes manières, dit saint Paul (Héb. I, 1), il est venu leur parlerez la personne adorable de son fils bien-aimé, dans lequel il a mis toute sa complaisance. Et alors, dit saint Jean (I, 14), le Verbe qui était en Dieu, qui était Dieu, s'est fait chair et il a habité parmi nous, et le tabernacle de Dieu a été établi parmi les hommes.
Les enfants d'Adam avaient été dispersés daûs
les jours de nuages et d'obscurité, c'est-à-dire quand chacun, comme à Babel, marchait dans les ténèbres de son esprit propre, dans Tentraînement de ses passions excitées parle souffle de l'ennemi de Dieu et des hommes, par les inspirations du mensonge et de riniquité, par les séductions de la sensualité et de la vanité. Mais au moment marqué par la miséricorde divine, et que tous les prophètes ont annoncé, la lumière a lui dans leurs ténèbres,^ et ceux qui Tout comprise se sont rassemblés autour du foyer de cette lumière du ciel, dont le rayon les a régénérés en les illuminant; et alors renés dans leur âme ou engendrés à une vie nouvelle non par le saug ni par la volonté de la chair ni par celle de Thomme, mais par Dieu luimême, ils ont reçu le pouvoir de devenir les enfants de Dieu (Jean, I, 13).
Ainsi a été rétabli sur la terre par la parole de Jésus-Christ, par son Évangile, le royaume du ciel ou le bercail divin qui est TÉglise, dans lequel tous les hommes sont appelés à se réunir, pour ne faire qu'une seule famille, une nation sainte, pour y devenir déjà ici-bas les citoyens de la patrie céleste ou de la nouvelle Jérusalem descendue sur la terre avec le Verbe divin, et dont la magnificence ne sera consommée que dans le ciel. Là en efiet se trouve seulement ici-bas la sécurité, la paix et la vie des âmes, qui sont l'objet d'une incessante
sollicitnde, d'une protection toujours vigilante contre les attaques des loups dévorants. Là se trouvent les eaux fraîches, les herbages verts et les gras pâturages, dont TÉglise nourrit ses brebis par les sacrements et Taliment divin qui surpasse tous les autres, le pain au-des*sus de toute substance et descendu du ciel, là se trouve en un mot tout ce qui peut épurer, élever, fortifier et diviniser l'humanité par la part qui lui est accordée à la vie même de Dieu, par la communication ineffable de la lumière sans ombre, de la justice sans restriction, de la bonté sans limites, de la beauté sans tache ; car celui qui est tout cela ou en qui résident toutes ces perfections se donne lui-même en nourriture dans le corps et le sang du Verbe fait chair : < Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang aura la vie en lui (Jean, VI, 54) ». Là se trouvent les remèdes à tous les maux, les secours pour toutes les misères, les soutiens pour toutes les faiblesses, des consolations à toutes les peines, des ressources contre tous les désespoirs, et c'est le bon pasteur lai-même, le Dieu fait homme, qui est venu en personne visiter son bercail et rassembler ses brebis de tous les coins du monde, comme Tannonce le pro phète, dans une bergerie unique, qui est son Église, l'Eglise universelle ou catholique, puisqu'ils y sont appelés pour ne former qu'un seul troupeau sous on seul pasteur. Ce bon pasteur toujours présent
bk LE LUNDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE.
en elle, suivaut sa promesse, dans Tadorable sacrement, {>rincipe et fin de tous les autres, toujours vivant dans le prince de ses Apôtres, son vicaire et son représentant sur la terre, et dans tous ceux qu'il envoie gouverner le troupeau du Seigneur, en soigne tous les membres avec une tendresse paternelle, leur donnant la direction, la nourriture, la protection, le repos et la sûreté, cherchant sans cesse les brebis perdues dans le désert, ramenant au bercail les égarées, relevant celles qui sont tombées, pansant les plaies des blessées, guérissant les malades, fortifiant les faibles, ressuscitant même les mortes, et les conduisant toutes dans le sentier de la vérité, de la justice et de la vie.
Évangile selon saint Matthieu, XXV, 31,
Jésus dit à ses disciples : Quand le fils de Thomme viendra dans sa majesté, et tous les anges avec lui, il s'assiéra sur le trône de sa gloire, et toutes les nations étant rassemblées devant lui, il séparera les unes d'avecles autres, comme un berger sépare les brebis d'avec les boucs, et il mettra les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux qui sont à sa droite: Venez, les bénis de mon Père,
possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde; car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais sans asile et vous m'avez recueilli, j'ai été nu et vous m'avez revêtu, j*ai été malade et vous m'avez visité^ j'étais en prison et vous êtes venus me voir. Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim et que nous vous avons donné à manger ? ouavoir soif et que nous vous avons donné à boire? Quand est-ce que nous vous avons vu sans asile et quenoûs vous avons recueilli, ou nu, et que nous vous avons vêtu ? Ou quand estce que nous vous avons vu malade ou en prison, et que nous sommes venus vous visiter ? Et le Roi leur répondra : En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous l'avez fait au plus petit d'entre mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. Il dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges; car j'ai eu faim et tous ne m'avez pas donné à manger, j'ai eu
soif et VOUS ne m'avez pas donné à boire, j'ai été sans asile et vous ne m'avez pas recueilli, nu et vous ne m'avez pas couvert, malade et en prison et vous ne m'avez point visité. Alors ils lui diront aussi : Seigneur, quand est-ce que • «nous vous avons vu avoir faim ou soif, ou sans asile, ou nu, ou malade et en prison, et que nous avons manqué à vous assister? Mais il leur répondra : En vérité, je vous le dis, autant de fois que vous ne Tavez pas fait pour l'un de ces petits, vous avez manqué de le faire à moimême. Et ceux-ci iront au supplice éternel, et les justes dans rélernelle vie.
L'évangile de ce jour nous annonce en termes clairs et magnifiques le jugement dernier, qui aura lieu à la consommation des siècles, et où tous les hommes devront comparaître devant le tribunal divin pour recevoir définitivement le prix de leurs bonnes ou de leurs mauvaises actions en ce monde. Chacun sera traité selon ses œuvres, et ainsi il n'aura au fond que ce qu'il a voulu, puisqu'il subira les conséquences de ses actes, qui reflueront sur lui comme sur leur source : il sera ainsi jugé par lui-même. La raison naturelle avec les lumières de la conscience et ses idées du juste
et de l'injuste, ne peut pas ne pas admettre qu'en ce dernier jour comme aujourd'hui, dans un autre monde comme dans celui-ci, tout agent moral doit être récompensé ou puni selon le bien ou le mal qu'il a fait. C'est l'application nécessaire . de l'imprescriptible justice, qui est pour tous les temps et peur tous. Ici donc, comme ailleurs, la parole sacrée confirme les dictées de la conscience et de la raison. Mais, en outre, elle dépeint, avec l'autorité et l'éclat qui lui appartiennent, ce qui arrivera en ce jour solennel et concunent les choses s'y passeront; ce que la raison naturelle n'a aucun moyen de savoir. Elle nous dit, et c'est ce qu'on doit le plus remarquer dans cet Évangile, ce qui contribuera surtout à mériter la céleste récompense ou le partage même du royaume divin. C'est principalement aux œuvres de miséricorde et de charité que cette gloire est accordée. En effet, Jésus-Christ ne dit pas : Vous êtes les bénis de mon Père parce que vous avez cru en moi, parce que vous m.' avez invoqué et honoré , mais à cause des services que vous m'avez rendus en la personne des malheureux que vous avez assistés. Saint Augustin en fait l'observation dans son livre De Fide et operibus (chap. xv, t. IV). Jésus-Christ cond^ome les méchants, non parce qu'ils n'ont pas cru en lui, mais parce qu'ils n'ont point fait de bonnes œuvres, afin que personne ne
se promette la vie éternelle en vertu de la foi seule, morte sans les œuvres. L'erreur fonda^ mentale du protestantisme n'était pas nouvelle, comme on le voit, et déjà un des docteurs les plus savants de la primitive Église l'avait signalée.
Mais ce qui est encore le plus remarquable, c'est ce que le Sauveur ajoute pour expliquer la vertu des bonnes œuvres, et la raison de leur mérite. En vérité, dit-il aux justes, toutes les fois que vous avez rendu un de ces services au plus petit de mes frères, ê'est à moi que vous l'avez fait; c'est moi que vous avez secouru. — Et comment cela. Seigneur? disent les justes étonnés. Dans la réponse du Juge suprême est indiqué Tun des points les plus profonds de la doctrine chrétienne, à savoir la solidarité de l'homme avec Jésus-Christ, qui a daigné revêtir sa nature et se faire homme comme lui pour satisfaire en sa place à la divine justice, et l'admettre au partage de sa puissance et de sa gloire , après avoir partagé lui-même sa misère et s'être chargé de son expiation.
Ce qui a été fait au plus petit de ses frères d été fait à lui-même, parce qu'il a daigné se faire notre frère en assumant notre humanité, et il nous a fait ses frères en iious faisant participer à la divinité. Tous les chrétiens lui sont donc unis par une double fraternité.
En effet, ils ont le même père que lui, bien qu'à un titre différent. Il est Tunique engendré, unige^ nitm de la substance même du Père, et ils ont été créés de rien. Mais la création est aussi un rayon de la paternité. Consubstantiel avec son Père, la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance, il en est Timage parfaite, adéquate (Hébr. I, 3). Mais l'image du Père est aussi dans l'homme que Dieu a fait à sa ressemblance, et il veut que cette image de lui-même, toute imparfaite qu'elle soit par la condition de la créature, se perfectionne sans cesse pour se rapprocher, autant que possible, de son type glorieux, ou de sa complète ressemblance, c'est-à-dire de son Verbe divin ou de Jésus-Christ, qui doit se reproduire dans les âmes humaines, dont il est le parfait modèle. C'est pourquoi tout le bien que les hommes peuvent faire et qu'on peut leur faire doit tendfe, pour être un bien véritable, à perfectionner en eux l'image de Dieu, qui est leur gloire, et par conséquent à faire Jésujs- Christ ou sa ressemblance dans leur âme. Donc c'est à Jésus-Christ lui-même que ce bien est fait, puisqu'il contribue h l'établir dans les cœurs, ou à y imprimer son effigie et le sceau de sa puissance.
En outre, tout homme, qui a reçu la grâce du baptême, a l'honneur d'être membre du corps de Jésus-Christ, qui est l'Église. Donc il est devenu
un avec Jésus Christ, comme tout membre est un avec le corps dout il fait partie ; et ainsi tout ce qu'on fait pour lui est fait à Jésus lui-même, puisque le bien fait à un membre profite au corps entier et au foyer de la vie du corps. Car Jésus- Christ vit dans son Église, qui est son corps, et ainsi dans tous les chrétiens qui en sont les membres.
C'est pourquoi une bonne œuvre, qui^peut être appelée ainsi parce qu'elle tend au bien du prochain d'une manière quelconque,' n'est vraiment une œuvre de charité que si elle est faite au nom de Jésus-Christ, et par conséquent pour lui; car ce qui est fait au. nom d'une personne ou par sa délégation est comme fait par la personne ellemême. D'où il suit que l'excellence de toute œuvre chrétienne provient à la fois de l'esprit de celui qui l'accomplit, qui est l'esprit de Jésus-Christ agissant par lui, et du motif ijpi la détermine, à savoir l'intention de contribuer a l'établissement du règne de Dieu dans les âmes, à sa plus grande gloire, ou au triomphe du bien souverain sur la terre comme au ciel.
Voilà pourquoi l'Église nous invite à voir Jésus- Christ lui-même dans les pauvres, dans tous ceux qui souffrent, en nous pressant de les soulager. En effet, surtout en ce qui concerne les chrétiens, membres de son corps, Jésus-Christ a souffert
pour tous afin de les sauver tous, en sorte que, en aidant leurs frères malheureux, ceux qui s'imposent des privations ou des peines pour leur être utiles ne font pour ainsi dire, et encore bien faiblement, que payer en la personne des affligés leur dette envers le Sauveur. Car c'est encore lui qui souffre aujourd'hui dans tous les membres de son corps, comme il a souffert pendant son existence en ce monde de toutes les misères de notre humanité qu'il a daigné revêtir pour nous sauver. Il est né et a vécu dans la pauvreté; il a souffert la faim dans le désert, la soif sur la croix ; il a été sans asile, n'ayant pas où reposer sa tête, dépouillé de ses vêtements, flagellé, couvert de plaies, insulté, bafoué, condamné, crucifié. Il a voulu subir toutes les afflictions du corps et de Tâme, d'abord pour nous racheter au prix de son sang, et ensuite pour nous apprendre à les supporter en nous-mêmes et à les soulager dans les autres.
Ainsi, les chrétiens qui dédaignent et négligent les pauvres et les malheureux, dédaignent ou négligent Jésus-Christ lui-même, mort pour les sauver, et auquel ils devraient payer, autant qu'il dépend d'eux, le prix de son sacrifice et de ses douleurs en la personne des membres souffrants de son corps ou de son Église dont ils sont leè enfants comme eux. Ils seront donc
traités au jour du jugement comme ils auront traité eux-mêmes leurs frères malheureux sur la terre. Ils entendront cette terrible parole qu*il« ont fait retentir si souvent à Toreille du pauvte : Retirez-vous, je ne vous connais pas (Matth., VII, 23), et celles plus terribles encore, adressées par le souverain Juge à tous ceux qui n'auront point accompli les œuvres de miséricorde et de charité envers les membres souffrants du corps de Jésus- Christ, envers Jésus-Christ lui-même souffrant dans ses membres.
PRATIQUE
• Ce n'est point ceux qui disent î Seigneur, Seigneur, qui entreront au royaume du ciel. Il sert peu de l'invoquer, de lé prier, de le louer, si on. ne cherche avant tout à observer sa loi, à faire ce qui lui est agréable, môme avec le sacrifice de sa volonté propre, de son intérêt ou de soiï plaisir. Car la foi sans les œuvres est morte, ou comme un corps sans âme (Jacq., II, 26). Appliquons-nous donc de préférence aux œuvres de miséricorde et de charité que la parole du Sauveur nous recommande dans cet évangile, et pour nous exciter et nous soutenir en ces bonnes œuvres, parfois si pénibles, voyons toujours notre aimable Sauveur dans tous ceux qui en sont l'objet. Nous ne ferons jamais pour eux tout ce qu'il a fait pour nous.
LE LUNDI DE LA PREMIÈEIB «EMAINE. 63
PRIERE
Dieu tout-puissant et tout miséricordieux, daignez toucher et convertir nos âmes, et pour que le jeûne quadragésimal leur profite, veuillez les éclairer en ce saint temps par la lumière de vos célestes enseignements. Par Notre Seigneur Jésus-Christ.
Isaie, LV, 6.
Cherchez le Seigneur, pendant qu'on peut le trouver, invoquez-le pendant qu'il est proche. Que l'impie quitte sa voie, l'injuste ses pensées, et qu'il retourne au Seigneur qui aura pitié de lui ; car notre Dieu aime à pardonner. En eflTet mes pensées ne sont point vos pensées, et mes voies ne sont point vos voies, dit le Seigneur. Mais autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont au-dessus des vôtres, et mes pensées au-dessus de vos pensées; et comme la pluie et la neige descendent du ciel et n'y retournent plus, mais abreuvant la terre et la fécondant, elles la font germer, et donnent la semence pour semer et le pain pour s'en nourrir; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas vide, mais elle produira tout ce que j'ai voulu, et prospérera dans les choses pour lesquelles je l'ai envoyée.
L'Église nous rappelle par ces paroles du pro-
phète, qui sont celles de Dieu, ce que nous avons àfaire pendant la sainte quarantaine pour la rendre fructueuse, et profiter du secours spirituel qu'elle offre à tous les chrétiens. D'abord en ce temps le Seigneur est plus proche et il est plus facile de le trouver. C'est en effet l'époque de Tannée la plus favorable au retour vers le bien et au salut, parce que l'Ëglise, en mère pleine de sollicitude pour ses enfants, les y invite de toutes manières et leur procure les moyens les plus sûrs de s'amender et de changer de vie, s'ils ont la bonne volonté et le courage de les employer.
Le premier de ces moyens est la prière, ou l'invocation du secours divin ; car par la prière l'âme cherche Dieu et tend à s'unir à lui. Or une prière plus fréquente, plus fervente est recommandée aux fidèles pendant tout le cours du Carême, et pour la rendre plus efficace, l'Église appelle plus souvent ses enfants dans la maison de Dieu, afin que l'attraction de leur désir tourné vers le ciel soit plus puissante par l'union des cœurs et que la grâce en descende plus abondamment.
A la prière, qui retourne l'âme vers le ciel, on doit ajouter les œuvres de pénitence qui tendent à la détacher de la terre et de ses séductions, du corps et de sa concupiscence, du mal et de ses fascinations. De làles préceptes du jeûne et de l'abstiïience, qui doivent maîtriser la chair et ses appé-
tits, surtout rabstinçnce et I0 jeûne spirituels, qui disciplinent la raison et l'activité personnelle, afin de substituer dans Tbouane les mouvements de l'esprit de Dieu à sa propre pensée et les voies de la Providence à celles de la volonté humaine. Puis, quand la terre de Tâme est ainsi préparée, ouverte et comme retournée, Jésus, I9 Verbe divin, le grand semeur, lé semeur du ciel, y jette par ses ministres la semence de la divine parole, qui y dépose tous les germes du bien, afin qu'ils s'y enracinent, s'y développent et y fructifient sous la bienfaisante influence de la rosée céleste et du soleil des esprits. £t alors ce qui arrive dans une terre féconde s'opère spirituellement dans les âmes qui sont le champ de Dieu. Gomme dit le Psalmiste ; Le ciel a regardé la terre et la terre a donné son fruit (Ps. LXVI, 7). C'est par la vertu de la parole divine que s'opère cette admirable fécondation, qui reproduit ici-bas au milieu du temps Jes merveilles de l'éternité, ou le royaume de Dieu en ce monde. Ainsi les âmes créées par Dieu à son image en sont h la fois les filles et les épouses, et la parole éternelle, ou le Verbe qui a tout fait, les renouvelle et les transfigure par les effluences de sa lumière et de son amour. C'est pourquoi cette parole vivifiante se répand plus abondamment dans les saints jours du Carême pour ouvrir, féconder et sanctifier les
âmes, afin que, en ce temps de rénovation et de révivification, elles "produisent les fleurs et les fruits de la vérité, de la justice, de la charité, comme au printemps par l'effusion plus abondante des pluies et les impressions chaudes et pénétrantes du soleil tous les germes de vie sont ouverts, remués, animés dans le sein de la terre, qui va se couvrir de verdure, de fleurs et de fruits.
Mais conmie dans la nature les rayons solaires ni la rosée du ciel ne lui reviennent point vides et stériles, mais au contraire lui rendent ce qu'il leur a donné en productions abondantes qui témoignent de la puissance et de la gloire de la paternité d'en haut ; ainsi dans Tordre spirituel la parole divine, répandue dans les âmes par les canaux de l'instruction chrétienne et sous toutes les formes de la prédication évangélique, ne doit point rester inféconde ni revenir à Dieu stérile. Elle doit aussi prendi% racine dans les cœurs, s'y implanter, s'y transformer en toutes les œuvres de la science et de la vertu, pour renvoyer au Père céleste, qui en est le premier auteur, les efiets de sa puissance, les reflets de sa gloire, et ainsi contribuer à en accroître la splendeur par la réaction vivante de la reconnaissance et de Tamour de ses créatures. C'est dans cet esprit que les chrétiens doivent entendre plus
fréquemment la parole de Dieu pendant le Carême, parce que c'est le temps du labourage et de Tensemencement du champ divin, ou de la fécondation des âmes.
Évangile selon saint Matthieu, XXI, 10.
Lorsque Jésus entra en triomphe à Jérusalem, toute la ville en fut émue et chacun demandait : Qui est celui-ci? Mais la multitude qui l'accompagnait, disait : c'est Jésus le prophète de Nazareth en Galilée. Jésus étant entré dans le temple de Dieu, chassa tous ceux qui vendaient et achetaient dans le temple, et il renversa les tables des changeurs et les bancs de ceux qui vendaient des colombes, leur disant : Il est écrit, ma maison sera appelée la maison de prière', et vous en avez fait une caverne de voleurs (Isaie, 56, 7, Jérémie, 7, 11). Alors des aveugles et des boiteux vinrent à lui dans le temple et il les guérit. Mais les princes dès prêtres et les scribes voyant les merveilles qu'il avait faites et les enfants criant dans le temple : Hosanna au Fils de David, en furent indignés et lui dirent: Entendez-voiis ce qu'ils
disent? Oui, leur répondit Jésus, n'avez- vous jamais lu cette parole: Vous avez tiré la louange la plus parfaite de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Ps. 8, 3.) Et les ayant laissés là, il sortit de la ville et s'en alla à Béthanie où il passa la nuit.
Le nom de Jésus a produit dans tous les temps au milieu du monde, et surtout de nos jours, le même effet que son entrée et sa présence à Jérusalem. Quis est hiCf quel est celui-ci, demandaient avec émotion, avec étonnement, avec inquiétude les princes des prêtres, les docteurs de la loi, les pharisiens, tous les savants d'Israël? Quel est cet homme, qui parle avec tant d'autorité et fait des choses merveilleuses qui séduisent le peuple et lui attirent son affection avec son admiration et sa louange ? Qui est-il donc? Et le peuple, témoin des miracles opérés par Jésus-Christ, nourri, instruit et guéri par lui, répondait tout d'une voix et avec enthousiasme, c'est Jésus, le prophète de Nazareth en Galilée. Les savants de la science humaine ont fait dans tous les siècles la même question en face des autels élevés à Jésus-Christ, le voyant loué, acclamé, adoré par la multitude, et ne pouvant eux-mêmes s'empêcher d'admirer la pureté de sa doctrine , la sublimité de sa parole^ qui a si
merveilleusement changé la face du monde et Iransfonné Thumanilé. Qui est-il donc î d'où lui vient son autorité, et par quelle vertu a-t-il opéré tant de merveilles ? Alors ils ont essayé toutes les explications possibles sans rien expliquer, et pour échapper au miracle du Dieu fait homme, et de la pliissance divine agissant personnellement par le Verbe incarnéj ils ont imaginé toutes sortes d'hypothèses ou de systèmes encore plus incompréhensibles que le fait à expliquer.
Les uns ont dit que Jésus-Christ était un homme qui par un génie hors ligne, unique, avait opéré ce qu'aucun autre homme n'avait été capable de faire avant lui ni après lui, donc celui de tous les hommes qui s'est le plus approché de la divinité, et c'est pourquoi on pouvait sous ce rapport lui donner le nom de Fils de Dieu. D'autres ont prétendu qu'il était l'incarnation panthéistique de Tesprit du monde, qui n'acquiert la conscience de luimême que par l'esprit humain, lequel esprit universel, ou âme du monde, uni à la matière constitue le grand tout, dont tous les êtres sont des transformations. D'autres, trouvant avec raison ces explications absurdes, ont dit que Jésus est la personnification du genre humain dans son développement intellectuel et moral, comme les héros des temps. fabuleux chez tous les peuples sont des mythes, des symboles, des légendes, et non
des personnes réelles. Tout cela est encore affirmé de nos jours sous une forme ou sous une autre, et dernièrement on l'a redit dans un livre fameux, cpii a été donné comme le dernier mot de la critique sur le christianisme. Ces vieilleries de la science humaine ont été reproduites avec assurance comme des nouveautés, avec un faux appareil d'érudition pour en imposer à la raison des libres penseurs, et un style romantique pour séduire Timagination et exciter les passions du peuple.
A ce sujet il y a encore eu une grande émotion envoyant ainsi paraître Jésus-Christ devant le public, non plus en triomphe comme à son entrée à Jérusalem, mais dans Tétatà^pea près où Pilate le présenta au peuple sur le prétoire en disant : ecce homo, voilà l'homme. Mais pendant que les savants d'aujourd'hui se demandaient aussi, à l'exemple de ceux d'Israël et avec la même inquiétude: Quîs est hic? Qu'est-ce donc que Jésus- Christ? et que celui qui renouvelait leur inquiétude et provoquait leurs questions, leur répondait en beau langage et d'une voix, doucereuse : Jésus est un homme comme nous, c'est moi qui vous l'affirme : mais il faut l'avouer, c'est le plus aimable et le plus intelligent des enfants des hommes ; c'est l'homme le plus semblable à Dieu, donc le plus divin par son génie et par sa vertu, cpioiqu'il ait commis beauccrup d'erreurs, beaucoup de fautes
et ait eu des faiblesses , entre autres celles de se donner pour Dieu, et de laisser croire à des miracles qu'il ne faisait pas, afin de gagner la faveur du peuple et d'assurer l'autorité de sa parole et son crédit. Mais aujourd'hui encore, pendant que la sagesse du siècle parle à la manière des pharisiens d'Israël, le peuple, qui connaît ses miracles et qui a éprouvé depuis son enfance les effets salutaires de sa puissance surnaturelle, répond nettement avec l'instinct de son bon sens et par l'inspiration de sa foi : Jésus -Christ est le Fils de Dieu, le Verbe incarné, qui est descendu du ciel, s'est fait homme pour notre salut, et est mort sur la croix pour nous racheter. Alors les savants disent à l'Église : Faites donc taire ce peuple qui anthropomorphise la divinité en apothéosant un homme. Et l'Église leur répond avec son divin fondateur : Dieu tire sa louange la plus excellente de la bouche des petits enfants, et le royaume dû ciel est pour ceux qui leur ressemblent (Matth., XVIII, 3). Je confesse, 6 mon Dieu, que vous avez caché ces choses aux puissants et aux sages du siècle et que vous les avez révélées aux petits et aux simples (Luc, X, 21).
L'Évangile de ce jour nous donne encore un autre enseignement. Il nous apprend par l'exemple de Jésus-Christ chassant les vendeurs du temple et renversant leurs comptoirs, quel respect on doit
avoir pour la maison de Dieu, la maison de la prière, qui est profanée par toute occupation ne se rapportant point au service divin. Jésus, ordinairement si doux, si patient, si indulgent pour les pécheurs, est saisi d'indignation à la vue de cette profanation y et le zèle de la maison de son Père qui le dévore (Jean, ii , 17) se manifeste par Texptilsion des profanateurs. En deux occasions seulement celte sainte colère a éclaté. L'autre fois, c'est quand il reproche aux scfibes et aux pharisiens leur hypocrisie et leur avarice , les appelant des sépulcres blanchis, brillants au dehors et au dedans pleins de corruption. (Matth., xxiii, 27.) Que dirait-il donc s'il revenait aujourd'hui dans nos églises à certains jours? D y rencontrerait parfois, non plus des vendeurs et des acheteurs, mais des personnes mondaines qui passent pour avoir de la piété parce qu'elles savent accommoder les exigences de la vanité avec les pratiques de la religion, et qui s'y. mettent à leur aise à peu près comme dans leur salon, se faisant presque des visites les unes aux autres, et s'entretenant des nouvelles et des relations du monde en face ,des autels du Dieu vivant. D'autres, tout en croyant accomplir leurs devoirs religieux , n'y vont guère que pour voir ou être vues. La vaine curiosité et les distractions qu'elle entraîne occupent presque tout le temps consacré à la prière, et au lieu de
tourner leur âme vers le ciel, elles la laissent se remplir des fantômes et des futilités de la terre. Pour cpielques-uns le temple est un lieu de rendez-vous profanes, où naissent et s'alimentent de mauvaises pensées et des désirs souvent coupables. Quant aux solennités officielles, où la multitude des fonctionnaires civils et militaires est con^ voquée et se rend par ordre, ce qui l'affranchit du respect humain, on n'ose pas dire ce que ferait le Sauveur et quelle sainte colère le saisirait, s'il paraissait tout d'un coup au milieu de tant d'irrévérence, de légèreté et de mauvaise tenue. Beaucoup d'hommes, considérables cependant par leur rang, par leur science ou par leur fortune, qui passent pour des gens l)ien élevés, et qui rougiraient en effet de se conduire d'une manière inconvenante ou contraire à la politesse dans un salon, n'ont ni décence^ ni retenue, ni respect dans la maison de Dieu. Ils assistent au service divin sans foi, sachant à peine ce qui s'y fait et ne s'en inquiétant guère, mais regardant tout ce qui se passe autour d'eux, parlant avec leurs alentours de toutes sortes de choses, même les plus scandaleuses ; quelques-uns affectant par leur position extérieure, par une tenue sans gêne, par l'air ennuyé de leur physionomie, de ne prendre aucune part à l'office divin, pure cérémonie à leurs yeux, bonne pour les enfants, les femmes et les ignorants, mais
parfaitement inutile à des. hommes intelligents, puissants ou riches comme eux. C'est un spectacle navrant pour une aine chrétienne, et elle ne serait pas étoilnée que la colère de Dieu, à qui rien n'échappe, n'éclatât sur tant d'indignités qui déshonorent sa maison.
PRATIQUE
Respectons la maison de Dieu qui ne doit pas plua être un lieu de conversations ou d'affaires du monde qu'un marché ou une caverne de voleurs. Tâchons de nous recueillir en y entrant, pour mettre notre âme en rapport avec Dieu, et de persévérer dans ce rapport vivifiant tant que nous y restons. Évitons les entretiens inutiles , les conversations mondaines ; et au dedans, pendant notre prière , résistons de toutes nos forces aux distractions des sens , de Timagination et de la pensée , afin de ne point profaner par des choses indignes de la Majesté divine ni le temple extérieur que Dieu hahite, ni le iemple intérieur que nous portons en nous-mêmes et oti il fait ses délices de résider.
PRIÈRE
Mon Dieu, nous vous en prions, daignez jeter un regard miséricordieux sur votre famille, afin que nos âmes,' purifiées par la mortification de la chair, brûlent du désir de s'unir à vous. Que nos prières montent vers vous, ô mon Dieu, et veuillez éloigner de votre Église toute impureté et toute méchanceté. Par Notre Seigneur Jésus-Christ.
Liv. 3 des Rois, XIX, 3.
Élie étant venu à Bersabé en Juda renvoya son serviteur et fit dans le désert une journée de chemin. Puis il s'assit sous un genévrier, et désirant de mourir, il dit : Seigneur, c'en est assez, retirez mon âme de mon corps, car je ne suis pas meilleur que mes pères. Alors il se jeta à terre et s'endormit à Tombre du genévrier. Maïs voici qu'un ange du Seigneur le toucha et lui dit: tève-toi et mange. Élie regarda derrière lui et il vit auprès de sa tête un pain cuit sous la cendre et un vase d'eau. II mangea donc, il but et il s'endormit de nouveau. L'ange du Seigneur revenant une seconde , fois le toucha et lui dit: Lève-toi et mange, car il te reste un grand chemin à faire. S'étant levé, il mangea et il but, et étant fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à Horeb, la nu)ntagoe de Dieu.
Cette histoire d'Elie que TÉglise nous fait lire au commencement du Carême, doit nous encourager dans la voie de la pénitence où nous venons d'entrer, et qui paraît toujours plus rude à son début. Le serviteur, que le prophète renvoie en partant, figure les secours et les consolations de la nature auxquels nous devons renoncer en nous enfonçant dans le désert de la mortification. Il faut laisser derrière nous les plaisirs, les amusemeAts, les distractions permises en d'autres temps, et qui ne conviennent plus en celui-ci,, parce qu'ils arrêteraient notre marche, ou nous éloigneraient du but, qui est la croix de Jésus- Chrisl sur la sainte montagne du Calvaire. Pleins décourage au départ, noiis faisons d'abord comme Elle une journée de chemin dans le désert. Puis la fatigue arrive, la nature défaille, on s'arrête, on s'asseoit, on se laisse aller à terre , abattu par la vue de la longueur de la route, des obstacles à surmonter, et par le sentiment de sa faiblesse. En certains moments on va même jusqu'à désirer de mourir, parce qu'on n'a pas la force de combattre, et pour s'en épargner les efforts et les douleurs. Le sommeil du prophète sous le genévrier est l'image de ce découragement, de cette prostration, de cet abandon de nous-mêmes, où perdant parfois la conscience d^ notre vocation, le sentiment
de nos forces et de notre dignité, nous sommes
disposés à tout laisser aller en nous et autour de nous par le désespoir de vaincre le mal.
Élie venait d'opérer un miracle devant tout Israël assemblé, afin de lui prouver la puissance de son Dieu qu'il avait abandonné, et de l'y rame* ner. Par sa prière il avait fait descendre le feu du ciel sur son sacrifice, tandis que leç prêtres de Baal avec leurs supplications et leurs cris n'avaient pu allumer leur victime; et, cependant, malgré une preuve si éclatante du vrai Dieu et de la puissance de son ministre, le roi Achab ne se convertit pas, et la reine Jé^abel menace le prophète de mort, parce qu'il a tué les prêtres de l'erreur. Éiie efifrayé s'enfuit au désert, et après une journée de marche, épuisé dans son corps, découragé dans son âme, il désire mourir! N'ér prouvons-nous pas quelque chose de semblable quand, nous étant employés à 'faire quelque bien aux autres avec beaucoup de peines, de sacrifices et même de dangers, nous n'atteignons pas le but de nos efforts ; ceux que nous avons tâché de convertir ou d'arracher au mal ne persistant pas dans la bonne volonté excitée en eux, ou même par une réaction d'ingratitude se tournant contre les instruments de leur salut, et persécutant leurs bienfaiteurs? N'est-ce pas aussi ce qili nous arrive dans la direction de notre propre conduite, quand après un grand effort pour surmonter un vice,
bidser une habitude funeste, rompre les liens d'une mauvaise passion, effort dont le premier succès nous avait donné l'espérance de la victoire, nous retombons tout d'un coup dans une faute qui nous rejette en arrière, et croyons avoir perdu tout le fruit de nos peines et le gage de notre avancement? Alors aussi, comme le prophète découragé, on voudrait mourir; et dans cet abattement et la vraie douleur qui le cause, Tamour-propre a une. grande part avec la honte de sa propre faiblesse ou le mécontentement d'avoir produit si peu de chose par tant de labeurs. On se Jette à terre comme Élie, et l'on s'endort ; c'est-à-dire qu'en laissant tout allel* par manque de confiance et d'espoir , on cherche à éteindre dans une sorte de sommeil la conscience de ses peines et- le sentiment de son impuissance. CJomment sortir de cette léthargie funeste de l'âme, qui lui serait mortelle s*i elle durait? La suite de l'histoire nous l'indique. L'ange du Seigneur touche le prophète endormi et lui dit : <t Lève-toi et mange ; » et en effet il trouva sous sa main du pain et de l'eau. Il mange, boit et se rendort. Mais l'ange l'éveille de nouveau et le presse encore' de manger; « Car, lui dit-il, tu as un long chemin k faire. » L'avertissement céleste donné à Élie n'est-il pas le symbole de la grâce prévenante, qui vient à plusieurs reprises tirer l'âmë découragée de son assoupisse-
méat, lui apportant et la pressant de prendre lanourriture dont elle a besoin pour ranimer ses forces et son courage , afin de pouvoir continuer son voyage ici-bas et remplir la mission qui lui a été donnée? Ce pain angélique, mangé par le prophète, est la figure du pain descendu du ciel, du pain au-dessus de toute substance, que Jésus- Christ a apporté à la terre avec son corps dans l'adorable sacrement de rEncharistie; et cette eau céleste est l'image du véritable breuvage, ou du sang de Jésus-Christ, qui communique la vie étemelle à ceux qui le boivent. Elle rappelle aussi le fleuve d'eau vive, qui, selon la parole du Sauveur, jaillira jusque dans- l'éternité, du sein de tous ceux qui croiront en lui. (Jean, iv, 14,)
Puis, quand Élie est fortifié et comme muni par ce saint viatique, il se remet courageusement en route, et il marche sans boire ni manger pendant quarante jours et quarante nuits, jusqu'à ce qu'il arrive à Horeb , la montagne de Dieu. Exemple remarquable de la vertu du jeûne, pratiqué avec persistance après avoir été nourri abondamment par la grâce, jeûne recommandé par l'Église à tous les chrétiens pendant le Carême, parce que, est-il dit dans la Préface de ce saint temps, le jeûne élève l'âme en disciplinant le corps, et dompte les vices en ôtant aux mauvaises passions leur aliment et leur feu. Car rien
de grand dans Tordre intellectuel comme dans Tordre moral, dans les œuvres de Tesprit comme dans celles de la vertu, ne peut être produit par les hommes et surtout par des chrétiens, s'ils ne savent vaincre la concupiscence charnelle et maîtriser les appétits grossiers du corps. C'est pourquoi Moïse a passé quarante jours sur le Sinaï sans boire ni manger ; et Jésus, pour n(As donner Texemple, et comme pour se préparer à sa mission divine, reste quarante jours dans le désert sans prendre de nourriture, ou plutôt ne se nourrissant que de cette autre nourriture dont il a parlé à ses disciples, qui est de faire la volonté de son Père. (Jean, IV, 34.)
Le jeûne du Carême imposé par l'Église, qui commence aussi par nourrir abondamment du pain et de Teau du ciel les hommes de bonne volonté, qu'elle veut mener à la montagne du Seigneur, est donc un puissant moyen de perfectionnement spirituel, de progrès dans le bien, d'avancement vers le ciel; et c'est toujours un malheur de ne pouvoir le pratiquer tel que l'Église le recommande. 'Sans doute, son indulgence maternelle le proportionne à la faiblesse de chacun, ne voulant pas qu'on détruise le corps pour le soumettre. Mais aussi, quand ce moyen fait défaut à cause de Tinfirmité humaine, elle veut qu'on le compense par un autre, ou qu'on supplée par
des aumônes plus abondantes, des prières plus fréquentes et d'autres bonnes œuvres, aux privations que le corps ne peut supporter. Mais rappelons-nous que le prophète ne se met en route pour un si long voyage, qu'après s'être fortifié par la nourriture apportée par l'ange. C'est pourquoi^ au commencement de la sainte Quarantaine, quand il s'agit de la traverser comme le désert au milieu des fatigues et des privations pour arriver à la montagne de Dieu, c'est-à-dire au Calvaire, nous devons au début de ce voyage long et difficile, nous munir du divin viatique, sans lequel nous risquons de défaillir sur la voie douloureuse, où tout chrétien fidèle doit s'engager en ce temps et suivant ses forces h suivre son Rédempteur.
i^angild selon saint Matthieu, XII, 31.
