‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles du carêmeChapitre 5 sur 27 · LE MERCREDI DE U TROISIEME SEMAINE · texte numérisé non relu

LE MERCREDI DE U TROISIEME SEMAINE

Exode, XX, 12.

Le Seigneur a dit : Honorez votre père et votre mère afin que vous viviez longtemps sur la terre que le Seigneur votre Dieu vous donnera. Vous ne tuerez point. Vous ne commettrez point de fornication. Vous ne déroberez point. Vous ne porterez point de faux témoignage contre votre prochain. Vous ne convoiterez point la maison de votre prochain: vous ne désirerez point sa femme, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rieo de ce qui lui appartient. Or tout le peuple entendait les voix et le son de la trompette, et il voyait les éclairs et la montagne fumante. Saisis d'effroi, épouvantés, ils se tinrent éloignés, disant à Moïse : Parlez-nous, vous, et nous vous écouterons; mais que le Seigneur ne nous parle pas, de peur que nous ne mourions. Et Moïse répondit au peuple: Ne craignez point; car Dieu est venu pour vous éprouver, afin que

sa crainte s'imprime en vous, et que vouç ne périssiez point. Le peuple resta donc au loin, et Moïse s'approcha de l'obscurité où Dieu était. Le Seigneur dit encore à Moïse : Vous direz ceci aux enfants d'Israël. Voua avez vu que je vous ai parlé du ciel. Vous ne vous ferez point des dieux d'argent ni des dieux d'or. Vou5 me dresserez un autel de terre, et vous oflFrirez sur cet autel vos holocaustes, vos hosties pacifiques, . vos brebis et vos bœufs en tout lieu où la mémoire de mon nom sera établie : je viendrai à vous et vous bénirai.

A rapproche du temps pascal , où tous les chrétiens doivent purifier leur âme par la confession de leurs péchés et se retremper dans la piscine de la pénitence pour se mettre en état de recevoir en eux Jésus-Christ et de s'unir par lui au Père . céleste dans l'Esprit-Saint, l'Église nous rappelle les commandements de Dieu, et comment Us ont été donnés sur le Sinaï par Tintermédiaire de Moïse, afin que nous nous examinions soigneusement sur chacun de ses commandements, pour reconnaître si nous les avons fidèlement observés ou violés habituellement. C'est donc un examen de conscience qu'elle nous propose par ces paroles,

surtout en ce qui concerne nos devoirs envers nos semblables et dans la société. Car lès trois premiers commandements se rapportent au service de Dieu, qu'ils règlent d'unç manière universelle par la révélation positive du Dieu unique et Tinterdiction de toute idolâtrie, par Tordre formel de sanctifier par le culte religieux et Tabstention des œuvres serviles le jour qu'il s'est réservé pour sa gloire et l'élévation de nos âmes, et enfin par la défense de prendre son nom en vain, c'està-dire en témoignage du mensonge ou de l'iniquité.

Les cinq commandements suivants, dont le premier fonde moralement la famille, défendent tout ce qui peut nuire au prochain, dans sa personne et dans ses biens. Us garantissent le bon ordre de la famille et la paix de la société contre l'égoïsme et les passions des hommes. La première chose à respecter est l'existence de son semblable; car chacun ayant reçu la vie de Dieu, tient du bienfait même de l'existence le droit de la conserver et de la développer selon l'ordre providentiel et pour son bonheur; et c'est pourquoi tout attentat contre sa personne, ainsi que les moyens qui tendent à la détruire ou seulement à l'endommager par une violence quelconque, est à la fois un péché contre Dieu qui en est le maître, et un crime contre l'homme qui en est la victime.

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Cependant le genre humain ne pouvant se perpëtner dignement et se conserver moralement que par le mariage qui constitue la famille, celle-ci doit être protégée contre les attaques de la concupiscence de la chair, qui tend à la corrompre dans la femme qui en est la racine et dans les enfants qui en sont les branches. De là, la prohibition sévère de la fornication et de toutes les impuretés qui s'y rapportent. Puis, comme l'existence de l'homme et de sa famille a besoin des biens de la terre pour être soutenue, le droit de propriété a sa base dans cette loi impérieuse de la conservation, et il se réalise et se légitime par le travail, exploitant par rintelligence et les forces de l'homme la terre qui lui a été donnée pour sa subsistance. Le vol, qui s'approprie par la ruse ou par la violence ce qui appartient à un autre, est donc une violation de la loi naturelle.

La famille étant une fois établie, se divise en deux parties : les parents et les enfants ; et comme les enfants sortent des parents, et que ceux-ci sont nécessaires pour les élever et les diriger dans les périls et l'apprentissage de la vie, de leur paternité sort le droit naturel et divin de commander aux enfants pour leur bien, et corrélativement le devoir naturel des enfants d'obéir à leurs parents, tant que la faiblesse de leur esprit et de leur corps le demande, et même après cela de les ho-

Dorer par leur respect et leur déférence, comme les représentants de celui dont toute paternité dérive, puisque c'est par ^ux qu'il leur a donné la vie, et avec la vie tous les soins et les bienfaits qui la conservent. De là, les droits et les devoirs réciproques des parents et des enfants, dont l'accomplissement régulier assure le bon ordre, la paix et la stabilité de la famille.

En outre, la société constituée par les familles réunies ne pouvant se conserver à son tour que par Tordre qui y règne, tout ce qui tend à détruire ou à ébranler la famille, tend aussi à troubler, à ruiner la société. C'est pourquoi les commandements qui défendent le meurtre et la violence, la fornication, l'adultère et toute impureté, le vol ou la violation de la propriété, en commençant par imposer l'honneur dû aux parents, représentés en une certaine mesure dans l'état social par ceux qui y président pour le bien des gouvernés, s'appliquent à la vie politique comme à la vie domestique, et tout ce qui les en/reint est prohibé dans un cas comme dans l'autre.

Puis , parce que dans toute société il y a nécessairement une existence morale associée à l'existence physique, ainsi que dans la personne humaine il y a une âme unie à un corps , cette existence morale ayant des droits comme l'autre,

et pins sacrés encore, la conservation et les biens de cette existence supérieure doivent être garantis par l'interdiction de tout ce qui peut les altérer. Ce qui est formulé dans ce commandement : Tune porteras point faux témoignage contre ton prochain y c'est-à-dire tu ne chercheras pas à troubler sa vie morale, la vie de son âme et de son esprit par le mensonge qui attaque sa réputation, sans laquelle il ne peut vivre honorablement et en paix au milieu de ses semblables, et^ dans un sens plus étendu, par la parole fausse on contraire à la vérité, qui tend à obscurcir son intelligence et à pervertir sa volonté. Les deux derniers commandements, qui semblent se rapporter plus particulièrement à ce qu'on appelle les devoirs envers soi-même, tendent à régler l'individu dans le for intérieur de sa conscience, ou dans la morale privée, en lui interdisant même le désir des choses que les autres commandements ont formellement défendues. Us sont comme des pierres d'attente de la loi nouvelle apportée par l'Évangile, laquelle, en pénétrant au fond même de l'âme humaine pour y détruire le mal jusque dans sa racine , sera le complément et la perfection de l'ancienne loi.

Que ceux qui, dans leur orgueil, s'écrient avec Jean-Jacques Rousseau : Pourquoi toujours des hommes entre Dieu et moi? prennent ici exemple

des Israélites , suppliant Moïse de leur parler, mais que Dieu ne leur parle point lui-même, de peur qu'ils ne meurent; car ce qu'ils voyaient et entendaient de loin de la conversation de Jéhovah avec Moïse au milieu du tonnerre, des éclairs, et de la fumée qui couvrait la montagne, les remplissait d'effroi. L'homme dans son état naturel ne pourrait supporter l'éclat de la présence de Dieu ni la puissance de sa parole : tellement que même dans Tordre ordinaire des choses, quand une manifestation insolite de la force d'en haut nous est donnée par les grands phénomènes de la nature , le frisson nous saisit , et radmiration que nous en ressentons est toujours mêlée de terreur : ce qui est le caractère distinctif des sentiments et des pensées de l'infini . C'est pourquoi Dieu a toujours pris des intermédiaires, anges ou hommes, afin de proportionner sa parole à notre faiblesse. Il a parlé en divers temps et de diverses manières, multifariam multisque modis , dit l'Apôtre {Hebr,y I, 1), et en dernier lieu par Jésus- Christ, en qui la Divinité a été tempérée par l'humanité pour devenir le médiateur entre le ciel et la terre. Le Verbe s'est fait chair, pour parler aux hommes de la chair sans les faire mourir, et au contraire, pour qu'en recevant la parole de vie, ils vivent de I9. vie véritable, et plus abondamment (Jean, X, 10).

Jésus-Christ, qui sera dans son Église et avec elle jusqu'à la fin des siècles, continue donc à parler en elle et par elle, et c'est pourquoi en envoyant ses Apôtres enseigner toutes les nations, il leur a dit : Qui vous écoute m'écoute, qui vous méprise me méprise (Luc, X, 16). De là les fonctions du prêtre envoyé à son tour par TÉglise et revêtu du caractère et de la vertu du ministère sacré pour parler aux peuples au nom de Jésus-Christ, leur enseigner la loi divine, les aider à l'observer par son autorité et par sa charité, les conduisant vers le ciel comme les pères dirigent leurs enfants, comme le bon pasteur mène ses brebis dans les gras pâturages en les protégeant contre les attaques du loup. C'est beaucoup de présomption, et même de la démence , que de ne vouloir point d'intermédiaire entre Dieu et les hommes dans la voie du ciel, quand on ne peut s'en passer dans les affaires de la terre; dans les gouvernements, où les individus ne sont en rapport avec le souverain, quel qu'il soit, que par la hiérarchie des pouvoirs; dans la famille, où la mère se trouve entre le père et ses enfants; dans l'instruction, où ceux qui enseignent doivent être par leur science en rapport plus prochain avec la vérité, afin de pouvoir la communiquer aux ignorants; enfin dans toute organisation humaine qui doit, comme celles de la nature, se composer de membres subordon-

nés entre eux et gravitant tous suivant leur position autour du centre d'où la vie émane. Gomment en serait-il autrement dans ce grand corps spirituel , qui s'appelle TÉglise, laquelle, à la considérer humainement, est encore l'organisation la plus vaste du monde? C'est pourquoi ovla nomme catholique : et si on la regarde du point de vue de la foi ou dans son institution divine et sa céleste mission, elle est le corps vivant et immortel de Jésus- Christ.

Appliquons-nous enfin l'avertissement queMoîse donne ici aux Juifs. Dieu, leur dit-il, a voulu imprimer eii vous une crainte salutaire, afin que vous ne péchiez pas. La crainte de Dieu est en effet le commencement de la sagesse (Eccli.y 1, 16). L'homme charnel , entraîné par l'amour de soi et par les instincts grossiers de la nature animale, ne peut d'abord être arrêté dans ses tendances aveugles et violentes que par la frayeur d'une loi sévère et des peines qui en sont la sanction, surtout s'il n'a pas l'espérance d'y échapper, en cas de contravention. Alors le sentiment de son intérêt, et l'amour de lui-même qui cherche toujours le bien-être et a horreur de la douleur, balance dans son esprit le désir de la jouissance défendue, ou en amortit l'ardeur. Ce n'est point sans doute le motif le plus noble, puisqu'il est encore un effet de l'égoïsme. Mais c'est au moins un motif rai-

sonnable, qui empêche le désordre, prévient le mal/ et ainsi contribue efficacement à maintenir réquité et la paix. Telle a été la destination de l'ancienne loi, pleine de justice et de terreur pour discipliner l'humanité grossière, et y poser les commencements du règne de Dieu, qui arrivera plus tard à sa perfection par la doctrine sublime du sacrifice apportée par l'Évangile et consommée sur la croix.

Évangile selon saint Matthieu, XV, I.

Alors les scribes et les pharisiens, qui étaient venus de Jérusalem, s'approchèrent de Jésus et lui dirent : Pourquoi vos disciples violent-ils la tradition des anciens? car ils ne lavent point leurs mains lorsqu'ils prennent leur repas. Mais il leur répondit: Pourquoi vous-mêmes violez-vous le commandement de Dieu à cause de votre tradition ? Car Dieu a dit : Honorez votre père et votre mère ; et aussi : Que celui qui outragera en paroles son père ou sa mère soit puni de mort. Mais vous, vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : Tout don que j'oflFre à Dieu vous servira, encore qu'il n'honore point

son père et sa mère ; et ainsi vous avez rendu inutile le commandement de Dieu par votre tradition. Hypocrites, Isaïe a bien prophétisé de vous quand il a dit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi : et c'est en vain qu'ils m'honorent, enseignant des doctrines et ordonnances humaines. Puis ayant rassemblé la foule autour de lui, il leur dit : Écoutez et comprenez bien ceci : Ce n'est point ce qui entre dans la bouche qui souille Thomme, mais ce qui en sort. Alors ses disciples s'approchant lui dirent : Savez-vous que les pharisiens .ayant entendu ce que vous venez de dire en ont été scandalisés? Mais il leur répondit: Toute plante qui n'a point été plantée par mon Père céleste sera arrachée. Laissez-les, ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles. Que si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tombent tous deux dans ïe fossé. Pierre lui dit : Expliquez -nous cette parabole. Êtes-vous encore vous-mêmes sans intelligence ? répondit Jésus» Ne comprenez -vous pas que tout ce qui entre dans la bouche descend dans le ventre et va ensuite au lieu secret? Mais ce qui sort de la

bouche part du cœur : et c'est là ce qui souille l'homme. Car c'est du cîBur que sortent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les larcins, les faux témoignages, les blasphèmes. Voilà ce qui rend l'homme impur, et non pas de manger sans avoir lavé ses mains.