Quelques-uns de5 scribes et des pharisiens dirent à Jésus : Maître, nous .voudrions bien que vous nous fissiez voir un prodige. Mais il leur répondit : Cette race méchante et adultère demande un prodige, et on ne lui en donnera point d'autre que celui du prophète Jonas ; car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans
le ventre d'un grand poisson, ainsi le fils de rtiomme sera trois jours et trois nuits dans le . cœur de la terre. Les Ninivites s'élèveront au jour du jugement contre cette race et la condamneront, parce qu'ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas, et il y a ici plus que Jouas. La Reine du midi s'élèvera au j#ur du jugement contre cette race, parce qu'elle est venue des extrémités de la terre pour entendre la sagesse du roi Salomon, et il y a ici plus que Salomon. Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va dans les lieux arides, cherchant du repos, et il n'en trouve pas. khts il dit : Je retournerai dans la miaison d'où je suis sorti ; et revenant il la trouve vide, nettoyée et parée. Alors il va prendre sept autres esprits plus méchants que hîi, et entrant dans cette maison ils y habitent, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. C'est ce qui arrivera à cette race criminelle. Pendant qu'il parlait encore au peuple, sa mère et ses frères étaient dehors, cherchant à lui parler. Quelqu'un lui dit: Voici votre mère et vos frères qui sont dehors et qui vous demandent. Mais il répondit :
Qui est ma mère et qui sont mes frères? Et étendant la main vers ses disciples , il dit : Voici ma mère et mes frères. Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cïeux, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère.
Par les paroles de cetÉvangile, qui ne semblent au premier abord qu'une condamnation des Juifs incrédules, Jésus affirme sa divinité, d'un côté par l'annonce de sa mort et de sa résurrection, dont l'histoire de Jonas est le symbole, et de l'autre, en disant qu'iLy a en lui plus que Jonas et plus que Salomon. Jonas était prophète : donc Jésus est plus que prophète. Salomon avait été déclaré le plus sage des hommes ; et c'est pourquoi on venait l'entendre et le consulter des extrémités du monde. Donc s'il y avait en Jésus-Christ plus que Salomon, c'est qu'une sagesse surhumaine parlait par sa bouche ; il était plus savant que le plus savant des hommes, ou autrement la sagesse divine était en lui. Et cependant les sages et les savants d'Israël n'écoutent point sa parole et ne l'acceptent pas: Us sont pires que les Ninivites, qui firent pénitence, quand Jonas vint les avertir. Ûs sont bien au-dessous de la reine de. Saba, qui
vint de si loin pour entendre la sagesse du roi d'Israël, et qui en fut ravie d'admiration.
Hélas I que dira donc Notre-Seigneur au jour du jugement des chrétiens de nos temps, qui ont devant eux, comme motifs de foi en Jésus- Christ, bien plus de merveilles que les Juifs incrédules d alors, toutes les prophéties concernant le Messie ayant été réalisées depuis, et TÉglise, par son . établissement prodigieux au milieu des oppositions du monde et des plus horribles persécutions, par sa propagation à travers le temps et l'espace , par cette royauté spirituelle qu'elle a fondée sur la terre et qui est la préparation du royaume divin, ayant démontré et démontrant tous les jours l'autorité et la puissance divines de son fondateur ! Aujourd'hui encore les docteurs de la loi et les savants demandent à Jésus- Christ des miracles pour croire à sa divinité, mais des miracles à leur façon, comme ils les entendent, et Dieu, en les opérant, devra se conformer à toutes les conditions de leur curiosité, à toutes les exigences de leur incrédulité. Certes, ce n'est pas le moyen d'obtenir des manifestations exceptionnelles de la toutepuissance divine. On ne somme point Dieu de £ûre des miracles; et quand il a la bonté d'en faire,, il les fait à sa manière et à son heure. Il écoute volontiers les humbles et il les élève; naais il résiste aux superbes et les abaisse, quand
il lui plaît, il les renverse <du trône de leur orgueil. C'est donc toujours la môme histoire, à savoir la puissance et la bonté de Dieu méconnues, insultées, repoussées par la méchanceté de l'homme, toujours prêt à se préférer a son Créa* teur, à violer sa loi pour se rendre indépendant, et s'aimant lui-même, aimant sagloire, son plaisir, son intérêt par- dessus tout et contre tout. L'exaltation de son orgueil, en le soustrayant à l'action protectrice de la loi divine qu'il secoue comme un joug, le précipite misérablement dans la matière par l'entraînement des instincts de la chair, qu'il devrait dominer et dont il devient l'esclave.
A la fin de cet Évangile est annoncée une des vérités les plus profondes de la doctrine chrétienne. Qui est ma mère, qui sont mes frères? dit Jésus- Christ; ceux-là qui font la volonté de mon Père qui est au cieL En effet > Marie « dû l'insigiie honneur, le bonheur ineffable de concevoir et de porter dans son sein virginal le Verbe incamé, à son entière et pure soumission à la volonté divine, quand elle lui a été annoncée par l'ange, soumission admirablement exprimée par cette parole si humble : Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole ! Cet abandon d'ellemême entre les mains de Dieu et à son Esprit qui daigne la visiter, celte donation absolue de toute sa personne à l'accomplissement des desseins
divins, s'est conlinuée pendant toute «a vie et par tous ses actes. C'est pourquoi, toute âme chrétienne qui imitera la soumission et l'humilité de Marie, son obéissance d'esprit et de cœur, sa complète abnégation, recevra aussi en elle reffusion de TEsprit-Sàint, et concevant le Verbe divin dans les entrailles de son être , elle portera Jésus en elle, elle Tenfantera spirituellement dans son sein, et elle le mettra au jour par ses paroles, par ses actions, par la pureté, la sublimité et le dévouement d'une vie vraiment chrétienne , parce qu'elle sera identifiée, autant qu'il est possible ici-bas, avec la vie de Jésus*Ghrist. Car le chrétien véritable, comme le nom l'indique, estun autre Christ, ou un porte*Ghrist) Christifère, comme disaient les Pères de f Église. Gêlui-làpeut dire avec l'Apôtre : « Je ne vis plus, moi, mais Jésus vit en moi. »((}al., ii, 29.) Cette vérité est encore énoncée dans une autre parole de Jésus répondant à cette femme, qui exalte le bonheur de sa mète de l'avoir porté dans ses entrailles et nourri de son lait. Plus heureux encore, dit-il, ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l'observent I En effet, par la foi en la parole divine l'Esprit-Sainf entre dans Tâmé; et sa vertu, qui la pénètre, y engendre l'image du Verbe divin, en sorte que l'âme ainsi fécondée djBvient véritablement la Mère de Jésus-Christ qu'elle porte en elle, et dont la vie devient la
sienne; ou autrement Tâme qui s'unit à Dieu par tout son amour, avec le plein acquiescement à sa parole et à sa volonté, devient réponse du Père céleste et, par conséquent, la Mère du Fils. Ce mariage ineffable, grand mystère en Jésus-Christ et, en son Église, dit saint Paul (Éphés., v, 32), et dont le mariage humain n'est qu'un symbole, est la fin dernière de l'ascétique chrétienne, le comble de l'amour du Créateur et du bonheur de la créature. C'est pourquoi, dans les Livres saints, Sion, qui représente le peuple choisi, est toujours appelée l'épouse du Très-Haut, toute remplie de bénédictions et de prospérités quand elle est fidèle, accablée de reproches et de malheurs quand die ne Test pas. C'est le fond du Cantique des q^ntiques, qui est en effet un chant d'amour, un épithalame, mais d'un amour tout divin, l'hymne du mariage de l'âme avec son Créateur. Voici, du reste, un passage du vénérable Bède, qui confirme cette explication (lib. 4, cap. 49, in Luc. II).
« Le Seigneur ajoute au témoignage de cette femme, qui déclarait Marie bienheureuse d'avoir enfanté et allaité Jésus, que non-seulement celle-là est heureuse, qui a mérité de concevoir corporelle ment le Verbe divin, mais aussi tous ceux qui se sont attachés à concevoir le Verbe dans leur âme par la foi, et à l'enfanter par leurs bt)nnes œuvres en eux-mêmes ou dans les autres
et à Fy nourrir. Car Marie elle-même, très-heureuse sans doute d'avoir été l'instrument temporel de l'incarnation du Fils de Dieu, l'est encore davantage, parce qu'elle est la gardienne éternelle de son amour. »
Le titre de frère que Jésus donne ici à ses disciples s'explique de la même manière et plus clairement encore. Car si par le sang de Jésus- Christ qui nous rend la vie du ciel dans le baptême en nous faisant de nouvelles créatures, nous devenpns effectivement les fils adoptifs du Père, nous devenons aussi les frères du Fils unique quil'qit par nature, et en vertu de la filiation divine qui nous est accordée et de la fraternité qui s'ensuit, nous sommes les. cohéritiers de Jésus- Chrisf! Nous sommes même ses frères selon la chair, puisque le Verbe divin ayant revêtu la nature humaine àfins le sein de la Vierge, la chair et le sang qu'elle lui a donnés sont notre chair et notre sang.
Les disciples de Jésus ont donc une double fraternité avec leur maître, Tune naturelle et humaine du côté de la mère, qui est une fille d'Eve et qui est devenue spirituellement notre mère, puisqu'elle nous a donné celui qui estla vie ; l'autre surnaturelle et toute divine par la filiation du Père céleste, qui nous a régénérés dans l'Esprit-Saint par la vertu de son Verbe.
PRATIQUE
Quand nous avons eu le bonheur, avec la grâce de Dieu, de chasser de notre cœur le démon impur, soyons bien sur nos gardes pour qu'il n^y rentre pas, malgré tous ses efforts et ses assauts réitérés. C'est le plus obstiné de nos ennemis, le plus difficile à vaincre; car plus qu'un autre il endurcit Pâme et la ferme à la parole divine et à sa vertu. Or, sans la foi en la parole de Dieu qui nous fait goûter Péternelle vérité dans notre esprit et la concevoir dans notre cœur ponr la reproduire par nos actions, nous ne pouvons^participer au bonheur maternel de Marie, puisque nous ne porterons point Jésus- Christ en nous, ni à l'hpnneur de la fraternité divine, de l'héritage divin, parce que nous n'avons point la vie du ciel, qui peut seule nous rendre les frères de Jésus-Christ en nons faisant les enfants adoptifs du Père céleste.
PRièRE.
Seigneur, nous vous en prions, écoutez avec bonté nos prières et étendez la droite de Votre Majesté contre tous nos ennemis. Éclairez nos âmes du rayon de votre lumière, afin que nous puissions voir ce qu'il faut faire et accomplir tout ce qui est bien. Par Notre Seigneur Jésus-Christ.
Ëséchiel, XVIII, 1.
Le Seigneur m'adressa la parolB et. me dit : D'où vient que vous vous servez parmi vous de cette parabole et que vous l'avez tournée en proverbe dans Israël? Les pères, dites-vous, ont mangé des raisins acerbes et les dents des enfants en sont agacées. Je jure par moi-même, dit le Seigneur Dieu, que cette parabole ne passera plus en proverbe en Israël ; car toutes les âmes sont à moi. L'âme du fils est à moi comme Tâme du père. L'âme qui a péché mourra elleméode. Si un homme est juste, s'il agit selon réquité,s*il ne mange point sur la montagne et s'il ne lève point les yeux vers les idoles de la maison d'Israël ; s'il ne viole point la femme de son prochain et ne s'approche point de la sienne à certaines époques ; s'il ne contriste personne, s'il rend à son débiteur le gage déposé, s'il ne prend rien par violence, s'il donne de son pain à celui qui a faim, et couvre celui qui est nu ;
s'il ne prête point à usure et ne reçoit pas plus que ce qu*il a donné, s*il détourne sa main de l'iniquité et rend des jugements équitables; s'il marche selon mes préceptes et garde mon ordonnance pour agir selon la vérité ; celui-là est juste et il vivra de la véritable vie, dit le Seigneur.
La première réflexion qui se présente à la lecture de ce passage d'Ézéchiel, et elle explique pourquoi l'Église nous le donne à lire en ce moment, c'est qu'elle veut nous rappeler que les œuvres de pénitence, dont elle nouç a parlé dans l'épître précédente, le jeûne, l'abstinence et la mortification corporelle, bien que très-utiles au progrès spirituel, ne suffisent cependant point à la justification, et qu'il y faut joindre la pratique assidue de la justice par Tobservation des commandements et l'exercice de la charité. C'est ce qui a été dit dans un Évangile précédent, où nous avons vu le Sauveur appeler à la possession du royaume céleste tous ceux qui ont eu soin de lui en la personne des pauvres et des malheureux. C'est pourquoi pour bien faire notre carême, il ne suffit pas déjeuner, d'observer l'abstinence, de s'imposer des mortifications, ni même de multiplier les prières et d'en-
tendre plus fréquemment la parole de Dieu ; tout cela est bien , mais il faut autre chose^ qui est l'essentiel et comme la fin à laquelle tous ces moyens tendent et doivent nous préparer, à savoir Tobservation exacte de la justice par l'accomplissement de tous ses devoirs, par le respect des droits d'autrui, et, par-dessus la justice, la pratique sincère ef cordiale de la charité.
Une seconde réflexion plus profonde ressort des paroles du prophète, c'est que la justice divine ne fait point acception des personnes, et que dans son exactitude inaltérable, dans sa parfaite impartialité qui en fait la souveraine équité, elle rendra nn jour à chacun selon ses œuvres; c'est-à-dire que chacun sera jugé en définitive sur ses actes propres, et par les effets mêmes de sa liberté et de remploi qu'il en aura fait.
Chaque âme répondra pour soi et non pour les autres, sauf les cas où, par l'intervention de sa volonté, sa responsabilité a été engagée dans la conduite d'autrui, et encore là même elle ne recevra que la part de peine ou de récompense afférente à la mesure de sa participation. Sans doute il existe une certaine solidarité entre les hommes comme entre les membres d'un même corps, et en vertu de cette union il y a un partage de joie ou de souffrance par la communauté de vie ^mais dans le corps de l'humanité les membres sont des êtres
intelligents et libres. U y a entre eux antre chose qu'une sympathie organique, une réaction instinctive et fatale comme dans les êtres sans raison : il y a la loi de justice qui régit tous les agents moraux, et qui n*est accomplie que si chacun reçoit en proportion de ce qu'il a fait ou suivant son mérite. G*est une des preuves les plus frappantes de la nécessité d'une vie future, où Timprescrip*^ tible justice devra être parfaitement réparée par un jugement final, qui mettra chacun à sa place en raison de ses mérites ou de l'usage qu'il aura fait de sa liberté pour le bien ou pour le mal, entre Dieu, le principe et la plénitude du bien, et Satan, l'auteur et le consommateur du mal.
Mais ce qui s'appliquait déjà aux Juifs est encore plus vrai des chrétiens,^ que le prophète désigne ici par son tableau du juste, qui vivra de la véritable Vie. Car le Messie en rachetant l'humanité coupable au prix de son sang, qui a lavé le péché d'origine et en a détruit la fatalité, ce qui a été une véritable libération des hommes tenus jusque-là sous le joug de Satan, Jésus-Christ le Rédempteur, le Libérateur, le Sauveur, tout en laissant subsister la solidarité naturelle qui provient de la génération, a rendu à chaque homme sa liberté native en le régénérant par le baptême qui en a fait uuB créature nouvelle, c'est-à-dire une âme dégagée des liens du péché, purifiée de la
tache originelle, et ain§i n'étant plus sous Tanathème, en proie à la malédiction, objet de la colère divine et dans la naort. Renée à la vie du ciel par la vertu du sang du Fils qui Ta pénétrée, quoique par l'union avec son corps elle ait encore à subir les influences de la chair et du sang par lesquelles des dispositions bonnes ou mauvaises lui sont transmises, elle reçoit cependant par sa régénération un rayon de la puissance divine qui la rend capable de les surmonter; et sa liberté, aidée efficacement par la grâce^ reprend sa force native exaltée par le secours qui lui est accordé, en sorte que désormais elle n'aura plus à subir de servitude morale, que celle à laquelle elle consentira en se dégradant. Voilà la liberté des çnfents de Dieu, que Jésus est venu apporter au monde 1 Elle renaît en. nous au baptême par l'infusion de l'Esprit divin; elle se développe par Téducation chrétienne, par l'observation de la justice; elle se perfectionne par l'exercice de la charité, et enfin elle se consomme en s'identifîant à la liberté même de Dieu par la participation pleine à son étemelle vie dans le ciel. C'est ainsi que l'âme humaine, qui était devenue la proie du prince du mal, a été arrachée à son joug, Satan ayant été vaincu par la croix de Jésus-Christ sur le Calvaire, comme il le sera définitivement à la consommation des temps par son Église contre
laquelle tous les efforts de Tenfer ne prévaudront pas.
Ces considérations expliquent aussi ces paroles énei^quesdu Seigneur au prophète : « Toutes les âmes sont à moi; Tâme du fils est à moi comme l'âme du père. L'âme qui a péché mourra ellemême ; » ce qui montre qu'aucune ne devra plus être punie pour le péché d'un autre, mais seulement pour le sien propre; car toutes appartiennent à Celui qui seul les crée par son amour, pour sa gloire et pour leur bonheur. Quelles que soient les voies par lesquelles elles arrivent en ce monde, créatures de Dieu, faites à son image et devant reproduire sa ressemblance, c'est à lui seul en définitive qu'elles auront affaire ; à lui seul elles doivent le compte de leurs mérites ou de leurs démérites icibas. Dieu est leur unique juge, comme il est le seul Père, le seul législateur, le seul roi. De là la grandeur, la verlu, la liberté des âmes, ou leur indépendance de tout ce qui n'est pas Dieu ou pour lui, de qui seulement elles relèvent dans leur conscience, dans le plein exercice de leur intelligence et de leur volonté. De là aussi sortent plusieurs conséquences importantes pour les droits spirituels des individus dans la famille et dans la société, qu'il serait trop long d'exposer ici, et que .nous retrouverons dans le cours de ces méditations
LE JEUDI Dfi LA PREMIÈRE SEMAINE. 97
Évangile selon saint Matthieu, XV, 21.
Jésus ayant quitté la terre de Génézarelh se retira du côté' de Tyr et de Sidon, et voilà qu'une femme chananéenne , sortie de ce pays, se présenta à lui en s'écriant : Seigneur, fils de David, ayez pitié de moi : ma fille est misérablemeat tourmentée par le démon. Jésus-Christ ne lui répondit pas un seul mot. Alors ses disciples s*approchant de lui le priaient en lui disant : Accordez-lui ce qu'elle demande, parce qu'elle crie après nous. Mais il leur répondit : Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison dlsraël. Cependant elle s'approcha de lui et l'adora en lui disant : Seigneur, assistez-moi. Il lui répondit : Il n'est pas juste de prendre le pain des enfants et de le donner aux chiens. Elle lui répliqua : Cela est vrai, Seigneur; mais les petits chiens mangent au moins les miettes qui tombent de la table de leur maître. Alors Jésus lui dit: 0 femme, votre foi est grande !• qu'il vous soit fait comme vous le voulez; et sa fille fut guérie à l'heure même.
U y a trois choses à considérer dans ce récit évangélique : la prière de la Cbananéfome, la conduite des disciples, et ce qu'a fait Notre-Seignçur.
Cette mère, qui demande si instamment la guérison de sa fille, est une femme de Ghanaan, Syrophœnissa, dit saint Marc, donc de la race des gentils adonnés à Tidolâtrie et ignorant le vrai Dieu. Elle s'adresse néanmoins à Jésus, qu'elle appelle fils de David. Elle implore aa pitié sur sa fille pos*sédée du démon. Elle cr Ait donc à sa puissance, et il y a un commencement de foi dans la seule démarche d'aller implorer son secours. Mais en outre elle y met une insistance opiniâtre, que rien ne décourage. Elle poursuit les disciples de ses cris, au point qu'ils ne songent qu'à s'en débarrasser. Elle se jette aux pieds de Jésus sans se rebuter de son silence d'abord, ni ensuite de son refus exprimé en termes sévères et qui devraient lui paraître dars. Cette païenne enfin mérite que le Sauveur lui dise cette parole remarquable : ô femme, votre foi est grande, assez grande pour obtenir ce que vous désirez; et TefiTet salutaire suit la parole de clémwice. Sa fille est guérie au moment même.
Saint Jérôme dit (Lib. 2, Comment, in cap. 15 Matthœi) que la fille de la Qxananéenne représente les âmes qui croient déjà, quoiqu'elles soient tour-
mentées par le démon, parce qu'elles ignorent le Gréateuret sont encore engagées dans les ténèbres de l'idolâtrie. En appliqnant ce fait et la pensée de saint Jérôme à ce qui se passe trop souvent au milieu de nons, quel encouragement et quelle espérance ne pouvons-ïious pas en retirer î II peut donc y avoir antîommencement de foi, même une foi vive en des âmes qui ignorent Dieu et qui sont abandonnées à toutes les erreurs, à toutes les passions, à tous les désordres que cette ignorance entraîne. Il ne faut donc pas désespérer du salut de ceux que nous Aimons , quand ils paraissent le plus éloignés de Dieu, même ses ennemis. Saul, gardant les vêtements de ceux qui lapidaient saint JÊtienne, et ensuite persécuteur furieux des disciples de Jésus, était déjà marqué comme un vase de miséricorde, et rinstrument le plus efficace de rétablissement de cette Église, qu'il voulait détruire à son origine. Attendons seulement le moment de la grâce, et que ce cri , Jésus^ fils dt Davidy ayez pitié de moiy iusistez-moiy ou encore. Seigneur, que voulez-vom çwe je fasse, soit arraché du cœur bouleversé, et alore les loups deviendront des agneaux, et les ennemis de Jésus-Christ seront ses soldats les plus défottés. C'est ce moment que les fidèles, qui ont à cœur le salut d'une personne aimée, doivent préparer et accélérer par leurs prières.
La conduite des apôtres en cette circonstance
nous donne une autre leçon. Saint Jérôme^ dans le passage cite plus' haut, dit qu'en ce temps-là ils' ignoraient les mystères du Seigneur et ne compre- *naient rien à sa conduite. Us le prient donc d'accorder à cette femme ce qu'elle demande, soit par commisération, soit, ce qui est plus probable, et ils l'avouent eux-mêmes, à cause de Tennui de ses cris mportuns et pour se débarrasser d'elle. Hélas! combien d'oeuvres, bonnes en apparence, nous faisons de la sorte, quand on nous persécute pour obtenir une aumône, un secours, un signe de protection, une parole de recommandation, un appui quelconque ! Trop souvent nous n'accordons que pour nous délivrer de l'importunité des malheureux, ou pour en finir avec les obsessions de ceux qui les soutiennent. En ce cas évidemment c'est notre repos que nous cherchons et non le soulagement de la misère.. Nous agissons pour nous et non pour les autres, et l'amour de Dieu n'est pour rien ou pour bien peu dans notre action, qui peut être bienfaisante à un certain degré par son résultat extérieur, mais qui à coup sûr n'est pas charitable, si le désir de nous débarrasser d'un ennui en est le principal motif.
Enfin, ce que Jésus a fait ici doit exciter à la fois notre admiration et notre espérance. D'abord il ne répond rien à cette femme, non par un superbe dédain semblable à celui des scribes et des
docteurs de la loi, mais afin de ne point agir contre Tordre qu'il a donné lui-même à ses disciples, de ne point aller d'abord chez les gentils ni dans les villes des Samaritains. C'est ce qu'il répond à leur instance : Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. Il ne refuse pas d'annoncer l'Évangile aux nations, mais il doit le prêcher auparavant aux enfants d'Israël, et la parole divine se reversera sur les infidèles à leur défaut. C'est ce que saint Paul dit plus tard aux Juifs orgueilleux et incrédules, qui repoussaient le don de Dieu. {ÂcU Xni, 46.) Ainsi le Sauveur poursuit sa mission avec fermeté, sans s'en laisser détourner par les cris d'une mère désolée ou par les obsessions intéressées de ses disciples. Jusque-là il ne voit dans ce qu'on lui dendande que des afiTections humaines, des sentiments humains, des raisons vulgaires, et bien qu'il puisse en être touché, il u'bu est point ébranlé. Ce qui nous apprend à persévérer dans les voies de la vérité, de la justice et du bien, que nous sommes appelés à faire prévaloir au milieu du monde en raison de notre position sociale ou par l^obligation de nos devoirs, nonobstant les supplications, les réclamations oulesimportunités de tout genre dont nous pouvons être assaillis par les intérêts et les passions qui nous entourent et qui 5'efforcent d'empêcher notre action, si elle leur est
contraire, ou de la tourner dans leur sens et à leur profit.
Jésus reste donc inébranlable au milieu de tout oebMt, de cette agitation dé la Ghananéenne et de êes disciples. Mais voici qu'un autre élément intervient dans ^ette affaire, et celui-là n'est plus de la terre, mais du ciel. Alors là face des choses change , parce que son cœur en est vivement touché. La réponse sévère du Sauveur, loin de décourager la pauvre mère, a au contraire augmenté sa foi en faisant jaillir de son âme ce qui est le plus agréable à Dieu, le cri d'un cœur humble et contrit. Seigneur, a dit le psalmiste, vous ne mépriserez pas un cœur contrit et humilié. (Ps., L, 18.) Par les paroles si humbles de cette pauvre femme, qui se laisse comparer aux chiens, qui accepte et accroît encore ce qu'il y avait de. pénible pour elle dans cette assimilation en demandant à être traitée comme les petits chiens, auxquels on permet de manger les miettes tombées de la table de leurs maîtres; cette réponse qui avoue si naïvement la supériorité de la maison d'Israël, Tindignité des gentils, et combien la première a droit d'être préférée aux seconds, cette abnégation d'amour-propre qui consent à être traitée comme les animaux, pourvu qu'elle ait la part la plus minime à la nourriture 'des enfants de Dieu, désarment la sévérité du San-
veur et font prévaloir la miséricorde sur la justice. Un rayon d'amour sort du cœur dé Jésus et va se répandre avec sa parole sur la mère et sur la fille, qui ont donné l'exemple d une si grande foi. Ici donc se réalise aussi une parole* dite ailleurs aux Juifs : Dieu peut faire sortir des pierres des enfants d'Abraham. (Luc, m, 8.) Cette païenne, cette Cliananéenne devient par Vardeur de sa foi une fille d'Abraham, le père des croyants, et ainsi le Seigneur en accordant à son humilité Tobjet de sa demande n'agit point contrairement à sa parole et ne déroge point à sa mission. •
PRATIQUE
Que notre prière soit comme celle de la pauvre Ghananéenne, ardente, persistante même j usqu'à Timportunité,,mais surtout pleine de foi et d'humilité. L'abnégation de nous-mêmes dans ce que nous demandons est ce qui touche le plus le cœur de Dieu. Les cris, les agitations, les emportements de la douleur ou de la passion, quand notre volonté propre en est la fin, ne l'émeuvent pas plus que les sollicitations intéressées ou le désir de nous épargner des peines. Que notre prière se termine toujours, au moins virtuellement, par la parole du Sauveur: Non sicut ego volo, sed sicut ta. Seigneur, que votre volonté soit faite et non la mienne!
PRIÈRE
Dieu tout-puissant, nous vous en prions, accordez une attention favorable aux humbles supplications de votre peuple, afin que ceux qui mortifient leur corps par l'abstinence soient*refaits et fortifiés dans leur kme par le fruit des bonnes œuvres. Par Notre Seigneur Jésus-Christ.
Ëzéchiel, XVIII, 20.
L'âme qui a péché mourra elle-même. Le fils ne portera point l'iniquité du père, et le père ne portera point l'iniquité du fils. La justice du juste sera sur lui, et l'impiété de l'impie sera sur lui. Mais si l'impie fait pénitence de tous ses] péchés, s'il garde tous mes précepteà et s'il observe la justice, il vivra certainement et il ne mourra point. Je ne itie souviendrai plus de toutes les iniquités qu'il avait commises: il vivra dans les œuvres de justice qu'il aura faites. Est-ce que je veux la mort de l'impie, dit le Seigneur Dieu, et non qu'il se convertisse de sa voie et qu'il vive? Que si le juste se détourne de sa justice, et s'il commet l'iniquité et toutes les abominations que l'impie commet d'ordinaire , est-ce qu'il vivra? Toutes les œuvres de justice qu'il avait faites seront oubliées, et il mourra dans sa prévarication et dans son péché. Après cela vous dites : La voie du Seigneur n'est pas juste. Écoutez donc, mai-
son dlsraël : Est-ce ma voie qui n'est pas juste et ne sont-ee pas plutôt les vôtres qui sont perverties? Car lorsque le juste se sera détourné de sa justice et aura commis Tinlquité, il mourra dans les œuvres injustes qu'il a commises. Et lorsque Tîmpie se sera détourné de son impiété et qu'il aura accompli la justice, il rendra la vie à son âme. Reconnaissant son état et se détournant avec réflexion de toutes les iniquités qu^il a commises, il vivra certainement et il ne mourra point.
Le prophète a annoncé par les paroles lues daiis répître précédente qu'il viendra un temps où le joug de la fatalité, qui pèse sur le genre humain depuis le péché d'Adam, étant bi'isé par le libéjtttôUf , chaque homme qui participera à la vérité delà rédemption, sera réhabilité dans sa liberté native ) et deviendra lui-même Tarbitre de son sort par Tusage bon ou mauvais qu'il en fera ici-bas. Il sera donc l'artisan de son salut ou de sa ruine , en raison de son choix entre le bien et le mal, entre la vie et la mort posées devant lui. Ézéchiel poursuit la conséquence de cet état nouveau, où l'homme délivré de la mort par le baptême, affranchi du Joug du mal parla vertu du
saog de Jésus-Gliristy ne 8e perd ou ne se saxxrt plus que par l'effet de sa volonté^ par la préférence ou la prédilection de sa liberté, et ainsi ne pent plus s'en prendre qu'à lui-même, s'il retombe dans le mal et dans le malheur qui le suit. Dieu, qui est le bien sonverain, vent se donner à tons, comme la lumièrd se verse partout où elle trouve aceès. Il est le soleil d^ esprits et il rayonne sans cesse et universellement snr tous les esprits. Il . veut donc que tpns vivent du bien qui sort de lui et de l'abondance de la lumière. Le juste vit de sa foi, dit la parole sacrée ( Hom., i, 17 ) ; c'est-à-dire enrecevantdans son cœur et en âceompli^ant dans sa conduite la parole divine qui est sa loi et son flambeau. Par là il s'unit intimement à Ken, et vit de la vie divine qui fait son bonheur. Mais si la foi faillit on s'éteint» on s'il cesse de la réaliser par ses actes, le rapport vivant de son âme avec Bien est interrompu, jmisqn'il en détourne sa volonté, et ainsi elle cesse de vivre de l'étemelle vie ; elle tombe dans la mort, qui est la privation de la vie : ce qui est l'effet du péché mortel.
Que si, au contraire > une âme séparée de Dieu par l'incrédulité ou le désordre, touchée de la grâce se retourne vers le ciel et y pose de nouveau soni désir et son espérance, rejetant de son sein le venin du mal absorbé jusque-»là, et attirant par son repentir et son humilité le rayon vital qui
/établit son rapport avec son principe, la vie jui sera rendue, qnand même elle eût commis tons les crimes, dont les souillures sont e£facées par la grâce de son état nouveau. D*un cftté comme de l'autre, c'est une question de fait; et le fait est déterminé par l'acte de la liberté humaine, par le choix de chacun, à qui il sera donné ce qu'il aura voulu. Il sort de là une conséquence terrible et consolante à la fois: c'est que le plus juste des hommes peut toujours faillir, tant qu'il estdajis répreuVe,et qu'un seul péché mortel suffit, s'il n'a pas le temps . d'en revenir, pour détruire l'effet d'une vie sans reproche jusque-là; car la mort laisse son âme dans l'état où elle la trouve, unie à Dieu ou séparée de Dieu. Mais par contre, et là est la consolation et l'espérance, une âme coupable des plus grands forfaits jusqu'au moment de la mort, peut les effacer tous d'un seul trait, pour ainsi dire, par un mouvement sincère de conversion qui la rattache à Dieu, comme le bon larron sur la croix, et lui rend les prémices de la vie divine en rétablissant son rapport vivant avec Celui dont elle émane. Toi, qui te crois juste et dans l'ordre, tiens-toi bien et prends garde de tomber, car il ne faut qu'une chute pour te perdre. Et toi, qui es devenu par ta faute l'esclave du mal qui t'a enfoncé dans le péché et dans le crime, reprends courage; il ne faut qu'un effort, un élan pour sor-
sortir de Tabîme. Lève-toi donc comme l'Enfant prodigue pour retourner vers ton père, qui en voyant ton repentir et ta bonne volonté de revenir k lai, te rendra le bonheur avec la vie dans les embrassements de son amour.
Évangile selon saint Jean, V, 1,
La fête des Juifs étant arrivée, Jésus monta h Jérusalem. Or il y avait à Jérusalem près la Porte des brebis une piscine, appelée en hébreu Behtsaiday qui avait cinq galeries dans lesquelles étaient couchée une multitude de malades, d'aveugles, de boiteux, de paralytiques, qui attendaient le mouvement de l'eau. Car l'Ange du Seigneur descendait à un certain temps dans la piscine et en agitait l'eau, et celui qui y descendait le premier après Ta^itation de l'eau était guéri, quelle que fût sa maladie. Or il y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit ans. Jésus l'ayant vu couché, et sachant qu'il était malade depuis longtemps, lui dit: Voulezvous être guéri? Le malade lui répondit : Je n'ai personne pour me porter dans la piscine après que l'eau a été troublée, et pendant le temps
que je mets à y aller, un autre y descend avant moi. Jésus lui dit : Levez- vous, emportez votre lit et marchez. Et à l'instant cet homme fut guéri, il prit son lit et marcha. Mais comme c'é* taitle jour du sabbat, les Juifs dirent à celui qui avait été guéri : C'est le jour du sabbat, il ne vous est pas permis de porter votre lit. Il leur répondit : Celui qui m'a guéri m'a dit : Emportez votre lit et marchez. Ils lui demandèrent donc : Qui est cet homme qui vous a dit : EmporXet votre lit et marchez î Mais celui qui avait été guéri ne savait pas lui-même qui c'était ; car Jésus s'était retiré de la foule qui était dans cet endroit. Depuis, Jésus trouva cet homme dans le temple et lui dit : Vous voilà guéri, ne péchez plus à l'avenir, de peur qu'il ne vous arriva quelque chose de pire. Cet homme s'en alla trouver les Juifs et leur annonça que c'était Jésus qui l'avait guéri!
Ce miracle de Jésus-Christ semble plus difficile à expliquer que plusieurs autres, qui ont produit aussi des guérisons instantanées, parce qu'on n'y retrouve point la condition ordinaire de ces guérisons, qui est la foi du malade, comme chez
l'aveugle-né , ou la foi de ceux qui l'entourent comme pour le paralytique apporté avec tant de peiue au Seigneur parle toit de la maison. L'homme de la piscine en effet ne connaît pas Jésus-Christ, et ainsi ne peut avoir confiance en sa puissance somaturelle ni réclamer son assistance. Ce n'est donc pas sa foi qui attire sur lui la vertu divine dont il va ressentir les effets salutaires. C'est pourquoi Jésus lui demande, non pas s'il croit qu'il peut le guérir, mais simplement s'il veut être guérit La réponse h cette question n'implique pas un acte de foi surnaturelle de sa part ; car quel est le malade qui ne veut pas être guéri?
On peut donc dire qu'en ce cas comme en plusieurs autres un fait merveilleux s'est accompli pour manifester la gloire de Dieu par la puissance du Sauveur, qui va éclater aux yeux de tout le peuple et confondre la jalousie et la mauvaise volonté des Juifs, Dans la résurrection de Lazare, par exemple, ce n'est pas seulement par pitié pour sa sœur et pour leurs amis que Jésus opère le miracle. Il est clair qu'il y voit une occasion de montrer le pouvoir divin dont il dispose, puisqu'il attend plusieurs jours après quonlui a an-, nonce la maladie de liazare, et le laisse mourir saus aller à son aide, malgré les avis répétés et les tendres supplications de Marthe et de Marie. Il prédit même que cette maladie n'ira pas jusqu'à
la mort, et quand ses disciples la lui annoncent, il répond que Lazare n'est qu'endormi . H Ta laissé mourir pour le ressusciter, afin que cette résurrection, le plus grand des miracles de l'ordre physique, devînt aussi le plus éclatant témoignage de sa divinité. Le but de la guérison miraculeuse de l'homme de la piscine paraît être le même, et en effet nous voyons qu'elle produisit .une grande émotion parmi le peuple de Jérusalem, les uns y trouvant un motif d'exalter Jésus-Christ et de croire en lui, les autres de l'accuser de violer la loi et de le calomnier.
Après cette réflexion, jious nous bornerons à rapporter brièvement quelques considérations des Pères de l'Église commentant ce passage et notanmient de saint Augustin, de saint Ghrysostome et du vénérable Bède.
Saint Augustin fait remarquer {Tract. 21 in Joan.) que la piscine probatique (du grecTIpoêaTov qui veut dire brebis), s'appelait ainsi, parce que les prêtres lavaient dans ses eaux les corps des victimes immolées, et il y voit une image du baptême qui lave toutes les souillures. C'est pourquoi, ajoute-t-il, il y avait là des malades de tout genre qui venaient y chercher leur guérison, des aveugles, des boiteux, des paralytiques, comme le baptême guérit toutes les maladies de Tâme ou efface tous les péchés.
Saint Ghrysostome dit (^o?ne/. 35 et 36 in Joan,) (jue de même que l'eau de la piscine ne guérissait pas naturellement, conmie une eau minérale quelconque, mais par la vertu qu'un ange y déposait à certains moments en troublant l'eau, ainsi dans Fean du baptême c'est le Seigneur des anges qui y descend par son esprit et la rend capable de guérir les âmes. Mais il y a cette différence qu'un seul était guéri par la piscine, celui qui y descendait incontinent après le trouble de Teau; tandis que la vertu de l'eau du baptême ne s'épuise point par les guérisons qu'elle opère, comme la lumière qui se multiplie en se répandant. Tous peavent être guéris, et à tout moment, dans k piscine sacrée.
Le saint docteur insinue en outre que la foi du malade est cependant pour quelque chose dans sa gaérison. Notre-Seigneur, dit-il, commence par l'interroger familièrement, comme pour ouvrir la porte à la foi et l'exciter. Il ne lui demande pas s'il croit en lui, puisque cet homme ne le connaît pas; mais il est touché de sa patience, qui supporte depuis trente-huit ans son mal sans murmurer, et aussi de son impuissance à profiler par lui-même du bienfait de l'eau qui pourrait le guérir. En effet, le malade répond avec douceur à la question dyi Sauveur, ne se fâchant pas de ce qu'il lui demande s'il veut être guéri, et acquies-
çant êiussilôt k sa parole,* quoiqtt*elle pût lui paraître singulière et même dérisoire : « Prends toû lit et marche. » Il aurait pu, dit saint Ghrysos* tome, fairfe des objections et dire à cet inconnu qui commande à un paralytique de marcher : < Eh quoi? Êtes-vous donc plus puissant que l'ange de la piscine ?» La promptitude à exécuter ce qui lui est ordonné ne semble-t-elle pas indiquer qu'il obéit à Jésus comme au Seigneur des anges?
Puis une fois guéri, cet homme ne se cache pas de l'avoir été, malgré les menaces des Juifs qui accusaient son bienfaiteur d'avoir violé le sabbat. Il confesse franchement celui qui l'a guéri, quoiqu'il ne sache pas son nom, et plus tard, quand il reconnaît Jésus dans le temple, il le proclame devant tous l'auteur du miracle, et publiant à la fois le bienfait et sa reconnaissance il annonce et prêche Jésus à sa manière. Exemple pour beau^ coup de chrétiens tièdes ou incertains de nos jours qui n'osent pas professer leur foi devant le monde, malgré les bienfaits qu'ils lui doivent et les grâces nombreuses dont ils ont été l'objet!
Enfin, ajoute saint Chrysostome, cette parole que Jésus lui adresse en le retrouvant danis le temple : « Tu es guéri maintenant, ne pèche plus à l'avenir de peur qu'il ne t'arrive quelque chose de pire » , semble indiquer que la maladie de cethomme avait été la suite de ses péchés, probablement de
certains désordres qui amènent ordinairement la paralysie, on ce que l'évangéliste appelle le dessèchement des membres. C'est pourquoi il lui est recommandé de ne plus recommencer, de peur que la récidive ne produise un plus grand mal. A cette occasion le saint docteur fait remarquer qtie la plupart des maladies, sinon toutes^ proviennent du péché, le corps portant les suites des fautes de Tâme qu'il aide à commettre. Aussi Jésus dit41 à un autre paralytique qu'il guérit aussi : Vos péchés vous sont remis. H enlève la cause pour détruire reffet.
Le vénérable Bède voit dans cette parole du maître : « Prends ton lit et marche m, une exhor* tation au pécheur engourdi et rendu impuis** 8ant) par une longue habitude du mal et la ty^ rannie de ses passions, à faire un effort, à se redresser, à sortir de sa torpeur pour n'être plus à charge aux autres, ou porté par eux comme le paralytique. Par cet élan généreux dont la parole de Jésus le rendra capable, s'il la re(oit avec confiance de la bouche de l'Église, il reprendra le gouvernement de lui-même en s^arrachant aux liens de la sensualité, et il pourra k son tour porter les autres qui l'ont porté si longtemps, ou au moiDs les supporter avec patience comme il a exercé la leur par ses désordres et par son impuissance qui en a été la suite.
PRATIQUE
Imitons la patience du paralytique de Bethsaîda qui attendit tant d'années son libérateur, et le trouva au moment où il y pensait le moins. Nous aussi nous le trouverons, quelle que soit la maladie de notre âme, même quand elle l'affligerait depuis la plus tendre enfance, si nous le désirons vivement et que nous soyons prêts à exécuter sa pardle, dès qu'elle nous arrivera. Plus heureux que lui, la piscine de la régénération et de la puri^cation nou^ est toujours ouverte, et il ne nous faut qu'un peu de bonne volonté pour y descendre et profiter de sa vertu salutaire. Mais une fois guéris et rendus à la vie du ciel, comme le paralytique aussi, rendons gloire à celui qui nous a sauvés et confessons hautement sa puissance surnaturelle devant ses ennemis d'aujourd'hui, qui le calomnient encore et le blasphèment comme les Juifs pendant sa vie, pour échapper à l'aveu de sa Divinité.
PRIÈRE
Dieu tout-puissant, nous vous en supplions, soyez favorable à votre peuple et regardez-le avec pitié, soutenant par un secours plein de bonté ceux auxquels vous avez accordé la grâce de vous servir. Daignez exaucer nos prières, ô Dieu miséricordieux, et éclairer nos esprits de la lumière de votre grâce. Par notre Seigneur Jésus- Christ.
ire Ëpitre de saint Paul aux Thessal., V, 14.
Mes frères, nous vous en prions, reprenez les esprits inquiets , consolez les pusillanimes , soutenez les faibles, soyez patients envers tous. Prenez garde que nul ne rende à un autre le mal pour le mal ; mais cherchez toujours à vous faire du bien les uns aux autres et à tout le monde. Soyez toujours dans la joie. Priez sans cesse. Rendez grâces en toute chose; car c'est là ce que Dieu veut que vous fassiez tous en Jésus-Ghrist. N'éteignez point l'esprit, ne méprisez pas les prophéties. Éprouvez tout et gardez ce qui est bon. Abstenez-vous de tout ce qui a quelqu'apparence de mal. Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même en toute manière, afin que votre esprit, voire âme, votre corps se conservent sans tache pour Vavénement de notre Seigneur Jésus-rChrist.
Arrêtons-nous aux paroles de cette épître, qui
paraissent à première vue plus difficiles à comprendre.
1* Soyez toujours dans la joie — on objectera peut-être qu'on ne se réjouit pas à volonté, quand on a des peiné* dô Cœur, d'esprit ou de coîps à jsupporter; on ne secoue pas le chagrin comme on veut, surtout s'il est profond et s'il atteiiit Tâme dans ce qu'elle a de plus intime. Cependant l'Apôtre dit encore ailleurs : Gaudete^ et Uerum dico gaudetey. réjouissez-vous et je vous le repète, soyez dans la joie {Philip., lY y 4). Il faut que cela soit possible, puisqu'il le recommande si instamment. C'est qu'il y a deux sortes de joie comme deux sortes de tristesse (2 Cor., VII, 10), l'une dâtis les sens et selon le monde, l'autre dans l'esprit et selon Dieu, et cette dernière peut se goûter même au milieu des souffrances dujcorps et des douleurs dû cœur^ si dans U feu de la tribulation on reste patient* calme, rési* gué, abandonné entre les mains de Dieu dont on adore la providence, même quand on n'en comprend pas les desseins, avec la confiance qii'il ne nous laissera pas charger au delà de nos forces, et que sa grâce scmtiendra notre faiblesse.
2° L'Apôtre nous indique les moyens d'obtenir celte joie du ciel, qui vient ranimer notre âme an milieu des orages de la terre. C'est d'abord de ne point se relâcher dans la prière : ce qui arrive trop souvent aux personnes affligées, se laissant aller
aa découragement parce qu'elles n'ont point été exaucées comme elles Tentendaient, et que Vépreuve qu'elles redoutaient ne leur a point été épai^ée. C'est une des tentations les plus dangereuses pour les âmes adonnées à la piété. Tant qu'elles en goûtent les douceurs^ les consolations, elles prient volontiers et semblent marcher avec confiance et allégresse sous le vent du ciel et dans la voie chrétienne. Mais si Thorizon se trouble et qu'une tempête éclate sur elles ou sur ce qu'elles ont de plus cher, qu*un désastre ou une grande douleur s'ensuivent, elles sont prêtes à laisser la prière comme inutile ou impuissante, parce qu'elle ne les a point préservées du malheur, comme si Dieu devait satisfaire tous nos désirs, même les plus légitimes, comme si ce qu'elles ont demandé avec tant d'instance, et qui leur a été refusé, n'eût pas été peut-être la cause de malheurs plus grands encore.
PHons donc sans cesse, et surtout quand nous avons le plus à souffrir; car c*est alors que noUs avons le plus besoin de secours. Mais pour prier comme TApôtre le veut, il n'est pas nécessaire d*y avoir toujours l'esprit tendu, ni de réciter sans relâche des oraisons. Les paroles ne sont que les signes ou le corps de la prière, qui peut être vive, ardente et continue, sans que Tesprit combine des pensées et que la bouche articule des mots. C'est
la prière intérieure ou mentale qui est l'âme de la prière extérieure ou orale. La conversion habituelle de l'âme vers Dieu, faisant tout en sa présence et lui offrant tout ce qu'elle fait, le désir incessant de lui obéir en toutes choses et de lui plaire par tous les moyens, ne voulant que ce qui est * conforme à sa loi, et répoussant ce qui lui est contraire avec la disposition de se remettre entre ses mains, quoi qu'il arrive ; voilà le fond de la prière intérieure, la source où elle prend son cours et qui l'alimente sans cesse. Et alors, quoi qu'on fasse et en quelque situation qu'on se trouve, un mot, une exclamation, un regard vers le ciel, un mouvement du cœur suffisent pour en exciter le courant et l'entretenir; ce qui donne à Tâme affligée un calme tout particulier et cette joie intime dont parle l'Apôtre, parce qu'elle se sent comme suspendue au trône de Dieu par le lien de la prière et sous l'égide de sa bonté toute-puissante.
3* Le second moyen indiqué par saint Paul pour avoir la joie du cœur au milieu des peines de cette vie, c'est de rendre grâces à Dieu en toutes choses et de tout ce qui nous arrive ; ce qui n'est possible, comme il le dit, qu'en Jésus-Christ et par sa . grâce. Il est écrit ailleurs (1 Cor. , X, 3 1) : « Soit que vous buviez, soit que vous mangiez, » c'est-à-dire même dans les choses qui semblent le moins importantes, « faites tout pour la gloire de Dieu p. Ici
rApôtrenousconseille d'accepter toutcomme venant de sa main, soit qu'il veuille en effet ce qui arrive pour nous éprouver, soit qu'il le permette seulement, comme dans beaucoup de tentations. Ce qui ne doit pas nous empêcher de repousser vigoureusement les attaques du mal ; car nous sommes alors dans le cas de la défense naturelle^ et souvent notre position nous impose le devoir de nous opposer, autant qu'il est en nous, au succès de l'iniquité et de travailler au triomphe du bien. Mais quand nos efforts sont infructueux, et que la cause de la vérité et de la justice semble vaincue et. Tiniquité prévaloir, tout en dégageant notre responsabilité* et acquittant notre conscience par une lutte persévérante, sachons supporter ce que nons n'avons pu empêcher et ne nous indignons pas, ne nous irritons pas de paraître opprimés; car alors Tamour propre aurait plus de part dans notre douleur que la conscience de la justice violée, et le sentiment du bien. Rendons grâces à Dieu, même dans notre défaite, non pas de ce que le mal a prévalu, ce qui est toujours un malheur; mais de ce qu'il nous accorde la patience pour le subir et surtout, la charité pour le diminuer. De cette manière le mal se tourne en bien dans notre cœur, et comme Dieu seul peut opérer cette heureuse transformation au dedans de nous comme au dehors, c'est a sa main misé-
licordieuse que nous devons la paix, même au milieu des tribulations, et la joie céleste qui la suit.
N*éteignez pas Vesprit. — C'est le Saint-Esprit avec tous ses dons qui se communique par les sacrements et par la grâce. Il est allumé en nous au baptême par la grâce infuse, qui régénère Tâme et la revêt de justice et de pureté. L'enfant éteint Tesprit en lui ou au moins en ternit Téclat, quand il commence à altérer la vérité par le mensonge, la pureté par la sensualité, la justice par Tégoïsme. Il est rallumé dans son cœur par la vertu de la confession, et il menace de s'éteindre de nouveau, s'il retourne au péché ; il s'éteint même tout à fait dans les ténèbres du péché mortel. L'esprit est allumé par le flambeau de la parole divine qui éclaire Tâme, Téchauffe, et la porte à tout ce ^ est bien. Il est éteint par les concupiscences de la chair et dans l'emportement des passions qui en sortent. Il est allumé dans Tâme qui reçoit en elle avec foi celui qui est la lumière et la vie, et elle vit en effet alors de la vie du ciel. Mais il s'éteint si cette lumière n'est pas entreténue, si elle est couverte et étouffée de nouveau par le goût des choses terrestres, par les instincts grossiers du corps. L'esprit se donne avec toutes ses vertus dans le sacrement de confirmation, qui rend l'hoînme capable de tout faire et de tout souffrir, même la
LE SAMEDI DES QUATRE fEMPS. 123
mort, en témoignage de Sa foi et pour affermir le royaume de Dieu. Puis il se retire, il sMvanouit, si ses dons restent négligés, sans culture, sans fruits, et qu'au lieu de devenir un soldat vaillant de Jésus-Ghrîst, Comme le sacrement lui en a conféré le caractère et la puissance, le chrétien amolli retourne dans le camp du monde qu'il avait juré de quitter, abandonnant lâchement la cause de son libérateur. Enfin Tesprit est allumé par la méditation sérieuse de la parole sacrée, par la prière assidue, par toutes les lumières et les bonnes inspirations que procurent ces pieux exercices. Mais il est éteint par la lecture des mauvais livres qui excitent les passions, par la négligence de l'oraison qdi rejette Tàme soUs les influences du monde et dans les illusions de la chair. La vie du chrétien consiste donc à entretenir dans son intérieur la lumière de TËsprit saint, qui y a été allumée par Jésus-Christ. La vie non chrétienne est de le laisser atteindre et mourit : ce de la splendeiir du ciel daj;>^<^\îéii^brès teri'è.
Examinez toutes c/io5e*[p^J|ycl|/^e3iÇueSJ<5B-y | On voit qu'au sens de l'J^ô^^la foi .ohrétiejiij n'exclut pas Fexamen ni
est permis au fidèle de tout exaîïMef ^ fyfr J^tf^t même prescrit, comme il et^t dit ici. En matière de dogme et dé morale il s'en rapporte aux déci-
sioDS et aux commandements de rÉglise, instituée divinement pour l'instruire des' vérités célestes, et qui a reçu à cette fin les paroles de la vie éternelle. Mais pour rapplîcation de ces hautes vérités à la science et à la pratique de la vie, il doit user de son intelligence et éprouver par sa raison tout ce qui lui est proposé. Il y a là pour la pensée un cercle immense, où elle peut légitimement s'exercer, et avec d'autant plus d'élévation et d'assurance que la parole divine lui ouvre le monde de Tinfini où elle ne pourrait pénétrer seule, et qu'en s'appuyant sur les principes transcendants qu'elle lui révèle, elle peut juger sainement les choses inférieures qui en dérivent et qui en sont les copies imparfaites ou les reflets passagers. O^'o^ i^è dise donc plus que la foi rétrécit l'esprit et obscurcit l'intelligence. Elle les illumine au contraire des clartés du ciel, et les dilate par l'immensité de l'infini.
Enfin saint Paul affirme que la perfection humaine est dans la sainteté, c'est-à-dire, comme il l'explique, dans la pureté complète de l'âme, de l'esprit et du corps, et qu'ainsi pour posséder le ciel et jouir delà béatitude divine, il ne doit rester aucune tache, aucune souillure dans ces trois parties de l'homme. Il est écrit ailleurs que rien d'impur n'entrera dans le royaume céleste. Plus de tache dans l'âme, c'est-à-dire plus de préfé-
rence d'elle-même, de sa volonté, de son dësir, de sa gloire, de son plaisir, de son intérêt à la volonlé divine, à la loi de justice, à la vérité! Subordination entière de Tamour- propre à Téquité, qui traite' le prochain à Tégal de soi, à la charité qui Faime plus que soi-même, puisque à Texemple de Jésus-Christ, elle est prête à se dévouer pour les autres! Plus de tache dans Tesprit, c'est-à-dire renoncement à sa vue propre, à sa propre pensée enr face de la vérité ; plus d'exaltation ni d'enflure dans sa science, et n'y chercher par l'exercice de l'intelligence que le discernement sincère du vrai et du faux sans rapport à son intérêt ni à sa gloire 1 Plus de souillure dans le corps, c'est-à-dire que parfaitement soumis à la raison comme celle-ci à la volonté divine, le corps doit remplir exactement ses fonctions de serviteur et d'instrument, sans être jamais entraîné par la concupiscence chamelle, et ne s'employant, conformément à sa destination, qu'à exécuter les ordres d'une volonté droite et d'une intelligence éclairée par la lumière divine ! Qu'on juge d'après cela combien d'hommes peuvent espérer d'aller directement au ciel en sortant de ce monde, et quel bonheur c'est pour les chrétiens fidèles, pleins de bonne volonté, mais faibles et qui portent encore au moment de la mort bien des souillures dans leur âme, leur esprit et leur corps,
que la miséricorde divine leur ait préparé un lipu de purification, ou ils achèveront les expiations et dépouilleront toutes les impuretés de leur vie terrestre. Leur conversion sincère vers Dieu, le désir qu'ils ont de se donner à lui, déjà réalisé en partie par leur rupture avec le mal, et le rejet volontaire par la confession de tout ce qui les y avait attachés ici-bas, les a remis en rapport vivant avec le Père céleste qui veut leur salut et qui leur en donne l'assurance, quand ce qui les sépare encore de sa pureté infinie sera enlevé de leur âme, et ne fera plus obstacle à leur pleine participatioil à l'éternelle vie. C*est donc un immense bienfait, que de se reconnaître avant de mourir avec le sentiment de sa misère, de son indignité, de son impureté, désavouant sincèrement tout ce qui a pu offenser Dieu et violer ses commandements afin de se réconcilier avec lui, et implorant sa miséricorde par les mérites de Jésus-Christ notre Sauveur. Ce retour à Dieu dans la dernière crise de l'existence terrestre qui décide de notre éternité, celte conversion d'un pécheur, même chargé d'iniquités, peuvent être tellement vifs, sincères et pleins de bonne volonté par une foi ardente en la grâce da Rédempteur, que l'âme soit remise subitement dans la voie de la vie, dans le chemin du sa-* lut, s'y élevant même quelquefois directement et d'un seyl coup, comme il est arrivé au bon
larron, qui, pour avoir coDfessë Jésus-Christ mourant à côté de lui sur la croix en face des outrages et des blAsphémes, a eu Tinsigne bonheur d'entendre cette douce parole : Aujourd'hui, je vous le dis> vous serez aveo moi dans le paradis.
(L'Évangile de ce jour e§t le même que celui du lendemain. Nous 7 renvoyons le lecteui ^ pour le Commentaire, la Trâtique et U Prière.)
Ëpitre (1 aux Thess., IV, i<-17).
Mes frères, nous vous prions et vous conjurons par le seigneur Jésus, afin que, ayant appris de nous comment vous devez marcher dans la voie de Dieu pour lui plaire, vous y marchiez en effet de telle sorte que vous y avanciez de plus en plus. Vous savez quels préceptes je vous ai donnés de la part du Seigneur.^ar la volonté de Dieu est que vous vous sanctifiiez, que vous vous absteniez de la fornication, que chacun de vous sache posséder le vase de son corps saintement et avec honneur, et non point dans la passion çle la concupiscence, coriime les gentils qui ne connaissent point Dieu. Que personne ne fasse violence à son frère, ni ne le trompe en affaires, parce que le Seigneur est le vengeur de toutes ces choses, comme nons l'avons déjà dit. Car Dieu ne nous a point appelés à Timpurelé, mais à la sanctification.
LE DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÊxME 129
L'Église en ce saint temps où nous devons particulièrement travailler à nous améliorer par tous les moyens, nous recommande dans cette épître de ne pas nous arrêter dans la voie du bien, si nous avons le bonheur d'y marcher, et de nous affermir de plus en plus dans l'observation de ses préceptes et la pratique de ses enseignements. C'est donc au progrès qu'elle nous invite; elle veut que nous avancions tous les jours, si peu que ce soit, dans le chemin de la perfection, et surtout que nous 'ne reculions jamais. Demandons -nous donc si nous prenons sérieusement à cœur cette recommandation, et si, par exemple, dans nos examens de conscience nous nous attachons à constater chaque jour s'il y a eu de l'avancement, de l'arrêtj^ ou du recul, surtout en ce qui concerne notre défaut principal et les mauvaises habitudes où nous sommes le plus engagés. Demandons -nous si réellement, d'une confession à l'autre, il y a eu de l'effort pour nous affranchir, pour nous élever, et si nous avons vraiment profité de nos aveux et des. paroles de blâme ou d'encouragement qui nous ont été données, pour combattre sérieusement le mal dont nous nous sommes accusés et ne plus retomber dans les mêmes fautes Hélas! que de tiédeur, de légèreté ou d'imprudence pour nous garantir ou pour lutter, même
quand nous reconnaissons la gravité du péché rejeté avec contrition et avec le désir de ne plus le commettre. Nous tournons souvent et longtemps dans le même cercle en croyant marcher en avant, nous retrouvant au point de départ, quand nous nous croyions près du terme. C'est en ces jours de grâces qu'il faut redoubler d'efforts, TÉglise nous fournissant abondamment, en ce temps favorable au renouvellement intérieur, tout ce qui peut seconder rélan généreux du cœur et la réalisation de notre bonne volonté.
Ici ise trouve la vraie doctrine du progrès, dont on parle tant de nos jours, que la philosopliie humaine prône partout, dont elle inscrit le nom sur son drapeau comme si elle en avait le privir lége, dont cependant elle ne peut dire nettement la nature, ni la fin ni les moyens, ou qu'elle explique d'une manière si obscure et si vague, que le bon sens de la multitude n'y comprend rien et ne sait à quoi se prendre. Mais le progrès enseigné aux hommes par l'Évangile est clair, le but en est parfaitement déterminé, et les moyens pour y arriver sont simples et h la portée de tous, avec l'aide de Dieu qui ne manque jamais aux hommes de bonne volonté. Il est le même pour tous; et tous, grands et petits, puissants et faibles, savants et ignorants peuvent en-* trer dans la voie indiquée par la parole divine.
atteindre le terme où elle mène. Et si tous, en efifet, y entraient sincèrement et y marchaient avec courage, chacun, progressajit en soi en même temps que les autres, contribuerait au bien de tous en faisant le sien, comme tous les rayons d'un cercle se soutiennent l'un l'autre par un admirable accord en gravitant vers le même centre.
Le progrès véritable est dans la tendance continuelle de l'âme vers Dieu, c'est-à-dire vers le bien parfait, la vérité pure, vers la lumière infinie et la beauté souveraine ; car Dieu est tout cela. Lui seul est bon, dit TÉvangile (Matth., XIX, 17). parce qu'il est le principe de tout bien. Je suis la lumière et la vérité, a dit Jésus-Christ (Jean, VIII, \i), et la splendeur de la vérité est l'infinie beauté. L'âme faite à l'image de Dieu doit donc pour répondre à sa destination reproduire son modèle autant qu'il est en elle, et par conséquent éliminer, exclure de son existence tout ce qui est contraire au bien, an vrai et au beau, c'est-à-dire le mal, le mensonge et le laid. Le progrès est donc pour elle dans son dégagement de ces choses. Elle avance à mesure qu'elle s'en détache; elle s'épure à mesure qu'elle se retire de ce qui la dégrade j^ et d'abord de la concupiscence de la chair, dont les instincts brutaux rendent l'homme semblable à la bête, tandis qu'en les dominant et gardant soncorps dans la chasteté, il s*assimile à l'ange et se rapproche de la vie du ciel.
C'est le premier degré sans lequel il lui est impossible de monter plus haut. Car celui qui est l'esclave de son corps reste attaché à la boue de la terre, et n'a plus même d'aspiration vers le ciel.
Le second degré, indiqué ici par saint Paul, est dans l'accomplissement exact de la justice, qui rend à chacun ce qui lui est dû et ne cherche à tromper personne dans les relations de tous les jours et avec tous. Par l'exercice persévérant de l'équité l'homme reproduit parmi ses semblables la justice divine, il en est l'image sur la terre en même temps que l'instrument.
Le troisième degré est la charité, dont l'Apôtre parle plus bas au verset 9* de ce chapitre, par laquelle, dit-il, Dieu lui-même en la personne de Jésus-Christ nous a appris à nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés, c'est-à-dire à donner notre vie pour nos frères, comme il a versé son sang pour nous. C'est la charUé qui rapproche le plus l'homme de Dieu par l'amour surnaturel qu'elle lui inspire, et parce qu'elle le rend capable d'aimer comme Dieu aime, ce qui est la plus haute perfection, c'est-à-dire pour le bien seul, dans l'intérêt unique de la vérité, et pour le bonheur de tous. Purifiée ainsi par la continence, par la justice et par l'amour, ce qui fait l'échelle et les degrés successifs de son véritable, de son unique progrès, après qu'elle a passé heureuse-
ment à travers toutes les luttes qu'exige cette ascension graduée, les tentations de Içi chair, les assauts de l'iniquité et les entraînements de Tégoïme, rame touche au but. Elle est tout près du centre dévie vers lequel elle a gravité constamment sur la terre ; et s'il n'y a plus en elle rien d'impur qui l'empêche de s'unir à celui qui est la pureté même, elle y est portée, entraînée par la mort qui est pour elle une délivrance, un triom- }Ae, parce que, en achevant de briser les liens qui l'attachent ici-bas, elle consomme son unioa avec l'objet de son amour et la fait entrer en partage de sa gloire infinie et de son éternelle félicité. Telle est la haute destination de l'homme selon les desseins de son créateur qui l'a faite dans cette vue à son image et à sa ressemblance. Telle est la voie qui y mène, et c'est aussi la voie du vrai progrès, dont la fin est, comme dit l'Apôtre la sanctification de l'âme par la pureté, par la justice et par la charité. Hxc est enim voluntas Dei sanctificatio vestra*
Évangile selon saint Matthieu, XVI, 1-3.
Six jours après, JéiAs pnt avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les conduisit à l'écart sur une haute montagne Et il fut trans-
figuré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. En même temps Moïse etÉlie leur apparurent, s'entretenant avec lui. Alors Pierre dit à Jésus : Seigneur, nous soînmes bien ici; si vous le voulez, faisons-y trois tentea, une pour vous, une pour Moïse, une pour Élie, Il parlait encore lorsqu'une nuée lumineuse les couvrit, et il en sortit une voix qui dit : Celuici est mon fils bien-aimé en qui j'ai mis toute ma complaisance; écoutez-le. Les disciples entendant ces paroles, tombèrent la face contre terre et furent saisis d'une grande craint^. Mais Jésus s'approcha, les toucha et leur dît; Re^ levez-vous et ne craignez point» Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus, et pendant qu'ils descendaient de la montagne^il teor recommanda de ne parler à personne de ce qu'ils avaient vu jusqu'à ce que le Fils de l'Homme fût ressuscité d'entre les morts.
Gomme le Seigneur a voulu par une vue de la majesté et de la splendeur du Fils de Dieu en sa personne fortifier la foi de ses principaui disciples, et exoiter leur courage par lôor espé-
rance quand viendrait le temps de ses humiliations et de ses douleurs; ainsi l'Église dans la même intention nous donne au commencement du Garéme le spectacle de la Transfiguration du Sauveur, nous suggérant, la pensée des avantages que nous en retirerons un jour, si nous participons k ses souffrances par le^ (ouvres de pénitence de la sainte quarantaine» Elle nous fkit entrevoir par la transfiguration de Jésus sûr le Thabor la gloire de la résurrection, qui dissipera les ténèbres de la mort et bribera les liens du tombeau.
La transfiguration du Sauveur eur la montagne fat une manifestation momentanée de la divinité à travei^ la forme de l'humanité qu'il a daigné revêtir. La lumière étemelle^ dont il retenait le rayon* nement depuis qu'il était descendu en ce monde , éclata tout d'un coup, illuminant son visage et ses vêtements et l'entourant d'une nuée brillante. Il apparaît un instant comme le roi de gloire aux yeui de ses apôtres pour animer leur foi et la prémunir contre le scandale de sa passion et de sa mort. Il Voulait leur donner une image, et par eux à tous les peuples, de la splendeur suprême à laquelle ils soùt appelés. La vision éclatante du Tiiabor n'est que pour préparer et affermir la foi au sacrifice ignoniinieux du Golgotha. Quelle différence entre ces deux états du Sauveur ! Ici, environné de majesté et de splendeur, là dépouillé,
défigarë, foulé au^ pieds comme un ver déterre; d*un côté, proclamé par une voix du ciel le Fils bien-aimé du Père; de Tautre, demandant avec un cri de douleur pourquoi son Père Tabandonne ; aujourd'hui recevant les hommages des représentants de la loi et de la prophétie ; demain sur la croix, exposé entre deux larrons à la risée et aux outrages de la multitude ; et ses apôtres, qui voulaient rester avec lui sur le Thabor à cause de sa gloire, l'abandonneront lâchement tout à Theure dans son abaissement. Celui qui lui a montré le plus d'enthousiasme le reniera par trois fois. Et cependant il nous faut passer par le Calvaire pour arriver au Thabor ; nul ne sera transfiguré avec Jésus s'il ne souffre avec lui, et la participation à sa passion est la condition du partage de sa gloire.
La voix, qui.sort de la nuée, déclare deux choses, à savoir : que Jésus est le Fils bien-aimé de Dieu et que nous devons l'écouter. Sa parole est la plénitude de la loi; elle est l'annonce de l'étemelle vérité, la bonne nouvelle ou l'Évangile du salut. Elle se fait entendre par l'enseignement de l'Eglise, qui en est le dépositaire et l'interprète, par la prédication de ses ministres, par les bonnes pensées qui nous viennent d'en haut, et enfin par le langage des événements et la force des choses. Partout, et sous toutes les formes, Jésus-Christ parle au cœur de
son disciple , qui doit l'écouter avec piété, avec respect, avec amour, comme le Fils bien-aimé dans lequel le Père a mis toute sa complaisance. Alors Jésus lui dira comme à ses apôtres : Ne craignez point (Jean, XVI, 33), car j'ai vaincu le monde. Vous êtes avec celui qui peut vous protéger dans tous les dangers de Tàme et du corps ; et la crainte de déplaire à Dieu, qui est lecomplément d^ la sagesse et de 1 amour, vous préservera de toute autre crainte.
PRATIQUE
Si nous aimons sincèrement Jésus-Christ, nous devons le suivre avec constance dans tous ses états, au Calvaire comme au Thabor, dans son ignominie comme dans sa gloire, dans ses souffrances comme dans sa félicité. La piété, qui fuit la mortification et la douleur de la contrition ou du brisement du cœur par le repentir, ne cherchant que les consolations et les douceurs du ciel , s'apprête de cruels mécomptes et ne persistera pas.
PRIÈRE
Mon Dieu, préservez-moi du malheur de suivre Texemple des païens et des mondains qui n'ont d'autre règle que leurs passions dont ils sont les esclaves; et accordez-moi la grâce d'honorer le nom de chrétien par la pureté du corps et de l'esprit et par la pratique des bonnes œuvres. Par notre Seigneur Jésus- Christ.
Daniel, tl, 15.
Seigneur notre Dieu, qui avez tiré votre peuple de TEgypte avec une main puissante, et qui vous êtes acquis alors un nom qui dure encore aujourd'hui, je confesse que nous avons commis l'iniquité. Mais je vous conjure dans toute votre justice, Seigneur, de détourner votre colère et votre fureur de votre cité de Jérusalem et de votre montagne sainte; car Jérusaleto et votre peuple sont aujourd'hui èû opprobre à toutes les nations qui nous envi* ronnent à cause de nos péchés et des iniquités de nos pères. Écoutez donc maintenant, 6 l)ieti, les vœux et les prières de votre serviteur. Faites reluîte votre face sur votre sanctuaire qui est tout désert, et faites-le pour vous-même. Abaissez* mon Dieu, votre oreille jusqu'à nous, et nous écoutez. Ouvrez les yeux et considérez notre désolation et la ruine de cette ville, qui a l'honneur de porter votre nom. Car ce n'est
point par la confiance en notre propre justice que nous vous oflirons nos prières, en nous prosternant devant vous; mais c*est dans la vue de la multitude de vos miséricordes. Exaucez nous, Seigneur; Seigneur, apaisez votre colère, jetez les yeux sur nous et agissez. Ne différez plus, mon . Dieu , pour vous-même, parce que cette ville et ce peuple sont à vous et ont la gloire de porter votre nom.
L*Église, qui nous exhorte en ces jours à prier plus souvent, nous rappelle ici par les paroles de Daniel les qualités de la prière, qui la rendent vivanle et efficace ; car il ne s*agit pas seulement de répéter plus fréquemment, plus abondamment des mots et des formules. Là, comme ailleurs et plus qu*ailleufs, les mots ne valent que parleur sens, et les formes, sans Tespril qui les vivifie, sont mortes. C'est donc Tesprit et le cœur qui donnent de la vie à là prière, et quand ils sont absents par la distraction on languissants par Tinattention et la routine, il n'y a pluà qu'une lettre vide ou des sons sans accent. C'est un airain sonnant, une cymbale retentissante.
Donc si nous voulons prier avec Daniel et comme loi, suivons-le dans les moments de sa prière^ qui nous est donnée en exemple.
Il confesse d'abord la puissance de Dieu et ses bienfaits passés envers son peuple. C'est en effet la première chose à faire, quand on invoque un secours. La foi en celui qu'on invoque, en sa puissance, est le point de départ de Ta prière; autrement il n'y aurait pas lieu d'implorer son aide. C'est pourquoi Jésus-Christ demande à ceux qui s'offrent à lui pour être guéris : Croyez-vous que je puisse vous .guérir? Avez- vous foi en ma puissance? Et le père du jeune homme possédé du démon lui répond: Seigneur, aidez mon incrédulité (Marc, IX, 23). Par la foi seulement le rapport vivant et efficace s'établit entre les deux termes, et c'est seulement par cette communication intime de l'âme avec le terme supérieur que la vertu de l'un peut passer dans l'autre.
Puis, à la foi en la puissance de Dieu doit se joindre la confiance en sa bonté, qui s'est déjà manifestée par des bienfaits et par des grâces : ce qui fait ressortir d'autant plus la légèreté ou l'ingratitude de ceux qui n'en ont pas convenablement profité ou les ont méconnus. Alors ce n'est plus à la justice, mais à la miséricorde divine qu'on en appelle : ce qui est le propre d'un cœur contrit et humilié, dont la supplication est toujours agréable au ciel. Rien ne rend la prière plus sincère et plus vive que le repentir des fautes, la douleur de les avoir commises et le sentiment du
besoin du pardon. Peccatum meum contra me est sempcTy s'écrie David, dans le psaume qui est devenu l'expression universelle de la pénitence : Mon péché est toujours en face de moi. La reconnaissance, Taveu et la détestation du péché sont des conditions essentielles de l'absolution sacramentelle ; et la conscience de sa misère excite l'humilité, en détruisant la confiance en soi et enjsa justice propre. La prière de l'orgueilleux pharisien, qui croit valoir mieux que tous les autres, parce qu'il observe exactement les prescriptions de la loi, n'est pas une supplique, mais une réclamation. Il ne demande pas une ^ce, mais une récompense acquise, et il en appelle à la juslice plus qu'à la miséricorde. Le pauvre publicain an contraire s'avoue pécheui' et se frappe la poitrine en criant merci (Luc, XVIII, 1 3) . La prière de l'Enfant prodigue n'a été efficace qu'en demandant grâce, et parce qu'il s'est reconnu indigne d'être traité comme un fils. La prière de Madeleine n'a obtenu du Sauveur la parole si consolante de son pardon que par sa profonde humilité, qui abaisse sa tête devant tous aux pieds de Jésus-Christ, les arrosant de ses larmes et les essuyant de ses cheveux^ sans se laisser arrêter par les jugements et les sarcasmes de ceux qui l'entourent. Alors la colère divine s'apaise, comme le demande le prophète; car elle est surtout excitée par l'orgueil
et robstination de celui qui fait le mal. On petit crier alors avec confiance : « Seigneur, exancex* nous, » parce qu'on invoque Dieu avec sincérité, et qu'on est véritablement dans la disposition iê faire ou d'accepter tout ce qui lui plaira^ ayant surtout le désir de rentrer en grâce auprès de lui et ne s'obstinant pas à demander telle oa telle chose, qui n'est peut-être ni conforme à It volonté providentielle sur nous ou les nôtres ^ ni utile à notre vrai bonheur* Dieu exauce tGto* jours la prière d'un cœur plein de foi^ de contrition et d'humilité^ mais non pea toujoun comme l'homme l'entend et le voudrait.
Alors aussi on peut dire avec Daniel : « Sei* gneur^ regardes-nous et agisses ». Car le but de Ift prière est d'attirer sur nous le regard de Dieu, son attention; et c'est pat* notre regard^ ou l'action de notre âme dirigée vers lui que nous pouvons exciter sa réaction et attirer le rayon de sa lumière, qoi est le sceptre de sa puissance et Tinstrument de sa bonté . Illumina vultum tuum super nos ! Seigneur, faites luire votre visage sur nous (Ps, LXVI, S)» C'est comme une irradiation soudaine du soleil à travers les nuages dans les ténèbres d'un orage, qui répand la clarté et la chaleur sur le sein de la terre ^ et y ramène la sérénité et la joie. Ainsi de l'âme agitée, troublée, quand la prière fait descendre sur elle le regard divin. Elle est toute illa-
minée, et une força nouvelle, une vertu d'en-baut lai est versée par le rayoo céleste qui la piiuètrei la vivifie, et la calme. Alors ce u'e^t plus elle qui agit, c'est Dieu qui agit en elle; et c'est le dernier et le plus puissant effet de la prière. Car Dieu a repris possession d'une âme qu'il aime parce qu'elle vient de se donner,* de se restituer tout entière à lui par sa foi, par sa coutrition, par son bomilité. Il y règne de nouveau de son plein msent^mBntf p^r le choix de sii liberté i par la prédilection de son amour. Sa volonté gou* veme alors sans restriction celle de sa créature, dans laquelle, par le concours mystérieux de a grâce qui ne détruit point l'acte volontaire indispensable à la moralité et à la dignité humaines, il opère, comme dit saint Paul {Philip.^ II, 12), le veidoûr el le fam, et devient, sans l'asservir, le principe premier ou l'initiateur de ses sentiments, de sa pensée et de ses actions.