Les paroles sévères, par lesquelles Notre-Seigneur condamne la fausse piété des scribes et des pharisiens, s'appliquent encore de nos jours à ces personnes qui font profession d'une dévotion pleine de zèle, et qui n*en ont que l'extérieur, la pratique littérale ou l'observance des formes. Ce que l'Évangile demande avant tout, c'est l'obéissance à la parole divine, qui doit se réaliser d'abord par l'exécution exacte des commandements , par l'accomplissement de la justice; et ensuite par des efforts «érieux pour s'élever à l'intelligence et à la pratique des conseils, qui tendent à perfectionner, à consommer la justice chrétienne. On ne peut plaire à Dieu sans la foi, dit le texte sacré {Hebr,y II, 6). Mais il dit aussi que sans les œuvres, la foi est morte, et devient comme un corps sans âme (Jacq., II, 17). Donc le premier effet de la foi ou de l'acquiescement à la parole de Dieu doit être de lui obéir dans ses dictées , de tâcher de faire

ce qu'elle prescrit : en d'autres termes, d'accomplir son devoir de tontes manières et dans toutes les positions. Mais plusieurs trouvent plus commode de négliger le devoir , qui est souvent pénible, pour des actes de dévotion non obligatoires, et qui se rapportent, comme il est dit ici, plutôt à des traditions humaines qu'à des préceptes divins. Delà, une piété superficielle et faussée qui, lâchant la proie pour l'ombre, se fait illusion à ellemême par l'exagération de ses pratiques, et tondant à satisfaire sa nature, c'est-à-dire son orgueil ou sa paresse, sous les apparences de la régularité et de la dévotion. C'est le pharisaïsme de nos jours, qui nettoie aussi l'extérieur du vase et laisse les impuretés au fond, semblable, suivant l'expression énergique du Sauveur, à un sépulcre blanchi, brillant par dehors et au dedans plein de corruption. C'est pourquoi l'Église , héritière de l'esprit de Jésus-Christ, rappelle sans cesse auxfidèles l'accomplissement du devoir et l'exercice de la tïharité, avant tout, par-dessus tout : et bien qu'elle recommande vivement le culte extérieur et ses observances, cependant elle en dispense en certains cas, même des plus essentielles, quand on ne peut les suivre sans négliger un devoir plus important ou sans manquer àla charité. Mais comme ce discernement est souvent difficile, surtout à la personne intéressée, outre son enseignement gé-

néral qui s'adresse à tous , elle offre à chacun une instruction spéciale et des indications particulières dans la confession et par la direction spirituelle.

« Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi, » dit Isaïe aux Israélites de son, temps; et Jésus applique cette parole aux Juifs du sien. Elle est encore vraie de beaucoup de chrétiens de nos jours, par hypocrisie ou par légèreté.

La véritable hypocrisie est celle qui a conscience d'elle-même, et pour laquelle la religion n'est qu'un prétexte ou un moyen de satisfaire, en les cachant, de mauvaises passions; tout en se donnant les apparences de la justice et de la vertu, comme on le voit dans les pharisiens de cet Évangile. Mais il y a aussi une hypocrisie moins coupable qui se trompe elle-même, parce qu'elle n'a pas la conscience claire de ce qui la fait agir, et qu'elle s'imagine honorer Dieu par des actes qui ne tendent au fond qu'à sa propre satisfaction. Les dévots et les dévotes de ce genre , qui se croyent souvent très-pieux et presque des saints, parce qu'ils ne manquent ni un office ni une prière et appartiennent à toutes sortes de confréries, n'oublient qu'une chose, et c'est la seule qui rend vraiment agréable à Dieu : l'obéissance sérieuse aux devoirs de la vie commune et la pratique de la charité envers le prochain. Car leur dévotion ne

les empêche pas d'être ou des maris despotiques, ou des femmes acariâtres, ou des pères et mères élevant mal leurs enfants, ou des enfants sans respect pour leurs parents, ou des maîtres impérieux et durs , ou des serviteurs indociles et pleins de murmures, ou enGn d'être dominés par la vanité, par la jalousie, par la médisance et autres vices qui tiennent leur cœur loin de Dieu. La légèreté de l'esprit Te^ éloigne aussi quand il a l'air de l'en approcher. De là des distractions incessantes pendant la prière, et surtout en public dans l'assemblée des fidèles. Il semble qu'on soit tout à Dieu par sa tenue, par les apparences du recueillement, par tous les signes de la piété; et cependant , même en articulant les paroles de l'office, on pense à autre chose , on se laisse aller à regarder indirectement tout ce qui s'offre aux yeux : ou bien l'imagination , à laquelle on lâche les rênes, entraîne l'attention par le courant ininterrompu de ses tableaux et de ses souvenirs. Hélas! même dans la prière solitaire, où l'on veut se mettre en présence de Dieu seul, pour ne penser, pour ne parler qu'à lui, combien de temps notre âme peut-elle rester simple et nue, afin de recevoir le pur rayon de sa grâce, sans que des images ou des pensées étrangères viennent offusquer sa lumière et jeter de Tombre entre elle et Dieu ? On prononce des paroles auxquelles l'es-

prit est à peine présent , et tout en exprimant à Dieu de l'amour et du dévouement, tout en renouvelant les résolutions et les promesses de le servir, le cœur léger, emporté ailleurs par les distraotioDs,a àpeine conscience de ce qu'il dit : et encore ici, malgré quelques efforts de bonne volonté, trop souvent on honore Dieu des lèvres, et le cœur en est bien loin.

Toute plantation, que le Père céleste n'a point faite, sera arrachée : c'est-à-dire, tout ce qui dans l'homme ne vient pas de Dieu, tout ce qu'il fait et dit sans que Dieu en soit le principe ou la fin, ne subsistera pas, parce que la semence ou l'élément de l'éternité ne s'y trouve point, la créature par elle-même, par sa force propre, ne pouvant rien produire d'immortel. Dieu seul est la source de toutes les bonnes pensées ; et sans l'assistance de la grâce nous ne pouvons pas même vouloir le bien, encore moins l'opérer. Ici peuvent s'appliquer ces paroles profondes de saint Jean (I, 13) : « Ceux-là seuls peuvent devenir les enfants de Dieu, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu même. » Ainsi de nos sentiments, de nos pensées, de nos désirs et de nos actes. Ceux-là seuls ne seront point arrachés, que le sang, ni la chair, ni la volonté propre n'ont pas produits, mais qui ont été suggérés, inspirés par l'Esprit de Jésus-

Christ, où implantés en nous par le Père céleste. C'est ainsi que Tentend saint Jérôme, distinguant entre les plantations divines, qui sont les bonnes affections, et celles du diable qui sont les mauvaises. Vos ex diabolo estis, dit Jésus aux pharisiens : car vous en faites les œuvres, ou autrement vous développez en vous le mauvais grain qu'il y a semé. Mais ceux qui font les œuvres de Bien sont les enfants de Dieu.

Cela est encore expliqué par la parabole de la bonne semence semée par le père de famille, et à laquelle l'ennemi vient pendant la nuit mêler de l'ivraie. Ces deux semences poussent ensemble; mais le mauvais grain, qu'on ne pourrait arracher avant la moisson sans endommager le bon, est réservé pour être brûlé. Le bon seul ira dans le grenier du père de famille (Matth. , XIII, 30). Du reste, l'Écriture emploie fréquemment ces comparaisons tirées du règne végétal et de la culture. Isaïe {Xm, 21) appelle le peuple de Dieu le jet d'une plantation nouvelle, une vigne choisie. Ailleurs Dieu se plaint que la vigne qu'il à plantée ne lui donne que des raisins amers, pour signaler l'ingratitude d'Israël (Isaïe, V, 3). Le Psalmiste compare le juste à un arbre planté sur le bord des eaux courantes. Et dans l'Évangile Jésus dit qu'il est le cep et ses disciples les branches, et qu'ils ne peuvent produire sans lui (Jean, XV, 5). Tout arbre

qui ne produira pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu (Luc, lEE, 9). Le monde est le champ de Dieu (Matth., XIII, 38). Le roi qui part pour rétrasger, plante une vigne qu'il confie à des colons (Matth., XXI, 83). Saint Chrysostôme entend par cette plantation le dogme et la doctrine, purs et immuables quand ils viennent de Dieu et sont l'expression des éternelles vérités, faux et passagers s'ils sortent uniquement de Tesprit de rhomme, et ne formulent que ses pensées.

« Ce n'est point ce qui entre dans l'homme qui le rend impur. » Les protestants ont abusé de cette parole, pour proscrire l'abstinence et le jeûne, en lui donnant un sens qu'elle n'a pas. Jésus- Christ n'a pas voulu dire qu'en aucun cas, ce qui entre dans le corps de l'homme ne peut le souiller, puisque la manducation du fruit défendu a été la cause de la chute de nos premiers parents, et que le vin ou la nourriture pris avec excès souillent assurément Thomme. Mais au fond ce n'est point le fruit en lui-même qui a produit le péché , mais la violation de la défense de lé manger : et cette violation est le résultat de la mauvaise volonté, et sort du cœur. De même, dans l'ivrognerie, ce n'est point la liqueur qui fait le mal moral, mais l'attachement au plaisir qu'elle procure; et par conséquent il y a encore ici une perversion de la volonté, qui manque à la tempérance par l'entrai-

nement d'au appétit grossier. II en est de même du chrétien qui n'observe pas les commandements de l'Église à cet égard : commandements excellents, parce qu'ils ont pour fin non pas seulement la discipline hygiénique des fidèles, mais la domination de l'esprit sur la chair, le triomphe de la volonté sur la sensualité. On pèche donc en les violant, non parce que la viande mangée rend impur, mais parce qu*en la mangeant malgré la défense on se met en guerre avec la loi, on la méprise avec l'autorité qui la posée, et qu'ainsi on tombe dans le désordre et dans le mal. Dans ce cas, comme dans ceux cités par Nptre- Seigneur, ce n'est donc point ce qui entre dans le corps qui souille, mais la mauvaise volonté qui se satisfait contre la loi. C'est, comme dit saint Paul, la loi elle-même, qui^ par son infraction, est la cause indirecte da péché (Rom.y VII, 7).

PRATIQUE

Que notre vie chrétienne soit fondée sur Pobservation des commandements divinà plus que sur l'accomplissement des pratiques du culte, et surtout des dévolions particulières et surérogatoiresque nous nous imposons volontairement. Prions surtout du fond du cœur et avec toute l'attention dont notre esprit est capable, afin d'être tout à Dieu^ quand nous lui parlons, et que nous ne l'honorions pas seulement des lèvres.

£t quand nous observons les abstinences et les jeûnes imposés par l^Iise, tâchons aussi de nous abstenir et de jeûner spirituellement, moralement, en ne laissant entrer dans notre âme ni en sortir ce qui peut seulement la souiller, l'injustice, le mal et tout ce qu'ils produisent : car ce sont là les mauvaises plantations qui siéront arrachées jusque dans leurs racines par le Père céleste.

PRIÈRE

Dieu tout-puissant, accordez-nous la grâce de nous abstenir des mauvaises actions et des désirs coupables, en même temps que nous observons les jeûnes salutaires qui doivent nous y préparer et nous rendre capables de recevoir plus efficacement votre secours et votre pardon. Par notre Seigneur Jésus-Christ.

Jérémie, VII, 1.

Le Seigneur adressa la parole à Jérémie et lui dit: Tenez-vous à la porte de la maison du Seigneur, préchez-y ces paroles, et dites : Écoutez la parole du Seigneur, vous tous habitants de Juda, qui entrez par ces portes pour adorer le Seigneur. Voici ce que dit le Seigneur des armées, le Dieu d'Israël : Redressez vos voies et vos désirs et j'habiterai avec vous dans ce lieu. Ne mettez point votre confiance en des paroles de mensonge, en disant : c'est le temple du Seigneur, c'est le temple du Seigneur, c'est le temple du Seigneur. Car si vous redressez vos voies et vos désirs, si vous rendez justice à ceux qui plaident l'un contre l'autre, si vous ne faites point de violence à l'étranger, au pupille et à la veuve, si vous ne répandez point en ce pays le sang innocent, et si vous ne suivez point les dieux étrangers pour votre malheur, j'habiterai avec vous dans ce lieu, dans cette

terre que j'ai donnée ,à vos pères de siècle en siècle.

Dans les Épîtres et les Évangiles précédents l'Église nous exhorte à discipliner notre corps par le jeûne et l'abstinence, à tourner plus souvent notre cœur vers Dieu par la prière, à combattre Dotre égoïsme par des aumônes plus abondantes, plus utiles encore à ceux qui les font qu'à ceux qui les reçoivent; et la fin de toutes ces pratiques, multipliées en ce temps de pénitence, est de rapprocher notre âme de Dieu, et de la mettre en état de s'unir à lui par la sainte communion. Ici elle nous enseigne par le prophète Jérémie que tout cela est insuffisant si nous n'allons écouter la parole sacrée, annoncée dans les temples par la prédication, et surtout si nous n'en profitons pas pour amender notre vie et observer plus exactement les commandements divins. Car il ne sert de rien d'entendre la parole, si on ne J'applique et ne la réalise dans sa conduite.

Et d'abord combien de chrétiens qui ne vont point Tentendre, sans compter ceux qui ne le sont que de nom et ne mettent jamais les pieds dans une église, sauf quand les convenances du monde les y appellent par des mariages, des enterrements ou des fêtes publiques. Ceux-là évidemment n'y vont

point pour prier, pour honorer Dieu comme il convient à toute créature raisonnable. Ils y vont pour rendre hommage aux puissances de la terre, aux morts avec lesquels ils ont été liés, ou plutôt à leur famille , car ils n'ont plus rien à attendre des morts ; et enfin à leurs amis du monde, dont ils veulent paraître partager la joie ou la peine. Aussi on sait ce qu'ils y font, et les moins coupables en ce cas sont ceux qui s'y tiennent respectueusement bien qu'il ne sorte de leur bouche ni de leur cœur un seul mot de prière. Mais combien d'autres s'y comportent indécemment, par vanité ou par laisser aller I les uns affectant par leur attitude de ne prendre aucune part aux choses sacrées , afin de faire parade de leur incroyance, et se livrant à des conversations déplacées ; les autres se mettant à leur aise le plus qu'ils peuvent, et témoignant par leur air distrait, leur vaine curiosité et les signes de l'ennui, qu'il n'y a point de Dieu pour eux dans l'Église, et qu'ils accomplissent une simple formalité.

Il y a d'autres chrétiens qui ont encore de la foi, assez du moins pour les pousser à aller à la messe le dimanche, et même à se confesser et à communier une fois dans l'année, comme il est prescrit, mais qui ne vont jamais entendre la parole de Dieu, excepté peut-être dans les fêtes les plus solennelles, par une certaine honte de ne point

assister au sermon en de pareils jours, ou plus encore par le désir d'entendre un prédicateur renommé. Alors c'est plus pour Thomme que pour Dieu qu'ils s'y rendent, avec l'intention de jouir d'un beau discours, comme à l'Académie, plutôt que d'entendre une bonno parole, dont ils pourraient profiter pour s'amender. Pourquoi n'y vont-ils pas tous les dimanches , surtout pendant l'Avent et le Carême , où l'Église le recommande plus instamment? Les uns n'y vont pas à cause de leurs plaisirs qui eu seraient gênés, les autres par l'attache à leurs affaires , qu'ils devraient laisser le jour consacré au Seigneur; d*autres par vanité, parce qu'ils croient n'en avoir pas besoin, à cause de leur science ou par le sentiment de leur justice propre; la plupart par indolence, par paresse, pour s'épargner la peine de se déranger, et surtout d'entendre des choses qui pourraient inquiéter leur vaine sécurité et troubler leur confiance en eux-mêmes.