Évangile selon saint lean, VIII, 2i«
Jésus dit à la foule des Juifs : Je m'en vais et vous me chercherez, et vops mourrez dans votre péché. Vous ne* pouvez venir où je vais. Les Jttifii disaient donc : . VeuJ-il dire qu'il 3e tuera lui-même, par ces paroles ; Voue ne pouvez
venir où je vais? Et il leur disait : Vous, vous êtes d'ici-bas ; mais moi , je suis d'en haut. Vous êtes de ce monde; mais moi je ne suis pas de ce monde. Je vous ai donc dit que vous mourrez dans votre péché, parce que en effet si vous ne croyez pas à ce que je suis, vous mourrez dans votre péché. Ils lui dirent : Qui êtes-vôus donc? Jésus leur répondit : Je suis le Principe, moi qui vous parle ; j'ai beaucoup de choses à dire de vous et à juger en vous ; mais celui qui m'a envoyé est véritable, et je ne dis dans le monde que ce que j'ai appris de lui. Ils ne comprirent point qu'il disait que Dieu était son Père. Jésus leur [dit donc : Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors -vous connaîtrez ce que je suis; car je ne fais rien de moi-même, mais je dis ce que mon Père m'a enseigné. Et celui qui m'a envoyé est avec moi, et ne m'a point laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable.
Il y a tant de choses dans ce passage de TÉvangile, qu'il faudrait un livre entier pour le commenter. Nqus indiquerons seulement ici quatre points de méditation.
1*" Jésus dit aux Juifs qu'ils le chercheront quand il sera parti>et que cependant ils mourront dans leurs péchés. C'est que, dit saint Augustin (tract. 38, in Joan,^ post inilium)\ il y a deux manières de* chercher Jésus-Christ : par la haine ou par l'amour. Ceux auxquels cette parole est adressée l'ont cherché après sa mort par la haine; car ils ont proscrit sa doctrine, blasphémé sa parole, persécuté ses disciples jusqu'à la mort. Les païens se sont unis aux juifs dans cette œuvre de destruction, et pendant plusieurs siècles poursuivant Jésus dans ses disciples ils ont voulu noyer l'Évangile 4ans le sang des martyrs. Mais ce sang est devenu au contraire une semence de martyrs nouveaux, et tous les efforts du monde et de l'enfer pour étouffer le christianisme naissant n'ont fait que le développer. Aujourd'hui encore, dans le monde, beaucoup cherchent Jésus-Christ par la haine, le persécutant d'une manière ou de l'antre, par la science humaine, par la critique, par le mépris, par la moquerie, par la calomnie , sinon par la violence. Dans tous les siècles il y a eu des attaques brutales ou rusées contre l'Église, par la force ou par les armtes du^ mensonge et de l'erreur, suivant les temps, et il a été dit qu'elles ne prévaudraient jamais contre elle. C'est Jésus-Christ que Saul cherchait dans les premiers chrétiens^ «t c'est pourq'uoi Jésus lui dit : Pourquoi me per-
sécutes-tuî Heureux Paul, d'avoir été ainsi arrêté par le ciel dans sa cruelle recherche de Jésus, toute pleine de fureur et de menaces et qui tout d'un coup a été rempli d'amour et de dévouement. Tous ceux gui ne seront pas changés comme loi, au moins dans le but et le motif de leur recherche, mourront dans leur péché; car ils rejettent Celui qui peut seul les en tirer, personne n'obtenant la vie étemelle que par la médiation du Verbe incamé, du Dieu fait homîme pour réconcilier la terre avec le ciel, du Rédempteur qui a payé de son sang la délivrance de l'humanité coupable et esclave du mal.
2* Il y a dans le genre humain deux chuses d'hommes qui ne peuvent s'entendre, parce qu'ils diffèrent complètement et sont même contraires par leur origine et par leur fin. Aussi sont-ils sans cesse en- lutte sur cette terre, et déjà même, dit saint Paul, ils se combattaient dans le sein de Rebecca en la personne de Jacob et d'Esau, qui après Gain et Âbel en sont les représentants dans l'Ancien Testament. Les uns sont les hommes de la terre I parce qu'ils viennent d'en bas, les autres qui viennent d'en haut sont les hommes du ciel, et ils ont Dieu pour père; car ils en reçoivent la parole par son Fils, et ils en font les œuvres. Les premiers proviennent de l'enûemi de Dieu ; ils sont les enfants de la révolte^ comme dit
TApôtre {Éphés., V, 6), fUii diffidmtià; car ils en ont Tesprity ils en suivent les inspirations et en accomplissent les desseins. Vos ex pcUre diabolo estiSy dit Jésus aux Juifs (Jean, YIII, 41), et quand les Juifs se récrient , disant qu'ils sont les fils d'Abraham, Jésus leur répond : « Vous ayez le démon pour père, puisque vous en faites les œuvres. Si vous étiez de Dieu, vous feriez les œuvres de Dieu. Je vous dis en vérité que Dieu peut faire sortir des pierres des en&nts d'Abraham. > U est bien entendu que cette filiation est toute spirituelle, lésâmes, créées par Dieu et lui appartenant, ne pouvant devenir la possession du démon que par lenr mauvaise volonté qui fait alliance avec lui, ou par Faction prédominante en elles de l'esprit du mal qui dégrade leur nature; à rencontre de ce qui arrive par Tinfusioi^ de l'Esprit divin qui les régénère et en faijt les enfants adoptifs de Dieu . Il y adeux générations mystérieuses selon l'esprit : l'une par la grâce, qui fait des hommes du ciel,' l'autre par la semence du mal,*qui produit les hommes de la terre, lesquels, s'ils meurent dans leurs péckés, deviennent les hommes de l'enfer. Or, la vie des uns et des autres est conforme à Tesprit qui les anime : ou pure et aspirant au ciel, s'élevant au-dessus des choses terrestres et les mettant sous fies pieds : ou impure et gravitant vers la terro, s'y attachant, s'y agglutinant par le ventre, sui*
vant Texpression énergique du Psalmiste (Ps., XLII, 25), niant, bafouant et blasphémant les choses divines, et ne songeant qu'il jouir, posséder et dominer ici-bas. Tout ce qui dépasse la sphère de ce monde leur est chimère, folie, illusion oa imposture, et ceux qui croient au monde supérieur, au monde surnaturel, sont à leurs yeux des enfants ou des insensés.
3*" Jésus proclame ici hautement sa divinité. À cette question directe : Qui êtes-vous ? il répond nettement : Moi qui vous parle, je suis le Principe. Principivm, qui et loquor vobis. (Jean, VIII, 25.) Ce qui sert à expliquer cette parole de saint Jean (Jean, I, 1) : Inprincipio erat Verbum,,. et Deus eratVerbum; laquelle ne signifie pas seulement, an commencement ou dans le principe était le Verbe, mais le Verbe était dans- le principe, ou était le principe de toutes choses; car tout a été fait par lui et rien de ce qui a été fait n*a été fait sans lui. C'est pourquoi il était avant qu'Abraham fût au monde et même avant qiie le monde fût. Il dit encor& de lui : Je suis la voie, la vérité et la vie (Jean, XIV, 6); la voie de tout ce qui existe ou le principe qui produit les êtres, la vérité qui est le fond de tout ce qui est, la vie qui alimente tout ce qui subsiste, c'est-à-dire le principe 'et la fin de toutes choses, ou, comme il est dit dans l'Apocalypse (XXn, 13), Talpha et l'oméga, ce qui était
dire explicitement qu'il est le Fils de Dieu. Mais les Juifs ne comprennent pqint que par ces paroles et les suivantes qui annoncent sa mission il déclare que Dieu*est son Père.
4"" Enfin par la dernière parole de cet Évangile, il nous apprend comment nous pouvons avoir toujours Dieu avec nous /comme son Père qui l'a envoyé est toujours avec lui. C'est en ne faisant rien de nous-mêmes, par notre propre raison , de notre seule volonté, mais seulement ce qu.e Dieu nous a enseigné et nous a chargés d'opérer, c'està-dire en ne cherchant dans nos paroles et nos actes que ce qui est conforme à sa loi , à ses commandements, ou, comme dit le Sauveur, ce qui loi est agréable. Alors Dieu est avec nous, en nous, et agit par nous : et ainsi, non-seulement nous n'avons plus de responsabilité,parce que nous ne sommes que les instruments de sa vérité et de sa justice, mais encore notre action est puissante, efficace; car, k notre pouvoir, qui est peu de chose, s'ajoute celui de Dieu qui est sans limites. C'est pourquoi dans certains cas, quand la volonté humaitie est intimement unie à la volonté divine, rhomme faisant ce que Dieu veut, et Dieu agissant par l'homme, il se produit des faits extraordinaires ou surnaturels, qu*on appelle des miracles, et qui témoignent d'une puissance surhumaine. Que si, au contraire, nous voulons tout faire par
nous-mêmes, par la seule lumière de notre raison en dehors de celles de la foi, par la seule force denotre volonté ùon associée à la volonté divine, nous restons seuls, Dieu n'étant pas avec nous qui ne lui demandons ni son concours, ni son secours. Et' alors, réduits à notre individualité « nous produisons peu de chose avec beaucoup d'efforts et de grandes prétentions. Nous n'avançons pas dans la voie du bien, malgré les hautes visées de notre orgueil vers la perfection ; et nous heurtant à chaque pas contre les obstacles de la nature ou la résistance des hommes , nous nous usons en travaux impuissants, en luttes stériles et décourageantes. Après avoir voulu tout faire, on n'ose plus rien entreprendre, dans la crainte de ne pouvoir arriver au terme, et l'ambition la plus exaltée dégénère en une morne inertie. Gela se voit même chez des personnes pieuses, qui croient être toutes à Dieu, quand elles ne font que leur volonté propre. Elles ont le malheur de ne trouver dans la direction spirituelle à laquelle elles s'imaginent obéir, qu'un moyen de plus de suivre leurs pensées et de satisfaire leurs désirs sous le couvert menteur d'une autorité illusoire^ dont elles disposent. C'est un état très-dangereux, et même mortel pour l'âme, qui se trompant elle- /nême par le prétexte du bien, abuse à son détriment des secours les plus puissants de la religion.
PRATIQUE
Cherchons Jésus-Christ par l'amour, suivant la parole de saint Augustin. Dieu ne demande qu'à être trouvé, aimé, adoré ; car, non content de se manifester par les choses visihles et dans l'ordre de la création, il a voulu encore se révéler directement par sa parole et par des actes surnaturels. C'est le seul moyen de' ne pas mourir dans le péché et de profiter de la grâce du baptême , qui d'hommes de la terre nous a faits des hommes du ciel, et d'esclaves du démon des enfants libres de Dieu. Pour cela confessons franchement notre foi en Jésus-Christ, Principe de toutes choses, source de la vie, qui s'est appelé luimôme la vie, la vérité et la voie ; et que notre foi, se réalisant par nos œuvres, attire en nous sa vertu et transforme tous nos actes , afîn que nous n'agissions plus seuls, mais que Dieu agisse avec nous, en nous et par nous.
PRIÈRE
Dieu tout-puissant, daignez écouter nos supplications et nous faire sentir les effets de votre miséricorde habituelle, afin que votre famille, qui mortifie la chair par l'abstinence de la nourriture, s'abstienne aussi du péché par l'observation de votre justice. Par notre Seigneur Jésus-Christ.
3« livre des Rois, XVII, 8.
Le Seigneur parla à Élie en ces termes : Levez-vous et allez à Sarepta des Sidonîens, et demeurez-y ; car j'ai commandé à une femme veuve de vous nourrir. Élie aussitôt s'en alla à Sarepta. Lorsqu'il fut arrivé devant la porte de la ville, il aperçut une femme qui ramassait du bois. Il l'appela et lui dit : Donnez-moi un peu d'eau dans un vase , afin que je boive. Lorsqu'elle allait lui en quérir, il cria derrière elle : Apportez-moi aussi, je vous prie, un peu de pain dans votre main. Elle lui répondit: Je vous jure, par le Seigneur votre Dieu, que je n'ai pour pain qu'un peu de farine dans un pot, autant qu'il en peut tenir dans le creiix de la main, et un peu d'huile dans un petit vase. Je viens ramasser ici deux morceaux de bois pour apprêter à manger à moi et à mon fils, afin que nous mangions et mourrions ensuite. Ëlie lui dit: Ne craignez point, mais allez et faites comme
^vous avez dit : cependant faites auparavant de ce reste de farine un petit pain cuit sous la cendre, et apportez-le moi. Vous en ferez après cela pour vous et votre fils. Car voici ce que dit le Seigneur Dieu d'Israël : La farine qui est dans le pot ne finira point, ni l'huile qui est dans le petit vase, jusqu'au jour où le Seigneur Dieu doit faire tomber la pluie sur la terre. Cette femme s'en alla et fît ce qu'Élie lui avait dit, et Elle mangea. Elle mangea aussi, elle et sa maison ; et depuis ce jour la farine du pot ne manqua pas, et l'huile du petit vase ne diminua point, selon que le Seigneur l'avait promis à Élie.
Remarquons d'abord l'obéissance simple et entière du prophète, qui fait sans hésitation, sans discussion, sans murmure ce qui lui est dit, bien que cela dût être dur à sa nature et surtout à son amour-propre. Il faut s'en aller chez des étrangers, dans une ville occupée pai' des infidèles, et là se mettre à la charge d'une femme qu'il ne connaît pas et qui devra le nourrir; c'est-à-dire qu'il va demander un asile en fugitif et mendier son pain du jour. Est-ce ainsi que nous agissons, quand pour le service de Dieu on nous demande quelque chose qui nous contrarie, même si nous
sommes assurés que c'est la volonté de Dieu, ce, qui nous est prescrit étant conforme à sa loi^ dicté par le devoir, réclamé par la conscience? Le plus souvent ce n'est pas la connaissance du bien qni nous manque, maîs^ la bonne volonté de nous ; attacher et la ferme résolution de le fiadre. Nous trouvons toujours des difficultés à exécuter ce qui nous est pénible ou nous déplaît, et notre nature effarouchée, irritée ou découragée par ce qui la gêne ou lui impose une privation, voit toutes sortes de raisons de ne pas avancer, mille obstacles qu'elle croit insurmontables, et qui servent de pré- . textes à sa mauvaise volonté ou d'excuses à sa lâcheté. Tant que nous en serons à disputer, à marchander avec Dieu, nous ne ferons point de progrès dans la voie du bien ; et au lieu d'être entre ses mains un instrument de ses dessins, un minisire de son royaume, un serviteur de sa maison, nous luttons avec lui loin de le servir, mettant souvent dans le secret notre volonté à la place de la sienne, quand nous avons l'air de défendre sa cause et de. marcher sous son drapeau. Que de chrétiens, parmi ceux qui se croient ou qui parais- , sent pieux, sont entraînés par l'esprit du monde on le respect humain en des voies, opposées à celles de Jésus-Christ, tout en professant ai; dehors la foi en sa doctrine et rattachement à son Église ! Non-seulement ils n^obéissent pas, ou obéissent mal à ses
cdmmtndêmeDts, mais encor» ik té bdesiot alkr à les eiitiqnw^ à les dénigrer comme inntUeSy dè^ raisonnables oa impraUcables, pactisant unsi aree ses emiemiSy et ab^ndoniumt Iftehemant aa cause dans Tocoasion.
A Tobéiasance i^mple du prophète cofreapon» dent la foi et l'abnégatioii de la pauvre venya. La demande d'Êlie la fliet à vmù rode ëpretlve. Voilà un inconna qtji Ini' demande. riiost>itaUté et dn pain.. Spn logis doit être iniaérable cmnme aa for* tone, càt die n'a en ce momeai pour vivre qn'nnè poignée de farine et nn peu d'hnilo^ aa deniiàn i«6«oni«e pour elle et son en&nf ^ et la voilà qtd numsse quelques berna de boia pour pa;éparer oé^ ^éâvB né«mîitire. i3le eai un «miple fin^ pftiit ipié h loi 4m \m don de Dieu^ qui l'accorde h (pà il itii^ktt^t aéton lea desseins d# sa t^rari^ denod. Sîlè n'h4iM'le pas^tto isom^tt; e^^ sâbènsA ils p^e d'ÉIie^mâgré toutes les rftiifcODsqn'^lè aufttitâ'f résister^ en objectant «01. dtet^neikt À le ditiiger oà elle est é» irmair de faim éle etaon fite, OT^lle donne à un Aranger le pe« qu'elle poe^ tèdé, elle fait Amplmnent ooqui lui «sidemai^; eSerenoneoè son plus s^ct nécessaire^ sembla*- Uê à la pauvre femfflo offerte en modèd» par Jésus à ses disciples, qtii jette dans le tronc du teni^ pis les deux petites pjècôs de monnaie qui lui iteslent. CTesi péui'quoi elk requiert un grand mérite
aux yeux de Dieu, car elle se dévoue à Faccomplissement de sa volonté, et elle en estrécom* pensée aussitôt, d'abord par la multiplication de sa farine et de son «huile, et ensuite par la résurrection de son enfant, opérée par le prophète. Ainsi la charité trouve en elle-même sa récompense, comme le mal sa punition. Les actions de Tune et de l'autre refluent sur la volonlé qui les a produites, comme les effets reviennent à leur cause et les conséquences à leur principe. Chacun se juge lui-même par ses actes, et le dernier jugement se fera spontanément en face de Dieu et dans sa lumière par le retour complet et inévitable à chaque être libre de ce qu'il aura posé dans le monde par sa propre volonté avec tout ce qui en est sorti. On voit encore par ce fait q[ue la charité profite encore plus à celui qui l'exerce qu'à celui qui en est Tobjet. C'est qu'en donnant à Tindigent c'est à Dieu qu'on doime^ et Jésus-Christ, qui se charge de la dette, la paye comme il convient à sa bonté et à sa puissance. C'est pourquoi il a dit (Matth., X, 42) : Celui qui donne seulement un verre d'eau en mon nom aura sa récompense; et ailleurs (Matth., XXV, 40) : lie moindre service rendu au plus petit de mes frères, c'est à moi qu'on le rend.
Enfin, en considérant cette histoire d'une ma* nière plus générale et dans un sens plus large, on
peut voir dans la veuve de Sarepta Timâge de la syuagogae tombée dans le dénûment et qui n'aplns pour vivre, elle et son fils, c'est-à-dire le peuple dlsraél, qu'un misérable reste de nourriture. Mais sa foi va la sauver, au moins cette partie du peuple qui a cru en la parole de Jésus-Christ, qui lui a été envoyé aussi comme un fugitif, dénué de toute ressource, sans asile et sans pain. Ceux d'entre les Juifs qui croient à l'Envoyé céleste, laissant tout pour le servir et lui donnant tout ce qu'ils ont, seml:)lent aussi par leur dévouement se condamner à périr. Mais, 6 merveille de la puissance divine ! le peu qu'ils avaient et qui ne suffisait pas à les faite vivre , c'estk-dire leur âme et sa bonne volonté , est transformé, accru, multiplié par la vertu d'en haut; et les pauvres d'esprit, de force et de courage deviennent, par l'aliment céleste qui leur est accordé, des flambeaux éclatants, des puissants en paroles et en œuvres, des forts qui triomphent du prince des ténèbres et de l'enfer, conquièrent le monde et en renouvellent la face. Le dernier pain d'Israël, qu'il consent à donner à Jésus-Christ avec foi et amour, même au risque de sa vie, le Seigneur le change en un pain surnaturel, inaltérable, inépuisable, le pain au-dessus de toute substance , qui nourrira les enfants de Dieu jusque dans l'éternité. Et pour que la
préfiguration soit encore plus frappante, le fils de la pauvre veuve, qui vient de mourir, est ressuscité par le prophète ; ou autrement le fils de la synagogue, Israël, le peuple de Dieu qui devait mourir comme peuple élu à la venue du Messie, et qui est mort en effet à ce • titre, reprend une vie nouvelle par l'inspiration de l'Esprit saint, M après que Celui qui est plus que Moïse et ÉHe^ se couchant sur lui pour s'accommoder à sa peti^ tesse, lui a transmis par son soufQe la lumière et le feu du ciel. C'est ainsi que la résurrection d*Israël, et par suite la résurrection des nations gisant dans les ténèbres et à l'ombre de la mort, a été opérée par la parole de Jésus-Christ dans les âmes qui l'ont reçue avec foi. Tout comprise^ et ont réalisé courageusement leur foi par )e dé* vouement et le sacrifice. '^
Évangile selon saint Matthieu, tXXtX, i\
Alors Jésus parla au peuple et à ise* disdpïesi leur disant : Les scribes €t les pharisiens dont assis sur la chaire de Moïse. Ob3erve2 donc et faites tout ce qu'iU voua diront* Mais x^'agi^ae» pas comme eux, car il» djisçiit M n» font |mis. Ils lient des fardeaux pesants qu'on ne saurait porter, et ils les naettent sur les épauled des
hommes, tai^dis qu'Us ne veulent pas seulement les toucher du bout du doigt. Ils font toutes leurs actions afin d'être vus des hommes. C'est pourquoi ils affectent de porter des bandes plus larges que les autres, et ils ont aussi à leurs robes des franges plus longues. Us aiment les premières places dans les festins et les premières chaires dans les synagogues. Ils aiment à être salués dans les places publiques et à être appelés maîtres par les hommes; mais vous ne vous faîtes point appeler maîtres ; car vous n'avez qu'un Maître, et vous êtes tous frères. Et ne donnez à personne sur la terre le nom de père, parce que vous n'avez qu'un père, qui est dans les deux. Et qu'on ne vous appelle pas maîtres, parce que le Christ est votre seul Maître- Celui qui est le plus grand parmi vous sera votre serviteur; car quiconque s'élève sera abaissé et celui qui s'abaissera sera élevé.
Bossuet a commenté ce texte dans ses Méditations surrÉvangUeiBXL 56* jour, p. 200, édit.Charpentier), et nous sommes heureux d'offrir à la méditation de nos lecteurs les paroles d'un tel maître.
Après avoir montré que la chaire de Moïse signifie la loi et la doctrine données par Dieu et enseignées en son nom dans la synagogue, et que, par conséquent, elles conservent toute leur autorité, même quand ceux qui les enseignent ne les pratiquent pas, car leur autorité vient de Dieu, et la négligence et les fautes de ses ministres viennent des hommes, il ajoute en parlant des abus reprochés par Notre-Seigneur aux pharisiens et aux docteurs de la loi : « Ils lient des fardeaux j c'est le premier abus; car pour paraître pieux , ils font les sévères ; ils lient des fardeaux pesants y ils tieuDcnt les âmes captives; car voyez jusqu'à quel point: Des fardeaux insupportables sur les épaules^ bien liés, en sorte qu*ils ne puissent s'en défaire : et tout cela pour les tenir dans leur dépendance, sous prétexte d'exactitude.
« G est aussi un e£fet de la superstition. La véritable piété étant fondée sur la confiance en Dieu, dilate le cœur. Mais la superstition , qui se vent fonder sur elle-même, met une chose sur ime autre et se charge de fardeaux insupportables.
« Mais voici le comble du mal. Ces faux docteurs, quand ils vous ont bien chargés, ne vous aident pas du bout du doigt ; impitoyables en toute manière^ et parce qu'ils vous chargent, et parce qu'ils ne songent pas à vous soulager. Voilà leur pre-
mier caractère : rigoureux par ostelitatîon et en même temps durs et impitoyables.
c Mais vous, ô véritables directeurs, si vous êtes obligés d'ordonner des choses fortes, soyez encore pins soigneux à soulager ceux anxqjiels vous les imposez. Loin de vouloir vous attacher les âmes infirmes, rendez-les libres; et autant que vous pourrez, mettez-les en état d'avoir moins besoin de vous^ et d'aller comme toutes seules par les principes de conduite que vous leur donnez.
«/fe font tout pour être vus des hommes, ^oWk la source de tout le mal. La véritable piété ne songe qu'à contenter Dieu. Ceux-ci n'ont que des vues hiunaines, et ils sont sévères afin qu'on les loue, lis veulent conduire , ils veulent diriger pour se donner un grand crédit, afin qu'on voie qu'ils peuvent beaucoup, qu'ils sont de grands directeurs et qu'ils ont beaucoup de gens da grande considération à leurs pieds.
* Ils aiment les 'premières places. Les voilà peints : non que tous aient tous ces défauts ; mais ils voudront qu'on les craigne, qu'on les visite, qu'on leur fasse de grandes révérences, sensibles au dernier point, si on leur manque en la moindre chose. Les malheureux , ils ont reçu leur récompense.
« Mais ce qu'ils veulent sur toutes choses, c'est qu'on les appelle rabbi et qu'on les tienne pour maîtres, qu'on révère leurs décisions comme des
oracles, et qae tout le inonde aille à eux comme à la règle. Que ceux qui sont en place, où ces devoirs leur sont rendus naturellement, craignent de s'y plaire. La tentation est délicate : car on passe souvent de la fermeté qu'on doit avoir pour maintenir l'autorité légitime à une jalousie de grandeur toute humaine et toute mondaine. Le remède est dans les paroles suivantes :
« Vomn'avezqu'un seul Maître. Écoutez le Maître intérieur, ne faites rien qu'en le consultant, faites tout sous ses yeux. Songez à ce que vous feriez si vous aviez à chaque moment à lui rendre compte. Vous prendriez son esprit comme vos subalternes prennent le vôtre. Vous craindriez de vous rien attribuer au delà des bornes, pour n'être point repris d'un tel supérieur. Or, encore que vous n'ayiez point à lui rendre compte en présence, à chaque moment, il viendra un jour que tout se verra ensemble : et en attendant on observe tout; et celui auquel vous devez rendre compte viendray lorsque vous y penserez le moms^ pour voir si vous n'avez point insolenmient abusé du pouvoir qu'il vous a laissé en son absence.
« Vous êtes tous frères. Songez-y bien : vous qui êtes supérieur, vous êl es frère . S'il faut donc prendre l'autorité sur votre frère, que ce soit pour l'amour de lui et non pour l'amour de vous; pour son bien et non pour vous contenter d'un vain honneur.
« // n'y a qu'wi PèrCy il n'y a qu'un Maître. Si on vous appelle père , c'est que vous en faites la fonction; elle est déléguée, elje est empruntée. Revenez au fond : vous vous trouverez frèra et disciple. Ayez-en donc Thumilité -.apprenez d'un moment à Tautre ce que vous avez h enseigner. Ainsi vous serez un père, vous serez un maître ; car saint Paul a bien dit quHl était père et quHl engendrait' des enfants; mais la semence de Dieu, c*est sa parole. Recevez donc continuellement de Dieu. Préchez-vous? Écoutez au dedans le Maître céleste et ne prêchez que ce qu'il vous dicte. Si vous parlez, que ce soient dçs discours de Dieu....
« Un seul Maître^ tme seule lumière qui éclaire tout homme venant au monde^ qui à parlé au dehors et parle encore tous les jours dans son Évangile, mais qui parle toujours Hu dedans, dès qu'on lui prête l'oreille. Dans quel silence . faut -il être pour ne pas perdre la moindre de ses paroles?
« Le plus grand d'entre vous ^ c'est votre serviteur. n ne dit pas qu'il n'y iiit pas d'ordre dans son Église, et que personne n'y soit 'élevé en autorité au-dessus des autres ; mais il avertit que l'autorité •est une servitude. Je me suis fait serviteur de tous y disait saint Paul, tout à tous afin de les sauver tous. L'exercice de l'autorité ecclésiastique est une perpétuelle abnégation de soi-même. »
PRATIQUE
Respectons Pautorité légitime partout où elle s'exerce, même dans ses abus et malgré la faiblesse de ses ministres. N'imposons point aux autres des fardeaux que nous ne pouvons ou ne voulons pas porter. Ne cherchons point avant tout dans nos actions la louange des hommes, leur estime, leur considération, toutes les marques d'honneur. Quelle que soit notre supériorité par la position sociale, par la science ou par le talent, n'oublions pas qu'ils sont nos frères, puisqu'il n'y a qu'un Père , celui ^ui est au ciel et duquel seul toute paternité dérive; et qu'il n'y a qu'un seul Maître , un seul docteur : la Vérité qui est le Verbe de Dieu ou le Christ. Le plus grand dans le royaume de Dieu est comme Dieu lui-même, qui s'est fait par amour le serviteur de tous.
PRIÈRE
Nous vous en prions, Seigneur, accordez-iious le secours • nécessaire pour observer exactement vos saints commandements, afin que nous remplissions nvec le concours de votre grâce les devoirs que votre parole nous a appris à connaître. Par notre Seigneur Jésus-Christ.
Esther, XIII, 10.
Mardochée alla prier le Seigneur, et lui dit : Seigneur, Seigneur, roi tout-puissant, toutes choses sont soumises à votre pouvoir, et nul ne peut résister à votre volonté, si vous avez résolu de sauver Israël. Vous avez fait le ciel et la terre et tout ce qu'ils renferment. Vous êtes le Seigneur de toutes choses, et nul ne peut résister à votre majesté. Tout vous est connu, et vous savez que si je n'ai point adoré le superbe Aman, ce n'a été ni par orgueil, ni par mépris, ni par un désir de gloire ; car Taurais été disposé à baiser avec plaisir la trace même de ses pieds pour lé salut d'Israël. Mais j*ai craint de transférer à un homme l'honneur dû à mon Dieu, et d'adorer un autre que lui. Maintenant donc, ô Seigneur Roi, Dieu d'Abraham, ayez pitié de votre peuple, parce que nos ennemis ont résolu de nous perdre et d'exterminer votre héritage. Ne méprisez pas ce peu-
pie, que vous avez fait naître, que vous avez racheté de TÉgypte, pour être à vous. Exaucez ma prière, et soyez favorable à une nation dont vous avez fait votre partage. Changez, Seigneur, notre deuil en joie, afin que nous glorifiions votre nom, et ne fermez pas la bouche à ceux qui vous louent.
L'Église en nous faisant lire aujourdlmi k belle prière de Mardochée nous enseigne la raison principale de la prière, la cotifiance avec la*, quelle nous devons prier, et l'usage qu'il hxA faire des biens demandés, quand ils nous sont ac« cordés. Cette instruction vient à propos dans un temps où elle nous recommande de prier plus souvent.
La raison principale de la prière est Tadoration due à Dieu et à lui seul. L'adoration implique la connaissance de Dieu, comme le Dieu unique, le Dieu tout-puissant qui nous a créés, nous a donné tout ce que nous avons, et duquel nous dépendons en toutes choses. C'est ce que Mardochée ccmfesse d'abord en invoquant le Dieu d'Israël et en rappelant tous iBes bienfaits. Mais en. confessant le Dieu unique, il faut ausd lui rendre Thonmiage qui n'est dû qu'à lui, hommage qui consiste surtout à consacrer sa vie à son service; c'est-à-dire
à observer sa loi avant tout , et à tâcher d'accomplir sa vololité par tous les mouvements de rftme, par toutes les pensées de l'esprit, par tous les actes du corps, instrjiment de Tesprit et de Fâme, et qui ne doit être employé qu'à leur vrai bien. C'est l'adoration en esprit et en vérité, que le Père aime, comme dit Jésus à la Samaritaine, et qui n'est au fond que Taccomplissement du premier commandement : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu par -dessus tout, vous Taimerez de toute votre âme, de tout votre esprit, de toutes vos forces, par toutes les puissances de votre être. Toute créature aimée plus que Dieu, et servie avant loi, de préférence à lui, par une prédilection désordonnée, prend donc en nous la place de Dieu ; elle luT est substituée sur l'autel de notre cœur par la fascination de la passion, par l'aveuglement de l'esprit. Elle devient donc une idole, une divinité fausse, à laquelle nous prostituons le culte de notre âme, y posant tout notre désir, tout notre, amour, toute notre vie, et en devenant l'esclave, puisque nous l'aimons par-dessus tout.
Tout homme dominé par nne passion est donc par le fait un idolâtre, toutes les fois que l'objet de sa passion, et le bonheur qu'il en eèpère, a plus d'empire sur sa volonté que la vérité et la justice qu'il lui sacrifie. Tout amour déréglé de la créa-
ture est une idolâtrie. C'est pourquoi saint Paul a appelé Tavarice la servitude des idoles. {Colos-^ III, 5.) L'Écriture parie des hommes qui se font un Dieu de leur ventre (Philip. y III, 19): c'est l'idolâtrie des sens ou la grossière sensualité. L'ambition est Tidolâtrie du pouvoir ou celle de la gloire humaine, qui veut Tun ou l'autre à tout prix, par tous les* moyens, et rend capable de tout, même de l'iniquité et de h bassesse, pour les acquérir ou les garder. L'attachement à une créature humaine, mettant tout son bonheur dans sa possesr sion et prêt à violer les lois du ciel et de la terre pour l'obtenir, est le culte d'une idole. Rentrons donc en nous-mêmes, et voyons si nous n'avons pas une idole de ce genre dans le cœur, et si, tout en nous croyant chrétiens, nous ne sommes pas réellement des idolâtres, c'est-à-dire donnant notre âme avec son amour, son esprit, ses facultés, toutes les forces de son être à ce qui n*est pas Dieu, à ce qui est contre Dieu, puisqu'il en occupe la place en nous. Hélas! combien d'idolâtries dans le monde, dont les aveugles adorateurs ne. se défient pas, et qui n'en sont que plus dangereuses I Tout désir qui se satisfait contre la loi de Dieu reconnue, et malgré les réclamations de la conscience, est un acte d'idolâtrie, puisqu'en ce moment l'amour de la créature l'emporte sur l'amour du Créateur, et qu'en transgressant la vérité ou la justice
il se met au-dessus de la volonté divine. Heureux quand on n'est idolâtre que passagèrement, par entraînement, légèreté, imprudence ! car si le désir tourne en passion par Thabilude de s'y abandonner, l'attachement déréglé devient une chaîne, une servitude, et à la prévarication de Tidolâtrie s'ajoutent l'asservissement de la volonté et la dégradation de l'ftme.
En quelque extrémité d'infortune ou de douleur que nous nous trouvions, prions avec la confiance d'être exaucés suivant qu'il plaira à Dieu et pour notre plus grand bien, dont il est meilleur juge que nous. La fermeté de la foi est l'âme de la prière. C'est pourquoi l'apôtre saint Jacques nous exhorte à demander nettement, clairement, ce dont nous avons besoin, et non avec incertitude, hésitation, balancement, comme le flot de la mer agité par le vent. (Jacq., I, 16.) Mardochée nous en donne l'exemple. Le danger du peuple de Dieu est inuûinenti Non-seulement Ajnan a juré sa ruine, mais encore le décret d'extermination est rendu, et dans quelques jours tous les Juifis doivent être massacrés dans tout l'empire, afin que la ven-p geance d'Am^m, irrité de ce que Mardochée n'a point voulu pUer le genou devant lui, et plus en- <^re du triomphe qui lui a été accordé et dont Aman a été forcé d'être l'instrument et le héraut, soit accomplie. Alors Mardochée et tout Israël
crient vers Dieu, afin qu'il ne laisse point périr ce peuple qu'il a fait sien, et qu'il a déjà sau?é tant de fois de la mort malgré son ingratitude.
Sa confiance doit animer la nôtre ; car le peaple chrétien est encore plus à Dieu qu'Israël, puisque par le sang de Jésus-Ghrist et la grâce du baptême il nous a rachetés de la servitude de Satan, dont celle d'Egypte était la figure. En nous régénérant par la vertu de la rédemption, il a fait de nous ses .enfants, sa famille, et non plus seulement son peuple ; il nous a rendus les frères de son Fils unique et les cohéritiers de sa gloire. Non-seulement il s'est approché aussi de nous plus que de toute autre nation, comme en Israël ; mais encore il t voulu habiter en nous, il a posé son tabernacle dans notre cœur, où il daigne descendre, qnaod nous le désirons, pojur être notre nourriture et notre vie. Rappelons-lui dans nos suppliiuitions tous ses bienfaits, afin qu'il ait pitié d'une créature qu'il a tant aimée, et qu'il ne laisse point périr une âme qu'il a rachetée à un si grand prix. Tout cela 8«bs doute nous rend plus coupables de ToSenser en^ core : mais aussi quelle ressource au milieude nos afflictions, et surtout avec le sentiment dé notre indignité et la contrition de nos péchés, que de pouvoir dire à Dieu : Seigneur, ne nous méprisez pas, ne nous abandonnez pas 1 Car, quelles que soient notre faiblesse ou notre ingratitude, nous sommes
toujours vôtres, puisque vous nous avez rachetés ; nous sommes votre. partage, puisque vous avez daigné nous communiquer votre propre vie ; nous sommes vos enfants par notre fraternité avec voire divin Fils I
Les dernières paroles de Mardochée nous montrent Tusage que nous devons faire des biens accordés à notre prière, et par conséquent dans quel esprit il faut les demander pour les obtenir. C'est ce qu'oublient trop souvent ceux qui prient : et alors ils s'étonnent de n'être point exaucés et s'en découragent quelquefois, abandonnant l'oraison et tout exercice de fpiéié, parce que leurs vœux n'ont point été remplis et que leur supplication est restée stérile. Ainsi une mère a prié ardemment pour la guérison de son enfant malade, et son enfant est mort. Mais dans son ardente prière elle n'a songé qu'à elle, à son amour de mère, au bonheur de la possession de son fils, c'est-à-dire à sa propre joie, à sa gloire, à elle surtout plus qu'à Dieu qui lui avait donné cet enfant, et auquel il appartient plus qu'à sa mère ; elle a songé à* elle, pins qu'à son enfant lui-même, dont après tout elle ne sait pas l'avenir, et si une vie plus longue ici-bas ne tournerait pas à la perte de son âme. Elle a prié en mère naturelle avec la violence, avec la passion de la nature désespérée ! Elle n'a pas prié en mère chrétienne, qui aime son fils,
non pour sa propre satisfaction et sa jouissance; non pour le j salut de cette âme qui lui a été confiée. Elle n'a point prié comme Èlaiiche de Gastille qui préférait voir son fils mort plutôt que coupable d'un seul péché mortel, c'est-à-dire qui mettait la vie de son âme au-dessus de celle de son corps. Qu'une mère désolée demande avec ardeur la conservation de son enfant, cela est très-permis sans aucun doute, mais à la condition de toute prière chrétienne et qui en fait le mérite et l'efficacité, c'est-à-dire d'accepter la volonté divine quelle qu'elle soit, disant en esprit sinon en paroles avec le Sauveur au jardin des Oliviers : Seigneur, qu'il en soit comme vous voulez et non comme je veuxl Ainsi doit- il en être de toutes nos prières qui ont pour objet un bien temporel, ' afin que ce bien désiré et obtenu soit employé comme toutes les choses de ce monde à procurer le véritable bien , qui est la gloire de Dieu et le salut des hommes ; la gloire de Dieu en contribuant à le faire mieux connaître, servir et aimer; le salut du prochain par la diffusion de la parole divine et l'annonce de ses bienfaits. Voilà comment la prière, qui peut n'être au fond qu'un acte d'égoïsme si elle ne demande que la jouissance propre, devient par l'élévation et le désintéressement de son désir un acte de charité.
Évangile selon saint Matthieu, XX, 17.
Jésus, allant à Jérusalem, prit à part les douze disciples et leur dit : Voici que nous allons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux princes des prêtres et aux Scribes qui. le condamneront à la mort, et le livreront aux Gentils pour être moqué, flagellé et crucifié, et il ressuscitera le troisième jour. Alors la mère des enfants de Zébédée s'approcha de lui avec ses fils, et l'adora -comme voulant lui demander quelque chose. Il lui dit : Que voulez- vous? Ordonnez, dit -elle, que mes deux fils que voici soient assis dans votre royaume, l'un à votre droite et l'autre à votre gauche. Mais Jésus lui répondit : Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je dois boire. Nous le pouvons, lui direntils. Jésus répartit : Vous boirez en effet mon calice; mais d'être assis à ma droite ou à ma gauche, pe n'est point à moi de vous l'accorder, mais cela est réservé à ceux à qui mon Père l'a préparé. Les dix autres, ayant entendu ceci, en fure^t indignés contre les deux frères. Mais
Jésus les appela à lui, et leur dit : vous savez que les prinœs des nations les dominent, et que les plus puissants d'entre eux les traitent avec empire. Il n'en sera pas de même parmi vous; mais que celui qui voudra être le plus grand soit votre serviteur, et que celui qui voudra être le premier d'entre vous soit votre esclave ; comme le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir, et donner sa vie pour la rédemption de la multitude.
Gomment penser, avec les incrédules, que Jéso»- Christ n'est qu'un homme, le plus intelligent, k plus sage des hommes si l'on veut, le plus grand génie qui ait paru sur la terre , après la lecture et la méditation de ces paroles où il annonce aux apôtres tout ce qui va lui arriver à Jérusalem,' avec toutes les circonstances de sa passion, et ce qui est encore plus fort, avec sa mort, sa résurrection? Sa résurrection! évidemment celui qui parle ainsi, s'il n'est un insensé ou un imposteur, est inspiré par l'Esprit divin , il est Dieu. Est-ce un prophète comme un autre ? comme tous ceux qui ont annoncé le Messie? Mais aucun d'eux n'a prédit sa propre mort ni sa résurrection. Aucun n'a osé dird comme le Oirist, qu'il donnait et
reprenait sa vie parce qu'il le voulait. Aucun ne s'est posé comme le Fils unique de Dieu, comme le Yerbe du Père, comme un avec son Père. Donc, encow de ce côté, si Jésus n'est pas Dieu, laalgré toutes ses œuvres à nulle autre pareilles, il sei:ait indigne non seulement de l'admiration et de la confiance des honmies, mais même de leur estime! S'il n'a pas sauvé le monde comme Dieu, il l'a trompé, ou il s'est trompé lui-même en trompant les autres. Ce serait l'insensé le plus extraordinaire qui eût jamais paru sous le soleil, et la fortune de sa doctrine et du rôle qu'il a joué ici-bas serait plus inconcevable encore que ses miracles. Mais il est Dieu, Fils de Dieu, le Verbe incarné, la Sagesse étemelle, la Lxmiière infinie ! D est descendu du ciel , il a vécu et est mort parmi nous pour nous instruire , nous guérir et nous sauver! Il est Dieu, parce qu'il â dit et fait ce qu'un Dieu seul peut dire et faire, et c'est pourquoi il est, comme il l'affirme, la voie , la vérité et la vie !
Mais voilà qu*au moment où il annonce à ses apôtres tout ce qu'il doit souffrir pour achever sa mission et expier les fautes des hommes, quand il leur parle des choses du ciel qui vont tout à l'heure' s'accomplir à leurs yeux et dont il sera le ministre et la vfctime, ceux-ci, que l'Esprit saint îi'a point encore transformés, et que leur grossière
nature domine, laissant de côté les persécutions à endurer/ et ne voyant dans le règne glorieux prédit par leur Maître que le terme de son œuvre à laquelle ils.participent, ne songent aussi qu*à leur propre élévation, et viennent lui demander la promesse de les placer un jour avec distinction dans la splendeur de son royaume. Bien qu'il ne soit ici question que des fils de Zébédée, nous voyons, par rÉvangile de saint Jean , que c'était la pensée de tous; puisque dans une circonstance semblable, au moment même où Jésus vient de leur annoncer les souffrances de sa passion, ils se mettent a discuter, demandant quel sera le plus grand d'entre eux après le triomphe de leur maître. L'indignation que leur inspirent les prétentions des fils de Zébédée et de leur mère n'est au fond que de la jalousie, semblable à celle que ressentent les fils de Jacob contre leur frère Joseph. Cependant, qui de nous osera les condamner sévèrement ? Tout chrétiens que nous sommes, régénérés par le baptême, nourris du sang de Jésus-Christ et confirmés par le Saint-Esprit, ne sommes-nous pas toujours prêts à nous élever au-dessus des autres, aspirant sans cesse à les dépasser par la science, . le talent, la réputation, la puissance, la fortune ? L'orgueil, principe et conséquence du péché d'origine, qui a poussé l'honmie à se mettre même au-dessus de Dieu, n'est-il pas tout vivant dans notre cœur, et
ne cherchons-nous pas , par Tinstmct de notre nature viciée, à le contenter à tout prix? Les apôtres ont donc fait sou^ l'inspiration de la nature ce que nous aurions fait nous-mêmes à leur place : que dis-je ? ce que nous faisons tous les jours, et avec4)lusde culpabilité, puisque, enfants de TÉglise, nous avons reçu plus de lumières et de grâces qu'ils n'en n'avaient encore obtenues. Quelle mère dirétienne, sauf quelques saintes âmes, comme Félicité, Perpétue, la mère de saint Louis, et celles qui leur ressemblent, a le droit de blâmer la mère de Jacques et de Jean , venant naïvement , dans l'entraînement de son amour naturel, demander au maître l'élévation et la gloire de ses fils? La plupart ne rêvent-elles pas la même chose poar leurs enfants, et leur bonne fortune dans le monde n'est^elle pas l'objet de leur désir maternel et de leur plus vive espérance? Que cet exemple de Ja faiblesse naturelle des disciples nous serve donc de leçon pour combattre notre propre orgueil , notre ambition personnelle, et nous convaincre, par la demande indiscrète des ûpôtres, si peu en harmonie avec l'esprit de leur maître, et par la réponse si claire qu'il leur donne en leur montrant le devoir et la vraie gloire de ses disciples, que le royaume auquel nous devons prétendre est dans le ciel, et que le vrai moyen d'y arriver et d'y briller un jour, c'est de nous
abaisser ici-bas avec Jésus-Christ qui est yeim pour servir et non pour dominer, pour dévouer sa vie à la rédemption des hommes, et non pour les exploiter au profit de sa puissance ou de sa gloire.
Jésus répond aux fils et à la mère : Vous ne savez pas ce que vous demandez. Ne peut-*il pas faire la même réponse à la plupart de nos prié* res, qui sont souvent l'expression d'un désir inconsidéré ou d'un espoir insensé? On demande parfois son propre malheur sans le savoir, par l'insufflation de la vanité, de l'ambition, de l'avarice ou d'une affection désordonnée ; et Dieu nous fait une grande grâce en ne nous exauçant pas. Tandis que ce qu'on repousse de toutes ses forces comme un mal, parce que la nature en serait contrariée, l'orgueil blessé, le cœur endolori, est justement ce qui conviendrait au perfectionnement de l'âme et à son salut. Qui sait ce qui sortira des événements appelés ou conjurés par une prière imprudente, qui ne songe qu'à la joie ou à la peine du moment, et ne prévoit pas les suites pour l'avenir et surtout pour l'éternité ? C'est pourquoi le Sauveur a dit : Tout ce que vous demanderez en mon nom, ou conformément à la justice et à la vérité, vous sera accordé. (Jean, XVI, 6.) Y avait-il justice, et l'intérêt de la vérité réclamaitil que les deux fils de Zébédée fussent assis à la
droite et à la gauche de leur maître dans son rojamae?
Aussi le Seigneur ajoute : Il ne m'appartient pas de vous donner ces places; mais elles sont ponr ceux auxquels mon Père les a destinées. Parole qui n'infirme en rien le pouvoir de Jésus- Christ, tout-puissant conmie son Père, mais qui ne £&it rien qu'avec lui et en lui, n'étant venu sur la terre que pour y accomplir sa volonté et manifester sa vérité. « Ma doctrine n'est pas mienne, dit-il, mais la doctrine de celui qui m'a envoyé. (Jean, YII^ 16.) Ma mission est d'exécuter ce qu'il m'a dit, et je w &is nea de moi*mèmâ, car mon Père et moi nous sommes un et nous opérons tou«joiurs ensemble. (Jean, X, 30.) Donc^ces honneurs que vous me demandez sont révervés à ceux auxquels mon Père les a préparés. (Jean, Y, 37.) » Votre désir et votre demande ne servent de rien pour les obtenir, s'ils ne vous sont pas destinés par le Père céleete^ et si de votre côté vous ne faites pas ce qu'il £aut pour répondre à cette destination. Dans tous les cas, ces grâces célestes ne seront jamais le prix de l'orgueil, de Tambidon, de Tamour de la vaine gloire.
Enfin Jésus voyant que l'ambition des deux fils de Zébédée a excité la jalousie des autres apfitres, profite de cette occaûon pour leur apprendre en <iaoi consiste la grandeur véritable selon l'esprit de
Dieu, entièrement opposée à la grandeur fausse ou selon Tesprit du monde. Ici est la moelle oa Tessence de la vertu chrétienne qu'il est yena enseigner à la terre^ la vertu divine elle-même^ à laquelle il veut que ses disciples participent C'est la force ou la puissance qui se donne au fù" ble pour le réconforter, le soutenir et le compléter. C'est le Dieu créateur se versant avec toutes ses grâces dans les êtres qu'il a créés par amour, et dont il n'a aucun besoin ni pour sa gloire ni pour son bonheur. Il veut leur bonheur, sans que le sien, qui est infini comme lui, puisse en retirer et Taccroissement. C'est le Dieu Rédempteur se dévouant par amour à la réhabilitation de rhomioe coupable, et expiant comme Fils de l'homme les crimes de l'humanité par sa vie et par sa mort, h servant de toutes manières, par sa parole, par ses œuvres, par ses mirades; par ses bienfaits, par h donation de tout lui-même, jusqu'à l'effusion de son sang, et manifestant sa puissance et sa grandeur par l'immensité de son sacrifice. Quelle sera donc la gloire des disciples d'un tel maître? A coup sûr, celle de leur maître : et elle sera plus belle à mesure qu'ils lui ressembleront davantage, c'est-à-dire qu'ils sauront vivre et mourir avec lui et comme lui, pour le salut de leurs frères. C'est pourquoi le plus élevé dans cet ordre de choses sera le plus humble, le plus dévoué, le plus sacri-
fié au bien des autres qu'il doit servir à Timitatiou et à la suite du divin maître.
Jésus-Christ a donc renversé l'ancienne théorie du pouvoir, qui avant lui livrait les nations à la violence^ aux passions et à l'arbitraire de leurs princes. En ce temps-là les peuples étaient pour les rois. Selon la doctrine du Rédempteur, les rois sont pour les peuples : ils doivent en être les premiers serviteurs, parce que leur puissance, qui leur vient de Dieu, doit s*exercer pour le bien de leurs sujets, comme celle de Dieu lui-ndême d(mt elle est une délégation : et par conséquent, s'ils ont le droit de commander au nom de Dieu qu'ils représentent et de la justice étemelle dont ils sont les ministres, ils ont aussi le devoir de chercher avant tout le bien de leurs subordonnés, et de le procurer par tous les moyens possibles, mémo aux dépens de leur intérêt propre, et s'il le faut avec le sacrifice de leur vie. Leur mission étant la même dans Tordre temporel que celle du Sauveur dans l'ordre spirituel, c'est-à-dire de travailler à l'instraction, au soulagement, à la bonne direction et au bonheur des peuples, ils doivent en être les plus zélés serviteurs : et le premier des rois, le plus grand d'entre les grands parmiJes hommes, ^era celui qui se dévouera le plus à leur service, et consacrera toutes les forces de sa vie à les rendre meilleurs et plus heureux. Les bienifaiteurs de l'humanité,
selon l'Évangile, en sont les véritables prinees, et la vraie grandeur, image de celle de Jésus- Qhrist, est dans le sacrifice de soi pour les antres.
Tel est le principe fondamental de la politique chrétienne, quand elle est animée de Tesprit chrétien, et non de Tégoïsme des princes ou des peuples. Celle-là s'accorde parfaitement avec la morale évangélique: et, dans ses applications légitimes, la prudence, la raison d'État, et l'intérêt national n'excluent jamais la justice ni la charité. Q'est pourquoi le souverain le plus élevé de ce monde, celui qui commande au nom de Dieu à deux cents millions drames, le vicaire de Jésus- Christ sur la terre s'appelle à juste titre le serviteur des serviteurs de Dieu, servm servorwm M. Sa gloire se mesure,, comme celle de soi> mattre, par l'immensité de ses services.
PRATIQUIÎ.
Ne demandpns ds^ns nos prières que pe qui est conforme à la justice et selon la vérité, et ayonsi en vue, dans ce que nous demandons, non pas tant notre intérêt propre ou la satisfaction de nos désirs, que la gloire de Dieu et le bien de tous. Que Pambition de notre âme, qui lui est naturelle puisqu'elle est faite pour les choses éternelles, la porte vers le Ciel et dans la voie q^i y mène, afin q^'à Pej^emple du Dieu Gréa-
teur, Rédempteur et Sanctificateur, par la grâce du Père, du Fils et du Saint-Esprit, elle se dévoue avec amour ai) salut dçs hommes et mette 9a gloire à les servir.
PRIÈRE
pieu tout*puiss2^nt, nous tous en prions, vous qui avez rendu Tinnocence au genre humain et qui aimez à l'y conserver, tournez vers vous les cœurs de vos servit0ur9, afiq que par Tai^daur de votre esprit qu'ils ont eu le bonheur de recevoir, ils soient trouyés ferme§ dans leur foi et puissants dans leurs œuvres. Par notre Seigneur Jésus-Christ.
Jérémie, XVII, 5.
Voici ce que dit le Seigneur .: Maudit est rhomme qui met sa confiance en rhomme, qui se fait un bras de chair, et dont le cœur se retire du Seigneur. Il sera semblable au tamarin du désert, n'éprouvant pas le bien quand il arrivera; mais il demeurera dans une terre desséchée et inhabitable. Heureux Thomme qui met sa confiance dans le Seigneur et dont le Seigneur est l'espérance. Il sera comme un arbre transplanté sur le bord des eaux, qui étend ses racines vers l'humidité , et qui ne craindra point la chaleur, lorsqu'elle viendra. Son feuillage sera toujours vert; il ne souffrira point au temps de la sécheresse, et il ne cessera jamais de porter du fruit. Le cœur de tous les hommes est dépravé et insondable : qui le connaîtra? Moi le Seigneur qui scrute le cœur et éprouve les reins et qui rend à chacun selon sa voie et selon le fruit de ses pensées et de ses œuvres.
L'Église nous montre par ces paroles de Jérémie, pleines d'images, tout ce qae Tâme perd à s'éloigner de Dieu, tout ce qu'elle gagne à s'y unir, et elle nous indique le moyen le plus efficace d'arriver k cette union.
L'âme séparée de Dieu est comparée au tamarin du désert ou de la lande des bords de la mer, qui végète dans une terre desséchée où ses racines ne trouvent qu'une maigre nourriture, et dont le feuillage appauvri est sans cesse tourmenté par la violence et l'ardeur du vent. Ainsi l'honmie, qui n'a confiance qu'en lui-même ou dans les autres hommes sans mettre son espérance en Dieu,, n'a point véritablement de racines ni de solidité au milieu de la société ; car ne s'appuyant que sur les maximes du monde, n'agissant que par les instincts de la chair ou la ruse de la prudence humaine, son esprit n'a pas de principes fixes dans l'exercice de sa pensée, et sa volonté, non contenue par des règles sûres et immuables, est abandonnée à Tinconstance de sfes désirs, à l'agitation désordonnée de son activité. Sa raison sera donc étroite, maigre, sans étendue et sans force, parce qu'elle n'est ni éclairée ni soutenue par la lumière des vérités éternelles, qui seules peuvent lui communiquer quelque chose de la vertu de l'infini ; et son cœur, envahi par la concupiscence de la chair, brûlé par les passions ou tiraillé ,par les intérêts
du Moment, se tourne et se retourne sans cesse sans trouver un point d'appui fixe , ou une Voie sûre qui le mène au bonheur toujours poursuivi et fuyant toujours devant lui. tl va donc de mécompte en mécompte, demandant à toutes les forces de la nature 6t de l'hùinanité le biôti auquel il aspire, essayant successivement touteé les joies de ce monde, pleines d'attraits tant que Têspérance les revêt de ses illusions, vides et décolorées dès qu'il les possède et s*évanouîssânt comffié un brouillard dans ses embrassements. Il s'épuise dans cette poursuite toujours impuissante et toujours reprise, et il arrive enfin, après avoir été ainsi ballotté par totls les vents de la terre, k liè plus recontiaître, comme dit le prophète, le bieti véritable quand il lui est offert^ à ne plus profiter, comme l'arbuste desséché du désert, d^une btiâô clémente qui lé ranimerait, d*tine pluie douce oïl d'une rosée du ciel qtii pourrait le vivifier. De II, cette espèce d'insensibilité aux choses spirituelles, où tombent les âmes qui ont rompu depuis longtemps avec Dieu par la négligence de sa loi. Tindifférence à ses Commandements, ^omission des pratiques de son culte et l'abandon de son Église. Elles deviennent même Incapables de distinguer le bien offert en mainte occasion par fa grâce d'en haut qui les prévient, par des éclairs de lumière qui parfois traversent les ténèbres de leur
esprit, par des événements imprétus^ dés douleurs soudaines qui les frappent sans les émotivoir; ou si elles en sont ébranlées un instant, comme elles ne réagissent point par un élan de bomie Tolonté, elles retombent bientôt dans l'aridité de leur désert ou dans l'impuissance de leur agitation.
La comparaison de l'homme qui met sa eoiiâance en Dieu à un arbre planté au bord des eaux, en contraste avec l'arbuste rabougri du désert^ image de râtne sans piété, se retrouye au pi'emier psaume de Darid r « Heureux l'homme qui ne s'est point mêlé au conseil des impies, qui ne d'est point ar'^ rêté dans la voie des pécheurs, ni assis dans la chaire de pestilence, mais dont la volonté d&t 80U<i> mise à la loi du Seigneur, qu'il médite le jotlf et la nuit. Il sera comme un arbre qui à été planté au botd des eaux courantes et qui donnera du fruit en sdn temps. Sa feuille ne tombera point, et toitt ce qu'il fêta prospérera; Non,^ il n'en est point ainsi des impies^ que le vent enlève de la fàcë àé la terre comme la poussière. »
Seulement il y a ici une idée de plus, celle de la transplantation de larbfe dans un lieu plus fa?orable à son iccrdissement. Il passe d'ùtie telTô sèche et ingrate, oii il aurait dépéri, à un sol fertile, constammèiit arrosé, et OU il piiisera la foi-ce avec la fraîcheur. C'est la figure
d'Israël, revenant de l'idolâtrie au culte du vrai Dieu, et y retrouvant la source de sa prospérité; du retour du pécheur, qui négligeait ou méprisait la loi divine, à l'observation et au respect de la parole sacrée., C'est aussi l'image de la régénération de l'humanité assise autrefois dans les ténèbres et à l'ombre de la mort, se desséchant par sa séparation d'avec Dieu, comme l'arbre stérile dans le désert, mais que la grâce de Jésus-Christ a transportée dans un nouveau terrain arrosé des eaux abondantes du ciel. Aussi, l'âme convertie on régénérée étend avec joie ses racines vers Teau salutaire qui l'humecte, et unie à Dieu par sa foi, par son espérance, par son amour, elle puise dans les eaux vives des sacrements sa nourriture, sa vigueur et son rafraîchissement.
Le sang de Jésus-Christ devient la source intarissable de sa vie nouvelle, qui est la vie même de Dieu, et rien ne Tébranlera au milieu des tourmentes dé ce monde, parce qu'elle est enracinée en Celui qui est le fondement immuable et le soa^ tien indéfectible de son être. Elle est comme la maison bâtie sur le roc, que les vents et les torrents ne sauraient emporter (Matth., Vil, 25.). Le feuillage de cet arbre si heureusement transplanté sera toujours vert et ne tombera jamais; car en contact avec les eaux vives, il n'a pins à redotiter l'ardeur de l'été ; et d'un autre
côté, sa cime, s'élançant hardiment vers le ciel, aspire dans une atmosphère épurée Tair vivifiant et les fluides nourriciers d'en haut ; c'est pourquoi il ne cessera point de porter .du fruit. Et en effet, Tâme chrétienne, unie à Jésus-Christ nonseulement par sa foi mais encore par l'élan de sa volonté, par l'effusion de son amour, et qui veut sincèrement, en esprit et en vérité, ne vivre que de lui, par lui et en lui, tout en se couvrant des fleurs des vertus célestes qui la rendent belle et aimable, produit incessamment, où qu'elle soit placée, dans la peine ou dans la joie, dans l'abondance ou dans le dénûment, dans la prospérité ou dans l'infortune, des fruits de piété, de justice, de charité, qui la rendent aussi bonne qu'elle est belle, et réjouissent de leurs parfums Dieu, les anges et les hommes.
La fin de ce passage de Jérémie semble nous indiquer le moyen de revenir à cet heureux état, quand nous avons eu le malheur d'en sortir: moyen accordé par la miséricorde divine à la faiblesse de l'homme qui s'est séparé de Dieu par le péché, pour l'aider à se retourner vers son principe, sans lequel il ne peut prospérer ; ou, pauvre arbuste qui se meurt dans l'aridité du désert, d'être transplanté au bord des eaux courantes qui lui rendront la force et la vie. Ce moyen, dont l'Église est le dépositaire et le ministre, comme de toutes
les grâces du ciel, est la piscitie sacrée de la pénitence, dont les eaux salutaires effacent totîs les p^ chés, toutes les impuretés qui obstruent les canaux de la vie spirituelle. De sorte que si le péchèiir, docile à la niotioû 'dé la grâce, va chercher cette piscine régénératrice, eti implorant sa gtlérison et fe'ouvraût de toutes ses forces à soti action bienfaisante, if se remet en communication avec Celui qui sonde les cœurs et les reins, et qui lui rendra la vie du ciel en raison de la profondeur de sa contrition et de la soif ardente de son âme potir le bien. Heureux celui qui a faim et soif de la justice , parce qu'il éera rassasié. (Matth.,V, 6.) .
Évangile selon saint Luc, XVl, 19.
Jésus dit à ses disciples : Il y Bvait uà homme riêhè qui était vêtu de podfpre et de Hti et (Jtîi se traitait magnifiquement tous les jours. Il y avait aussi lin pauvre nommé Lazare, étendu à sa porte, tout couvert d'ulcères, qui eût désiré se rassasier des miettes de la table du riche, et personne ne lui en donnait; mais les chiens venaient lécher ses ulcères. Or il arriva que ce pauvre mouftît, et fut emporté pâf les atiges
daùs lë sein d'Abraham. Le riche mourut aussi et fut enseveli dans Tetifer. Alors élevant les yeux, pendant qu'il était dans les toUrmetitô, il vit de loin Abraham, et Lazare dans sonseiti, et il s'écria : Père Abraham, ayez pitié de moi et envoyez- moi Lazare, afin qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau pour rafraîchir ma langue, parce que je souffre horriblement dans cette flamme* Et Abraham répondit: Souvetietvôus que vous avez reçu les bieïis daiïs votrëtie, etqueLazare n*aeuque des maux dans la sienne. C'est pQur(Juoi il est maintenant consolé, et vous êtes tourmenté. De plus il y a un grand abîme entre vous et nous, en sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le peuVeut, comme on ne peut venir ici du lieîtt où vous êtes. Alors le riche dit : Je vous supplie ddnc, ô père, d'envoyer Lazare dans la rtiaisonde mon père, où j'ai encore cinq frères, afin qu'il les avertisse, pour qu'ils ne viennent point aussi eux-mêmes dans ce lieu de tourments. Abraham lui dit : Us ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent. Non, père Abraham, répliqua- Hl; mais si quelcju'un des morts va les trôfUter, ils
lence qu'un instruniéiit dé jouissance, de vanité et de péché, comme celui dont il est question ici! Ceux-îà, après une vie inutile du criminelle, des-» ceiïdront auési aux enfers et payeront de tourments inénarrables leur sensualité et leur dureté. Mais bonheur, ceùt fois bonheur au riche ^, comme Zachée, répare ses torts au quadruple et donne aux pauvres là moitié de ses biens! Celtii-ci aura aussi le bonheUr, s'il désire voit* Jésua-Ghrist, de le recevoir dans sa maison qui en sera sanctifiée, et d'être reçu à sa mort dans là maison du Sauvent» ou dans le seiti du. Père éternel.
Cependant, dit saint Atnbrôise, si toute richesse, n'est pas criminelle, toute pautreté n'est pas sainte. Mais comme la luxure pervertit, déshonore l'opulence, la piété et la résigiiatiofl sanctifient, la pauvreté. Il y a des mautàîô patitrë's comme il y a de mauvais riches. Le mauvais {)auvre est celui qui ne l'est pas en esprit, spiritu, dit rÉvangile (Matth., V, î^), c'ëst-à-dire qui né cousent pas à l'être quand sapoèitioU Tjr conttàiiit, qni n'accepte pas avec patieiice le sCfrt qui lui est fait, et qui, au lieu d'en tirer tout le parti possible en rendant son existence moins pénible pai' le travail, par l'économie, par le bon ordre, et les privations profitables k son âiùe par la modération de ses désirs et la résignation, regarde aveè envie^ avec indignation ceux qui possèdent, enflammant, enve-
nttnant satts cesse sa colère par la comparaison dé son sort an lenr ; et sans songer à ramélidfer pa^ le bon emploi de ses facultés et de ses forces, n'aspire qu'à dépouiller ceux qu'il jalouse par le vol, par la Violentée, ou par la ruse. Ules iM)ursuivra de ses sarcasmes, de ses outrages, de ses calomnies, tout pî-êt à leur arracher leurs biens avec la vie, si le désordre des révolutions vient à déchaîner sa fnreur. Oh! alors, malheur, cent fois malh«ur aut pauvres, parce qu'ils sont de mauvais pauvres, plus mauvais encore que les mauvais riches ! car ceux-ci, en général, se coïitenteïit de jouir, sans s'inquiéter de la misère ^e leurs semblables; et s'ils ne leur font pas de bien, au moins ne chercheût-ils pas à leur faire du mal. Ceuî-là, au contrail-e, excités par l'envie qui lëS dévore, n'ont à l'égard du riche que des senmetîtg haineux, qui appellent la malédiction ,• la ruine et la mort SUî* leur's semblables, et les rendent (îapâblés de tout faire au besoin pour les accablei'.
« Ainsi n'agissait point le pauvre Lazare, dit saint Chrysosfoiue dans son homélie Sur les richesseSj et c'est pourquoi à sa mort il a été reçu dans le sein d'Abt'ahatny qui figure ici le paradis. Car, quôi- ^ qu'il ftt étendu à là porte du riche dans la tni$ère et dans le mépriê, il ne se laissa point aller au poif, et il ne blasphéma pas en disant: Ce
riche, qui vit dans le désordre, jouit de tous les biens de ce monde ; il ne souffre aucune tribulation, et moi je ne puis pas même obtenir ce qui est nécessaire à ma nourriture. »
0 puissance admirable de la vérité, toujours la même et toujours nouvelle au milieu de l'instabilité perpétuelle des choses de ce monde, et des différences si multiples des lieux et des temps! La parole de Jésus-Christ dans cette parabole, et celles des premiers docteurs de l'Église qui lont . commentée, s'appliquent aux riches et aux pauvres de notre siècle comme à ceux d'alors ; et en les lisant on croit voir et entendre ce qui se fait de nos jours dans cette lutte ardente entre ceux quiont et ceux quin'ont pas, lutte qui agitera les sociétés jusqu'à la fin des- temps pour le salut ou la ruine de plusieurs. Mais Tissue en est indiquée ici d'une manière simple et nette, comme parle toujours rÉvangile. A sa mort, Lazare ou le bon pauvre, fut emporté par les anges dans le sein d'Abraham ; le mauvais riche mourut aussi, et fut enseveli dans l'enfer.
Le sein d'Abraham est ici une expression figurée. « Par là, dit saint Augustin {De orig. animae^ lib. iv, capit. 16), on comprend le lieu du repos où est Abraham, et qu'on appelle (TAbror hànif non parce qu'il n'appartient qu'à lui, mais parce qu'Abraham est le père de beaucoup de na-
lions, dont par sa foi il est le prince et le modèle. Ce n'est point le paradis proprement dit, ou le ciel, dont l'entrée n'a été ouverte à Thumanité que par le sacrifice de Jésus-Christ et son triomphe sur la mort. Jusqu'à ce moment aucun homme ne pouvait y pénétrer, et les justes de l'ancienne loi, à la suite d'Abraham dont la foi lui a été imputée à justice, attendaient dans les limbes la venue du Messie, dans lequel, snr les promesses dfvines, ils avaient mis tout leur espoir. Cet espoir, ou plutôt cette assurance de leur délivrance future, les remplissait dans leur attente de joie et de consolation. Ce n'était pas la joie pleine des bienheureux, puisqu'ils ne possédaient pas l'objet de leur amour, mais le bonheur d'une espérance certaine du bien promis. Obscurcis par la tristesse de ne pas le voir, de ne point le goûter encore, mais échappés aux épreuves de la terre heureusement traversées, ils jouissaient du repos que donnent le sentiment d'une tâche accomplie et la certitude de la récompense. C'est de ce lieu obscur, refuge des âmes élues pour participer un jour à la gloire du Sauveur, que s'élancèrent les justes d'Israël, délivrés de leurs ténèbres par la lumière du Verbe , et qu'ils montèrent au ciel avec le Ressuscité au jfour de son ascension. Jésus-Christ quitta la terre au milieu du glorieux cortège de ces âmes, se mêlant dans les airs au cortège
pins glorieux des anges , dqùt le^ inains, comme il est dit de Lazare, les avaient portées dans leseiil d'Abraham. »
La suite de cette histoire amène une (|ueslioii: celle de la communication possible entt*e des aines séparées par un abîme infranchissable, et placées, les unes dans un séjour de joie et de coiisolàtioô, les autres dans un lieu de tourffleûts et de désespoir. Si le passage est interdit, il y à au mdôs une correspondance par la vtte et par Tonîe; car le mauvais riche levant les yeiii aperçoit de loin Abràhani et Lazare; il interpelle Abraham et Abraham lui répond. Est-ce une figure pour mettre en scène et en relief les sentiments de l'un et dé l'autre, et la moralité qui sort de leur situatioil l'es* pective? Est-ce une réalité^ comme oti peut le croire < puisque la parole de Jésus - Christ j qtti est Téternelle vérité ^ exprime toujours dés idées par les faits, ou des faits par les idées ? Les saints Pères, qui ont traité Ce sujet, ne le décident pas. Ils se contentent d'en faire ressortir la moralité, qui est l'aggravation de la peiùe dil mauvais richei « Comme d'être couché misérablement à la porte du palais du riche, et d'être témoin de ses jouis* sances au milieu de son déùûment , dit saint Ghry* sostome (Orat. 2 de Lazaro) , rendait encore le sort de Lazare plus triste, ainsi d'être plongé dans la géhenne et d'apercevoir en même temps le
bonheur du pauvre qu'il avait méprisé , augmentait les douleurs du riche après sa mort; et la comparaison de son sort avec le sien rendait soi^ supplice intolérable ; car les richesses des antres font le tourment de cent qui sont dans la pauvreté. » Mais là peine, qui doit lui être la plus cruelle, est celle qu'il sdufFre dans son orgueil htlinilié ; Car, ajoute le saint Docteur, « lui qui n'a pas totilti prendre en pitié Lazare sur la terré, et qui s'est détourné de sa misère aVec dédain, le voilà rfduit par l'excès de la souffrance à implorer sa ptbtéCtion ; lui qui n'a pas même jeté un regard m les plaies du pauvre , et qui à coup feûr ne les aurait pas touchées du bout du doigt, il réckmè maintenant une goutte d'eau tombant du doigt dé Lazare sur sa langue brûlante, sur cette langue par laquelle il a le plus péché, et qui côt devenue aussi le siège de sa plus vive douletl^* car là où a été le péché doit s'appliquer la peiûel >
La réponse d'Abraham est l'expression de la divine justice : Tu n'as aimé que le bien de la terre, et tu en as joui autant que tu as^ pu et par tons les moyens, sans équité et sans miséricorde, ne t'inquiétant ni des commandements de Dieu, ni delà misère de tes semblables. La mort t'a enlevé la jouissaUCe périssable, et tu n'as emporté de la tetre qu'une âme souillée et endurcie par la sen-
sualité et Tégoïsme. Tu as donc maintenant ce que tu as voulu, ou plalôt ce que tu t*es attiré toimême : la colère de Dieu que tu as bravée el Tabandon de tes semblables que tu as méprisés. Tu t'es mis dans le camp des ennemis de Dieu, et ainsi tu- dois partager leur triste sort. Lazare au contraire n'a eu que des douleurs sur la terre, douleurs du corps, de Tesprit et du cœur par le dénûment, la maladie) Phumiliation, la désolation. II a tout supporté sans se plaindre, il ne t'a pas même accusé, quand tu le traitais avec tant de dureté. Il n'a envié ni ton opulence, ni ton luxe, ni tes folles jouissances au milieu des angoisses de la faim que les miettes tombées de ta table auraient assouvie, et des ardeurs de la fièvre qu'un peu de secours de ta part aurait adoucie. Il a mis sa confiance en Dieu, comme son père Abraham, et sa foi lui a été aussi imputée à justice. Il possède donc maintenant ce qu'il a aimé ; car il n'a jamais désespéré de la bonté divine, et la récompense de sa patience lui est donnée.
Et saint Chrysostome s'écrie à ce sujet dans le discours cité plus baut, en s'adressant aux riches de son temps : c Vous qui êtes heureux dans le monde, quand vous pensez au bien que vous avez pu y faire,- craignez d'en avoir déjà eu la récompense ici-bas dans la prospérité qui vous y a été accordée ; et quand vous voyez des pauvres corn-
mettre des actions répréhensibles, songez que sonvent le mal de leurs fautes est purifié dans la fournaise de leur pauvreté. »
En entre, la réponse d'Abraham à la dernière demande du mauvais riche s'applique admirablement aux sceptiques et aux incrédules de nos jours. Je croirai, disent ils, quand Dieu m'aura parlé Ini-même, comme il a parlé aux patriarches , à Moïse, aux prophètes, à Jésns-Ghrist, aux Apôtres; ou lorsqu'un miracle aura été fait sous mes yeux, en présence de l'Académie des sciences, et avec toutes les conditions d'une critique éclairée et d'une constatation certaine. Alors, et seulement alors je reconnaîtrai une puissance surnaturelle, et j'accepterai ce qu'elle me dira. Non, leur répond Abraham, vous n'accepterez pas, et vous ne croirez pas, quand même un mort ressuscité viendrait vous révéler les choses de l'autre monde. Car d'abord, vous emploieriez tous les moyens possibles, toutes les raisons imaginables, pour prouver qu'il n'y a eu ni mort ni résurrection, et révidence du miracle, qui éclaterait à vos yeux, serait bientôt obscurcie par toutes sortes de considérations humaines, scientifiques ou autres, afin de le faire rentrer dans l'ordre habituel de la nature. S'ils n'écontent ni Moïse ni les prophètes, réplique Abraham, ils n'écouteraient pas non plus nn mort ressuscité ; et nous pouvons ajouter : Les
hommes d'aujourd'hui qui ne veulent écouter ni Jésus-Ghrist, dont la parole divine est si hien constatée, ni l'Église qu'il ^^ fondée divinement sur la terre ppur enseigner tous les peuples , n'écouteraient pas davantage ceux qui reviendraient de l'autre monde pour les instruire des choses du ciel. LeFilsde Dieu est descendu du ciel à cette fin, et ils ne Técoutent pas; il a laissa son esprit et sa parole dans son Église, et ils ne l'écoutent pas ! Une révélation nouvelle aurait-elle pli^s d'empire sur leur raison qui ne croit qu'à elle-mèpie, sur leur volonté qui n'a de confiance qu'en elle.