Enfin parmi ceux qui assistent régulièrement au sermon il y en a qui ressemblent aux Juifs auxquels le Seigneur parle parla bouche de Jérémie. Ils rassurent leur conscience en se disant, non plus, « ce temple est au Seigneur, » mais j'ai été au sermon, j'ai entendu la parole de Dieu; donc j'ai accompli mon devoir et je suis sans reproche. Mais le prophète leur répond : Il ne suffit point

d'aller âtais la maison de Dieu pour l'adorer on entendre sa parole : il faut encore recevoir cette parole daps son cœur, et exécuter ensuite tout ce qu'elle prescrit ou conseille. Jésus disait à ceux qui invoquaient son nom sans faire ce qu'il enseignaity et qui alors s'étonnaient de ne point opérer des miracles : Il ne suffit pas de crier Seigneur^ Seigneu/Ty pour avoir l'esprit du Seigneur et en produire les œuvres (Luc, XUI, 25). Et ailleurs il dit formellement que ceux-là n'entreront point dans le royaume du ciel, et que la porte leur en sera fermée, comme aux vierges folles, attendant l'époux sans avoir de l'huile dans leurs lampes (Matth., XXY, 1 1). C'est aussi la réponse qu'il fait aux Juifs se vantant d'être les enfants d'Abraham, et qu'à ce titre Dieu ne les déposséderait pas de leur héritage et ne les livrerait point à leurs ennemis (Matth., m, 9). Si vous étiez les enfants de Dieu, vous feriez ses œuvres, mais conmie vous faites celles du démon, vous êtes ses fils. En vérité, je vous le dis, Dieu peut faire de ces pierres des enfants d'Abraham.

La foi ne suffit pas pour être sauvé ; il faut encore la réaliser par les œuvres. Et tout chrétiens que nous sommes, régénérés par le baptême et ayant reçu dans notre âme arrachée à la mort éternelle la semence de la vie du ciel, nous ne sommes pas plus les epfants de Dieu, que les Jtiiiis

n'étaietit ceux d'Abraham, si bous ne faisons point les œuvres de Dieu. Or ce sont ces œuvres que la prédication nous enseigne avec les moyens de les accomplir. L'Église nous apprend par ses instructions, et sous toutes les formes, comment nous pouvons redresser nos vices, c'est-à-dire diriger dans tous nos actes, dans toutes nos paroles, notre intention vers Dieu et ses commandements, et non vers les créatures : soit en nous-mêmes pour notre intérêt propre , qu'il n'est pas défendu .de rechercher quand il n'est pas contraire à la justice ; soit dans les autres par nos afi'ections, qui ne deviennent illégitimes que par leur rapport exclusif à notre jouissance, et si elles veulent se satisfaire au mépris de ce que nous devons à Dieu et à nos semblables. Elle nous dit de purifier nos désirs, c'est-à-dire de ne vouloir que ce qui est conforme à la volonté divine, clairement exprimée par les préceptes de la loi, par les conseils de l'Évangile ; et ainsi de ne rien faire pour obtenir le bonheur ou ce qui peut le procurer, qui sôit contraire à Tordre, à l'équité, à la charité. En d'autres termes, le but de la prédication incessante de l'Église est de nous rappeler nos devoirs, en nous montrant d'un côté comment nous sommes entraînés aies négliger, et de l'autre par quels moyens nous pouvons parvenir à les remplir, afin que notre âme , résistant aux tentations du mal

320 LE JEUpi

qui l'assiègent continuellemen.t au dedans et an dehors, et se purifiant de tout ce qui la souille dans cette lutte persévérante, devienne réellement le temple du Saint-Esprit. Alors Dieu se plaisant à la visiter, faisant ses délices d'y habiter, y demeure, ainsi que dit le prophète, comme dans une terre donnée à nos pères qu'il a régénérée en la délivrant de la servitude de Satan, et reconquise pour sa gloire.

Évangile selon saint Luc, IV, 18.

Jésus étant sorti de la synagogue entra dans la maison de Simon, dont la belle-mère avait une forte fièvre, et ils le prièrent de la guérir. Se tenant debout auprès de la malade, il commanda à la fièvre, et la fièvre la quitta. Et s'étant levée aussitôt, elle les servait. Or, quand le soleil fut couché, tous ceux qui avaient des malades les lui «amenaient, et, imposant les mains sur chacun d'eux, il les guérissait. Les démons sortaient du corps de plusieurs, criant et disant : Vous êtes le Fils de Dieu. Mais il les menaçait et les empêchait de dire qu'ils sussent qu'il était le Christ. JLorsqu'il fit jour, il sortit

et alla dans un lieu désert, et la foule vint le chercher où il était, voulant le retenir pour qu'il ne s'éloignât pas d'eux; mais il leur dit : Il faut que j'annonce le royaume de Dieu aux autres villes; car c'est pour cela que j'ai été envoyé. Et il prêchait dans les synagogues de la Galilée.

Nous voyons ici, comme dans l'endroit où est racontée la guérison du paralytique apporté avectant de peine à Jésus-Christ par ses amis pleins de foi en sa puissance, que la prière est toujours efficace auprès du Sauveur, même quand elle n'est pas faite par celui qui doit recevoir le bienfait demandé. Il n'est point dit ici que la belle-mère de Simon ait imploré elle-même sa guérison, mais que les disciples prièrent leur maître pour elle» Elle fut guérie à l'instant même par une seule parole, qui chassa la fièvre, comme ailleurs elle avait apaisé les vents et la tempête. Invoquons donc avec confiance cette puissante parole en faveur de ceux que nous aimons et qui souffrent des peines de l'âme , de l'esprit , ou du corps. Prions avec persévérance pour ceux qui sont ballottés dans les orages du monde, et dont la nef menace de som'brer à tout moment.

Ne nous laissons point décourager s'ils n'ont pas la foi ou s'ils en ont moins que nous, puisque, comme l'Évangile nous le montre, notre foi peut suppléer à la leur, et attirer sur eux par l'amour que nous leur portons le secours d'en haut, que peut-être ils ne songent pas même à demander. C'est un des effets salutaires du culte public de l'Église, et c'est pourquoi on y institue, en faveur des pécheurs, des associations de prières, dont la réunion fait la force et qui font quelquefois violence au ciel.

Rappelons-nous aussi, pour nous encourager à prier, que parfois l'âme qui paraît la plus éloignée de Dieu, en est la plus proche, en sorte que la grâce change en un disciple zélé, en un apôtre courageux, même le persécuteur le plus acharné, comme Saûl. Seigneur, disait Ananie à Dieu qui lui commandait d'aller à Damas visiter Saùl, renversé par la lumière céleste, cet homme est Tnii de nos plus cruels ennemis. £t Dieu lui répondit : Je l'ai choisi depuis longtemps pour être un vase de miséricorde. Et en effet, le zèle de saint Paul apdtre a dépassé la fureur de SaûU persécuteur de Jésus-Christ et de sa cause. Ne désespérons donc jamais de la conversion ni de la guérison des hommes, tant qu'ils ont un souffle de vie; car la prière ardente, qui monte au ciel, et surtout la prière de plusieurs, animés d'une foi vive, peut

toucher le cœur divin plein d'amour, et en faire jaillir un rayon de lumière, qui rend la vie spirituelle à une âme morte par le péché, ou la vie physique à /un corps qui va se dissoudre. Seulement n'oublions jamais, même dans nos supplications les plus empressées , de nous en remettre entièrement à la sagesse de Dieu qui connaît seul ce qui est vraiment utile aux hommes , et à sa sainte volonté qui dispose de la vie et de la mort. Ayons autant de confiance dans sa sagesse que dans sa bonté, afin que si nous n'obtenons pas tout de suite la grâce demandée, ou comme nous la demandons, nous ne nous laissions point aller au murmure , à la révolte, ou au découragement de la prière , comme si elle était inutile ou impuissante, parce que nous n'avons point été exaucés comme nous l'entendions. Ce qui arrive trop sonvent aux chrétiens d'une foi faible, peu éclairée, priant surtout dans l'intérêt de leurs propres affections et pour s'épargner à eux-mêmes de la douleur, des peines et des tribulations, qui seraient peut-être les meilleurs instruments de leur sdut.

La belle-mère de Simon se leva dès qu'elle fut guérie, et se mit tout de suite à les servir. C'est la meilleure preuve de sa reconnaissance, qui ne se manifeste point par des paroles, mais par des actes. Elle emploie la force qu'elle vient de recou^

vrer miraculeusement au service de Jésus et de ses disciples. Ainsi devons-nous faire à chaque grâce reçue, avec d'autant plus de zèle que le bienfait a été plus insigne ; et ceux-là surtout, auxquels la vie de Tâme ou celle du corps a été rendue d'une manière surnaturelle, doivent imiter cette pauvre femme en consacrant à Dieu, sous une forme on sous une autre, la vie et la santé qui leur ont été rendues. Ils sont en effet triplement les débiteurs de Dieu, qui les a créés, les a rachetés, et les a ressuscites en les arrachant aux prises de la mort. Malheur à ceux qui après une telle grâce ne reviennent point, comme les neuf lépreux, à celui qui les a guéris dans leur âme ou dans leur corps I Jésus leur dira un jour ce qu'il a dit des lépreux ingrats : Dix ont été guéris; d'où vient qu'un seul s'est montré reconnaissant? Il leur sera dur alors de reparaître devant leur Sauveur qu'ils auront oublié, et leur jugement sera d'autant plus terrible qu'il aura plus à. leur demander.

Quand le bruit de ce miracle se fut répandu dans le pays, on apporta dès le soir même tous les malades des environs à Jésus, et il les guérit. Il en est encore de même aujourd'hui, quand un honune de Dieu, qui a le don de guérir, apparaît parmi le peuple. On voit dans la vie des saints combien ils étaient poursuivis, accablés par la multitude, lors-

DE LA TK'OISI^MB SEMAINE. 325

que des guérisons miraculeuses avaient été opérées par leurs prières on- l'application de leurs mains. Hélas! il n'y a pas tant de concours, s'il s'agit de guérisons spirituelles, par exemple de la conversion d'un incrédule devenu tout d*un coup croyant, ou d'un homme libre penseur, qui s'affichait comme l'ennemi de Dieu et de sa religion, passant à sou service, écoutant la voix de l'Église qu'il méprisait tout à Theiire, et ^s'efforçant d'observer ses préceptes et de suivre ses conseils, qu'il tournait en ridicule ! A coup sûr un changement si soudain est un produit extraordinaire de la grâce, un vrai miracle spirituiBl, puisque rien dans la vie de cet homme ne faisait présager cette admirable transformation. Son esprit aveuglé est éclairé subitement, son cœur endurci se fond sous le rayon de la grâce repoussée jusque-là, et sa volonté, en révolte contre Dieu en toute occasion^ est retournée dans son fond, et tend avec amour vers ce qu'elle haïssait et blasphémait naguères. Néanmoins, la plupart des hommes ne sont pas saisis de ce miracle, parce qu'il ne frappe point les yeux du corps. Ds ont aussi des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre ; et ils sont tellement dominés par les sens et enfouis dans la matière, que ne comprenant plus les choses de l'esprit, ils nient tout ce qui dépasse leur raison bornée et leur intelligence appesantie. La première chose

3?Ç LÇ J^UDÎ,

que, le m,9^de ï^v^ dfi uo^jpw, ç^s.ei:^^4a cpptQsjtj^i; le wîi^lgJj^ PPi^rô; cm s'afforçi^r;^ de. proyiv^i; pf^r.tojites^rtej^.iVfi^ïûeft.t^ que i^opt-s^uleipieijl U, ik'9f paç ei^.'li^i;, v(i?is qu'il e^t jnèpa,^ ûupp^Jîlie • etj la gr^ude pi:;euxe, q'est qi^'ij, dép^i^iseî lepi fonças de la B^iji^ra, et 4^ rhouime. Çrr^(l«i i^^ry^J^ eu eJÏet , et tout ^ f^ iuqqnceyable , qi;^ la, pui?sj^uce, dif Créateur dépfisse ceilq d^ çi:é%ti|r§§, et, que. celles-ci, ue purent; ui, CQuyureîidrq ^i fairqce qu'9père leur, a;ute;i^f'Al<«s pour é^W ra))sji^fdif|é 4e cett^prétfii^tipu, il ue^ redite qu'à^^ d^har^çi^çr di^ Créateur, ou à^niei'. I%u 1^-iuôW.: ce q^jB fisift intrépidement 1?L pl^Josapiû^ 4^ W?^» afin d'ê^^e coufiéqueute a^^eç ejUe-ijQiij^e : et pour éyiter.uu aj^iipip, ell^.sq jpitjte dj^ufl^autip^, l*%oir r,eu^ 4h suru^tur^i^^me la précipite d^i^^ le pantji^iawei, •

Après ayoir guéri t^ft^, di^ lu^ladefi, Jéjuii^ ^e retire aij désert pour sq rep^ç^er daQft Ip v^ çueijlemeut et la pri^riB, Sou ^uflan^ûté. ép^^i^fl pî^ tapt d^ laideurs avait, beaoip de sci r(^faw'^ e^ c'€)3t pourquq^ il cl^qfçb^it de tefloips qu tcpp^ la sQlitude^. di^, 4és,er^ ou. de. la, iftpptîignfi^ oi» rÉvâugile dit qu'il allfut prier.. Il rQÇQff)Tpanfl<ni^ ausçi èi, ses disciple^ d'afler, se reposer. 4f^^. ^ sileuçe ^t cpmiue, pqur s*y retpefltpçr, qpap4^ r.evenaieut 4es mi^siqnçi oî^ il lf|ç. ^ya^ eny,oy^ po\^f faire e^, son uoniqe qu'il ffusaj^jlpi-^niêipe» %i

alors séparàsi, t^rtiliés par I45 calcofi ot la ppîèr^, ils Dedey^D^ent phas capables da camprendi^ ses pasol^ si sopérieuFes à leur intelligenoe, et de supporter les fatiguea de. leur. mini&tèr.e. C'est pourquoi l'Église invite ses fid^left à faire.de temps QE temps, au. moins uzie fois chaque, année pour la préparation dea Pâques, une retraite plua ou moins longue, plus ou moins solitaire suivant le^ forces et la situation, de diaqun, a£u. de se rer mettre ^. irapport plus intime et plust fréquent a<v6ç le, ciel; ^i' se détournant pour un temps d^ cho9e&. de la t|E»rre et des affaires du monde^ suivant la parole du prophète : Je la conduirai dans la solitude et je lui parlerai au coeur... (Osée, n, 14.) Et comme le but de la retraite est, dQ. raniiftpri ^n nous, 1^ vip 4iyiQe> qui 2^ été a^oftée. ifiirbas par la parole de JésusrGhrist, l'%Iise nous fait entendre cette parole vivifiante plusieurs fws par jour, pour nourrir et relever Tâme épuisée. Car l'âme a besoin d'alinient comme le corps; il y a. une graisse . du^ ci pi comme , unp gTjaisaçi dq.1% tq^jp e , et le pçj^p^jste dqm84:^4.e <IM^ s0n âme. e^, soit remplie, simt. a4ip^ e$ pingi^ dmt rspleutun anima mea (Ps. 63 , 6) . Aussi les retraites où le pain dé la parole sacrée est distribué tous les jours, se terminent après une conféss^PR, gfeéral^,^ qi^. débs^rr^^sç^ 1^ cqn^Qier^çe de toutes ses ip\puretés,.i^^. la, ss^te cppimunjpn

qui donne à manger le pain au-dessus de toute substance y le pain descendu du ciel, qui est la vraie nourriture. Ainsi le chrétien se repose et se renouvelle; ainsi il se prépare de recbef à la mission qu'il doit remplir ici-bas, aux combats qu'il doit soutenir, à l'exemple et à la suite de son divin maître et de ses disciples. Ce qui est indiqué par les deux paroles adressées successivement par Jésus-Christ à ses apôtres au moment où va commencer la grande lutte de sa passion, quand Judas approche avec ses satellites : Reposez-vous ; puis il ajoute : Levez-vous maintenant; car le moment est venu.