Jésus disait aux Juifs : f .Si vous ne croyo?; point à mes paroles , croyez du moins ^ mes œuvres, » (Jean, X, 8), et ils niaient ses ouvres oomn^e ses paroles, ou bien ils les attribuaient au démon «t l'accusaient d'en être possédé; ou encore, s'ils n? pouvaient nier le miracle, pomme la résurrection de Lazare opérée en vue de tout le peuple, plutôt que de se rendre à l'évidence qui frappait leurs yeux en la personne vivante de Xjazare, dans leur colère impuissante et insensée ils cherchaient ^ »e débarrasser par le meurtre du thaumaturge et du ressuscité. Ainsi en est-il encore au dii-neuvièm siècle. Les savants du mopde nient los miradea ot le pouvoir surnaturel de les produire, et ppur ^ délivrer de ce pouvoir qui les gêne, ils vol:dr^M^D^
détruire TÉglise où ils s'opèrent, sinon par la violence, qui de nos jours ne peut plus aller insqu'à h moFt , au moins en sapant et en détruisant dans les âmes chréûeunes la foi qui amène les miracles et qui les pui^lie.
Cepeudaut il y a aussi d'autres homn^es qui dissent aujourd'hui, comme les Pharisiens et les docteurs de la }Qi, que lesmiracle^ opérés dans rËgljse SQ font par le ministère de certains esprits, avec lesquels il est facile d'entrer en communication, et qu'on peut jfaire parler et agir par des moyens secrets et des manipulations plus ou moins mystérieuses. Par ces pratiques ténébreuses, renouvelées des (hérétiques des premiers siècles, ils prétendent faire apparaître et parler les morts : et pour ne pas admettre la foi simple des chrétiens en la parole de Dieu et de son Église, ils se jettent en toutes sortes de superstitions qui aveuglent leur esprit et pervertissent leur cçeur. Repoussant l'Esprit 4e Dieu, qui ps^rle si clairement dans l'ÊvangilQ e\ par renseignement divin qu'il a établi sur la terre, ils se livrent aux influences perfides des esprits rebelles qui, ennemis de la vérité dès le commenceipent, ont détourné l'homme de 8^ yoie pour le séparer de son principe : et qui, iQaiutenant encore , après que Jésus^ Christ les a dépossédés de leur empire usurpé, s'efforcent encore par leurs tentations de lui arra-
cher ses fidèles pour les perdre de nouveau, et empêcher .son règne de s'établir pleinement snri la terre. A ceux qui ont la faiblesse de les écouter I et de les suivre, il ne sert de rien, hélas! del croire à la résurrection ou plutôt à la réapparitioni des morts; car ils n*en reçoivent, quand ils les] consultent, que des réponses obscures, trompeuses,! hypocrites, qu'ils interprètent au gré de leurs désirs et qui les conduisent à la perdition sous Tapparence du bien.
PRATIQUE
Ne point mettre toute son âme dans la recherche de la richesse ni dans la jouissance qu'elle procure ; car l'amour des biens de la terre et leur fascination étouffent en elle le désir des biens du ciel, et les riches, qui font quelques bonnes œuvres, risquent d'avoir leur récompense dans leur bonheur d'ici-bas. Si nous sommes favorisés de la fortune, songeons, au milieu du luxe ou de l'aisance, aux pauvres Lazares qui nous entourent, et faisons-les vivre au moins des miettes de notre taible, c'est-à-dire de notre superflu; n'oubliant pas qu'un jour devant le tribunal divin nous aurons peut-être à invoquer la protection et le secours de ceux que nous aurions dédaignés, repoussés ou abandonnés ici-bas. Tâchons qu'ils n'aient à porter devant le juge suprême, en ce qui nous concerne, que le témoignage de notre justice et de notre charité.
PRIÈRE
Accordez-nous, Seigneur, nous vous en prions, le secours de votre grâce, afin que par l'accomplissement exact du jeûne et de la prière nous soyons délivrés des ennemis de Pâme et du corps. Par notre Seigneur Jésus-Christ.
Genèse, XXXV|I, e.
Joseph dit à ses frères : Écoutez ce que j'ai va en songe. Il me semblait que je liais avec vous des gerbes dans un champ, et que ma gerbe se tenait debout > et que les vôtres qui Tentouraienl' Tadoraiept. Ses frères lui répondirent : Est-ce que tu seras notre roi? ou serons-nous soumis à ta puissance? Ces songes et ces discours allumèrent donc dans le cœur de ses frères un foyer d*envie et de haine. U eut encore un autre songe qu'il raconta à ses frères, leur disant: J'ai vu pendant mon sommeil le soleil, la lune et onze étoiles qui semblaient m'iadorer. Ce qu'ayant raconté à son père et à ses frères, son père le reprit et lui dit : Que veut dire ce songe que tu as eu? Est-ce que ta mère, tes frères et moi nous t'adorerons sur la terre? Ses frères donc étaient pleins de jalousie contre lui, mais le père considérait la chose dans le silence. Un jour que ses frères étaient à Sichem où ils fai-
saieût paître les troupeaux de leur père, Israël dit à Joseph: Tes frères paissent les brebis dans le pays de Sichem : viens et je t'enverrai vers eux. Je suis tout prêt, dit Joseph. Va donc, et vois si tout va bien chez tes frères et dans les troupeaux, et tu me rapporteras ce qui se passe- Parti de la ville d'Hébron il arriva à Sichem; et un homme Payant trouvé errant dans la campagne Itii demanda ce qu'il cherchait. Il répondit: Je cherche mes frères, Indique^rmoi, je vous prie, où ilà font paître leurs trour peaux. Cet homme lui dit ; Ils ôe sont retirés de ce lieu et je leur ai entendu dire: Allons à Dothaim. Joseph alfa donc vers ses frères, et il les trouva â Dothaim. Ceux-ci Tayant aperçu de loin, avant qu*il se fût approché d'eux, ils eurent la pensée dé le tuer; et ils se disaient Tufl à l'autre : Voici le Songeur qui vient! alloni^, tuonSTle, et le jetons dans cette vieille citerne. Nous dirons qu'une bête féroce Ta dévoré : et alors on verra à quoi ses songes lui auront servi. Mais Ruben, Içs entendant parler de la sorte, s'efforçait de le délivrer de leurs mains, et leur disait : Né le tuez point et
ne répandez pas son sang, mais jetez-le dans celle citerne qui est dans le désert, et conservez vos mains sans tache. Il disait ceci dans le dessein de le tirer de leurs mains et de le rendre à son père. Aussitôt donc qu'il fut arrivé auprès de ses frères, ils le dépouillèrent de sa robe de plusieurs couleurs qui descendait jusqu'aux talons, et ils le jetèrent dans une vieille citerne où il n*y avait point d'eau. Et s'étant assis pour manger, ils virent des Ismaélites qui venaient de Galaad, portant en Egypte sur leurs chameaux des aromates, de la résine et de la myrrhe. Alors Juda dit à ses frères : Que vous servira d'avoir tué notre frère, et d'avoir caché sa mort? Il vaut mieux le vendre à ces Ismaélites, et ne point souiller nos mains; car il est notre frère et notre chaif . Ses frères acquiescèrent à ce discours, et ayant tiré Joseph de la citerne, ils le vendirent vingt pièces d'argent aux marchands madianites qui passaient par là et le menèrent en Egypte.
A mesure que nous approchons du temps de la Passion, rÉglisè nous y prépare en nous rappelant directement ou indirectement, par la parole
évangélique ou par des comparaisons prophétiques qu'elle nous donne à méditer, ce que le Sauveur a fait et souffert pour nous racheter. Aujourd'hui elle nous fait lire Thistoire de Joseph vendu par ses frères, qui présente en effet des traits de ressemblance avec Jésus livré à ses ennemis par lun de ses disciples, abandonné par les autres, et est comme une préfiguration du grand drame du Calvaire.
Joseph, auquel Dieu donna déjà dans son enfance le pressentiment dé sa mission et de sa graQdeur future, raconte naïvement à ses firères, et sans en tirer une vaine gloire, les songes qui lai annoncent son élévation, et qu'il sera un-jour le supérieur et le sauveur de sa famille et de son peuple. Ses frères en conçoivent de la jalousie et de l'indignation. N'est-ce pas l'image, bien imparfaite sans doute , de Jésus s'annonçant ouvertement devant Israël, à ses disciples et aux pharisiens, aux scribes et aux docteurs de la loi, comme le Fils de Dieu, un avec son Père, partagéant sa puissance et sa gloire, mais descendu du ciel et &it homme pour sauver les hommes en expiant leurs iniquités et les rachetant au prix de son sang ? H a donc droit à leur adoration, puisqu'il est le fils de Dieu, consubstantiel avec son Père et agissant avec lui. Il est le Principe détentes choses; il donne sa vie et la reprend
par sa volonté , et quand il aura accompli le grand sacrifice de son amour, il remontera glo* lieux au ciel , d'où il viendra à la fin des temps an milieu des anges pour juger les vivants et les fioorts* En vingt endroits des Évangiles Jésarf • affirme positivement sa divinité. Il est à la fois le Fils de Dieu et le Fils de l'homme; il porte en lui la divinité unie à l'humanité ; il est le Verbe in* carné ou Dieu fait homme. Et quand il demandé h Pierre : « Et vous, que dites-vous que je suis?» et que Pierre répond sans hésiter : c Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, » son maître lui dit: * Vous avez bien dit; et ce n'est ni la chair ni le sang qui vous ont appris cela, mais mon Père qai estdansleciel. »(Matth.,XVI, 17.)G'est pourquoi, comme on l'a dit en ces derniers temps au négateur le plus perfide de la divinité de Jésus^Christ^ s'il n'est pas Dieu, comme il Ta affirmé lui-même si expresséçient k tant de reprises, vou&avez mille fois tort d'en faire un grand homme ou même un homme honorable, et de le proposer à l'admira-' tion et à l'imitation des peuples; car en s'àrrogeant si impudemment la divinité s'il n'est qu'un homme, ou c'ôst un fou, aveuglé pat* ses hallucinations et cpii si trompe lui-môme, ou c'est an fourbe, un imposteur qui blasphème le saiut ùm de Dieu et veut tromper les antres.
Les hommes s'îpdi^ent toujours contre oenx
qui paraissent les dominer. Leur orgueil s'en offense, et l'envie qu'ils en ressentent les porte à les haïr et à faire tout ce qu'ils peuvent pour les rabaisser^ les entraver, leur nuire, et même leur ôtèt la vie pour se débarrasser de leur supériorité. C'est ce qui arrive aux frères de Joseph et aux ennemis de Jésus. Ils conspirent les uns et les autres contre celui qui excite leur jalousie, cherchant les moyens de s'en défaire. Ainsi l'orgueil conduit au meurtre, et le premier meurtrier a été le premier envieux. Gain jaloux de son frère Abel. L'orgueil est en effet le principe du mal et de tous les maut depuis la création, et il en sera ainsi jusqu'à la consommation des siècles. Omnis peccati initium est superbia. (Eccli. X, 15.) Les princes des prêtres et les pharisiens se Coalisent ponr surprendre Jésus dans ses paroles ou dans ses actes, afin de le trouver en faute et d'avoir un prétexte de l'accnâer, de le condamner, et ils ne reculeront pas devant la violence, si l'occasion leur en est dounée , pour se délivrer de sa présence et de sdû influence par Un crime.
L'occasion leur est enfin fournie par l*avarice de Judas, et Jésus est vendu par l'un des siens comme Joseph par- ses frères. Vingt pièces d'argent d'un côté et trente de l'autre! Des deux côtés la trahison a Une toute autre issue que ce . qu'on espérait, et^ ses résultats imprévus tour-
nent au triomphe de la victime et deviennent la moyens efficaces de Taccomplissement de sa mi^ sion. Après la honte d'être vendu comme esclave, la douleur de quitter sa famiUe et pays, et tout ce qu'il a dû souffrir dans la ser tude, Joseph conduit par la Providence en Égypt| éclairé par l'esprit de Dieu et rempli de la sa d'en haut , devient le bienfaiteur et le maître ( l'Egypte, et ensuite le sauveur de sa famille, ( ses frères qui l'ont si cruellement traité , en là empêchant de mourir de faim et leur donnant i position honorable auprès de lui. Jésus livré Judas, garrotté; outragé, bafoué, flagellé, et es crucifié par les Juifs , remplit à travers touti ces douleurs, toutes ces horreurs, sa mission d'if mour; et les cruautés et les indignités qu'il su deviendront les instruments de sa gloire et salut des hommes, même de ceux qui l'ont hla phémé et crucifié, de ses bourreaux, si, con les frères de Joseph, ils le reconnaissent poU ce qu'il est, se jettent à ses pieds et implorent i pardon. Ainsi Dieu va à ses fins par lés voies < y semblent les plus contraires, et sa sagesse finie se joue des oppositions des honmies, leur courte raison, de leur mauvaise volonté, doa il fait justement, en tirant le bien du mal, ce < n'appartient qu'à lui, les instruments aveugles dôl ses desseins.
Parmi les frères de Joseph, il y en a un d'une conscience plus timorée que les autres, et qui, ayant horreur de tremper les mains dans le sang de son frère , sans néanmoins avoir le courage de se déclarer ouvertement son protecteur et de prendre sa défense, cherche cependant à le sauver par des voies détournées , qui lui feront gagner du temps en lui fournissant peut- être les moyens de le délivrer plus tard. C'est Ruben qni propqse de le jeter dans une citerne abandonnée. Le même désir de sauver la victime et la même faiblesse se retrouvent au temps de la Passion ou pendant la vie de Jésus-Christ en plusieurs Israélites de bonne volonté qui, ayant un commencement de foi en sa mission, allaient le consulter en secret comme Nicodème, et peut-être (jamaliel, Joseph d'Ârimathie et plusieurs autres dont le nom n'est pas écrit dans les Évangiles. Mais ils avaient peur des princes des prêtres qui les auraient chassés de la synagogue, s'ils avaient pris ouvertement le parti de Jésus. Ds firent sans doute ce qu'ils pouvaient pour empêcher qu'il ne fût saisi, condamné, supplicié, mais sans risquer de se compromettre, et se contentant de déplorer tout bas ou en eux - mêmes ce qu'ils n'osaient point contredire publiquement.
Enfin il y a un autre frère de Joseph qui a un
trait de ressemblance avec Pilate, et paraît le pré-
figiirer. C'est dans toutes les affaires de ce genre rhomme prudent qui Veut comme les autres satisfaire son désir et atteindre le but du crime, savoir se débarrasser d'uu ennemi ou de celui qui porte ombrage, mais avec le moins de criminalité et de cruauté qti'il se pourra, surtout sans verser le sang, pourvu que l'obstacle soit enlevé. Juda yeut, comme les autres, être délivré de là présence odieuse de Joseph; mais' il a peur de 1* tuer, et il propose de le vendre ^ies marcbandB (jui remmèneront au loin. Qu'il ait à subir lei ignominies et les douleurs de la servitude peut* être plus cruelles que la mort, peu lui importe, pourvu qu'il disparaisse, et que lui, Juda, n'ait pas le remoç^s d'un fratricide* Ce sera même une bonne affaire ; car la vente de Joseph, qui lent épai^era un meurtre inutile et toujours fâcheux, leur donnera encore un bénéfice. Pilate, non plus, ne voulait pas Verser le sang du Christ* Il reconnaît qu'il n'a point mérité la mort, et il cherche à le sauver. Sa conscience réveillée parties avertis*sements de sa femme, qui le supplie de n'êtrepour rien dans le sang de ce juste, le tourmente, et il voudrait la satisfaire, ou au moins ne pas la charger, en s abstenant. Mais bientôt il recule devant rémeute des Juifs qui demandent à grands cris 11 supplice de Jésus, et surtout devant la peur de César, dont on l'accuse d'être l'ennemi, s'il ne
condami^e pas çel^i qui m usurpe le$ droits en se disant le roi des Juifç. Alors, n'ayaut pas le courage de résister à la fureur populaire, en même temps qu'il se met à couvert contre le peuple et en face de César par Tabandou de Jésus à ses persécuteurs , il cherche aussi à sauver sa conscience et à dégager sa responsabilité en se lavant les Qiains du sang du juste, qu'il livre cependant ^ ses bourreaux comma s'il était coupable. Lui aussi par lâcheté vend Jésus- Christ à des marchands, c'est-k-dire aux princes des prêtres et aux scribes qui trafiquaient du sacerdoce et de la science de la loi dans l'intérêt de leur puissance et de leur fortune. Il le vend en retour de la popularité qu'il ne veut pas perdre, et pour échapper à la colère de César dont on le menace.
Évangile ^«)oii saint Matthieu, XXI, 33.
Jésqs dit aux princes des prêtres et aux anciens du peuple: Éeoytez une autre parabole. Un père de famille, ayant planté une vigne, l'entoura d'une haie; il y creusa un pressoir et y bâtit une tour, et l'ayant louée à des vignerons, il s'en alla à Fétranger. Or le temps des vendanges étant proche, il envoya ses serviteurs pour recevoir le revenu de s^ vigne. Mais
les vignerons s'étant saisi de ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre, et en lapidèrent un troisième. H leur envoya encore d'autre? serviteurs en plus grand nombre que les premiers, et ils les traitèrent de même. Enfin i leur envoya son propre fils, disant : Ils auront au moins du respect pour mon fils. Mais les vignerons voyant le fils dirent entre eux : Void l'héritier, venez, tuons-le, et nous aurons Thé» ritage. Alors l'ayant saisi, ils le jetèrent hors (te la vigne et le tuèrent. Lors donc que le maître de la vigne sera venu, que fera-t-il à ces vigne^ rons? Il fera périr misérablement cçs misera* blés, dirent-ils, et il louera sa vigne à d'autres vignerons, qui lui en payeront le revenu aui temps marqués. Jésus ajouta : N*avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la tête de l'angle. C'est le Seigneur qui a fait cela et nos yeux le voient avec admiration. C'est pourquoi je vous déclare que le royaume de Dieu vous sera ôté , et qu'il sera donné à un peuplequi en produira les fruits. Celui qui tombera sur cette pierre s'y brisera, et elle écrasera
celui sur lequel elle tombera. Les princes des prêtres et les pharisiens en entendant ces paraboles, reconnurent qu'il voulait parler d'eux. Ils cherchaient à se saisir de lui, mais ils eurent peur du peuple, parce qu'il le regardait comme un prophète.
Saint Âmbroise (lib. 9 in cap. 20 Lilc) dit que la yigne, dont parle ici Notre-Seigneur, est la maison de Jacob, qu'Isaïe appelle la vigne du Dien des années. II. l'a plantée en se faisant un peuple à lui; il Ta entourée d'une haie, en le séparant des nations pour le préserver de la contagion de l'idolâtrie, et en 4e couvrant d'une protection toute particulière. Le pressoir représente la parole divine qui parles instructions données à Israël et la discipline qui lui est imposée tend à le transformer, et à lui faire produire, par l'esprit divin qui le presse, les vertus dont il est capable. La tour figure la loi qui élève le peuple de Dieu au-dessus des gentils, et le rapproche du ciel. Les colons sont les Juifs; les serviteurs, envoyés par le père de famille pour recueillir les fruits de la terre et maltraités par les fermiers, sont les prophètes ; et enfin le fils, qui mnt en dernier lieu, et qu'ils mettent à mort pour s'emparer de son héritage, est Jésus-Christ. I^ nouveaux vignerons , auxquels la vigne du
père de famille est confiée sont les gentils, qui ont été substitués aux Juifs ingrats et infidèles. »
Mais cette parabole s'applique aussi à rÉglij» fondée par Jésus-Christ sur les ruines de la synatgogue, et à chaque fidèle qui en fait partie. Toiit chrétien, devenu par le baptême membre du corpa' de Jésus-Christ, qui est TÉglise, en participant à la vie divine de ce corps, est une portion de la vigne lîouvelle dont Jésus-Christ est le tronc et dont nous sommes tous les branches, en sorte que nmH ne pouvons vivre ni produire de fruit sans Ixà» Chacun doit cultiver la portion de la vigne ou ds champ qui lui a été confiée, et ainsi ajouter à h fécondité du fond donné par Dieu, la valeur de soft travail et la puissance de sa bonne volonté. At temps marqué pour la récolte le maître lui feii demander sa part. Jusque-là il ne paraît poin^ et se tient en dehors; ce qui veut dire que k chrétien une fois établi sur la terre du Seigneur, protégé par sa force et muni de tous les instruments de la culture, est laissé à Texerdce de sa Uberté, qui sera estimée plus tard par ses résultats. Jésus-Christ a planté sa vigne quand.Ua fondé son Église sur Pierre, le prince des apôtres, li Ta aussi entourée d'une haie par l'ensmgnement doctrinal qui préserve les* esprits des invasions de l'erreur, les maintenant dans la vérité divine par la foi qui règle la raison, et par la
discipline morale qui gouverne les volontés par ses prescriptions et ses précautions pour les- fair.e marcher dans la voie du Lien et les garantir des teptations et des assauts du mal.
Le pressoir creusé dans l'Église est le ministère sacré, qui, avec l'autorité de la parole divine, dont il est le dépositaire et l'agent, pèse sur les consciences et les foule, comme le raisin dans la cuve, pour en faire sortir ce qu'elles contiennent et en exprimer tous les sucs. Le bien et le mal en découlent, mais pour être séparés, k liqueur généreuse du bien étant mise à part pour être présentée au Père de famille, et pour ranimer et fortifier la vie de ceux qui l'ont produite. Il est dit que le pressoir est creusé, parce qu'en effet la parole divine n'a toute son efficacité que si elle pénètre au fond de l'âme et enfonce dans la conscience. Si la pression est légère ou superficielle, l'intérieur ne sera point vuidé, et ainsi Topération sera incomplète et peu fi*uctueuse. C'est surtout par la confession et la direction spirituelle, qui appliquent à la conduite de chaque fidèle la vertu de la parole sacrée en la proportionnant à ses besoins , que le pressoir moral de la vigne du Seigneur opère le plus efficacement. Elles donnent des fruits plus abondants k mesure que l'action de la parole est plus énergique, et que l'Esprit, qui est en elle, descend plus avant dans les ftmes.
La tour bâtie par le père de famille aa-dessns du pressoir, et qui s'élève vers le ciel pendant qne le pressoir s'enfonce dans la terre^ signifie la hauteur, la sublimité de la doctrine chrétienne, qm ne contient plus seulement les préceptes de justice, comme l'ancienne loi, mais les conseils i$ perfection, qui doivent rendre Thomme semblabb à Dieu. Soyez parfaits, a dit Jésus à ses disciple^ comme votre Père céleste est parfait (Matth., V^ 48). Telle est l'élévation à laquelle nous sommiB appelés par le commandement nouveau ; et si d^ la loi ancienne est figurée par la tour, qui met le peuple d'Israël au-dessus des autres nati(M par la connaissance de la vérité et de la justice^ que dirons-nous de la loi évangélique qui a transformé l'humanité en la régénérant , et l'a divinisée par rinfusion du sang du Dieu fait homme! Quelle tour en effet Jésus-Christ a bâtie dans son Église ! Quelle hauteur de science, quelle lai^ geur de doctrine, quelle solidité d'enseignement, quelle pureté de morale I et comme le fidèle, qui se laisse éclairer et guider par sa parole, acquiert de lumière pour son esprit, de force pour sa volonté, et d'élévation pour son âme 1 Comme il voit de haut et loin au sommet de cette tour divinement construite , et quels horizons immenses s'ouvrent devant lui , pendant qu'il a la terre sous ses pieds, et que son regard plus
plus par et plus vif, s'élance librement vers le ciell
Le moment de la récolte dans la vigne de TËglise çst le Carême et le tempâ Pascal, quoique dans ce champ chéri de Dieu, et sous la bienfaisante influence du soleil des esprits qui ne dé- Êdlle jamais, il y ait dans toutes les saisons et à la fois des fleurs et des fruits. Seulement, le Père de famille compte sur son revenu k cette époque de l'année, et c'est pourquoi sont imposés aux fidèles pendant le Carême plus de prières, plus de recaeillement, des bonnes œuvres plus sibondantes ; et durant la quinzaine de Pâques, dans les jours où le Sauveur a accompli pour tous son grand sacrifice^ c'est un devoir pour le chrétien de s'unir à Jésus-Christ dans la sainte communion, et de renouveler, par la participation de sa chair et de son sang, son alliance avec le Dieu ffiit homme, et sa réintégration dans le corps divin , dont il a été fait membre par le baptême. En ce tempslà, le Père envoie ses serviteurs pour demander, non plus à des fermiers, mais à ses enfants, ce qui lui appartient, c'esi-à-dire pour les presser de payer ses bienfaits en actes d'obéissance et d'hommage, en prières, en loaanges, en œuvres de justice et de charité. C'est pourquoi là prédication plus fréquente tend à exciter* le zèle
et la bonne volonté des débiteurs de Dieu. Hélas!
trop souvent elle est reçue comme la parole des prophètes par les Juifs. On ne Técoute pas, oi la méprise, on s'en moque; et si l'on ne va pas jusqu'à chasser ou tuer les envoyés du Seigneur, les ministres de son Église, on les persécute d'une autre manière, par le ridicule ou l'outrage. Le Fils de Dieu lui-même n'est pas épargné ; car il vient à son tour réclamer ce qui est dû às(»L Père, et alors, pour se débarrasser de ses demandes importunes, on nie ce qu'on lui doit, on récuse, on met en doute la légitimité de son droit, même son existence comme propriétaire du fond qu'on exploite, et afin de s'en attribuer la possesision. Ainsi il y a de méchants vignerons parmi les chrétiens comme parmi les Juifs : et les premiers sont encore plus blâmables que les seconds; car ayant reçu plus de bienfaits, leur responsabilité est plus grande, et leur reconnaissance devrait être plus vive. Si, suivant la parole de l'Évangile, le maître a fait périr misérablement les uns, que fera-t-il donc des autres ? Cette fois encore il confiera sa terre à d'autres cultivateurs plus honnêtes; car le Père de famille ne veut point la laisser stérile, et quand le rayon de sa grâce est repoussé par des âmes dures et ingrates, il va répandre ailleurs sa lumière et ses bienfaits.
A la fin de cet évangile Jésus-Christ déclare nettement et sans figures aux princes des prêtres
et anx Juifs, que le royaume de Dieu leur sera ôté pour être donné à un peuple qui en portera les fruits. H annonce l'établissement de son Église fondée sur la pierre angulaire, dont les prophètes ont dit qu'elle serait rejetée par ceux qui bâtissent. C'est lui qui est cette pierre principale de l'édifice céleste, ses apôtres en seront les fondements, et le chef de ses apôtres, qui le représentera en toutes choses sur la terre pour l'œuvre de Dieu, Pierre deviendra la pierre sur laquelle il édifiera son Église. Cest la base éternelle, inébranlable de la maison de Dieu, que la pluie, les vents et les tempêtes ne pourront renverser, parce qu'elle est fondée ^r le roc, et tous les efforts du monde et de Tenfer ne prévaudront point contre elle. Celui qui tentera de la remuer, de la déplacer, de la détruire, où qui tombera sur elle, s'y brisera : ce qui est arrivé à tous les persécuteurs de l'Église depuis dix-huit siècles; et celui sur qui elle tombe en est écrasé : ce qu'ont éprouvé dans tous les temps les hérétiques, les contempteurs de l'autorité et de l'enseignement de l'Église, dont la parole, organe de l'Esprit divin qui l'assiste et qui sera avec elle jusqu'à la consommation des temps, a comme foudroyé leurs doctrines et anéanti leur puissance.
224 LE VENDREDI DE LA D'feUXIÈME SEMAINE.
PRATIQUE
Répondons aux bienfaits de Dieu, qui a daigné nous confier une portion de la vigne pour la faire valoir, en la cultivant de notre mieux par un travail sérieux, par notre exactitude à lui payer ce que nous lui devons au temps marqué, et surtout par notre reconnaissance filiale envers le Père céleste qui a daigné nous appeler en Jésus-Christ et par Jésus- Christ, à participer à son amour infini et à son héritage étemel.
PRIÈRE
Accordez à votre peuple, Dieu très-clément, la santé de Pâme et du corps, afin que s'sîdonnant aux bonnes œuvres, il mérite d'être toujours défendu par la protection de votre puissance. Par notre Seigneur Jésus- Christ.
Ganèse, XXVII, 6.
Rebecca dit à son fils Jacob : J'ai entendu ton père qui parlait à ton frère Ésaû et lui- disait: Apporte-moi quelque chose de ta chasse et apprête-le-moi pour que je le mange, < t que je te bénisse devant le Seigneur avant de mourir. Maintenant donc, mon fils, suis mon conseil : va au troupeau et apporte- moi deux excellents chevreaux, afin que j'en prépare à ton père lyi mets qu'il aime, et qu'il te bénisse avant de mourir, après que tu le lui auras porté et qu'il l'aura mangé. Jacob lui répondit : Vous savez que mon frère Ésaù est velu, et que moi je n'ai pdint de poil. Si mon père me tàte avec la main et s'en aperçoit, je crains qu'ij ne croie que j'ai voulu te tromper, et qu'ainsi je n'attire sur moi sa malédiction au lieu de sa bénédiction. Que cette malédiction soit sur moi» reprit la mère; écoute seulement mon conseil, et va me chercher ce que j'ai dit. Il y alla, l'ap-
porta et le donna à sa mère, qui raccommoda comme elle savait que son père Taimait. Elle le revêtit ensuite des plus beaux habits d'Ésaù, qu'elle gardait chez elle, lui mit autour des mains la peau des chevreaux, et lui en couvrit le cou. Puis elle lui donna, le mets qu'elle avait préparé et les pains qu'elle ^vait cuits. Jacob les ayant portés à Isaac lui dit : Mon père! Isaac lui répondit: Je t'entends: qui es-tu, mon fils? Je suis Ésaii, votre filsatné,répondit Jacob; j'ai fait ce que vous m'avez commandé. Levezvous, asseyez-vous et mangez de ma chasse, afin que votre âme me bénisse. Isaac dit encore à son fils : Gomment, mon fils, as-tu pu trouver cela si tôt? Il lui répondit : Dieu a voulu que ce que je cherchais se présentât aussitôt à moi. Approche-toi de moi, dit Isaac, afin que je te touche, mon fils, et que je reconnaisse si tu es mon fils Ésaû, ou non. Jacob s'approcha de son père, et Isaac l'ayant palpé dit : C'est la voix de Jacob, mais les mains sont les mains d'Ésaù. Et il ne le reconnut point, parce que ses mains couvertes de poil l'avaient rendu semblable à son frère aîné. Isaac donc
le bénissant lui dit: Es-tu mon fils Ésaû? Je le suis, répondit Jacob. Apporte-moi à manger de ,ta chassé, afin que mon âme te bénisse. Jacob lui présenta le plat, et ensuite il lui offrit du vin. Après avoir bu, le père lui dit: Approche-toi, mon fils, et baise-moi. Il s'approcha et le baisa. Et Isaac ayant senti la bonne odeur de ses vêtements, dit en le bénissant : L'odeur de mon fils est comme Todeur d'un champ plein de moissons, que le Seigneur a béni. Que Dieu te donne de la rosée du ciel et de la graisse de la terre, l'abondance du blé et du vin. Que les peuples te servent et que les tribus t'adorent : sois le seigneur de tes frères et que les fils de ta mère se courbent devant loi. Que celui qui te maudira soit maudit luimême, et que celui qui te bénira soit comblé de bénédictions. Isaac avait à peine achevé ces paroles et Jacob venait de sortir, quand Ësaû arriva, et présentant à son père ce qu'il avait préparé de sa chasse, il lui dit : Levez-vous,^ mon père, et mangez de la chasse de votre fils, afin que votre âme me bénisse. Isaac lui dit: Qui étes-vous donc? Ésaû lui répondit: Je suis
Éaaû, votre fils atné. Isaac fut frappé de stupeur: et, étonné au delà de ce qu'on peut croire, il dit : Qui est donc celui qui vient de m'apporter à manger ce qu'il avait pris à la chasse, avant que tu ne vinsses? Je Tai béni et il restera béni. Ësau, ayant entendu les paroles de son père, jeta un grand cri comme un rugissement, et tout consterné il dit : Bénissez-moi aussi, mon père. Isaac lui répondit : Ton frère est venu par surprise, et il a reçu la bénédiction qui t'appartenait. C'est avec raison, ajouta Ésaû, qu'il a été appelé Jacob; car voici la seconc^e fois qu'il m'a supplanté, n m'a enlevé auparavant mon droit d'atnesse,et maintenant il vient encore de ravir la bénédiction qui m'était due. Mais, mon père, ajouta- t-il, n'avez- vous pas réservé une bénédiction pour moi ? Isaac lui répondit : Je l'ai . constitué ton seigneur, et j'ai assujetti à sa domination tous ses frères. Je l'ai établi dans la possession du blé tt du vin, et après cela, mon ûls, que me reste-t-il à faire pour toi ? Mon père, répliqua Ésaii, n'avez-vous donc qu'une seule bénédiction? Je vous conjure de me bénir aussi. Et comme il pleurait avec de grands gé-
missements, Isaac touché lui dit : Ta bénédiction sera dans la graisse de la terre et dans la rosée du ciel.
On ne peut guère expliquer ce passage de la GeDèse sans reconnaître que Jacob et sa mère ont usé de ruse et de mensonge. Saint Ghrysostome ne peut s'empêcher d'avouer « que la manière d'agir de Rebecca et de son fils n'est pas entièrement œicusabie ; car, quand même Rebecca aurait su par une révélation divine que Jacob recevrait le droit d'aînesse, et quoique Jacob, en vertu de la convention faite avec Ësaû, eût k cet égard de justes prétentions , toutefois ils ont cherché à parvenir à leur but par un. moyen illicite, par la dissimulation. Ils ont mal agi en cela, à moins qu'ils n'ignorassent d'une manière invincible qu'il n'est pas permis de se servir de moyens coupables, même pour arriver à une fin légitime. D'ailleurs Dieu permet quelquefois que de saints personnages commettent des fautes, afin de nous rendre nousmêmes plus vigilants. »
Saint Augustin essaye de les justifier par une explication allégorique et très-subtile, où il s'efforce de montrer que dans leur fait il n'y a pas eu un mensonge, mais un mystère, non meridacium sed mysterium.
« Ce que Jacob a fait par le conseil de sa mère, dit-ily si on l'examine soigneusement et avec foi, n'est pas un mensonge mais un mystère. Si nous appelions ces choses des mensonges, il faudra^ aussi appeler de la sorte toutes les paraboles et les figures qu'on ne doit pas prendre au propre, mais qui signifient autre chose que ce qu'elles paraissent dire : ce qu'il ne faut pas faire. Car alors on calomnierait toutes les manières de parler figurées, qui sont nombreuses ; en sorte que la métaphore elle-même, ou le passage du sens propre au sens figuré, pourrait être taxée de mensonge. Car tout en signifiant en effet ce qu'on yetU dire^ elle a Tapparence du mensonge parce qoe ce qui est réellement exprimé n'est pas compris, et ce qu'elle paraît dire en effet semble une faus^ seté. Pour éclaircir cela par un exemple, considérez ce qu'a fait Jacob. U a revêtu ses membres de peaux de chevreaux. Au premier abord il semble qu'il ait menti ; car il a fait cela pour être cru par son père ce qu'il n'était pas. Mais si l'on rapporte ce fait à ce qu'il doit signifier, xî'est-à-dire si on entend par les peaux de chevreaux les péchés des hommes, alors, par Jacob qui s'en est couvert, est figuré celui qui a porté les péchés des hommes et non les siens. Cette signification ne peut donc en aucune manière être appelée un mensonge, ni dans le fait, ni dans la parole. Car, quand son
père lui demande : qui es-tu? et qu'il répond : Je snis Ésaû, votre premier né; si cette réponse est rapportée aux deux jumeaux, elle paraîtra mensongère; mais si on l'explique parce qu'elle doit signifier, et pourquoi ces faits et ces discours ont été écrits, il faut entendre comme préfiguré dans le co^s de Jacob ce qui est dit du corps de Jésus- Christ, qui est son Église : Vous, les enfants d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, et des prophètes, vous serez chassés dju royaume de Dieu. Et ailleurs : Il en viendra de l'orient et de l'occident, du nord et du midi, qui s'assoieront dans le royaume des cieux (Matih., VIII, IJ). Et encore : Voici que ceux qui étaient les premiers sont les derniers et les derniers sont les premiers, etc., etc. (Matth., XIX, 30). Car c'est ainsi que le plus jeune a enlevé à son aîné sa primauté et s'en est approprié les droits. »(Ex lib. Sanct. August. Contra mendacivm, Gap. x, tom. IV.)
Il nous semble qu'on peut expliquer ce fait de la même manière que la parabole du serviteur infidèle, loué par Notre-Seigneur et présenté en exemple, non à cause de son infidélité, qui est condamnable, mais en raison de sa prudence pour réparer sa disgrâce et se faire des amis dans son infortune. C'est pourquoi Jésus a dit : Les enfants du siècle' sont plus habiles dans leurs affaires que les enfants de lumière (Marc, XVIII, 30) : et
comme conclusioa de la parabole, il recommande anx riches d'employer les biens de ce monde à se faire des amis dans le ciel. De même ici l'Église, en nons faisant lire l'histoire de la bénédictioa d'Isaac donnée à Jacob en place d'Ésaû, n'approuve pas pour cela les moyens employés par la mère et le fils, qui présentent évidemment des caractèree de ruse et de mensonge , et ce n'est point par ce côté qa'elle nous inyite à les imiter. Or, elle nous montre par ce récit quel prix on doit attacher à la bénédiction paternelle, qui transmet des grâces particulières à celui qui la reçoit. Mais dans le cas présent ces grâces étaient extraordinaires, puisque d'un côté la promessQ faite à Abraham devait s'accomplir dans la branche aînée de sa race, dont le Sauveur du monde devait sortir; et de l'autre, cette bénédiction donnée à l'aîné entraînait la principauté dans la famille avec tous les honneurs et privilèges qui en ressortent. Rebecca y tenait beaucoup pour Jacob qu'elle aimait de préférence, non-seulement parce qu'il était plus aimablq que son frère, mais parce qu'une révélation lui avait appris, quand eue portait les jumeaux dans son sein oh ils se combattaient déjà, et- plus lard, quand elle demanda à Dien d'être éclairée à ce sujet, que Jacob serait substitué à son frère dans le droit d^aînesse : lequel, du reste, naturellement très-incertain dans les ju-
meauZy n'est déterminé que par une convention humaine, la science médicale ignorant encore lequel des deux enfants a été conçu le premier. En outre Ésaû avait renoncé lui-même à son droit, et cela pour une grossière nourriture, un jour que, revenant de la chasse, il mourait de faim. Ge qui montre qu'il était l'homme de la matière plutôt que de Tesprit, le fils de la terre plus que du ciel, et qu'ainsi il n'était pas digne d'hériter de la promesse faite à Abraham pour la régénération et le salut du genre humain, qui devait s'accomplir par le triomphe de l'esprit divin sur la chair.
Ainsi dans ce fait étrange ne voyons que le bien opéré et non les moyens peu licites doiit on s'est servi. Ces moyens sont purement humains, et à ce titre ils sont marqués des caractères de la faiblesse et des passions de l'homme. Mais la fin obtenue , c'est-à-dire la bénédiction d'Abraham transférée par Isaac d'Ësaû à Jacob, était voulue de Dieu ; ca[r elle avait été révélée à Rebecca dès le commencement de sa maternité, et Jacob a été par là remis à la place que Dieu lui avait destinée. Gela aurait-il pu arriver autrement? Assurément, puisque la chose était dans les desseins providentiels. Seulement ici, comme en beaucoup de circonstances, la volonté humaine a pris les devants sur la Providence,
et comme on le voit seavent qnand elle veut trop faire par elle-même, elle a employé des moyens peu convenables, et. ainsi a mêlé du mal an bien qu'elle devait opérer. Mais pour nous rassurer dans ce cas et dans ceux qui lui ressemblent, rappelons-nous que, si d'un côté il n'est jamais permis d'employer de mauvais moyens pour obtenir une bonne fin, ou de faire le plus petit mal pour procurer un grand biçn, de l'autre, Dieu, à qui seul il appartient de tirer le bien du mal, peut toujours le faire sortir du mal qui l'a amené, en laissant toutefois à ceux qui s'en sont servi la res^ ponsabilité de leurs actes et la peine que mérite l'abus de leur liberté. Aussi, plusieurs Pères de l'Église font remarquer que Jacob et sa mère ont expié leur faute par une existence pleine d'épreuves et de traverses.
Évangile selon saint Luc, XV, ii.
Jésus dit aux pharisiens et aux scribes : Un homme avait deux fils, dont le plus jeune dit à son père : Mon père, donnez-moi ce qui doit me revenir de votre bien. Et te père leur fit le partage de son bien. Peu de jours aprè?, le plus jeune ayant ramassé tout ce qu'il avait,
s'en alla dans un pays éloigné, où il dissipa tout son bien en débauches. Après qu'il eut tout dépensé, il survint une grande famine dans le pays et il commença à manquer. Il s'en alla donc et s'attacha au service d'un des habitants, qui l'envoya à sa maison des champs pour y garder les pourceaux. Et là, il désirait remplir son ventre des écosses que les pourceaux mangeaient; et personne ne lui en donnait. Alors, étant rentré en lui-même, il dit : Combien de mercenaires dans la maison de mon père ont du pain en abondance, et moi je meurs ici de faim! Je me lèverai, j'irai vers mon père et je lui dirai : Père, j'ai péché contre le ciel et contre vous. Je ne suis plus digne d'être appelé votre fils ; traitez-moi comme l'un de vos serviteurs. Il se leva donc et alla vers son père. Mais, lorsqu'il était encore bien loin, son père Taperçut, et touché de compassion il accourut, ^ jeta à son cou et le baisa. Son fils lui dit : Mon Père, j'ai péché contre le ciel et contre vous : je ne suis plus digne d'être appelé votre fils. Alors le père dit à ses serviteurs : Apportez tout de suite la plus belle robe et l'en
revêtez, et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers à ses pieds; amenez aussi le veau gras et le tuez , afin que nous mangions et fassions bonne chère ; parce que mon fils que voici était mort et il est ressuscité : il était perdu et il est retrouvé. Et ils commencèrent à faire festin.
Cependant son fils atné qui était dans les champs revint, et lorsqu'il fut près de la maison il entendit la musique et le bruit de la danse. Il appela donc un des serviteurs et lui demanda ce que c'était. Celui-ci lui dit : C'est que votre frère est revenu ; et votre père a tué le veau gras, parce qu'il le revoit en bonne santé. L'aîné indigné ne voulut point entrer; mais son père étant sorti se mit à l'en prier. Mais il répondit à son père : Voilà tant d'années que je vous sers, sans avoir jamais désobéi à vos ordres, et jamais vous ne m'avez donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis. Mais aussitôt que votre autre fils, qui a mangé son bien avec des femmes perdues, est revenu, voqs avez tué pour lui le veau gras. Alors le père lui dit : Mou fils, tu es toujours
avec moi, et tout ce que j'ai est à toi. Mais il fallait faire festin et nous réjouir, parce que ton frère était mort et il est ressuscité : il était perdu et il est retrouvé.
Âpres nous avoir exhorté à la prière plus fréquente, à la méditation de la parole sainte, à la mortification de nos appétits et aux bonnes œuvres, l'Église, à l'approche dn temps pascal, où tout chrétien doit renouveler son union avec Dieu, nous excite à la pénitence, pour nous réconcilier avec notre Père céleste, si nous avons eu le malheur de nous éloigner de lui, ou au moins de le négliger en cédant à l'esprit du monde par faiblesse de caractère, ou par TentralDement de nos passions. C'est par une bonne confession que s'opère cette réconciliation, et l'exemple du fils prodigue nous montre comment elle doit être faite pour être efficace et ramener l'âme du mal an bien, de la servitude du monde au service de Dieu, des vains plaisirs de la chair aux douces joies de la conscience, à la dignité de la justice, au bonheur de l'amour divin. Mais il y a tant de choses dans cette touchante histoire, quenous indiquerons seulement les points principaux à méditer.
Le fils prodigue quitte son père pour devenir indépendant et jouir k son aise et saus contrôle de
sa personne et de son bien : et après avoir détruit sa santé et sa fortune par tous les désordres auxquels un jeune homme peut se livrer, réduit pour vivre à se mettre aux gages d'un homme riche, il tombe sous le joug d'un maître, lui qui trouvait gênant d'obéir à son père. Ainsi de ceux qui quittent Dieu pour le monde ; ils deviennent les esclaves de ses dures exigences et de ses caprices insensés, eux qui ne pouvaient supporter les commandements si doux de la loi divine. Us acceptent un joug cent fois plus lourd que celui qu'ils ont rejeté, et ils sont contraints de faire et de subir dans cette servitude ce qui leur paraissait* intolérable au service de Dieu.
Et encore, si leur cœur y trouvait de la joie, de la consolation, du bonheur 1 mais après l'étoordissement des jouissances de la chair ou la vaine pâture de la vanité, leur âme se vide et la faim se fait sentir au dedans. Elle ne trouve plus de nourriture : et dans son besoin de vivre elle envie la plus grossière, qu'elle ne peut plus môme se procurer. C'est ce qu'éprouve le prodigue en gardant les pourceaux, dont il voudrait partager le sort. Il meurt de faim.
L'excès de sa misère, l'ignominie de son abaissement, qu*il reconnaît maintenant parce qu il en ressent toutes les angoisses, le font rentrer en luimême; ce que n'avaient pu faire à son départ ni
les larmes de son père, ni les sages avis qu'il avait sans doute rencontrés sur le chemin du désordre. Il avoue sa dégradation, la déplore : et alors le souvenir de ce qu'il était, de ce qu'il avait dans la maison paternelle lui revient au cœur. C'est ce qui arrive au pécheur humilié et brisé par le remords et par la honte. Il regrette alors la foi de son enTance, la pureté de son cœur, les douces joies qu'il goûtait dans la sérénité de sa vie et par sa fidélité au service de Dieu. Il envie le sort de ceux qui y sont restés, et qu'il regardait naguère comme des ignorants, des esprits étroits, des âmes faibles, servant Dieu comme de$ mercenaires! Oh! si seulement il pouvait maintenant partager le sort de ces mercenaires 1
C'est ici le moment décisif de la grâce, qui le travaille par la douleur et par le remords, afin de porter sa volonté à reprendre le chemin de la maison paternelle. Y répondra-t-il ou la repousserait-il encore, comme il a déjà fait tant de fois? Toat dépend en cet instant critique de la réaction ou de l'opposition de sk liberté. Le bien et le mal sont devant lui: il a sa vie ou sa mort entre les mains. H fa^it maintenant un effort généreux de sa volonté. Il le fait, en s'écriant : Surgam, je me relèverai de rabaissement où je suis, et j'irai vers mon Père.
Mais il y a encore loin de la résolution prise
à la résolution exécutée : il veut, ou pent-être il voudrait, mais il n'est point encore debout ni en marche. Que de choses retiennent souvent le pécheur dans cet état, et le rivent pour ainsi dire à sa chaîne : Tapathie que donne Thabitad» du mal, ou même une secrète répugnance da bien qu'il a quitté, des passions mal éteintes et qui fument encore, la crainte de la gène, l'orgudl humilié, le respect humain, et tout ce que le tenK tateur peut insuffler à une âme qu'il possède et dont il veut garder l'empire I Combien de chrétiens infidèles, qui sentent dans leur cœur le besoin» l'impulsion de revenir k Dieu, et dont le retour au Père céleste, à la maison paternelle, qui esi l'ÉgHse, est arrêté, entravé par ces prétendm obstacles. Ils voudraient : mais en effet ils ne veulent pas encore, et ils restent indéfiniment dans le mal avec toutes les velléités du bien.
Enfin la grâce l'emporte, et il se lève. Un cri de joie éclate dans le ciel qui le regarde, et il y en a comme un écho dans sa conscience, qui en reçoit de la force et de l'encouragement. Âh 1 sans doute, pendant la route qui est longue , puisqu'il a voulu s'éloigner de son père, pénible, à cause de sa faiblesse et de son corps exténué par la faim, il a encore à lutter contre l'esprit du mal qui voudrait l'empêcher d'avancer, lui suggérant de nouveau tout ce qui pourrait le détourner de la
maison bénie de son père. Mais par l'adhésion déjà donnée à la )notion de la grâce, par la victoire da bien sur le mal commencée dans la réalisation de sa volonté généreuse, son bon ange, qu'il n'écoutait plus depuis longtemps, a repris de Tinfluence sur son cœur, et il en écarte les traits enflammés du démon. Tout accablé qu'il est, il marche cependant avec courage, parce que l'espérance lui est rendue.
Mais à mesure qu'il approche, son cœur bat violemment. Gomment sera-t-il reçu? son père voudra-t-il le voirî pourra- t-il même le recon- Baitre dans l'état misérable où il va se présenter à lui, et ne rapportant à la maison que les haillons de sa fortune passée? Son frère irréprochable, ses anciens amis, tous ceux qui l'ont connu ne vont-ils pas le tourner en dérision, et ne serontils pas d'avis de le chasser comme un vagabond, un mendiant que la misère ramène, et qui n'a d'autre titre à la pitié que de n'avoir plus rien à manger? Non, non, lui dit doucement la voix de son bon ange, marche, marche, retourne vers ton père, qui a toujours été si bon pour toi, même dans tes égarements, et dpnt le cœur sera toujours celui d'un père! Va à lui avec confiance, mais avec humilité, et avouant franchement ta faute et implorant ton pardon, accepte avec résignation tout ce qui viendra de lui, même les paroles dures
et le traitement le plus sévère ; car tu as mérité tout cela.
Mais Dieu ne traite jamais avec rigueur les enfants égarés qui reviennent à lui sincèrement: il ne méprise point le cœur contrit et humilié : ce qui est montré ici par la tendresse avec laquelle le malheureux prodigue est reçu. Le père qui l'aperçoit de loin, comme Dieu voit d'avance dans le cœur du pécheur le bon mouvement qui le ramène , est touché de compassion à la vae de sa misère et dé son dénûment. Il le prévient encore dans sa bonté , et courant à lui il se jeite à son cou et le serre dans ses bras. Image touchante de la grâce prévenante, qui va au devant du pécheur au milieu de ses désordres, et que Jésus-Christ nous a si vivement représentée parle bon pasteur qui cherche par monts et par vaux* la brebis égarée, et la rapporte sur les épaules toute sanglante au bercail. Le père ne lui adresse pas un mot de reproche ; il ne parle que par l'expression de sa pitié et de son amour.
L'amour est fort comme la mort. Dieu aime la miséricorde plus que la justice (Cantiq. VIII, 6; Matth., XII, 7). Le cœur du fils est brisé, ouvert et comme fondu par le feu de cet amour, qu'il a si peu mérité, et auquel iJ n'avait pas droit de s'attendre. Tant de bonté achève de le vaincre, et il se jette aux pieds de son père en confessant
sa faute de tout son cœur, par toute sa personne. Mon père, s'écrie-t-ilavec larmes, j'ai péché contre le ciel et contre vous; je ne suis plus digne d'être appelé votre fils!
Ces deux cœurs, qui étaient fermés Tun à Tautre, sont donc rouverts, l'un par la tendresse, l'autre par l'humilité ; ils se pénètrent de nouveau, s'embrassent; et le fils réconcilié et réhabilité dans la maison paternelle y reprend sa place , les insignes de sa dignité et le bonheur dont il a joui autrefois : bonheur encore augmenté en lui par le contraste de son malheur passé , et qui s'accroit aussi dans la famille par le retour de l'enfant égaré, ou^ comme dit le père, par la résurrection de son fils mort. C'est pourquoi l'évangile dit qu'il y a plus de joie au ciel pour le retour d'un pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont jamais failli ^uc, XV, 10). Parole consolante, qui n'ôte rien an mérite des justes qui ont leur récompense, mais qui exprime la surabondance de joie produite an ciel par la donversion d'une âme qui paraissait perdue I
Nous, n'avons pas besoin de dire que les dons, accordés tout aussitôt par le père au fils qu'il vient de retrouver, signifient les grâces reçues par le pécheur repentant après sa confession. La robe blanche de son innocence baptismale lui est rendue
par Tabsolution ; ranneau d'or est le signe du renouvellement de son alliance avec Dieu ; la chaussure nouvelle figure les secours accordés par l'Église pour l'aider à marcher avec fermeté dans la voie du bien où il est rentré ; et le banquet splendide commandé en son honneur, est la table sainte oîi l'Agneau sans tache se donne lui-même en noarriture avec sa chair sacrée, avec son sang divin, qui procurent Téternelle vie. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang aura la vie en lai (Jean, VI, 55, 57).
Cependant à ce tableau si touchant il y a une ombre ; et nous la signalons en terminant, parce que là aussi il y a un enseignement pour les chrétiens. Le père de famille avait un fils aîué qui ne l'avait jamais quitté, ayant toujours travaillé avec lui fidèlement, et sans prendre part aux désordres de son frère. Il était certainement méritant comme fils, puisqu'il en avait rempli exactement tous les devoirs. Sa vertu jusqne-là ne s'était point démentie : et l'Évangile ne nous dit pas qu*il eût rien fait précédemment contre son frère. Mais voilà que tout d'un coup ce bon fils devient un mauvais frère. Au lieu de se réjouir avec le père du retour et du salut de la brebis égarée, il s'en indigne, et suitout de l'accueil si affectueux, si plein de joie qui lui est fait: et il se tourne pour la première fois contre son père, qu'il ose accuser
d^ustice. Quels ont pu être les motifs de ce changement subit? et pourquoi , en face de la réhabilitation du pécheur, trouvons-nous ici la chute d'un juste? C'est pour nous apprendre à nous défier de notre justice et à ne pas nous prévaloir de notre vertu. Deux motifs secrets peuvent expliquer le revirement soudain d'une âme, qui paraissait bonne et honnête jusqu'à ce moment. Le premier et le plus apparent est la jalousie contre son frère, lequel, pense-t-il dans le sentiment de sa justice propre, est traité mieux que lui qui n'a point failli, et cela quoiqu'il ait causé à son père taot de chagrins et de pertes par sa mauvaise conduite. Cette jalousie, qui s'autorise d'une injustice apparente , ferme son cœur au sentiment fraternel etj à la miséricorde ; et s'il n'a que des paroles dures pour son père, que ferait-il donc à son frère, s'il se trouvait de nouveau en face de loi? Aussi ne veut-il pas le voir, malgré les instances du père, auxquelles son âme endurcie par la mauvaise passion reste insensible . Et n'est-ce pas loi qui, tout en se croyant sans reproche, est dans cette circonstance doublement injuste? d'abord envers u^ frère, dont les torts, expiés par tant de misères et un repentir si touchant, devraient exciter sa compassion et réveiller sa tendresse; et ensuite envers son père, qui lui répond si simplement, si tendrement, et avec tant de vérité : Mon
fils, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi!
Un second motif peut encore être soupçonné, motif plus caché, et qui avait pu agir sur son àme depuis le départ coupable de son frère. Peut-être en effet n'avait-il pas été fâché de le voir quitter la famille d'une mauvaise manière, afin de rester seul avec son père avancé en âge, et ainsi de profiter des avantages de cette position nouvelle, qui le laissait à peu près maître du domaine et de l'affection paternelle détournée d'un fils ingrat? Peutêtre avait-il espéré plus tard que son frère, ruiné et exténué par la misère et ses désordres, mourrait dans les pays étrangers où il s'était perdu, le laissant ainsi possesseur unique de l'héritage paternel? Et alors ce retour, auquel il ne s'attendait pas, lui est un cruel mécompte, qui détruit les espérances secrètes, et que sans doute il ne s'avouait pas à lui-même, de son orgueil et de sa cupidité. Puis, ce retour, qui le déconcerte , est exalté et fêté comme sa fidélité ne Ta jamais été. Voilà ce qui fait déborder le vase, d'où se répandent, à la fatale nouvelle, les eaux amères d'iniquité qui y fermentaient peut-être depuis longtemps.
Que chacun de nous revienne donc sur lui-même et sonde sa conscience jusqu'au fond, dans ce qu'il croit sa justice, dans sa régularité apparente, dans
sa prétendue vertu : et les hommes en effet, qui ne voient que le dehors, la regardent comme telle. Les pharisiens étaient aussi honorés par le peuple à cause de leur observance exacte de la loi, des ordonnances et des traditions ; et cependant Jésus les appelle des hypocrites, des sépulcres blanchis ; et pour eux seulement et lears semblables il a eu de dures paroles. Ils se targuaient d'être les plus pieux et les plus justes d'entre les Juifs, et Jésus leur montre que leur piété est un mensonge, leur justice un égoïsme, et qu'en paraissant servir Dieu , ils ne servent qu'eux-mêmes. N'existe-t-il pas aussi des pharisiens de nos jours? et chez les personnes chrétiennes, qui semblent les plus dévotes, les plus régulières, les plus charitables, n'y a-t-il pas des retours sur soi-même en des actions qui paraissent désintéressées, des recherches cachées, non avouées, peut-être ignorées, d'intérêt propre, de vaine gloire, de jalousie, d'envie, qui, comme le ver destructeur des plantes, attaquant leurs actes à la racine même en vicient ou en détruisent la vertu ? Le pèr'e de famille n'a-t-il pas aussi parmi nous des fils aînés qui s'indignent de son indulgence envers les pécheurs repentants ; et qui, jaloux de ses dons, qu'ils croient mal placés, l'accusent d'mjustice à leur égard et blasphèment sa miséricorde?
PRATIQUE
Si nous avons eu le malheur, d'une manière ou d'autre, de partager l'ingratitude et les désordres du fils prodigue (et qui de nous peut se vanteir d'être sans reproche de ce côté?), suivons-le dans son retour à la maison paternelle comme nous l'avons suivi dans son éloignement. L'Église de Jésus-Christ est sur la terre cette maison bénie. Il ne faut qu'un mouvement de repentir, un effort de bonne volonift pour s'en rapprocher : et dans tous ses temples no» trouverons le Père céleste qui nous tend les bras, al repoussant jamais un cœur contrit et humiUé, ettoQ- " jours prêt à ramener et à réhabiliter ses enfants églK rés ou déchus. Mais si nous ne Tavons jamais quifll' et que nous ayons toujours joui des grâces de amour, ayons d'autant plus de pitié et de charité ceux qui reviennent, et sous le prétexte de la justice ne leur envions pas la miséricorde dont sont l'objet.
PRIÈRE
Nous vous prions, Dieu très-clément, d'accorder I nos jeûnes une efficacité salutaire, afin que lamortii* cation imposée à notre chair en ces jours de pénitenott tourne h l'accroissement de la vie de notre âme,. Par notre Seigneur Jésus-Christ.
Ëpltre anz Ëphés., Y, 1-9.
Soyez les imitateurs de Dieu, comme ses enfants bien-aimés, et marchez dans l'amour et l'exemple de Jésus-Christ qui nous a aimés et s'est livré pour nousenoblationet en hostie d'agréable odeur. Qu'on n'entende pas même nommer parmi vous la fornication, l'impureté ni Tavarice, comme il convient à des saints. Qu'on n'y ,«ntende point de parole déshonnète, ni de sot- *'lise, ni de bouffonnerie, ce qui ne convient point à votre état ; mais plutôt des actions de grâces. Car sachez que nul fornicateur, nul impudique, nul avare, qui est aussi un idolâtre, ne sera héritier du royaume de Jésus-Christ et de Dieu. Que personne ne vous séduise par de vains discours ; car c'est là ce qui attire la colère de Dieu sur les enfants de la rébellion. N'ayez donc rien de commun avec eux ; car vous étiez autrefois ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur, Marchez comme des
enfants de lumière. Or^ le fruit de la lumière est dans la bonté, la justice et l'a vérité.
Par ces paroles l'Apôtre nous appelle à limitation de Jésus-Christ, et il nous élève tout de suite à ce qu'il y a de plus haut : la pratique de la charité, qui n'est parfaite que si. l'amour du prochain va jusqu'à nous dévouer pour lui comme le Fils de Dieu s'est sacrifié pour nous. Il ne s'agit donc phs ici seulement d'aimer son prochain comme soimême, mais plus que soi, puisqu'on se dévoue à sue salut. Mais pour y arriver, il faut d'abord s'afiaochirdes passions les plus grossières, qui sortent de la concupiscence de la chair et attachent aux chosee sensibles. L'Apôtre veut qu'elles ne soient plus même nommées parmi nous. Puis, l'impureté sous toutes les formes étant évitée dans les actions, ne plus se laisser aller aux désordres des discours. Point de paroles licencieuses, folles ou bouffonnes; point de cette grosse gaieté, qui émane de la sensualité, et tend à satisfaire la nature inférieure, par les éclats de son intempérance, comme il arrite souvent dans les festins du monde : ce qui conviait peu à la dignité chrétienne. Toutes ces choses ne sont point de l'esprit de Jésus-Christ, et n'ont rien à faire avec son royaume. Enfin^ comme la foi est le principe de la charité, ne point la laisser ébranler en nous par de vaines conversations qui
jettent le doute dans Tesprit et la défiance dans le cœur. Fuyons les enfants de la séparation et de la révolte, objets de la colère divine. Demeurons fidèlement dans la lumière du ciel, c'est-à-dire attachés à la parole de Dieu, qui a dissipé les ténèbres de notre entendement : et montrons, par les fruits de la lumière dans nos œuvres, par la pureté de nos sentiments, par la justice de nos actes et la vérité de nos discours, que nous avons passé des ténèbres à la lumière, et que la lumière est vivante et fécondé en nous. Ex fruciihus eorum cognoscetis eos. Vous les reconnaîtrez par leurs fruits (Matth., VU, 20).
Évangile selon saint Luc, XI, 14-28.
Un jour, Jésus chassa un démon qui était muet: et quand il eut chassé le démon, le muet parla, et le peuple fut dans radmiration. Mais quelques-uns dirent : C'est par Béelzebulh, prince des démons, qu'il chasse les démons. Et d'autres, pour le tenter, lui demandaient un prodige dans le ciel. Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé en lui-môme sera détruit, et la maison tombera sur la maison. Si donc Satan est divisé contre
lui-même, comment son règne subsistera-t4l| puisque vous dites que je chasse les démons par Béelzebuth? Or si je chas^se les démons par Béelzebuth, par qui vos enfants le chassent-ils! C'est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. Mais si je chasse les démons par le doigt de Dieu, c'est que le règne de Dieu est arrivé jusqu'à vous. Quand Thomme fort et bien armé garde la porte de sa maison, tout ce qu'il possède est en sûreté. Mais si un plu9 fort survient et le défait, il lui enlèvera toutes les armes amquelles il se confiait et il distribuera ses dé* pouilles. Celui qui n'est pas avec moi est contre moij et qui ne recueille pas avec moi, dissipe. Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il s'en va à travers des lieux arides, cherchant le reposi et n'en trouvant pas il dit : je retou^ nerai à la maison d'où je suis sorti. Et y revenant il là trouve nettoyée et ornée. Alors il va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants , et entrant dans cette maison ils y demeurent. Et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. Or il arriva que, pendant qu'il disait ces choses, une femme
éleva la voix au milieu de la foule et lui dit ; Heureuses les entrailles qui vous ont porté, et les mamelles que vous avez sucées! Mais Jésus dit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique !
« Selon saint Matthieu, ce démoniaque, dit le vénérable Bède (lib. IV, cap. XLvm, tn cap. xi Luc), était non-seulement muet, mais avengle, et guéri par notre Seigneur Jésus-Christ, il parla et vit. Donc trois miracles ont été opérés à la fois dans le même homme ; Taveugle voit, le muet parle, et le possédé est délivré du démon. C'est ce qui arrive tous' les jours moralement dans la conversion des incrédules. Le démon étant chassé de leur âme, ils voyent par la lumière de la foi ; et alors leur langue est déliée, et leur bouche s'ouvre pour chanter les louanges de Dieu. Quelques-uns de s'écrier: C'est au nom de Béelzebuth qu'il chasse le démon ! Ce n'est point le peuple qui parle ainsi, mais des pharisiens et des scribes envieux et calomniateurs, comme les autres évangélistes l'attestent. Le peuple, qui semblait moins instruit, admirait toujours ce que faisait le Seigneur. Les autres, au contraire, étaient toujours prêts à nier, ou à interpréter en mauvaise part ce qu'ils ne pouvaient nier, C(Hnme si ses œuvres eussent été celles de l'esprit
du mal, et non de la puissance divine. Fautres, pour le tenter, lui demandaient un miracle dans l'air, comme de faire descendre le feu du ciel kli manière d'Élie, ou de faire retentir le tonnerre, briller la foudre ou tomber la pluie au milieu d*uB temps serein, comme s'ils ne pouvaient pas aussi expliquer ces phénomènes à leu/façon, et les attribuer à des accidents de Tatmosphère. 0 vous qui accusez de fausseté ce que vous voyez de vos yeux, ce que vous palpez avec la main, que feriez^voas donc des choses qui viendraient du ciel? Vous diriez certainement aussi que les mages de TÉgypte ont opéré beaucoup de miracles de cette sorte. » Ne croirait-on pas que ce passage du vénérable Bède a été écrit de nos jours, et pour les savants détracteurs de rÉvangile et de ses miracles? Combien de ces esprits forts, comme on les appelait autrefois, ou de ces libres penseurs, conime on dit aujourd'hui, affirment qu'ils croiraients'ils voyaient un miracle, auquel ils ne croiraient point en effet quand il frapperait leurs regards, cherchant aussitôt dans leur mauvaise volonté à l'expliquer de toute autre manière, justement pour n'y trouver plus rien de mii*aculeux I Ils ont horreur du surnaturel, qni confond leur orgueil et déconcerte leur science, et ils sont bien résolus à le nier partout où il se manifeste. Car il éclate encore aujourd'hui de toutes parts, et il se fait beaucoup de miraclesdans l'or-
dre physique et dans Tordre moral. Les guérisons merveilleuses ne manquent pas en nos temps, sûrtout dans les sanctuaires de la sainte Vierge : et très-souvent, touchées par la grâce divine, qu'attirent une foi vive et de ferventes prières, des âmes aveugles, sourdes, et muettes voient la lumière de Diea, entendent sa parole, et se mettent à la parler. Deshonmies liés par Satan dans leur esprit et dans leur corps sont délivrés soudainement de leurs affections physiques ou morales par un acte extraordinaire de la puissance d*enhaul excitée par-Tintercession de -la Mère de Jésus-Christ ou des Saints. Et les naturalistes^ les matérialistes, les panthéistes ou les rationalistes du siècle de nier aussi les faits miraculeux qui dérangent leurs systèmes, parce qu'ils supposent un pouvoir surnaturel, auquel il faudrait obéir : ou s'ils sont trop évidents, trop bien constatés pour être niés, ils les attribuent aussi à Béelzebuth, qui s'appelle aujourd'hui le magnétisme, le somnambuUsme, Thymnotisme, le spiritisme, les tables tournantes ou autres choses de ce genre, aussi inexplicables^ à leur science que les faits qu'ils leur attribuent.
PRATIQU*.
Puisque nous avons le bonheur d'être chrétiens, Qon-seulement de nom, mais avec foi, prenons la ferme résolution de vivre désormais chrétiennement au mi-
liea du monde, évitant soigneusement Pimpureté dans nos actions et dans nos paroles, et ne cherchant plus à amuser les autres par les niaiseries et les boaffonneries, que le monde appelle de Tesprit et qui ne sont que de la futilité. Tâchons d'acquérir le noble sérieui de la dignité chrétienne.
PRIÉRB.
0 mon divin Jésus, vous qui m'avez délivré de l'esclavage du démon, aidez-moi, je vous en supplie, à découvrir ses artifices, à braver la mauvaise honte qui m'empêcherait ,de confesser ma foi, et à rendre hommage à votre puissance manifestée, par vos miracles, afin que mon âme voie chaque jour votre lumière plus clairement, entende mieux votre parole, et annonce plus courageusement votre sainte vérité 1
Liy. IV des Rois, V, 1.
Naaman, général de l'armée du roi de Syrie, était un homme puissant et en grand honneur auprès de son maître, parce que le Seigneur avait sauvé par lui la Syrie. Il était vaillant et riche, mais lépreux.
Or des pillards étant sortis de la Syrie avaient emmené captive une petite fille du pays d'Israël, qui devint la servante de la femme de Naaman.
Celte fille dit à sa mî^îtresse : Plût à Dieu que mon seigneur eût été trouver le prophète , qui est à Samarie ! Il l'aurait certainement guéri de sa lèpre.
C'est pourquoi Naaman alla chez le roi et lui dit : Voici ce qu'a dit une jeune fille d'Israël.
Le roi de Syrie lui répondit : Allez, j'écrirai au roi d'Israël. Il partit donc, et prenant avec lui dix talents d'argent, six mille écus d'or et dix vêtements neufs , il porta au roi d'Israël la
lettre du roi de Syrie conçue en ces termes : Lorsque vous recevrez cette lettre , vous saurez que je vous ai envoyé Naaman, mon serviteur, afln que vous le guérissiez de la lèpre.
Le roi d'Israël ayant reçu cette lettre, déchira ses vêtements et dit : Suis-jeunDieu qui puisse ôter et rendre la vie, pour que ce roi m'envoie un lépreux à guérir? Vous voyez que ce prince ne cherche que les occasions de rompre avecmoi.
Elisée, l'homme de Dieu, ayant appris que le roi d'Israël avait déchiré ses vêtements, lui envoya dire : Pourquoi avez-vpus déchiré vos vêtements? Que ce lépreux vienne à moi, et qu'il sache qu'il y a un prophète en Israël.
Naaman vint donc avec ses chevaux et ses chariots, et il se tint à la porte d'Elisée, et Elisée lui envoya dire par un serviteur : Allez vous laver sept fois dans le Jourdain et votre chair sera guérie et purifiée.
Naaman, irrité, voulait s'en aller en disant : Je croyais qu'il viendrait me trouver, et que se tenant debout il invoquerait le nom du Seigneur son Dieu, qu'il toucherait de sa main l'endroit de ma lèpre et qu'il me guérirait.
ITavoDs nous pas à Damas les fleuves d'Âbanas et de Pharphar, meilleurs que toutes les eaux d'Israël pour s'y laver et être purifié? Comme donc il s'était déjà détourné et s'en allait indigné, ses serviteurs s'approchèrent de lui et lui dirent : Père, quand même le praphète vous aurait demandé quelque chose d'important, vous auriez dû cependant le faire; à plus forte raison, puisqu'il vous dit simplement : Allez vous laver et vous serez purifié.
n descendit donc dans le Jourdain et s'y lava sept fois, selon la parole de l'homme de Dieu, et sa chair devint comme la chair d'un petit enfant, et il fut guéri. Alors il retourna vers l'homme de Dieu avec toute sa suite, et se présentant à lui il lui dit: Je sais certainement, qu'il n'y a point d'autre Dieu en toute la terre que celui qui est en Israël.
La guérison du syrien Naaman, outre sa réalité, qui montre la puissance accordée par Dieu aux anciens prophètes, est encore un enseignement donné par l'Église aux chrétiens pécheurs et infidèles, k l'approche du temps pascal, où ils peuvent
aussi, s'ils le veulent, aller trouver l'homnid de Dieu pour êtce délivrés de la lèpre qui les dévore, c'est-à-dire du péché qui rend leur âme malade jusqu'à la mort. A cette terrible maladie il n'y a |.oint de remède, que la vertu purifiante du sang dé Jésus-Christ ; et de nos jours, pas plus qnedn temps de Naaman, les richesses, la puissance et la gloire humaine ne préservent du mal et surtout ne le guérissent point. Mais comme la maladie, toujours un malheur en elle-même, peut cependant être tournée à bien par la miséricorde divine, qui en fait quelquefois un moyen de conversion et de salut, comme le prouve l'exemple de Naaman reconnaissant le vrai Dieu et l'adorant après sa guérison; ainsi les fautes commises, bien que toujours mauvaises en soi, servent souvent, par les angoisses qu'elles causent, à ramener à DieOi qu'on cherche d'abord pour retrouver la paix du cœur, et qu'on adore ensuite parce qu'il l'a rendue. C'est .ainsi que Dieu tire le bien du mal, et que par la miséricorde divine il peut y avoir un bonheur dans nos fautes. Félix culpa! s'écrie saint Augustin, en admirant le sacrifice de Jésus-Glirist, qui a donné à l'homme par la grâce plus qu'il n'avait perdu par le péché.
Mais pour profiter du bienfait de la grâce, qni veut le salut du pécheur et non sa perte, il faut aller à l'homme de Dieu humblement,
que soient notre position, notre richesse ou notre puissance. Les grands et les riches du monde ne sont point sous ce rapport dans une autre condition que les petits et les pauvres; car Dieu ne fait point acception des personnes, et en toutes choses il regarde le cœur de Thomme et ce qu'il y a en lui. Tout le reste n'est qu'un revêtement temporaire qui n'améliore en aucune façon l'étatde Tâme, qui l'empire souvent, au contraire^ par Taccès plus facile donné aux tentations et en Texposant davantage aux occasions du péché. C'est pourquoi il est écrit: Heureux les pauvres 1
Que la leçon donnée par Elisée à Naaman profite donc aux chrétiens riches et puissants 1 Le général syrien arrive k la porte du prophète avec un grand attirail de chariots, de chevaux et de serviteurs : et le prophète, qui n'en tient aucun compte, ne le reçoit même pas, ne lui parle point luimême, lui faisant dire par un serviteur d'aller .se laver sept fois dans le Jourdain. Il lui indique tout juste ce qu'il doit faire pour être guéri, sans donner la moindre satisfaction aux prétentions de son orgueil et de son faste. Ainsi les plus grands princes parmi les chrétiens, s'ils veulent être guéris de leurs péchés, doivent déposer les insignes de leur dignité devant le ministre de Dieu, et s'agenouillant conmie le dernier des fidèles au tribunal sacré en se frappant la poitrine, descendre
dans la nudité de leur cœur en la piscine sainte, où ils peuvent seulement retrouver la santé de r&me. Et quand les grands du monde ont le bonheur d'aller au banquet sacré, l'Église les y reçoit au milieu de ses autres enfants, même les plus pauvres; et dans cette égalité devant Dieu, qui est le Père de tous, il n'y a de distinction que par la bonne vdonté, la pureté du cœur, et la sainteté. C'est pourquoi l'empereur Héraclien, rapportant au calvaire la croix de Jésus-Christ reconquise sur les Perses dans toute la magnificence de la pompe impériale, fut arrêté et comme fixé au sol sous la porte de Jérusalem, et il ne put avancer qu'après avoir par le conseil de Tévéque dépouillé les insignes de sa grandeur humaine et revêtu le sac de la pénitence en dénudant ses pieds, afin de se rendre (^nforme par son 'extérieur à rhumiliation du Crucifié.
Ceux que la nécessité de cette humiliation révolte, comme Naaman, sont prêts de tout perdre par leur vanité. Ils disent aussi comme le général syrien : D ne vient pas me trouver pour invoquer sur moi le secours de Dieu, toucher mes plaies de sa main et me guérir ! C'était bien la peine de venir de si loin pour chercher un remède que je pouvais trouver chez moi sans me donner tant de peines ! Combien de chrétiens parlent ainsi ou à peu près du ministre de Dieu, qui ne semble pas les
traiter avec tons les honneurs qu'ils croient dus à leur rang ou à leur fortune! Us désirent être guéris par lui, mais ils voudraient être traités autrement que les autres, et obtenir avec le bienUt de la vertu divine la satisfaction de leur orgueil. N'estce pas une princesse de la terre, qui disait naïvement : Dieu y regardera à deux fois avant de juger une personne comme moi? Hélas! si cette aveugle vanité persiste «jusque dans la mort, Dieu n'aura pas mémç à y regarder une fois, et le poids de son orgueil entraînera soudainement une telle âme loin du ciel, de la lumière et de la gloire.
Gefpendant le Syrien indigné a déjà ordonné le départ, quand ses serviteurs plus humbles lui donnent un bon conseil. Pourquoi, lui disentils, ne pas faire ce qu'il vous indique? C'est si peu de chose 1 Et il a le bon esprit de leé écouter, en dépit de son orgueil blessé. Ah 1 il y avait du bon dans cette âme : la grâce la travaillait, et sa bonne volonté, qui y répond cette fois, la sauve. Admirons encore ici les effets de la grâce, qui se donne sous toutes les formes et emploie quelquefois les instruments les plus faibles. Irrité contre le prophète, qui ne le reçoit pas comme il croit le mériter, Naaman se rend à l'humble parole de ses serviteurs. Quel encouragement pour ceux qui entourent les grands et les riches! Un mot dit' à propos, avec le désir sincère d*étre utile à son maî-
tre, peut Tempècher de commettre une faute ou le rappeler à la justice, au bon seus, en réveillantsa conscience. Et combien de fois dans les familles nu domestique fidèle, une vieille bonne, qui ont de la foi et le zèle qu'elle donne, contribuent soit à arrêter leurs supérieurs dans 1* emportement de la passion, soit à les retourner vers Dieu au moment de la mort, soit aussi, et c'est le cas le plus fréquent, en suppléant auprès des enfants un père indifférent ou une mère légère, à implanter dans leur jeune cœur par une parole de foi et d'amour le germe de la piété chrétienne !