PRATIQUE

Prions avec ardeur, avec persévérance pour ceux dont nous désirons la conversion ou la guérison ; car la vivacité de notre foi peut suppléer à leur indifférence, même à leur incroyance, et attirer sur eux par la solidarité de l'amour la grâce divine qu'ils ne méritent pas. Que si nous avons le bonheur d'être exaucés pour nous ou pour les autres, témoignons-en aussitôt notre reconnaissance à Jésus-Christ en le servant plus cordialement, plus généreusement, et non pas seulement par des paroles. Demandons la guérison des âmes encore plus que celle des corps, et ne manquons pas de faire chaque année une retraite qui détache notre cœur des attraits du monde, de la fascination de son esprit, et le remette en rapport intime avec Dieu qui veut le remplir de sa propre vie.

PRIÈRE

Dieu très-clément, dous vous en prions, que la céleste propitiation accroisse et fortifie le peuple qui vous est soumis, et qu^elle le rende capable d'accomplir toujours vos saints, commandements. Par Notre- Seigneur Jésus-Christ.

tE VBNDREDt M'ÎA TïtOfSÉME fiEMAINE.

Nombres, JX, 3.

En ces jours-là, comme le peuple manquait d'eau, ils s'assemblèrent contre Moïse et Aaron, et s'étant mis en révolte ils dirent: Plût à Dieu que nous eussions péri avec nos frères devantle Seigneur! Pourquoi avez-vous conduit le peuple de Dieu dans cette solitude, afin que nous mourrions, nous et nos bêtes? Pourquoi nous avez-tous fait sortir de TÉgypte et nous avezvous amenés en ce misérable lieu où l^on ne peut semer, qui ne produit ni figuiers, ni vignes, ni grenadiers, et où Ton ne trouve pas même de l'eau à boire ? Moïse et Aaron ayant renvoyé la multitude, entrèreht dans le tabernacle de l'alliance, et s'étant prosternés le vivisage contre terre, ils crièrent au Seigneur et lui dirent : Seigneur Dieu, écoutez le cri de ce peuple, ouvrez-leur votre trésor et donnez-leur une source d'eau vive, afin qu'étant désaltérés ils cessent de murmurer. Alors la gloire du

VENDREDI DE liA l^ÔÏSlèME SEMAINE. ï^i

SeierteWr 'piarût àft-fléSîto^'d'eùki et le Seigneur paria à MôiVè et M dit : !l^renez Votre Verge et assemï)lèi le peuplé, vous et' votre frère Âàrôn, et parlez à la pierre qui est devant eux, et elle vous donnera des eaux ; et lorsque vous aurez fait fitortit" Feau de la pierre, tôùl le peiiple boira atnsi qtae les a-nimaux. Mt)ïée prit don<5 là vcrrge ^i était ^evatat le Seî^gnèùr, 'èelon qu'il te M àVâï^ï)tdônné, et;âyafet ààSéàiblè ïe peiuple devant la pierre, il leur dit : feoulèz, retèlles et incrédules, est-ce que nous pourrons vous faire sortir de Fejiu de cette pierre? Et Moïse ayant élevé la oÉi'ain ftiappa deux fois la pierre avec la Vergé; et il m s'ortlt dfeâ 'eatax tr'êé-^ab'oàdante^, ièhVorte 4ue îè peuplé ^t, âiM que fe âriîWaûk. Âïorè lé Seigneur dit à Éôïsè et à Aaron : farcie que vous n*ayèz pas crû en moi, et (^ùe vous hè m'avez pas glorifié devant les enfants disraël, vous ne ferez poin t entrer ces peuples dans la terre que je leur donnerai. C'est là Teau detontradic^ tion, où les enfants d'Israël murmtirèrént'<iontrè ïè Sergneùr*, et OÛ îl Fut éaiictifîè ^b diîîleu d'eux.

L'fefetitre du jpôuî)l'è 'dé Dieii dai^ ïèities ses phases ëà prèfig'iiÀ.tiv6 'de la vie chr'Ôiénné et de

sesMegrés, comme rancienn» loi est la figure de la nouvelle. Ainsi Texode d'Israël, sa sortie d'Egypte où il était en servitude, et sa longue pérégrination à travers le désert dont la terre promise est le terme , représente la délivrance de l'âme du joug de Satan par le baptême, et la série des travaux de l'éducation chrétienne, des luttes et des épreuves par lesquelles il faut passer pour parvenir à la fin des préceptes et des conseils de l'Évangile, c'est-à dire à la perfection et au bonheur du ciel. L'âme doit aller du règne de la nature à celui de la grâce, et dans ce passage difficile elle a à subir toutes sorte» de peines par les privations et les détachements , conditions nécessaires de sa transformation. Car elle ne peut arriver à la pureté de la vie de Jésus-Christ sans détruire volontairement dans son existence tout ce qui i'attache à la terre et l'éloigné du ciel. De là, l'ascétique chrétienne, voie unique de la perfection, et qui est la réalisation de cette parole du Sauveur : « Que celui qui veut être mon disciple renonce au monde et à lui-même; qu'il prenne sa croix, la porte tous les jours et me suive. > (Matth., XVI, 24.)

Cependant la croix n'est pas douce à porter. Elle pèse sur les épaules, et il faut bien des efforts pour avancer avec ce fardeau, surtout quand par son poids et ses clous elle rouvre chaque jour

(l*anciepnes blessures. Il n'est point aisé de renoncer au monde, au moins en en détachant ses désirs^ au milieu de toutes les tentations dont il nous assaille par les sens. Il est encore moins facile de renoncer à soi-même, le premier et le dernier bien auquel on tienne dans Tordre naturel; car ce renoncement implique Tabnégation de son intérêt, de son plaisir, et surtout de sa raison propre et de sa propre volonté. Est-il étonnant que dans cette voie douloureuse et si longue à parcourir. Tâme défaille parfois à la vue de Téloignement du but à atteindre , des obstacles qui l'en séparent, des privations sans cesse renaissantes qu'elle doit subir, et des jouissances d'autrefois dont elle est frustrée? Gontristée par le présent, qui est une suite d'efforts pénibles et de luttes sans relâche « inquiète de l'avenir promis, qui semble toujours reculer devant elle comme un mirage, elle se prend par instants à regretter son ancienne vie, où, sans grand souci du bien et du mal, et ne visant point à une perfection surhumaine, elle ne . s'occupait que de son bien-être, ramassant sur son chemin les fleurs et les fruits de la terre qui s'offraient à sa main. Elle vivait alors tranquillement, agréablement surtout, ayant à sa disposition tout ce qui réjouit l'existence par la satisfaction de ses besoins. G'e,st Israël dans la terre d'Egypte, s'y attachant malgré sa servitude

3H ta T«!tt«fe6t

et regréttttht pTùs tard ies bigîibhâ^ ëUd^uiéiils) qUiànd il ^ùffrë de là îêM et de là ftbif daiis lëè éàbllàd du désert.

L^ pàsftâj^ dé là vie nitttt^elto à Ift Yié ch^^ tienne, henrëux d'àbbrà conliiiiB lé ébmtnetuèeMëtit de toute délivrante j dévient donét^énibte, fàtigàht) ^éind'angoiâ^ëà thésurë qu'il se ^Irblionge à titVéris les àriditéë du dëtajéhlémeiit, dé là MéHifilcaticHi' et du rehttiibemeilt . L'ànlé tétijtJurè àvlde de biijnhe^r) une fois engagée dauô éette dUt^e Wè, li'ëcrié aUë^i pàttblis qu'il n'y a là pour elle ni nourritdre hi ràfraîéhis&éiiieht-, pàâ tnètUé d'eaii ii bblré ; et àt^ câblée, àVeiigléé j^ai" le décbilit^niént, elle é§t préié à tnurmùitl* bontre bieii et edbti^ le ^idë qu'il lui a (loUUë JMJUr sbrtii* dé l'Egypte et niâtchei* reH là tét^ pi'btniéè. ËUè e^t tentée de rëtbUhiei* eh àkrrièi'e et de i^ntrer dàUs âen àUeieUiië sei'vitUdëj ddtii; elle à oublié léâ peines et Uë Voit p\M^ 4ué les jodissàUceis; du biëii, si elle ne d'àbàfc j^ks tt ce point de l^nièr ^ vbbëtioU et le bienfait de la grâce, elle s'iiuàgiuë, à cauéë dé la difficulté qU'eile éprouve àil milieU dé là rbute, qti'ëlle était plus fone au point de départ^ combattàut avéc ^lus d'àiileur^ âbcepUnt plus généreusement le6 privations et faisant le bien avec plfas éè coëur it moins d'efforts, ce qui la décourajè^: £Ue confond l'entrain et la joie d'une vie nouvelle pJeiùe d'espérance avec là vertu isérieusë) dont te mérite est

DE LA 'htlàtélÊk'E SkMAÎNE. 335

ï['kt!i'oni]^Kr Sa justice 'sklis k^ïont sur sbl; et iiiême ïvfec fô skcHflcè de ls6i {Jar Ik cihaHli . Il y a donc Wùi cfettiè hisbirô dlèt-àél, mui^murant dans le ïl"^fe (et -rfegr^ttant là, tiébé d'Egypte, uii. ensetgn'çii'ènt feyiÈBciiqiie dèç voies 'db la vie Ml'éHéure et déè 'égtenviôé 'qti*ellé doit tjravêrsôr jpoui^ arHver i'âont^hii^.

Hy k.eiiiDoi'd tfei line 'aitre leçiin, d^àiitatit pliis îyàpttantô qu'elle iiotls fet dbhtiëe ^kr là faute dié detx tiomiAes éminentà, de dëîix jlistélé èèlon le coéyi" de Dièii, de ^oîsè soii ptoplietô, et d'Aàïon sii'i pontîfé. Leur foi à ïiiiiiqué à là parole dî^ne l^*il5 aVàieït invoquée aVèc ardèUr dans le sancluàiir'ô kprèé là sédilibn dîi peuple. Ils l'ont énVôiidûS* cfette pktoie si crairé, si nette, si ptiis- Sàlitè; èl nèàmbins ils ont l'air d'en douter pàt la ihkîiîère Mbigdê dôn^ ilé pàrleiit 'âli peuple, comme k'il y ivàtt à h'ééîtôr sur ce que iJièu leur à prbmis; et ce qui ékt tiliis grave encore, et "c*ééi là JirôùvH du dbUt'é, Mbîsé ne feît pômt ce (j[ui lui à M prèscrit. Pfehs^iii ptobàblenietit IqUe la parole lié èdfâî'à pas ijoui* ouvrii^ la jpiôr^'ô', et qull faut fràppéï^Un gtand é'oiijp dans l'ëxtiiêmité ôU ils scJijl rêdWtfe, il fràpÇô éd effet le rocHët jJiîr dfeùk ïoié: Si d^fikhtte faférîtëit que là puissàhée cèléskfe ûHii. iéHîîit pàk, Û ^^ l'fioiiimë fùl l^ssè,à îùi-îiiêmé. puisqu'il Vbnlàit feiî'é par lûi-inêîïi'é. Màîâ Î3i^ll ôtit pitië dd sUn li^uplè et de là iàibleé^e d'es'dtl cheiF,

et Tabondance des eaux sortit de la pierre. Moïse et Aaron néanmoins forent punis de leur manque de foi et de leur désobéissance par rintjsrdictioD d'entrer dans la terre promise, comme il arrive dans Tordre spirituel au chrétien qui met sa volonté propre à la place des prescriptions de 1% glise ^t de sa direction. Il n'entre pas non plus dans la terre prgmise ; c'est-à-dire son action ne s'identifie point avec celle de la Providence, parce qu'il ne confond pas sa volonté avec la volonté divine : ce qui le plaçant, au moins en cette circonstance, en dehors de la ligne providentielle, le jette en des voies particulières et personnelles, pleines d'embarras, d'obscurité et de luttes.

Certes, ce n'est point là la foi d'Abraham, le père des croyants ! Moïse et Aaron lui sont bien inférieurs sur ce. point. Abraham croit sur la parole de l'aQge qu'il aura un fils qui sera l'instrument des promesses de Dieu, bien que sa femme Sara ne soit plus, selon la nature, en état d'enfanter. Il obéit à l'ordre qui lui est donné d'aller sacrifier son fils sur la montagne, ce fils sur lequel repose l'avenir du peuple de Dieu; et il a d'autant plus de mérite à accepter et à exécuter ce qui lui est prescrit, que sa raison pouvait trouver une contradiction entre les deux paroles divines, la seconde semblant détruire la première. Il croit donc contre toute raison, il espère contre toute espérance,

convaincu, dit saint Paul, que Dieu était assez paissant pour lui susciter un autre fils s'il en était besoin. (Rom., iv, 21.) Tout cela paraissait bien autrement difficile que de faire sortir de l'eau d une pierre par une parole. Abraham n'a pas eu l*ombre d'un doute, et sa foi lui a été imputée à justice. Moïse et Âaron ont hésité entre les cris séditieux du peuple qui les troublaient, et la recommandation divine par laquelle ils n'étaient pas pleinement rassurés. Leur foi a défailli, et ïÛ eu ont porté la peine.