Le général va donc se laver sept fois dans le Jourdain , comme le prophète le lui a prescrit, et il en sort pur comme un enfant. Image de la vertu des eaux du baptême qui lave l'âme de toutes ses souillures et fait du vieil homme un enfant de Dieu! Les sept ablutions figurent les sept sacrements qui distribuent la gi-âce de Jésus-Christ par les canaux multiples de son Église. Elles peuvent encore représenter la délivrance des sept péchés capitaux opérée par des ablutions fréquentes dans les. eaux de la piscine sacrée de la pénitence.
Naaman sort des ondes du fleuve, renouvelé dans son âme comme dans son corps. Il a éprouvé les effets de la vertu du Dieu vivant, et il sent le besoin d'en exprimer sa reconnaissance au prophète et devant tous les hommes. Il fait comme
le bon lépreux guéri par Notre-Seigneur, qui avait dit aux dix, rimplorant ensemble, d* aller se laver dans la fontaine de Siloé. Tous furent guéris, et un seul revint pour lui rendre grâces et l'adorer. Que de chrétiens imitent les neuf autres, en oubliant leur mal et celui qui les a guéris, dès qu'ils en sont délivrés? Us ont prié avec tant de ferveur, et une fois le secours obtenu, tout occupés de leur bienêtre, ils ne songent même pas à en rapporter la gloire à leur bienfaiteur I Aussi le Seigneur dit- il : «Dix ont été guéris, et un seul revient? » Hélas! après avoir reçu les grâces de Jésus-Christ, ils ne sont pas retournés vers lui, et ainsi la guérison de lenr corps n^a pas amené celle de leur âme. U n'en n'est point ainsi du Syrien, qui croit dès ce moment au Dieu d'Israël, le proclame le Dieu unique, le seul digne d'être adoré, et qui a trouvé son saint là où il cherchait seulement la santé. C'est le but de tous les miracles, et même de toutes les bonnes œuvres, qui ne tendent Qn général à faire du bien au corps que pour améliorer les âmes, et c'est pourquoi Jésus-Christ dit en guérissant : Allez, votre foi vous a sauvé (Marc, V, 34; Luc, Vn, 50).
Ëviudgile salon saiot Luc, IV, 53.
Jésus dit aux juifs assemblés dans la synagogue de Nazareth : San? doute que vous m'appliquerez ce proverbe : Médecin , guéris-toi toi-même ; fais en ton pays ce qu'on nous a dit que tu as fait à Gaphamaûm. Mais je vons assure, ajouta-t-il, qu'aucun prophète n'est biea reçu dans son pays. Je vous le dis en vérité, il y avait beaucoup de veuves en Israël au temps d'Élie, lorsque le ciel fut fermé pendant trms ans et six mois , et qu'il y eut une grande fa« mine dans toute la terre; et néanmoins Élie ne fut envoyé à aucune d'elles, mais chez une femme veuve dé Sarepta dans le pays des Sidoniens. Il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée; et aucun d'eux ne fut guéri , mais seulement Naaman le syrien. Tous ceux qui étaient dans la synagogue l'entendant parler ainsi, furent remplis de colère, et se levant ils le chassèrent de la ville, et le menèrent jusqu'au sommet delà montagne snr , laquelle elle était bâtie, pour l'en précipiter. Mais passant au milieu d'eux il se retira.
Jésus annonce ici aux Juifs la translation du royaume divin d'Israël, incrédule et infidèle malgré son élection et les bienfaits dont il a été comblé/ aux nations qui n'é^ent point le peuple de Dieu jusque*; là et qui vont le devenir par sa miséricorde. Et elles le deviendront par leur acceptation simple de la parole apportée du ciel par l'Évangile et qui va leur être annoncée dans toutes les parties du monde. Les exemples d'Élie et d'Elisée viennent confirmer cette sentence, et la nature des miracles opérés par eux l'explique.
Élie en effet quitte la terre d'Israël au milieu d'une horrible famine causée par le manque de pluie pendant plusieurs années, et bien qu'il y eût en ce pays beaucoup de riches pour nourrir le prophète, il lui est dit de sortir du milieu de ce peuple dont le cœur est endurci, et d'aller à Sarepta où une pauvre veuve lui donnera sa nourriture. En effet cette pauvre femme lui donne le peu qu'elle a pour elle et^on enfant, et elle avait si peu, qu'après le lui avoir donné, il ne leur restait plus qu'à mourir. C'est la pauvre femme de l'Éfangile qui met dans le tronc du temple, non de son superflu, comme les riches qui y jetaient des pièces d*or, mais sou strict nécessaire. C'est aussi Jésus-Christ lui-même, le Fils de Dieu fait homme, qui est préfiguré ici par le prophète ; car il a été eDvoyé surtout aux pauvres, et les pauvres
le reçoivent et le nourrissent^ pendant qne les pnissants du monde le repoussent on se détoomeirl de lui. Mais comme Élie à rendu à la veuve charitable l'abondance, en sorte que son fils et ellb ont reçu mille fois plus qu'ils n'avaient donné; ainsi le Sauveur, en apportant sur la terre le pain du ciel y a fait cesser la famine de l'âme humaine et lui a transmis la vie véritable avec la nourhtai» par excellence, l'aliment au-dessus de toute sobstance, le vrai breuvage, qui peuvent seuls assonvir la faim et la soif de Tinfîni; car il lui a donni sa chair à manger, son sang à boire, afin qu'elle vive, et vive plus abondamment.
Et depuis ce temps, les nations, régénérées pi^, la foi en Jésus-Christ et dirigées par son %lï% ont en effet abondamment vécu des grâces du wà distribuées par son ministère sacré, comme h pauvre veuve et son fils vécurent de la farine et de l'huile miraculeusement n^ultipliées par Élie* Mais le bienfait de Dieu et la récompense de k charité ne se sont pas arrêtés là. Le prophète t encore ressuscité le fils de la veuve par la puissance divine dont il était l'instrument, résurrection qui préfigure . celle de l'humanité entière, morte par le péché, et tombée sous le joug dn prince du mal. Jésus l'en délivre, comme Élie ressuscite l'enfant, en se couchant aussi sur elle pour lui transmettre l'esprit de vie ; c'est-à-dire en s'a-
baissant, en se proportionnant à sa faiblesse par, son incarnation , en revêtant sa natnre et toutes ses misères, sauf le péché, pour expier et souffrir à sa place, s*employànt, par les travaux de sa vie et les tortures de sa mort, à Ja réconcilier avec le Père céleste , à lui rendre la vie divine qu'elle avait perdue.
Le miracle d'Elisée n'est pas moins significatif, selon saint Ghrysostome (in ext, Grxcor, Palrum) : • C'est un Syrien qu'il guérit de la lèpre, tandis qu'il y avait beaucoup de lépreux en Israël; et ce lépreux payen, dès qu'il est guéri, confesse le Dieu tinique et ne veut plus servir que lui. Ainsi la grande lèpre du genre humaiix, dont le péché l'a affligé, a été guérie par Jésus-Christ, oui devait sauver d'abord les enfants dlsraël; car, oit-il à la Ghananéenne, il doit soigner avant tout les enfants du peuple élu, et ne pas donner aux chiens le pain des enfants du père de famille (Marc, YII, 27). Mais ce peuple ingrat repousse le don qui lui est offert, et la parole, qui devait le sauver, est portée par les Apôtres à toutes lés nations de la terre. C'est panni les Gentils que les aveugles voient, que les sourds entendent, que les muets parlent, que les boiteux marchent, que les lépreux sont guéris; et ces merveilles, accomplies d'abord d'une manière sensible, parce que l'esprit de l'homme charnel a besoin d'être frappé par les sens, se
continuent, depuis ce temps et sans interruptioiit d*une manière spirituelle dans l'Eglise, où tous les jours par la lumière de la parole divine et U vertu des sacrements, des aveugles, des sourds^ des muets, des boiteux et des malades de tonte sorte par Tesprit et le cœur sont guéris M sauvés. »
Les hommes de la synagogue comprennent pa^ faitement que les paroles de Jésus s'appliquent à eux. Ils pressentent leur déchéance, qui va amener la préférence et la gloire des Gentils. Mais au lieu de profiter de l'avertissement, et ainsi de détourner par leur conversion le malheur et la honte qui les menacent, ils entrent en colère contre celui qui les leur anuoncent, et leur fureur, augmentée éhcore par leur jalousie contre les nations qu'ils sont habitués à mépriser, va juscju'à le» pousser à des violences , au point qu'ils veulent le précipiter du sommet escarpé de Nazareth. Mais Jésus passe tranquillement au milieu de cette foule ameutée et furieuse. « Nouvelle preuve de sa divinité, dit saint Âmbroise. : et comprenez par là que tout ce qu'il a souffert dans son corps n'a pas été une nécessité, mais l'effet de sa volonté. Car il est pris* par ses ennemis quand 3 le veut, et quand il le veut, il leur échappe, » Par sa toute puissance il passe sain et sauf à travers les ffireurs de la multitude, comme il commande,
quand il lui plaît, aux flots soulevés de la mer, ou les foule d'un pas ferme, au moment où ils vont engloutir son disciple dont la foi hésite. C'est à Jénisalem cpi'il doit mourir, dit le vénérable Bède, parce que c'était là qu'on immolait les victimes, dont le sacrifice sanglant préfigurait celui de sa croix.
Nul n'est prophète dans son pays, et encore moins dans sa famille. Les parents de Jésus ne croyaient point en lui, dit l'Évangile (Matth. Xm, 5^), et ils lui demandaient avec ironie de faire parmi eux les miracles qu'il faisait ailleurs. C'est pourquoi le Sauveur disait : Qui est ma mère, qui sont mes frères? Ceux-là qui écoutent la parole de Dieu et qui l'observent (Matth. XII, 48). Sa mère, qui avait reçu avec fol la parole de l'ange lui annonçant sa divine maternité, «n'a jamais douté de loi: elle conservait dans son cœur tous ses discours et elle disait aux autres : Faites tout ce qu'il vous dira. Mais ses parents et ses compatriotes de Nazareth s'écriaient : N'est-ce pas le fils du charpentier? et où a-t-il appris à dire et à faire toutes ces choses? (Matth. XHI, 54). Dominés par la chair et le sang, et ne voyant que par les yeux du corps, Jésus n'était pour eux que le fils de Joseph, ouvrier comme lui, du même sang et de la même condition qu'eux, participant à leur manière de vivre. Ne comprenant point d'où lui seraient
venues cette science et cette puissance, dont<a vantait partout les effets, ils ne le prenaient poiol au sérieux, se moquaient de lui et le regardaieM presque comme un insensé. Saint Paul a dit: L*homme terrestre ne comprend pas Thomme cé^ leste.... rhomme de l'esprit comprend seul les choses spirituelles et peut en juger....
Or, il y a toujours eu deux générations simnl* tanéesdans l'humanité, qui ne se sont jamais enteo* dues, parce que depuis le péché leur point de vu» et leurs principes, sont opposés, à savoir : la filia* tion des«nfant8 des hommes et celle des enbi^ de Dieu. On les voit déjà se séparer dans Gaïn«l Abel; elles entrent en lutte même dans le sein à» leur mère avec Esaû et Jacob ; et on les retrouw ici en collisiojl dans Topposition que les parents de Jésus font à soumission. Cette guerre a con<* tinué depuis la rédemption, entre TÉglise et k monde, entre Tordre spirituel et le règne temporel, et elle est flagrante aujourd'hui entre Tespiit du siècle, qui nie le surnaturel et par conséqueitf tous les mystères et les miracles de l'Évangilfi^ donc la divinité de Jésus-Christ et de son Ëglise, et l'esprit chrétien, qui les affirmant avec foi et par la vertu de cette foi attirait la grâce, excité la puis* sance divine à se manifester encore par les merveilles de sa parole et de ses actes. Les incrédules d'aujourd'hui prétendent qu'ils croiraient s'ils
voyaient des miracles, et justement parce qu'ils ne croient pas à leur possibilité et ont pris le parti de n'y point croire, ils n'en verront jamais, et ils auront toujours des yeux pour ne pas voir. Vous avez cru, Thomas, parce que vous avez vu ! heureux ceux qui croieiit sans vodr ! mais ils verraient aus^i comme Thomas, s'ils avaient comme lui la bonne volonté de croire après avoir vu (Jean, XX, 29). Nul n'est prophète dans sa famille, c'est-à-dire encore, que le plus souvent la famille ne croît pas à celui de ses membres auquel Dieu a parlé, dans son cœur ou autrement, pour lui donner une mission de la grâce ou une vocation spirituelle. C'est aussi une sorte de prophétie qu'une vocation consciencieuse et bien sentie, qui pousse une âme à se séparer du monde et de ses joies, afin de se consa<a*er au service de Dieu par la prière, par les œuvres de charité ou dans le saint ministère. Qu'aujourd'hui dans une fEunille riche ou simplement aisée un jeune homme parle de quitter le monde, de renoncer aux douceurs de la famille et delà société, à l'ambition, à la richesse, à la gloire humaine pour devenir prêtre, religieul, missionnaire, à Texemple des Apôtres et des saints; qu'une jeune fille, préférant la virginité au mariage, veuille abandonner les avantages et les plaisirs que peuvent lui procurer dans le monde sa jeunesse, sa beauté et sa fortune, afin de se dévouer tout
entière au service de Dieu et des pauvtes, c'est-4idire pour devenir un ange sur la terre ; ils trouveront les obstacles les plus grands à leur subliniB vocation parmi les leurs, qui d'abord n'y voudront pas croire, et ensuite emploieront tous le» moyos pour.les arrêter^ depuis tes menaces et les persécutions jusqu'aux tentations et aux séductions. Gek se voit jusque dans les familles chrétiennes, où en cette circonstance la tendresse chamelle remporte sur Tamour selon Dieu. Ain» se réalise la parole da maître ; Les ennemis de rfaomme sont parmi ks siens (Matth. X, 36). Mais il a dit aussi : Celui qui aime son père, sa mère, ses frères, sm sœurs, etc , plus que moi, n'est pas digne de ma (Matth., X, 37); et aill^irs : Si vous voulez devenir mon disciple, renoncez au monde et à vonsmême, prenez votre croix et suivez moi (Luc, IX, 23). '
C'est ce qui est arrivé k tous les saints ; et ils ne sont devenus tels que par leur triomphé dans cette épreuve. L*homme de Dieu a dû vaincre en eux l'homme de la terre, et l'esprit s'est dégagé des liens, de la chair. On ne devient le prophète oab ministre du ciel, qu'à cette condition de s'élever au-dessus des attraits de la chair et du monde, d'en maîtriser les désirs, et même les affections les plus légitimes , pour donner toute son âme au service de Dieu : employant toutes ses facultés
et tontes ses forces , son être tout entier à l'a- Tancement dn règne divin sur la terre , c'est-àdire à la prédominance de la vérité , de la justice et dn bien ici-bas pour la gloire de Dieu et , le bonheur de l'humanité. A ce degré il n'y a plus qu'un Père pour le chrétien, celui qui est au ciel eï duquel dérive toute paternité. Il n'y a plus qu'une mère, une mère immortelle, celle qui en régénérant son âme, Fa enfanté à l'éternelle vie : et cette mère est l'Église, dont la Vierge sainte, qui nous a donné Celui qui est la vie même, est l'archétype parfait. U y a un frère, le frère par excellence, Jésus-Christ, l'Homme-Dieu, qui nous a faits par la vertu de son sang les enfants adoptifs du Père et les cohéritiers de sa gloire*. Et enfin, tous ceux qui nous sont unis en Jésus-Christ dans son corps sacré, qui est l'Église, sont nos véritables frères pour l*éternité par là même filiation céleste, par l'identité de la vie divine à laquelle tous l(ss chrétiens participant dans le même- amour. Telle est la famille universelle , impérissable, que Jésus est venu fonder par sa grâce sur la terre pour la consommer dans la gloire du ciel ; et il veut que tous les hommes de toutes les familles et de toutes les nations, fractions disséminées de l'unité du genre humain brisée par le péché, se rassemblent, se fondent dans cette nouvelle unité, dans l'unité spirituelle de son corps mystique ou .
de son Église, pour ne plus faire qu*un seul troupeau, comme il n'y a qu'un pasteur ; pour devenir un entre eux et par lui, comme il est un avec son Père : Sint unum^ sicut et nos unwm svmus (Jean XVII, 22). Qu'ils soient un, qu'ils soient consommés dans l'unité de la vie et de l'amour 1 Tel est le dernier vœu exprimé par le Sauveur avant de mourir; et ce vœu, qui est comme sa dernière volonté ou le testament qu'il laisse à ses disciples, résume le principe et la fin de sa mission, avec l'unique moyen de l'accomplir.
PRATIQUE
Ne demandons pas^ comme les Juifs envieux et jaloux, des miracles à Dieu pour croire à sa parole ; mais supplions-le de nous accorder directement le don précieux de la foi, et surtout la volonté sincère de la garder et de la suives, dès qu'elle poindra dans notre âme. C'est moins la foi qui nous manque aujourd'hui que la résolution franche d'acquiescer à ses dictées et la force d'exécuter ce qu'elle prescrit ou conseille. Oui, si nous étions bien décidés à faire ce qu'elle nous dit par l'Évangile, par l'enseignement de l'Église et dans notre conscience, nous verrions encore des miracles; et le plus grand de tous s'opérerait en nous, à savoir la victoire de l'esprit sur la chair et la transfiguration de l'homme de la terre en celui du ciel, qui ne veut plus vivre que pour la gloire de Dieu et le salut de ses frères.
PRIÈRE
Nous VOUS en supplions, ô Dieu très- clément, daignez dans votre bonté répandre votre grâce dans nos cœurs, afin que, en nous abstenant en ce jour de la nourriture de la chair, nous retirions aussi nos sens et nos désirs de tout excès coupable. Par notre Soldeur Jésus-Christ.
Liv. IV des Rois, IV, 1, 7.
Encesjours-là,la femmede Tundes prophètes vint trouver Elisée, s'écriant : Moamari, voire serviteur, est mort, et vous savez qu'il craignait le Seigneur. Maintenant voici son créancier qui vient prendre mes deux fils pour en faire ses esclaves. Elisée lui dit : Que voulez vous que je fasse pour vous? Dites moi, qu'avez vous dans votre maison? Elle répondit : Votre servante n'a dans sa maison qu'un peu d*huile, pour oindre son corps. Elisée lui dit : Allez, empruntez à vos voisins un grand nombre de vases vides , et étant entrée dans votre maison, fermez-en la porte, et quand vous serez au dedans vous et vos âls, versez de cette huile dans tous ces vases, et vous les enlèverez, quand ils seront pleins* Cette fénmie y alla donc, puis elle ferma la porte sur elle et sur ses enfants; ceux-ci lui présentaient les vases et elle y
versait Thuile. Et quand tous les vases furent remplis, elle dit à son fils : Apporte m'en encore un. Et il répondit : Je n'en n'ai plus. Alors l'huile s'arrêta. Cette femme vint en rendre compte à l'homme de Dieu qui lui dit : Allez vendre cette huile et payez votre créancier. Puis, vous et vos fils, vivez avec le reste.
On peut trouver trois sens au fait miraculeux exposé dans ce passage du Livre des Roi& : un sens moral, un sens préfiguratif ou prophétique, et un sens mystique.
Le sens moral se présente tout d'abord. Cette veuve d'un prophète, homme choisi par Dieu pour annoncer ses volontés au peuple, et qui vivait^ lui et sa famille, dajis la crainte du Seigneur, est récompensée de la piété de son mari qu'elle partage. C'est pourquoi elle va trouver Elisée avec confian.ce dans sa détresse, afin d'être aidée par lui à échapper aux exigences de son créancier, et à préserver ses fils de la servitude. C'est un exemple de plus que Dieu n'abandonne jamais ceux qui le sei:vent fidèlemt^nt, et que, s'ils l'invoquent dans leurs bsoins ou dans leurs peines avec foi, il fera même des miracles pour les se- * courir, sinon des miracles matériels et visibles,
comme celui qui est rapporté ici , au moins des miracles spirituels, d'autant plus admirables qu'ils sont plus efficaces , parce qu'ils tendent directement à la guérison , à k libération , à la conversion ou au salut des âmes : ce qui est aussi en définitive le but des autres miracles. Car tout dans rÉvangile se rapporte à la gloire de Dieu et à la réhabilitation de ses enfants.
Le sens prophétique est dans la préfiguration, par l'huile multipliée par Elisée, de cette huile de joie dont Jésus-Christ a été oint par son père, afin de le préparer au triomphe sur ses ennemis, et de lui donner un nom au-dessus de tous les noms dans le ciel et sur la terre iPropterea unxitte Deus oleo lœtitiœ, prœ consortihus tuis (Ps. XLIV, 8). Cette huile de joie, Jésus Christ l'a transmise à son Église qui s'en sert encore aujourd'hui dans les cérémonies du baptême, pour confirmer les . enfants de Dieu à son service, et leur communiquer la force de soutenir sa cause et de vaincre ses ennemis, pour soutenir les mourants dans le terrible passage de ce monde à l'autre, pour consacrer le front et les mains des ministres des autels qui doivent toucher le corps de Jésus-Christ et le donner aux fidèles, et enfin pour sanctifier la ^pierre sur laquelle le saint-sacrifice est offert. L'Église est donc, comme son divin fondateur, ointe de l'huile de joie, ou plutôt, puisqueDe est
son corps sacré, c'est lui-même qui est oint en elle, et qui répand daos son sein la vertu ineffable de son onction.
La multiplication miraculeuse de Thuile de la veuve a de Tanalogie avec celle de la &rine de la pauvre femme de Sarepta par Élie. C'est dans les deux cas ime image de la multiplication du pain par Notre- Seigneur, qui a nourri cinq mille personnes au désert avec cinq pains et quelques poissons. Et ce dernier fait préfigure à son tour ime nourriture bien autrement merveilleuse, multipliée par Tamour et la puissance du Sauveur d'une manière plus prodigieuse encore, non plus pour le soutien de la vie du corps, mais pour l'alimentation des âmes, qu'elle doit faire vivre de la vie divine et dans Téternilé. C'est le pain descendu du ciel, le pain au-dessus de toute substance, qui renferme toutes les joies, omne delectamentum in se habmtem^ et celui qui le mangera aura la vie en lui et ne mourra jamais, s'il continue à le mauger (Jean, YI, 50). Ce pain, qui est le corps de Jésus-Christ, individuel et propre au fils de Marie par l'Incarnation du Verbe et dans son existence terrestre, il l'a .multiplié incommensurablement par l'adorable Eucharistie, et en donnant à ses Apôtres et à leurs successeurs, à tous ses prêtres, le pouvoir d'incarner de nouveau le Verbe divin
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sur l'autel, et de créer, pour ainsi dire, sa chair et son sang par la vertu des paroles de la consécration : en sorte que prar cet ineffable bienfait et cette théurgie merveilleuse, qui. opère le plus grand de tous les miracles. Dieu à tout instant et sur tous les points de la terre où les paroles sacramentelles sont prononcées, descend sur l'autel à la voix du prêtre, qui est en ce moment la voix même de Jésus-^Ghrist. C'est ainsi qu'il habite dans nos tabernacles sous chaque hostie consacrée, en chaque parcelle de l'hostie, pour sanctifier ses temples par, sa présence, et donner le pain céleste à manger à tous ceux qui ont faim de la justice, et son sang k boire à ceux qui ont soif de la vérité.
La manière dont le miracle d'Elisée s'accomplit peut signifier, au sens mystique , le retour d'une âme dont la foi a défaiUi, et qui, n'ayant point payé sa dette à Dieu, est menacée de perdre sa liberté en devenant l'esclave du mal. Elle a été dans l'ordre autrefois^ craignant Dieu et observant sa loi; mais elle est devenue tiède, puis indifférente^ par l'entraînement des afiiaires, des plaisirs et des distractions du monde : et la négligence à remplir* ses devoirs de religion, qui a amené peu à peu sa décadence, la met un jour en danger de se perdre. Dans cette extrémité, sa foi se réveille,et ^e-împlore le secours de l'homme de Dieu ou du
ministre de TÉglise, comme la pauvre femme invoque Taideda prophète. Elle loiexpose sa misère^ et elle tire quelque confiance de ce qu'elle a fait autrefoiSy espérant exciter la miséricorde par sa fidélité passée. Alors le prêtre^ la prenant où elle en est, lui demande aussi, comme Elisée : Qu'avezvous dans votre maison ? Il ne lui reste aussi qu'un peu d'huile pour s'en fair« oindre au jour de sa sépulture : c'est-à-dire un peu de foi, qui subsiste encore au plus profond de son cœur , et qu'elle a loujours conservée en elle pour ses derniers moments, dans l'espoir d'en être fortifiée et relevée, quand il faudra mourir. Combien de personnes du monde , élevées chrétiennement, mais ayant abandonné plus tard la prière, le culte, et toute observance religieuse, sentent cependant encore dans leur tiédeur ou leur indifférence le besoin secret de la piété , à cause d'un reste de foi qui brûle dans les ténèbres de leur esprit, et qui pourra se rallumer au moins à leur dernier jour ! Espérance permise sans doute, et qu'autorise la bonté infinie de Dieu ; mais qui devient illusoire^ si sous ce prétexte on laisse échapper les moments de la grâce, qui ne s'accommodent pas à nos calculs et. ^ nos convenances ! Ceux qui remettent de jour en jour leur conversion, disant à chaque occasion : < demain j'y penserai, > ou bien : « je m'en occuperai, dès que j'aurai ter-
miné mes affaires, établi ma fortune, ou quand la vieillesse m'en donnera le loisir, > ceux-là ont trop souvent le sort du riclie fermier de TÉ^fngile, dont l'âme lui a été redemandée subitement la nuit même où il songeait à agrandir ses greniers pour y serrer ses moissons abondantes. Heureux celui qui réclame à temps l'assistance de l'homme de Dieu, et surtout qui en profite en faisant simplement comme la pauvre veuve tout ce qui lui est prescrit !
Il y a encore un peu d'huile chez vous, luTdit l'homme de Dieu; c'est de là que sortira votre salut. C'est un reste de foi de votre enfance qui va devenir la source du bien en vous, le germe de la nouvelle vie qui se développera dans votre âme. Mais pour cela il faut cultiver ce germe précieux, pour qu'il en sorte des feuilles, des fleurs et des fruits. Il faut fouiller avec soin cette source pour la débarrasser des impuretés qui la souillent, des obstacles qui en arrêtent l'essor et en gênent le cours.
Or, comme cette source est au plus profond de votre cœur, vous allez y rentrer par le recueillement d'une retraite. Puis vous en fermerez soigneusement la porte derrière vous, afin que perr sonne ne vous dérange dans votre mystérieuse opération; c'est-à-dire vous éloignerez pour un temps votre esprit des affaires, des plaisirs et des
distractions du dehors. Alors vous prendrez toutes sortes de vases vides, ce qui figure toutes les facultés de votre âme, toutes les forces de votre corps, tontes les aptitudes de votre personne, que vous viderez dans la solitude de tout sentiment, de toute pensée, de toute parole, de toute activité, qui ne se rapporte point à Dieu et aux choses du ciel; et quand ces vases seront ainsi bien vides •des choses du monde, vous les présenterez à' rhuile de votre cœur, qui trouvant alors où s'épancher, et excitée par la réaction de votre bonne volonté , y coulera avec abondance et les rem > plira bientôt jusqu'aux bords. Alors l'huile s'arrêtera, parce que Dieu sera redevenu le maître de votre âme, de vos facultés, de votre personne. C'est pourquoi tout ce que vous ferez après cela, les pensées de votre esprit, les opérations de votre raison, les sentiments de votre cœur, les mouvements de votre volonté, les tableaux de votre imagination, les impressions de vos sens, vos paroles qui exprimeront tout cela, et les actes de votre conduite qui en seront la manifestation, seront pénétrés, parfumés de l'onction de cette huile de joie dont vous avez été oint au baptême, qui a été entretenue en vous par la parole divine dans votre enfance, imprimée sur votre front avec le signe du salut par la confirmation, et dont votre foi, quoique diminuée et presque éteinte par Tim-
prudence et la légèreté de votre jeunesse, ou par le scepticisme ou Tindifférence de votre âge mûr, a cependant conservé itne goutte précieuse dans votre cœur.
Voilà comment on peut revenir à la vie chrétienne sincèrement pratiquée, par une nouvelle effusion merveilleusement opérée de ce.peu d'huile qui reste dans la maison de l'âme, devenue veuve (le Dieu. Car cette huile céleste, plus que toute autre est selon la parole de saint Bernard, lux^ dbuSy medicmay lumière, nourriture et remède. Elle éclaire admirablement l'esprit, quand elle y est allumée par le feu de la parole divine ; elle nourrit toutes les facultés par l'onction de la grâce, et elle guérit tous les maux spirituels là où elle se répand. Alors, dit le prophète à la pauvre femme, vous vendrez votre huile pour payer ce que vous devez, et yous vivrez du reste. En effet, alors et seulement alors, l'âme toute remplie de l'effusion de la vie divine peut rendre à ses créanciers, c'est-àdire à Dieu à qui elle doit tout, ce qui lui appartient ou elle-même tout entière, et elte ne pourra s'acquitter envers lui qu'en se donnant toute à lui. Puis elle vivra du reste, elle et ses fils, c'est-à-dire tout ce qui sortira d'elle , tout ce qu'elle fera, tout ce qu'elle dira. Elle trouvera sa vie dans l'accomplissement de cette justice, et elle s'enrichira en payant sa dette. Car restituant à
Dieu tout ce Qu'elle eât et tout ce qu'elle a, ce n'est plus elle qui vivra, mais Dieu en elle; et elle participera par Tidentification de sa volonté avec la volonté divine, de son amour avec l'amour divin, à l'éternelle et bienheureuse vie de Celui auquel elle s'est librement unie. C'est jlourquoi saint Paul s^écrie : Nostra couver satio in cmis est (Philip., III, 20). Vivo autent, jam non egô;vivit vero in me Christus (Galat., Il, 20).
Évangile selon saint Matthieu, XVIIIy 15.
Jésus dit à ses disciples : Si votre frèrfe a péché contre vous, allez et reprenez-lè entre vous et lui. S'il vous écoute, vous aurez gagné votre frère* Mais s'il ne vous écoute pas, prenez encore avec yous une ou deux personnes, afin que tout soit confirmé par l'autorité de deux ou trois témoins. Que s'il ne les écoute pas non plus, dites-le à TÉglise, et s'il n'écoute pas l'Église, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain. Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Je vous dis encore, que
si deux d'enîre vous s'unissent sur la terre, quelque chose qu'ils demandent, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieui. Car là ou deux ou trois personnes sont assemblées en mon nom, je suis au milieu d'elles. Alors Pierre s'approchant lui dit : Combien de fois pardonnerai-je à mon frère , lorsqu'il péchera contre moi? Sera-ce jusqu'à sept fois? Jésus lui répondit : Je ne vous dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois.
Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de reproduire ici le commentaire du docteur d'Allioli sur ce passage de saint Matthieu (traduction de l'abbé Gimarey, 3* édît.)
« Votre frère vous a-t-il scandalisé, vous a-t-il fait une offense quelconque, reprenez-le doucement et avec bonté, entre vous et lui, de son mauvais procédé. S'il reconnaît sa faute et revient à de meilleurs sentiments, vous aurez gagné votre frère. » Ces paroles de Notre-Seigneur regardent la correction fraternelle et Tordre qu'il y faut sui- » vre. D'après le contexte, Jésus-Christ parle ici de toutes les fautes qui peuvent devenir une occasion de chute pour le prochain. (August., Chrysost., Jérôme.)
« S'il ne vous écoute pas, prenez avec vous une ou deux personnes afin que la bouche de plusieurs contribue à le convaincre de son tort (Ghrysost., Théoph., Aug.); et que dans le cas où il ne les écouterait pas non plus et que l'affaire dût aller plus loin, elle puisse être confirmée par témoins.
« S'il ne les écoute pas, dites-le à TÉglise, c'està-dire à votre supérieur ecclésiastique, à votre curé, à votre évêque et k celui de votre frère. D n'est pas recommandé de le dire à l'assemblée du peuple, mais à ceux auxquels, comme Jésus le dit immédiatement après, a été donné le pouvoir de lier et de déliçr, aux évêques et aux prêtres.
« Que s'il n'écoute pas les supérieurs ecclésiastiques, qu'il soit pour vous comme quelqu'un qui n'appartient pas à la communion de TÉglise, qui par son impénitence toute païenne et par son obstination ouvefte dans l'erreur et dans le vice, s'est loi- même '^séparé de la commumon des fidèles....
c La correction fraternelle ayant pour fin de corriger son frère et de préserver les autres de la contagion, on doit bien examiner, avant de l'employer, si cette fin peut être obtenue. Si cela n'était pas possible, à plus forte raison s'il devait en résulter un plus grand mal, il conviendrait de n*y pas recourir, ou du moins de n'en faire usage qu'autant que le permet, suivant le temps, le lieu
et les autres circonstances, la charité fraternelle qui doit nous servir de règle dans toutes nos actions; car plusieurs des prescriptions de Jésus- Christ doivent être observées plutôt selon leur esprit qu'à la lettre.
« SU n'écoute pas l'Église, il est comme un païen qui fait du salut un objet de dérision, et les supérieurs ecclésiastiques ont le droit de l'expulser, car le pouvoir de lier et de délier leur est accordé. Ce pouvoir renferme non -seulement la faculté d'accueillir dans le sein de l'Église ou d'en exclure, mais encore, ainsi que l'exige la nature des choses, celle de recevoir de nouveau, les exclus qui se montrent repentants. De là découle en outre le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés, d'enseigner et de décider ce qui rend digne ou indigne d'être reçu dans l'Église et dans sa communion, ce qui est juste ou Hcite, ce qui est injaste ou illicite. Jésus-Christ a donné à tous ses apôtres le pouvoir de lier et de délier, mais à la condition de l'exercer avec subordination à leur chef, qui est Pierre. Pierre et les autres apôtres, comme aussi leurs légitimes successeurs les évêques, forment tous ensemble l'Église ayant droit d'enseigner et de juger, avec le privilège divin de l'infaillibilité.
» Encore une fois, je vous le dis, si vous avez quelque chose les uns contre les autres, réunissez-
VOUS. Cette réunion est la source de grandes bénédictions. Non-seulement il arrivera souvent qu'elle sera un moyen de réconciliation, mais en ce qui concerne la prière , elle vous procurera de précieux avantages; car si deux personnes font de concert une prière quelconque , elles seront exaucées par mon Père, pourvu qu'elles se réunissent en mon nom.
« Se réunir au nom de Jésus-Christ signifie s'accorder dans son esprit, par conséquent pour la fin qu'il s'est proposée, et généralement selon Tordre qu'il a établi pour l'accomplissement de la volonté de Dieu. Saint Jean de la Croix fait sur ce passage cette réflexion : C'est le propre d'une âme humble de ne «pas prétendre marcher seule avec Dieu, et de ne pas se croire dans une entière sécurité sans la conduite de l'homme, sans des conseils humains. Le Seigneur le veut ainsi ; car on doit observer qu'il ne dit pas : là où est une personne seule, je serai avec elle, mais là où sont au moins deux personnes. H nous fait connaître par là que nul ne doit régler sa foi de lui-même, et que les dons que chacun a reçus de Dieu ne suffisent point, sans les conseils ou la direction de l'Eglise et de ses ministres, pour arriver à une parfaite justice.
« Puisque les réunions et par suite l'union sont si excellentes, combien de fois dois-je, en vue de
runion, pardonner les torts que mon prochain m'anra causés? Sans doute plusieurs fois? Le nombre sept est mis ici, ainsi que cela se voit souvent dans les Écritures, pour très-souvent. Non pas plusieurs fois, mais un nombre indéfini de fois, toujours (Ghrysost., August.). Mais, alors, k quoi bon la correction fraternelle ? Elle est pour votre frère, qufil faut rendre à de meilleurs sentiments en l'avertissant, et pour les autres qu'il faut protéger. Oubliez l'injure, dit saint Augustin, mais non la blessure de votre frère, que vous devez chercher à guérir. En conséquence de cette disposition à pardonner toujours qu'il nous recommande, Jésus-Ghrist se conduira dans son royaume, comme s'est conduit envers son serviteur, ce roi qui traite avec une extrême sévérité le serviteur sans compassion pour son compagnon. »
PRATIQUE
Quand nous avons quelque chose contre l'un de nos frères, ne laissons pas le soleil se coucher sur notre ressentiment. Mais s'il est possible, allons le trouver au plus tôt pour dissiper le nuage qui est entre nous et nous réconcilier. Mais allons à lui sincèrement et avec bonne volonté, non pour nous exciter de nouveau par des explications oti chacun veut avoir raison, et qui ajoutent encore à notice peine le dépit de ne pouvoir convaincre notre adversaire. Dans ce
cas le remède est souvent pire que le mal. Allons le trouver avec humilité, avec charité, sans nous laisser arrêter par les considérations plus ou moins partiales de la justice violée à notre égard, de notre dignité blessée, mais nous rappelant que Dieu a eu pitié de nous malgré nos fautes et qu^il préfère la miséricorde au jugement.
PRIÈRE
Daignez nous exaucer, Dieu tout-puissant et miséricordieux, en nous accordant le don d'une continence salutaire, non -seulement en ce qui regarde les appétits du corps et la concupiscence de la chair, mais surtout dans l'indignation et la colère qu'excite dans notre cœur le sentiment de l'injustice, afin que nous pardonnions à nos frères comme vous nous avez pardonné. Par notre Seigneur Jésus-Christ.