Qu; de nous osera les accuser? Si de tels hommes ont manqué de confiance après tant de secours du ciel et tant de miracles, que sera-ce de nous, si faibles, si inconstants, si impressionnables par les sens, si délicats dans notre corps, si attachés à notre manière de voir, si susceptibles dans notre vanité, si intraitables dans notre volonté propre! Nous, qui ne voulons prendre dans les commandements divins, dans renseignement de l'Église, que ce qui convient à notre orgueil ou à noire lâcheté I Nous qui murmurons si ce qui nous est prescrit ne réussit pas k notre gré, ou en cas de succès nous en attribuons devant les hommes ou secrètement la gloire, comme si nous avions tout prévu, tout concerté, tout opéré, tandis que nous ne sommes que des instruments impuissants par eux-mêmes, et

338 Le %i*bRia:^i '

pHssqué toujÔiirà îniltilefe iJii rèbôltés 'dans fe cohcouirà iîtillà dbiveiit fournir k l'iacûâh dîviné.

É^pë ieloà 8^nt ifékii, IV, ^.

Jean vint dans une ville deSamarie» nommée Sichem^ prés du domaine que Jàcdb donna à sbn fils Joseph . Là se trouvait la (ontaiM de Jacob. Jésus donc étant fatigilë dû chethiil^ k*às%l\ sut- fcéltë îbiitàine. C'était ëriviroii la sixième hëuréw Survînt une fënime de Samàrie pour puiser de Téaù. Jésus lui dit: Donnez-moi à boire : (car ses discipleç étaient allés à la ville pour acheter des aliments). Mais cetle fdnme sÂmbitaifie lui dit : Gomment, vous i[}ui tM Juif, thë aëifaàhdëz-VUtià à bôirè, à hiDi qili mi Sslniârltailië? fcài* les Jui^s n'biit ï^oint dé r^lïiions avéb les §àmkriiaihs. Jeâus lui l^épohait: Si vous connaissiez le don de Dieu, et qui est celui qui* vous dit : Donnez-moi à boire^ vous lui auriez peut-être fait la même demande, et il vbus &ut*ait donhé dfe Teaû vive; Sls{|$neur> lai dit la ffihuiië, vbtls fa'avëz tJoirit dé IJubi pdîsët; èl le pliils est prbfdiid ; d'où âùHëi vbiiâddfacdé

DE LA TîiÔtSlÊïtfiE SfeMAINE. âà9

Mu Vite ? Étes-votiS pltkfe grâîld qiié hbtiffe 1)81^6 Jâcob ^^tii Ubiis â donné ëi3 puits, et ed & bti lui^et&e ainsi qiië k^s éhfôntelét hti troU^eiaui'? Jtèiiui répôhdlt :• Qui'éohtiûë bttit de cette ea\i aisfÀ ëhébl^e doif, tàhdiâ que telui (|iii bbtira de FéftlitîufejeliiidOilhferài tt'aurdpllifejàmàiS sôîf; Èitài Y^m tiîife je lUi donhëftl deviendra en M une fontaine d'eàu jilUi^éâtitfe jusque dans là Vie étëffibllë; Sieignèui^, repartit éeltë ïtemnie, dtttiriez-moi de cette léau> afin t|tle je n'àië plus itAU et nm je ne vîéhtte plù* Ibi eii pûh^V: Jém M ûïi : kllet, kppéiti irbttê mâi^i et ttVeïlbJ: itii EUértpoïldit: Je h'ai t)bint de mari: VbUâ âtee i^îsott de diffe que Vous n'aVéz fJoiht de nià«, Itai dit Jésus, tal' V0tls avez eu bifiq marié: et celui que Vbiii avez fflRihtëtiàiit n'est pii^ votrè mari : Voué àvëi dit tihaî en cela, Seignéili^ijëyoife biëh que voiis étés lin JirDphètë, diUellë. Nb& pères bht adôrt sur cette teolitâghë; et VbdS atiti'ëà; vbus dites i^uë JérUSàlerd eâtlë Hëubù il faUUtforët. JéSUS Idi dit : Përilttië crdjreti-mbi, FheUi^e tiëilt où vbu^ li'àdôrë^ez plus le Pète ni sut cët^e iritJilt&gtiëi tiî â Jëf u- Shlettli TfatlS addréÉ th qliè vbiis tie febti-

naissez pas; mais nous, nous adorons ce que nous connaissons, parce que le salut vient des Juifs. Mais le temps vient, et il est déjà venu, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père cherche. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent eii esprit et en vérité. Celte femme lui dit : Je sais que le Messie, qui est appelé Christ, doit venir. Lors donc qu'il viendra, il nous annoncera toutes choses. Jésus lui dit : C'est moi-même qui vous parle. Alors ses disciples arrivèrent et ils s'étonnaient de ce qu'il parlait avec une femme. Néanmoins aucun ne lui dit : Que lui demandez- vous, et pourquoi parlez- vous avec elle ? La femme laissa donc là sa cruche, et s'en alla à la ville disant à tout le monde : Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-ce point le Christ? Ils sortirent donc de la ville pour le voir. Cependant ses disciples le priaient de prendre quelque chose, lui disant: Maître, mangez. Mais il leur dit : 3'ai à prendre une nourriture que vous ne connaissez pas. Les disciples se disaient donc l'un à l'autre : Est-ce que quelqu'un lui

aurait apporté à manger? Jésus leur dit: Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoy é, afin d'accomplir son œuvre. Ne ditesvous pas qu'il y a encore quatre mois jusqu'à ce que la moisson vienne? Mais moi je vous dis : Levez les yeux et considérez les campagnes qui sont déjà blanches pour la moisson; et celui qui moissonne reçoit la récompense et amasse du fruit pour la vie éternelle, afin que celui qui sème soit dans la joie comme celui qui moissonne. Car ce que Ton dit ordinairement est vrai dans ce cas, que l'un sème et que l'autre moissonne. Moi, je vous ai envoyé moissonner ce qui n'est pas venu par votre travail. D'autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leurs travaux. Or, beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en lui, à cause de la paroie de cette femme : Il m'a dit tout ce que j'ai fait. Les Samaritains, qui étaient venus le trouver, le prièrent donc de demeurer chez eux, et il y resta deux jours. Et il y en eut beaucoup plus qui crurent en lui à cause de ses discours : et ils disaient à la femme : Ce n'est plus sur ce que vous nous avez rapporté que nous croyons;

34i LE 1^ï*toftkA

car nous ï^àvbns^ enfèndû* nôuà-niêtfies', Ht nous èàVoni cfu'Hl est vrâimÎBnt le Sàtfvéàr 'du nàondè.

L'eau vive signifie d'abord une eau de sourpe par opposition à Tea-u stagnante des citernes. Jésus-Christ entend ici .figùrément rèffusion de ses àôns, par lesquels il pùrïtfè, il èàtictiiSi 'ô^ p*rôcftVe !e saltit; il Vèirt paWèr.de touè leè ttiôJrriiS quitommti.iîquént 6à ^râde. ÏMs pmphètes Mm ont parfé de cette eau. ( Joel.^ III, 18; Zjujh.^ XIV, 8; É2éch., XLVn> 1), et l'Évangéliste en parle aussi dans l'Apocalypse .(VII^ 17 j X3Q, 6 ; XXn, 1 ; XVII). Cette eau purifie (Ps. '30, 9}, elle râFraîctit, elle caj'ùie les àraôurs aes passions et de là convoitise; telle donïïe ïà fèfeiiidité pifâ prédite dfes oétiVrès 'agrêàblfeè 4 tiiéu , et èBè tt^^tet II rame \k yéHtàMè vie. Ailisi dirent les saints Pèreô.

c Mon eau étanche la soif ^ » elle satisfait pour toujours les besoins de l'esprit, et la vertu sanctifiante et salutaire qu'elle possède s'éte'pd non-seulement sur cette vie, mais jusque dans l'éternité,! ni oins que celui qui l'a reçue, en ÎTasse îiil mau*vais ûÂ^ et ûè la perde ^kv lé p&hé iiiorteU Rien dé tèrk^estiià; et bien niôM encolla leà ^TaMH criminels, n'apaisent les désirs de l'homme et ne

DE LA nxylSiMÈ SEMAINE. 343

procorent !a iflûx dti cœur. L'âme ïie tï*ôùyé dé repès qti^ tlèlui pont lecpitel %lle }êl été îaîlë, éû !%eu, dans lai^onnàissaàce de la vérité «ft*Âàtfs uHe vie sainte («idnt Aug.)-. H est dit, il est VràS, dkïïs TEcdés. 24, 49, qiïe cètrx qtii ftifùt de la sagèfs^e leur bîretivage en anrbïrt toujoui'S uAe ^ pi^is ardente; naais celte eoif, ce désit dô fàVaticeînent dahfi la «èiéice de Dieu et la isàinfété fe'^îe trèëbien avec la paix>, et lïe t^tlse pas kl*fthïè le moindre troubîe (Sainte Thérèse).

La fetûme we 'ccytt^prit pas te SettS profond 'déS paroles de Jésàs ; mais èlîe reconnut néanmbiïïs en lui iià toïûtne puisant, tpïî pouvait Hàidonriél* d'une eàû qtii durerait toujours, et élîéM ten de* mandat Jésus daigne exàuceV' sa pï'îè^e, non pà^, il est vrai^ cokkiïne elle Tètitèiid, ïnais d'une ïnàmèrb plùB excellente ; îl daign'è lui donà'èt Vkkù. de la justifecàtieWi et de là «anctifîcatîôti. Màî« cefo b'étant p6iBSiMë <pif9 s'il IréVeiMt ^ éliè le sentiment tlè It pénitence et si eHè ^èfciôhïiaisisàii le MéStifev il l'iàfiièhfe à ftdré l'aveu de sa vie cHmiielle, et à coûfessèt Soé caractère d'envoyé d\i crd (i[ïhï3^oSt., Thétôphite).

Lesfiatuaritaini^ sôuveâaietttqu^ Dieu avait indiqué lé mont Gariziitt^ prèià de Sichëm , côittmé te Ueud'adoratioô oùil Voulait têtrt htihoî^. LéS Juifs au contiidi^ KotiténaiëhtV|ue o^étàit Jé^usaleih qui avait été ctoisle. La îfemmé^ Voyant ttti ph)phfeté

devant elle, n^est occupée que du soin de son salut .et s'informe avant tout quel est véritablement Tordre de choses où Ton peut le trouver. Voyez, dit saint Jean Ghrysostome, elle ne s'enquiert de rien, excepté des vérités de la foi, et rien ne peut la détourner de chercher à s'en, instruire.

« Vous adorez ee que vous ne connaissez point, > vous ne pouvez donc avoir de sécurité dans votre culte, et vous ne savez pas si vous y trouverez ce que Dieu a prescrit pour arriver au del. Nous autres Juifs, au contraire, nous avons cette certitude ; car les institutions qui conduisent au salut sont venues et viennent encore aujourd'hui des Juifs. Les Samaritains ne recevaient que la loi de Moïse : ils rejetaient les prophètes qui l'^Lvaient développée et expliquée. Leur culte était ainsi tout arbitraire. II avait perdu le fondement de l'au* torité divine et était souvent mêlé de superstitions païennes. Au contraire les Juiiis par la cbaïue non interrompue des prophètes pouvaient se convaincre que leur manière d'honorer Dien était conforme à la loi, que les institutions établies d'en haut pour le salut s'étaient conservées parmi eux, et que du milieu d'eux sortirait le Sauveur, non pour abroger la loi, mais pour apprendre à l'accomplir d'une manière plus parfaite.

Il viendra un temps où la religion divine sera une religion d'esprit et de vérité, et ce temps est

venu avec moi, dit le Sauveur. L'esprit et la vérité sont mis ici en opposition au culte cérémonial et extérieur des Juifs; non pas, il est vrai, comme si dans le culte judaïque il n'y eût ni esprit ni vérité, et que la religion chrétienne dût être sans cnlte extérieur ; mais en< ce sens qu'elle doit avoir principalement en vue l'esprit de piété, la sainteté des dispositions intérieures, et la vérité, c'està-dire une claire et parfaite connaissance de la parole divine. Jésus-Christ ne voulait donc pas dire, qu'il n'y aurait désormais ni lieu de prière, ni jours de fêtes, ni prêtres, ni cérémonies sacrées, mais que son culte serait un culte intérieur, comme le culte judaïque était surtout un culte extérieur. Les sentiments du cœur sont nécessaire- . ment unis aux formes du culte. C'est une loi éternelle fondée sur la nature des choses et sur celle de rhomme. Vouloir qu'il en soit autrement, et que la religion chrétienne n'ait rien d'extérieur, est un pur non-sens. (Gominentaire du D' d'Allioli sur le même chapitre.)

Dieu est esprit : donc tout ce qui tend vers lui, tout ce qui aspire à s'unir à lui, doit se spiritualiser pour lui devenir plus semblable et plus proche. Or, de tous les actes humains, le plus sublime par sa nature comme par son objet est l'acte religieux, ou l'adoration du Créateur par la créature. Donc l'adoration, ou l'hommage rendu à Dieu, doit partir du

a^6 L£ V£NDR£DI

phi^s, pr^ipnd (le> Fâme qui s'offre elle-mêma en VaccampUssa^t, et bien que. Ipules ses facultés dqiy^Aty ooncourir. ainsi que toutes^Ies puissances du Qorp$ auquel elle est unie, puisque, l'homine tp^t entier doit se restituer k. Dieu, néanmoins YafA^ volontiâre ou if intention intelligente, est la viç, OU l'esprit de Tadoratio», qui en anime, toutes les formes et tputQa les manife&tation^. Le corps dpit Ji prpndi^ part, pajree qu'il fait partie intér gr^tQ.de l'homme* Mais lî comme sdlleurs^et plus, qu'ailleurs, l'esprit seul vivifie etla letti^etne, si elle. Qst seule qu domiuante. Adorer Bie4 en véritéf Q!ést,donQ lui rendre llhommage quilpi est du Qti qui lui plaît le plus ;.q'est^àrdire, c'est emplqyer tout son esprit à le. mieux connaître, toute sa, yolonté à l'aimer daiîantage et aie servir pl^s,fi(J[èlQJpWlt; çlest en un, mot se dévouer pleir opinent à sou service, ou ae donner à lia de.préféf rence k tout.

P'où.il suit QUÇQre que, puisque Dieu est^un pur esprit et qu'il nous a fisUts à sou image, c!est par notre, psprit que nous,, pouvons lui; ressembler davantage, et qu'ïûusi la/ vie spirituelle, par. Tintelli*gence et par le cœur .est. ce qui. nous en rapprocha Ip plus, 0^ qui justifie, même aux yeux des païens qui. m^itaieM la perfec^on de l'homme dans sa res§(BnJ)lançe aveçk-divinif é, leiaut enseignement dp r%lise, qxii pousse sftns c^sae. le& ehriétieos à

DE LA TR0ISl|ai4E SEMAINE. 3^7

épîiH^r,, à é}j^yex, à^ çpiritaaJiçQr la^ QxigteiïCQ, pppj: (^^yenir. parfi^t^ (^9Wft)9 hnr Pèr^ çéle^tç qui, ^st, tout espxijy ; ejt, çej^ non p^ U destmctio)% du çprpsf, p^tii^ eJ58.entiell^ de cçtte existence, lïj^eii Ij^ discipUo^iit par la mo^tificatioîij 4<^,§Q» ajxp^ÙJB, çn ie^ ^apsfîgu^aut, par Ips. vei-tufi célj^sîeç |uj;quelj[ea il pjsfrtipipe dans le^ s^rqnjy^jts, qj^ §pi;tjE| qu^.p^néliré 4e la vie de l'âme, et spupais à tjOî^ 8e&3Qaaii,yemei;t$, il devient^ sui;y:auV l'exprçssipfl, énergiqi^p da sain.t Paul, xffi qorj^^ spirituel; car, (|it l'î^pôtr^e, s'il y a^ un (jorps ns^tifrel, il y a uucojpps i^jiiritajel, (l,Çor,, 15, (^,4.) Ç'^t, ca çoçp^ glorifiéque 1^ J^Ùs.d^ Dii^i^ fait hppuu^Ar^s^uscité p^r ^ propre puisSjajqjCQ^ ^t ç'estjaypc.ce cpfps que i;çs^uspiteront un, jpur ïefi chrétiens fidèl^^ ^PR?^^^ i^ réterueUe,i:éqoippeîj^ et,à la, gjqjre du.qipl^

«, ]\([oi.qui ypu?t paria je sui§ Ip Mpç^ie, » II, est ipipQçSiii))p dp ^?;4^9l^^i V^^?i ouyertompnt; et ça^^ ^Ujf^rilaii^p ^^t bien h^uri^uSQ 4® recevoir Hup^e^ii^téipqjgpaga:» Ç*^st le Afeçsia luirmêw? Ijei :Çils.d^,I)ieu en p^î;9Qpne, le Sauv;^i;f duiftoi^fi,

^teuçiftd??^. ^Rfi&ififlïB^.P^ l^^.'^lp W.V W parjafl^ et daigne lui parler, Vojci, encora ui^p pér qbâre^f^e î^ laquelle 1^ grâce du sîdgf sftjCqpimu^ t^qua clp la ipauj^ïp la pins iuigr^vi:^§j,couip^f|;à l^îf^ijl^eine, cpmfpe.au l)p;i lî^rroUf II y ayait, dans celle. scb|s]3^fjliqiAe d'If^î^l . uncj âqp agq^lft. à J^\^\\f et dont 'safl^ dpt^lf? il voi4?iit. faii'a.un ya^

de miséricorde. Et en effet, tout aussitôt, elle court dans son enthousiasme annoncer Jésus au peuple de Sichem. Tous accourent pour voir et entendre le prophète annoncé ; plusieurs croient en lui seulement sur le témoignage de cette femme, et beaucoup plas encore après avoir, entendu sa parole. Ce n'était donc ni par hasard, ni pour rien, que la Samaritaine a eu le bonheur de rencontrer Jésus au puits de Jacob. Oh ! tâchons de profiter comme elle de notre rencontre avec lui, que son amour a rendue facile et fréquente par la prière, par sa présence dans le tabernacle , et , ce qui est plus intime encore, par la sainte communion.

« J*ai une nourriture à manger que vous ne connaissez pas. * Il y a ici deux sens. Le sens le plus obvie, et qui est cependant figuré, voudrait dire que Jésus ne vit plus que pour accomplir sa mission, le salut des hommes; et qu'ainsi ce salut est devenu pour lui une sorte de nourriture, comme on dit ordinairement qu'on ne vit que pour telle chose, quand on s'en occupe exclusivement, ou qu'elle domine toute l'existence par le désir. C'est dans ce sens qu'on a expliqué le Sitio prononcé sur la croix, exprimant par une soif réelle et physique la soif plus ardente encore de la divine victime pour le salut de l'humanité. Mais il y a un autre sens plus mystique, quoique peut-être, en y regardant de près, il soit

plus littéral que le premier. Gomme il y a en Jésus- Christ deux natures, 'puisqu'il est Fils de Dieu par son Père et Fils de Thomme par sa mère, et que, dans chaque fihation, ce qui est engendré vit de son principe ou de son terme générateur, il suit qu'en l'Homme-Dieu il y avait deux vies, et par conséquent deux nourritures. C'est pourquoi quand l'aliment naturel manquait au corps de Jésus, Taliment surnaturel y suppléait par l'union du Fils avec le Père ; et ainsi la vie divine immanente à ' soB âme se répandait dans le corps et le soutenait. Puis, comme la nourriture, pour être efficace, doit être identifiée par l'assimilation, ainsi dans THomme-Dieu la nourriture céleste est reçue et a tout son effet par Tassimilation complète de la vie du Père à celle du Fils, laquelle est pleine et entière par Taccomplissement de la volonté du Père dans le Fils ou par l'exécution de son œuvre. C'est pourquoi Jésus-Christ dit ; Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre. Et ailleurs : Toutes les fois que mon Père agit, j'agis aussi: et mon Père 4git toujours (Jean, v, 17), car mon Père et noi, nous sommes un (Jean, xvii, 22). Tout chrétien sérieux, s'il est un véritable disciple de Jésus- Christ, par cela qu'il renonce au monde et à luimême pour ne plus vivre qu'en Dieu et pour Dieu, ou plutôt, comme dit saint Paul, pour que Jésus

360 VËNDBJSDI D£ Ui "mCH^SIÈME SEMAINE.

Tâve en. lui, peut et doit dire qommiQ son miûtre : Ma vFaie, ma priàei))aIenourri^iure^ est dsi faire la volonté cb Pêne câeste> et d'acoomptir son.œavFe. Car, en. vivait par Bieu etpQurDieuiilviltrdeDiea^ qui est la Vie même ; il vit du Verbe ÎAcaimé^ (fâ est lepain. descendu du. ciel et Taliment au-des»ts de toute, aubst^ce .

PRATIQUE

Nft point dem^Rdpr seulement Ji|BSJ^^ien^dJ^^%mqIïito qui n'agsQuyJi^eQt. jajnais i^lerinQi^çnt le désir qt laissent Ifi cœur vide et affamé; mais chercher par-de^ sus tout le don de Dieu qui peut seul le rassasier en lui donnant avec la nourriture par excellence la plé^nitude et le repos. Observer exactement' les pratiques extérieures de la religioûv en. y mettait toutrson e»r priti.tputçoA cQ^r ;;car l'cspjât ^^,viyifi^ ^ijsksi}^ CÇBur surtout;qitçiI)ieu,regarde»,Que la vqlqnî^^yiitf soit notre npurriture, et par notre coi^cours à Poçuvre du Sauveur devenons un ave^c lui comme il est un avec son Père.

PRIÈRE

Ifp^s Vpus eu priopç, Qieu . tputrpuisiçaut, ^ daigpe? regarder favorablement nos mortifications en.cote.m[)S de pénitence, afin que, pendant que nous privons notre corps de ses aliments^ nou& jeûnions aussi par l*âme en nous abstenu des vices et des mauvaises passions* Par NotrerSeigneur JésusrGhrisi^

Iftamel, Jttïl, 1.

U Y '«▼Ait Qki bénmie qui demeurait à Baby^ kmB^ Bt'Son «6m éu&i iûsidm. Il épousa wie fem<nae nommée Suzanne^ filte "d'fietcias, pBtfoitement belle et cFaignant IMeù ; car coniimé son père et sa mère étaient justes, ilis -aVafent toètruit leur ifiiie sé^n là loi <ée Moïsev/Or^ Jôafkim était fort riche : et il avait \ïa vetger près de«a maîBoii, et lès J^uifsse lrai(semblaietot chez lui, parée ^'il éfedt ie plus <îensidérabte de tous. On ûv.àit établi pfeur juger cette ah- Bëe'^lÀ deuK vieillards d'<6atr<e le petple^ dtmt le Seigneiu^'â dit: L'iniquité estiortie xle Ba^ bylobe par tites vieillai^ds qui Paient juge» -et qui ^t*ai8BftieHt tondHiire te peiapl^. Ces Tfeiilards fréquentaient la maiÈon tteJoàkîm; et tooi ceux qui «talent disB affaires & j^r re^ftaietit les y Irout^r. Sur le midi, quand le peuple s'était retiré, Suzannie entrait dans le vBTger de BQh Aiari et s'y prévenait. Ctes vieil-

lards Ty voyaient entrer et se proniiener tous les jours, et ils conçurent une ardente passion pour elle. Leur sens en fut perverti, et ils détournèrent les yeux pour ne point voir le Ciel, ni se souvenir du juste jugement de Dieu. Ds étaient donc tous deux blessés de l'amour de Suzanne, et néanmoins ils ne s'avouèrent pas réciproquement leur peine; car ils rougissaient de découvrir leur mauvais désir, ayant la volonté de la posséder, et ils épiaient avec grand soin le moment de la voir. Un jour l'un dit à l'autre : Allons-nous en chez nous, parce qu'il est temps de dîner. Et étant sortis ils se séparèrent ; mais revenant aussitôt ils se rencontrèrent, et en s'en demandant la cause, ils s'avouèrent Tun à l'autre leur désir et alors ils se concertèrent sur le moment où ils pourraient trouver Suzanne seule. Or, pendant qu'ils cherchaient le jour convenable, elle entra dans le jardin suivant son habitude, accompagnée seulement de deux servantes, et elle voulut se baigner, parce qu'il faisait chaud. Il n'y avait alors ^ personne que les deux vieillards qui étaient cachés et la regardaient. Suzanne dit

. donc à ses servantes : Apportez-moi de Thuile et des parfums et fermez la porte du jardin, afin que je me baigne. Les servantes firent ce qu'elle leur avaijt ordonné. Elles fermèrent la porte du verger, et sortirent- par une porte de derrière pour aller chercher ce que Suzanne avait demandé, et elles ne savaient pas que les vieillards étaient cachés en dedans. Mais aussitôt qu'elles furent sorties, ils accoururent vers Suzanne et lui dirent : Les portes du verger sont fermées, personne ne nous vçit, et nous brûlons d'amour pour vous. Rendez-vous donc à notre désir et faites ce que nous voulons. Que si vous ne voulez pas, nous porterons témoignage contrel vous, disant qu'il y avait avec vous un jeune homme, et que c'est pour cela que vous avez renvoyé vos servantes. Suzannç gémit et dit : Je suis accablée de tous les côtés; car si je fais ce que vous voulez, je suis morte, et si je ne le fais pas, je n'échapperai pas de vos mains. Mais il vaut mieux pour moi tomber entre vos mains que de pécher en la présence du Seigneur. Elle jeta alors un grand cri ; mais les vieillards crièrent aussi contre elle, et l'un

S54 LS ^AMMÙÎ

4'eux cbtirut à la porte du verger «t Vowtil Les ëefviieure d« It ttifti^n aya&t âMie en** tdtidui ot-ier d&bs le jaMin «ccK^nnrént pAf là porte de derrière pour v^r.ee que e'étkit, et les YietUatds le leur ayant dit, il» forent tôtiviert^ de éoûAi^ioti) parce qu'on ti^âvait jamaiè riéls dit de ^mblablé de Sutanûe. Xje leademaiû, lôfigt|i)e le peuple ise reudit à \û maiâOki de ioè,kim son mari , led deux vieillards y viùrent âuisi, bien réeolud è perdre Stitaûne. Ils dirent devant le peuple t AtneneîHiôuâ Suzanne, flUe d'Heloias^ fiômme de Joakim* On l'envoya au^ sitôt chercher, et elle vint accompagnée de son père« de sa mère, de ^s enfante et de tous ses parent^' Or, Suzanne avait une figure délicate, et trèé'4)èlle à to(r; et comme elle était eoû^ verte d^in voile^ ces méetiants ordonnêreat qu'on le lui ôtât^ afin de se èatisfairé au meini par la vue de sa beauté. Ses piments pleumieat ainsi que tôuè oeut qui la connaissaienti Mais les demc vieillards se levant au milieu du peaple^ mirent leurs mains sur la tête deSutanas, qui leva en pleurant lee yeut au Giel , ur son cteur avait éonfianoedans le Seigneur. Ln

DE Ul TftOlBIÈME IBEMAINE. £55

tteillàipdé dîrètitt Lortqilft ttotis hétis pmtftfe- MiôBë^eûl ààm le vétiver, luette femme (g^t VeAu^ âVeè deux isertàûtés, et ayaht fermé lea portos du jardin dite a ^hgédà «ed femmies. Alor^ tâi Jeûne hommis qui ét^lt èliGhé <ô6t v^nu» et a (K)È[iifiié le ttiïXi^ iaVBé elle. Nous étions en ôè motfieîàt diàns tm éoiû dtt Vergef , et Voyant t?éttè iniquité^ tiouà Sommes àccbUm* à eux et noUS léfe avons sùtptiÈ en flagrant délllv Nous u'à* yt)itô pu siaïUir le jëunë homme» parée qu'il était plus fbftqUettOUë, et qu'ayant ouvert la porté, il â'ëèts&uvé; mais pour ello^ Yayûûx prise-, n^us lui âVÔUs démandé qUél était 6e jeune homme, et elle n'a pas voulu nous Ife dirfe. C'est de quoi hôus Sommes témoins. U multitude lèS crut comme étant lëS auetetis et lès juges dU peuple, et SuËànnè fut cOhdàmnée à mort^ Alors elle s'éfcriti k hèute im%: Dieu éternel, qui pénétrez té qui est tàthi et tOnnâiSSeU tôUteîs fchOsèé àvàttt qtf elles né soient^ VOUS âàtez quiw tdnt porté filtre moi Uii feut témoignage} et Vti'ci qtië je meurs Sans aVoir Ken feltde Ce qu'ils oftt Si mâlièîeUSemèttt iiivehté côtttre moi i Le Selgiieur entendit ëa Vpiii et

lorsqu*on la conduisait à la mort, il éclaira de son esprit un jeune homme nommé Daniel, qui cria à haute voix : Je suis pur du sang de cette femme. Tout le peuple se tourna vers lui, et lui dit: Que signifie cette parole que vous venez de prononcer? Daniel se tenant debout au milieu d'eux dit.: Enfants dlsraël , insensés que vous êtes, est-ce donc ainsi que sans jugement et sans connaître la vérité, vous avez condamné une fille d'Israël? Retournez pour la juger de nouveau, parce qu'ils ont porté un faux témoignage contre elle. Le peuple retourna donc en hâte, et les anciens dir^t à Daniel: Viens siéger au milieu de nous et instruis-nous, parce que Dieu t'a donné l'honneur de la vieillesse. Daniel dit au peuple : Séparez-les l'un de l'autre, et je les jugerai. Ayant donc été séparés, il appela l'un d'eux, et lui dit ; Homme vieilli dans le mal, les péchés que .vous avez commis autrefois sont retombés maintenant sur vous. Vous qui rendez des 'jugements injustes, qui opprimez les innocents et qui sauvez les coupables, quoique le Seigneur ait dit : Vous ne ferez point mourir Tinnocent et le juste, main-

tenant donc, si vous avez surpris cette femme, dites sous quel arbre vous les avez vu parler ensemble. Il répondit: Sous un lentisque., Daniel dit : Votre mensonge tourne à votre perte, car voici l'ange du Seigneur qui va exécuter Tarrêt prononcé contre vous. Après avoir fait retirer celui-ci, il commanda qu'on fit venir Tautre et il lui dit : Race de Ghanaan et non de Juda, la beauté vous a séduit, et la concupiscence a perverti votre cœur. C'est ainsi quevous traitiez les filles d'Israël; elles, par crainte, vous parlaient, mais la fille de Juda n'a pu souflfrir votre iniquité. Maintenant donc, dites moi sous quel arbre vous les avez surpris se parlant. Il répondit : Sous un prunier. Mais Daniel lui dit : Votre mensonge retombera sur votre tête, car l'ange du Seigneur est. là, le glaive à la main, pour vous tuer tous les deux. Tout le peuple poussa des exclamations, bénissant Dieu qui sauve ceux qui espèrent en lui, et ils s'élevèrent contre les deux vieillards, parce que Daniel les avait convaincus par leur propre bouche d'avoir porté un faux témoignage. Et ils leur firent souffrir le mal

358 US ÔAMÊDl

qn*«ls avaient Wttlu Tàtfrèi Kôtft- pr^ïéltttiû, âfifi d*acc6imi/lir la toi de Moï^. Ilis lès cpùdaiti^ nèPent * iaabrt,^l te àïtng ifitidôétit hit irauvë Ce

de iitu^ïl ^ il 'de i)lttô aàiUitaible dàiià ïliistoire de StuMMy tie n^ei^t^pa» tant i^a t^â^teté qm ti^a pÉ8<<«é âûs4i4 une fûde^^p^uv^, -pNii^cttièriLiÉiidtir de «ees vieiUards m pouvait Im îB&pifelr (jue 4é l'horreur et du d^ût^ «aais t'est ie oeurage avec lequel elle préfère la mort au déshonneur. £ll6 voit clairement la triste situation où leur coupable proposition la place. Bi elle c^de à leurs désirs, èlîfe devient ellô-tnèttië Criûiinellê devant Dieu, é\ Ost k pèî-té^B sWi âfùte. Si letté l^sMô, ils im\ riKinise^r (AeiviAt le ]^èâple> «é^ M cil^ra, {)fel«iB qu'ils ««m vMiX) j«g«B «n I^ra^l, ^t que toutM les cirooasteaces !dd leur ténK%nage toûrnereat contre elle. Mais d'un côté, c'est la mort éternelle, et de l'autre^ ce n'est que* celle du corps; son choix est îait. Quelle délicatesse de consdencë, quelle élévâttondlltiie! Stiïaûne ù'èst-ellô;p^ une chrftteîiftê pw âùtîdi^Uon, pufeqtl*elte àte î'ésoùt ï là&ùAt pMit nô j^At vfoler k 113^ divine. 69^ dMiae son ^suaig en témoignage cte sa feî, «i pM se coBserver sans tàohe. iSa râsolution rappelle cette belle parole de la mère de saint Louis :

DE LA TîROJfiïÈMB. SEMAINE. 359

*.Mfin filfiy. bmn qn». je vouâ aime <k teule^ mon âme^.oepeojGU0t j'aimerais mieiuLiumsiVQiD mort qiie,c;Qupabk d'im seul, çëché morteL. ^

li^aiComparaisoiiide Suzaime ainecLacrèoesepré* seoiteiaiiDatm^Ilemefl^. L'une est le* type de la chafrtfité àfk la.f^nune: païenne,, oti Fantre le* modèle de ]fk c))i*jét)0^ae^q.ui craint a:vani tonti dfo&naerDien^ ^ qui aimi^ mieux monrir^ mâme avec les appa? ronoeiii, dn ^vim^^ qn» de manquer ^k^ son dévoie, ^uréme^: il y a de la pnreté et délai grandeur d'âm% dans Ifé))ouae de GoUatinv EUea été sor^ pi^ pap la^woleneeet souillé». Mke en^est>hamir UéierdmiaafLQOQfiGiënce^.eti damant son maii, et. la hoQLt^ (p'elle«n>ce»i$eniracGablë tellement^ qu'elle a^ JD^ indigne^ de vixve ponpeUë eti pour M-. SSUe oède done à uu; senlimesit d'orgueil excu^ saidft>.lionorAblfr)mdme>jsi L'on yeut^mais qpi ee^pfioglaiitil'a^anglé.et Kégare^ puisqu'il lai pousse à iiouten un crime àiun autiw orime; œ qui aggni?e le mal au lieu de le réparer. Il est évident que la femme païenne^ enoettflciroonstanee; ne^diseerne pft^ nettem^iat.le juste de l!injuste, et que sa>oon- Sfiieace mal edairâe-pr^idippur le devoir cequi ne l!èal pas» ce qui lui est môme opposé, confondant ua sentiment purementi humaini da* dignité perso&Dieile avecr uneobiigaticm morale; 3ien de cela ne^sa' trouve>dan8 la. résolution) do' Suzanne ç elle vmti parCaitementison. devoir et le dai^er qui la

menace, si elle Taccomplit. En ce'moment critique, tout en redoutant la mort, elle pense sortont à Dieu qui la regarde, qui la jugera ; et sans se préoccuper de son sort, ni même de sa réputation ternie, car on la croira coupable, elle sacrifie tout à son devoir et se remet avec confiance, bien qu'avec douleur, entre les mains de Dieu. Et comme elle est touchante par sa tristesse si naïve, si pure, au moment où elle est condamnée I Elle en appelle à Dieu par un grand cri , qui exprime à la fois son innocence et l'étonnençLent qu^elle éprouve de mourir pour une faute qu'elle n'a pas commise, quand Dieu voit la méchanceté de ses accusateurs et la fa^usseté de leur témoignage. 0 mon Dieul s'écrie- t-elle, vous savez que je suis innocente, et cependant je meurs comme si j'étais coupable! L'angoisse de son âme monte par ce cri comme une prière vers le ciel, et en fait descendre l'instrument de son salut par l'inspiration envoyée an jeune Daniel.

La conduite des vieillards est tellement ignoble et par l'ardeur de leurs désirs adultères, et par les moyens indignes qu'ils emploient pour les satisfaire ou perdre leur victime, qu'il est inutile de la faire ressortir. Autant la vieillesse est belle, quand elle .ajoute l'élévation de l'âme à la prudence de Tâge, quand, comme disait Bossuet, elle trouve sa sérénité dans sa hauteur au-dessus

du corps, en sorte que, comme les hautes montagnes, élevant sa tête au-dessus des orages, elle se rapproche du ciel; autant elle est difforme, méprisable, si, esclave de la chair, elle poursuit encore des jouissances qui ne sont plus faites pour elle; collant, suivant la parole énergique du Psalmiste, son ventre à la boue de ce monde, ou, pour nous servir d'une autre image des Livres saints, aimant encore, comme Tanimal immonde, à se rouler dans le bourbier dont elle devrait sortir.

Enfin, que l'histoire de Suzanne nous fasse réfléchir à l'incertitude des jugements humains, même de ceux qui semblent les mieux fondés ; à plus forte raison, des jugements légers ou téméraires qui nous échappent tous les jours, et dont l'effet plus ou moins puissant par leur diffusion rapide et leur abondante multiplication produit ce qu'on appelle le bruit public ou l'opinion : la chose du monde la plus mobile , la plus changeante et souvent la plus fausse. Par un concours de circonstances malheureuses, et surtout par les ar« tifices de ses accusateurs, Suzanne avait tout contre elle : le renvoi de ses femmes, comme pour se délivrer de tout témoin, la porte du jardin que l'un des vieillards s'était empressé d'ouvrir, pour faire croire à la fuite du coupable, et enfin, ce qui était le plus accablant, le témoignage

si autorisé des deux vieillards» que le peuple avait sommés lui-même pour ses juges. Et cependant elle était innocente : ses accusateurs étaient des menteurs, des parjures, qu'une indigne passion avait aveuglés. Le peuple la condamne à être lapidée, et elle va périr avec la honte de Tadultëre aux yeux de tout le peuple, si Dieu, dont elle invoque la justice,- ne la sauve par une sorte de miracle. Il ne fallait rien moins en effet qu'une manifestation de la puissance divine, un secours extraordinaire du ciel, pour la délivrer de riniquité, de la légèreté et de l'ignorance des hommes. Hélas ! combien la justice humaine est exposée à faillir, même avec les intentions les plus droites, à causa de la difficulté de reconnaître la vérité obscurcie souvent à ses yeax par des apparences trompeuses ou par les machinations du crime I Que sera-ce donc si parfois des passions honteuses s'y mêlent, ou des affections partiales, pour l'infléchir dans le sens de leur jouis* sance, de leur intérêt, ou de leur orgueil? Ne jugez point pour n'être pas jugé, dit l'Évangile^ quand le devoit ne vous y oblige pas (Matth., VII, 1). Car vous avez tous votre juge au ciel : et celui-là seul est le juge véritable, parce que seul il voit le fond des cœurs et sait tout ce qu'il y a dans Thomme. Quantànous, nous ne pouvons juger que sur des signes extérieurs, souvent menteurs, et que

QOQB interprëtODg la plupart du temps en raison de nos dispositions du moment, si variables et plus ou moins intéressées. Et conmie en définitive la mesure que nous appliquons aux autres, nous sera un jour appliquée à nous-mêmes, nos jugements téméraires ou peu charitables amassent des charbons ardents sur notre tête, et nous nous condamnons en condamnant nos frères.

Évangile selon saint Jean, VIII» i.

Les Scribes et les Pharisiens amenèrent à Jésus une femme qui avait été surprise en adultère, et la plaçant au milieu du peuple, ils lui dirent : Maître, cette femme vient d'être surprise en adultère. Or^ Moïse nous a ordonné dans la loi de lapider les adultères . Quel est donc surcela votre sentiment ? Ils parlaient ainsi pour le tenter, afin d'avoir de quoi Faccuser. Mais Jésus se baissant écrivait avec son doigt sur la terre. Comme donc ils persistaient à l'interroger, il se redressa et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre. Puis, se baissant de nouveau, il continua d^écrire sur la terre. Mais ayant entendu .cette parole, ils se retirèrent

l'un après l'autre à commencer par les vieillards, et Jésus resta seul avec la femme qui était au milieu. Alors Jésus se relevant lui dit : Femme, où sont vos accusateurs ? personne ne vous a-t-il condamné ? Personne, Seigneur, répondit-elle. Jésus lui dit: Je ne vous condamnerai pas non plus. Allez, et ne péchez plus à l'avenir.

Ce récit montre une fois de plus avec quelle prudence, quelle force, et quelle douceur tout ensemble Jésus déconcerte les complots de ses ennemis, et répond à leurs questions insidieuses selon la vérité, sans jamais leur donner prise sur lui. Ils veulent lui arracher une parole compromettante qui le fasse paraître tantôt un ennemi de César, tantôt un contempteur de la loi. Ils veulent, pour avoir un prétexte de Taccuser et le faire condamner à mort, le brouiller avec les puissances du ciel et de la terre ; et toujours il échappe à leurs ruses par des réponses irréprochables. D prescrit qu'on rende à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Donc on doit observer la loi divine; il en recommande partout le respect, et il dit de lui-même qu'il est venu .pour la perfectionner et non pour la détruire.

Le plan des scribes et des pharisiens était ce*

pendant habilement concerté. En lui demandant ce qu'il fallait faire à la femme adultère que la loi de Moïse condamnait à la mort, et lui posant cette question devant le peuple, ils se disaient : S'il ne la condamne pas, il se mettra en opposition avec Moïse, et alors nous l'accuserons de mépriser la loi et d'en favoriser la violation, ce qni est un crime capital : et il est probable qu'il prendra ce parti, puisqu'il parle sans cesse de douceur et de miséricorde. Mais s'il la condamne avec Moïse, alors il perdra aux yeux de la multitude la réputation de bonté qu'il s'est faite et par laquelle il l'attire et la fascine. Il sera dépouillé de son prestige, et ils l'abandonneront. Le coup était bien monté, le piège adroitement tendu; mais les artifices de la prudence humaine sont aisément découverts et déjoués par la sagesse divine.

Jésus, qui voit leur cœur et connaît leurs pensées, ne se donne pas d'abord la peine de leur répondre, pas même de les regarder. Il se baisse vers la terre pour ne pas apercevoir leurs visages pleins de ruse et de mensonge ; et, comme s'il ne les avait point entendus, il trace avec ses doigts des figures sur la poussière en signe d'inattention et d'indifférence, comme on fait d'ordinaire avec un bâton on quoi que ce soit qu'on tienne k la main, quand on pense à autre chose qu'à ce qui se dit autour de soi. Nous ne pouvons expliquer autre-

ment ce que Jésus fait dans cette circonstance, quoique nous ayons consulté à ce sujet beaucoup de commentaires. Nous y avons trouvé plusieurs explications subtiles et tirées de trop loin pour être bien comprises et vraiment utiles. Nous adoptons la plus simple indiquée par plusieurs Pères. Saint Augustin et saint Jérôme disent que, selon toute apparence, il traçait des mots ou des figures symboliques sur le sol, dans la vue de fiedre réfléchir ses accusateurs sur leurs fautes personnelles, plus graves encore que celles de Taccusée. Nous ignorons quels pouvaient être ces symboles qui devaient rappeler ces pervers à la voix de leur conscience ; mais nous comprenons très-bien que leur empressement à l'embarrasser par une question aussi perfide dût être singulièrement déconcerté par son calme, par son silence, par son indifférence. C'est comme une glace qui commence à refroidir leur ardeur, et ils se sentent déjà vaincus. Néanmoins, par obstination ou par respect humain, ils ne veulent pas reculer, et persévérant dans leurs mauvais dessein, ils le pressent de répondre; ils veulent absolument lui arracher une parole dangereuse qui leur fournisse des armes contre lui. Mais ils ne peuvent plus s'attendre à le surprendre, ce qui diminue les chances de succès. Jésus se relève alors, et leur lance comme un coup de foudre, comme un trait de feu de la jus-

tice divine, cette parole : Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre. Puis, s'inclinant de nouveau, il se remet à écrire par terre avec son doigt, comme s'il n'avait pas antre chose à leur dire ; et en effet, il leur a dit tout ce qui était nécessaire pour eux et pour le peuple en ce moment. H les met en face de la pécheresse, en face d'eux* mêmes, pour se juger à leur tour parla comparaison. Il laisse de côté la loi avec sa justice et ses peines; il ne dit rien contre sa sévérité, ni sur la culpabilité de celle qui Ta violée. Il dit simple* ment à ses accusateurs : « Vous qui voulez que je la condamne, étes-vous moins coupables qu'elle, et pourquoi la poursuivez-vous avec acharnement, si par vos crimes vous méritez le même sort? Ayez donc le courage de lui jeter la première pierre, si vous n'avez rien à vous reprocher. Souvenez-vous qu'en jugeant si sévèrement votre semblable, vous vous jugez vous-mêmes, vous préparez votre propre condamnation.

C'était là, en effet, ce que sa bonté voulait obtenir, à savoir de les ramener sur eux-mêmes, afin de leur faire sentir leur propre indignité, reconnaître leurs péchés, en concevoir des remords et se disposer à la pénitence. Car Jésus est venu pour convertir les pécheurs et rendre la vie de Tâme à ceux qui Tout perdue. Il a dit aux pharisiens en un autre endroit et dans le même

but : « Vous voyez une paille dans l'œil du prochain, et vous ne voyez pas la poutre qui est dans le vôtre (Matth., Vil, 3). Vous rejetez un ciron et vous avalez un chameau (Matth., XXIII, 24). Vons nettoyez le dehors du vase, et vous laissez Tintérieur plein d'impuretés (Matth., XXV). Sépulcres blanchis, vous resplendissez au dehors et le dedans est plein de corruption (Matth., XXVII). » Ils le comprennent; car sa parole a pénétré comme m éclair au fond de leur âme et en a dissipé instantanément les ténèbres. Ils se voient en ce moment dans leur conscience tels qu'ils sont: et, au lieu de jeter la première pierre à l'adultère, ils s'échappent l'un après l'autre sans dire un mot de plus, à commencer par les plus âgés, c'est-à-dire par les plus pervers, et comme si la main de la justice divine les atteignait déjà.

Jésus se trouve seul avec l'accusée, toute confuse, toute tremblante devant lui ; car, coupable, elle s'attend à être jugée par celui-là qui seul pouvait le faire en esprit et en vérité, puisqu'il est sans péché. Saint Augustin dit à ce propos avec grâce : « Ils ne restent que deux en face Tun de l'autre, la misère et la miséricorde, miseria et misericordia. » Admirons encore ici la sagesse du Sauveur unie à sa bonté. Même quand ses pnnemis ne sont plus là pour l'entendre et le surprendre, il ne se fait juge ni de la loi ni de la

pécheresse qui Ta enfreinte. La loi subsiste indéfectible et sacrée, puisqu'elle vient de Dieu. Le tribunal érigé à cet effet doit seul juger par elle en rappliquant, et à coup sûr dans ce cas Tadultère serait condamné. Mais il n'y a point eu de jugement; aucun tribunal n'a prononcé, n'a condamné, et c'est pourquoi Jésus dit à la femme : « Si personne ne t'a encore condamnée, je ne te condanmerai pas non plus » ; car je ne suis pas venu en ce monde pour juger les hommes, mais pour les sauver. Je ne veux donc pas être ton juge, mais ton appui, ton consolateur dans ta misère, d'autant plus grande qu'elle est méritée, et par ma pitié je désire te relever de ton abaissement, t'encourager k quitter le mal pour tourner ton cœur vers la justice par le repentir et l'expiation de ta faute. Va donc et ne pèche plus. Je ne t'absous pas de ton crime que la loi condamne et que je condamne avec elle; mais j'ai compassion de ta faiblesse entraînée par la concupiscence de la chair, et j'espère en ta bonne volonté aidée et fortifiée par ma parole et mon indulgence. Il lui dit : Va, et ne pèche plus; mais non pas comme ailleurs (Matth., IX, 22) : Tes péchés te sont. remis et ta foi t'a sauvée. Ainsi, en même temps que le péché reste sous le coup de la loi, le pécheur est relevé, encouragé, et porté à se convertir par la pénitence.

PRATIQUE

Défions-nous du premier mouvement de rhomme naturel qui le porte à voir le mal dans les autres, à le signaler, à l'exagérer et aie condamner, tandis qu'il dissimule, excuse, ou même justifie celui qu'il commet. Le vrai disciple de Jésus-Christ fait tout le contraire ; il reconnaît et avoue volontiers ses fautes, et atténue celles d'autrui. Il laisse la condamnation et la punition à celui auquel elles appartiennent, et quand il n'en a pas la mission, il ne juge pas, pour n'être pas jugé.

PRIÈRE

Dieu tout-puissant, vous dont le cœur est toujours miséricordieux et prêt à pardonner, exaucez notre prière afin que nous et tous vos serviteurs qui sommes dans les chaînes du péché, nous en soyons délivrés par votre clémence et par votre amour. Par notre Seigneur Jésus-Christ.

Épttre aux Galateït, IV, 22.

Il est écrit qu'Abraham eut deux fils, Tun de la servante, l'autre de la femme libre. Mais celui qui naquit de la servante est né selon la chair, %i celui qui naquit de la femme libre est né en vertu delà promesse. Ce qui est dit d'une manière allégorique ; car ces deux femmes sont lès deux alliances, dont la première, établie sur le mont Sina et qui n'engendre que pour la servitude, est figurée par Agar . Sina est en effet une montagne d'Arabie qui représente la Jérusalem d'ici-bas, laquelle est esclave avec ses enfants, tandis que la Jérusalem d'en haut est libre, et c'est elle qui est notre mère, car il est écrit : « Réjouissez-vous, stérile, qui n'enfantezpas ; éclatez en cris de joie, vous qui ne devenez point mère, parce que celle qui était délaissée a plus d'enfants que celle qui a un mari. » Nous sommes donc, mes frères, les enfants de la promesse figurés par Isaac. Mais comme alors celui qui

était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l'esprit, de même encore aujourd'hui. Or, que dit l'Écriture : « Chassez la servante et son fils, car le fils de la servante ne sera point héritier avec le fils' de la femme libre. » Mes frères, nous ne sommes point les enfants de la servante, mais ceux de la femme libre, et c'est Jésus-Christ qui nous a procuré cette liberté.

Ces paroles de l'Apôtre s'appliquent encore aux hommes de nos jours, même parmi les chrétiens. Car, comme les Galates, auxquels il écrivait, étaient portés à judaïser, c'est-à-dire à rentrer dans la servitude de la loi, ainsi aujourd'hui les chrétiens qui on Iperdu la foi en Jésus-Christ ou qui ne vivent plus dans son esprit, en arrivent à moins que les Galates, non plus à la servitude de la loi ancienne, mais à celle du corps et de ses instincts. Alors l'homme naturel, qui avait été régénéré par le baptême, perd les fruits de sa renaissance spirituelle, et retombe par le péché dans la dégénérescence primitive. Son état dévient pire que celui du juif, puisqu'il a rendu inutile par sa faute le bienfait divin, et est retourné à l'esclavage après avoir été affranchi par Jésus-Christ. Les deux filiations continuent dans le monde à travers les siècles,

celle de la chair et celle de l'esprit : les hommes vivant sous la loi du corps et dont Tâme est esclave de la concupiscence qui. règne dans les membres, et ceux qui vivent de la foi en Jésus-Christ, de sa justice, de sa charité, en sorte que leur corps, discipliné et mortifié par l'esprit, en devient l'instrument docile et bien ordonné. Et encore de nos jours ces deux classes d'hommes sont dans une hostilité continuelle, comme le fils d'Agar avec celui de Sara, comme Ésaii et Jacob, comme la Jérusalem terrestre avec la Jérusalem céleste, comme la terre avec le ciel. C'est depuis le péché l'incessante collision de la chair avec l'esprit ou de l'esprit du monde avec l'esprit de Dieu. Maintenant comme toujours l'esprit du monde persécute l'esprit de Dieu partout où il le rencontre, employant tous les moyens pour le chasser des âmes, des familles et des so-iciétés chrétiennes, et les ramener à la nature corrompue par le péché et au paganisme, ou à l'idolâtrie de soi-même et du monde. A quelle classe appartenons-nous par l'état de notre cœur, par' la tendance de notre volonté, quoique nous soyions chrétiens par le baptême? C'est demander quel esprit nous anime et où est notre désir? Qu'aimons-nous, que recherchons-nous de préférence? Est-ce la liberté de notre âme par Jésus- Christ, et en suivant fidèlement sa doctrine et ses exemples qi^oi qu'il nous en coûte, et au prix du

combat contre la chair par le renoncement à soi, voie unique pour arriver k la Jérusalem céleste? Est-ce au contraire la chair avec ses joies, le monde avec ses pompes et ses œuvres qui nous mettent en opposition avec Jésus -Christ et son Église, c'est-k-dire avec le règne de Dieu sur la terre? Là est la question de notre présent et de notre avenir, et c'est à notre conscience de la résoudre.

Évangile selon saint Jean, VI, 1.

Jésus s'en alla ensuite au delà de la mer de Galilée, qui est la mer de Tibériade, et une grande multitude le suivait, parce qu'elle voyait les miracles qu'il faisait sur les malades, Alors Jésus monta sur une montagne où il s'assit avec ses disciples. Or, le jour de Pâques, qui était la fête des Juifs, était proche. Jésus ayant levé les yeux et voyant qu'une multitude immense venait à lui, dit à Philippe: Où achèterons-nous du pain pour donner à mangera tout ce monde? 11 disait cela pour l'éprouver, car il savait bien ce qu'il ferait. Philippe lui répondit : Deux cents deniers ne suffiraient pas pour donner un peu de pain à chacun. Un de ses disciples, André, frère de Simon-Pierre, lui dit : Il y a ici un en-

fant qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que 'cela pour tant de monde? Jésus dit : Faites-les asseoir. Or il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu, et environ cinq mille personnes s'y assirent. Alors Jésus prit les pains, et après qu'il eut rendu grâces, il les distribua à touç ceux qui étaient assis, et il leur donna de même du poisson autant qu'ils en voulaient. Après qu'ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Ramassez les morceaux qui restent, afin que rien ne se perde. Ils les ramassèrent et remplirent douze corbeilles des restes des cinq pains d'orge, après que tous en eurent mangé. Ces hommes donc, ayant vu le miracle que Jésus avait fait, disaient : C'est là vraiment le prophète qui doit venir en ce monde. Mais Jés\is, sachant qu'ils voulaient l'enlever pour le faire roi, s'enfuit de nouveau tout seul sur la montagne.

Saint Augustin dit en commentant ce passage : « Le gouvernement de lunivers est un miracle plus grand que de nourrir cinq mille hommes avec cinq pains, et cependant personne ne s'étonne du premier, tandis qu'on est dans l'admiration du

second, non parce qu'il est plus merveilleux, mais parce qu'il est plus rare. Gar^jui donne au monde entier sa nourriture, sinon celui qui fait sortir les moissons de quelques semences? Jésus a donc agi ici à la manière de Dieu. Il multiplie les cinq pains par la même puissance qui produit les moissons avec quelques grains. Or, cette puissance est dans la main du Christ; car les cinq pains sont comme cinq semences non confiées à la terre, mais multipliées immédiatement par Celui qui a fait la terre. » (S. Augt., Tract. 24, inJoan.)

On peut aussi voir dans ce miracle une préfiguration et comme une préparation du miracle plus grand encore, par lequel Jésus a voulu nourrir ses disciples du pain du ciel en leur donnant son corps k manger et son sang à boire ; miracle qui est le complément de tous les autres, puisque le but de la mission du Sauveur étant de rendre k l'homme la via divine perdue par sa faute, et la vie se réparant par la nourriture, c'est avec cet aliment divin qu'il a restauré et comme recréé l'humanité régénérée par le baptême, en la faisant participer de nouveau par l'eucharistie à la vie du ciel. Il y a même des circonstances semblables dans l'accomplissement des. deux miracles. Jésus commence des deux côtés par rendre grâces et par bénir le pain ; puis il le multiplie de part et d'autre par sa puissance, partageant le pain matériel

au peuple dans le désert, et le pain céleste dans le cénacle à ses apôtres, auxquels il transmet le pouvoir de multiplier à leur tour ce pain du ciel, qui est son corps, d'une manière indéfinie pour la nourriture et la vivification des âmes. En vérité, je' vous le dis, celui qui mangera ma cbair et qui boira mon sang, aura la vie en lui. (Jean, vi, 35.) Des deux côtés aussi se produit un effet analogue. La foi du peuple en Jésus-Christ est excitée pat le miracle dont il vient d'être témoin. Ils le reconnaissent pour le prophète qui doit venir dans le monde, et ils veulent l'enlever pour le faire roi. D'autre part, la sainte eucharistie est la source la plus vive de la foi au Fils de Dieu, au Verbe incamé, au Dieu fait homme, et l'âme, qui s'en nourrit souvent, adore Jésus-Christ comme son Dieu et le proclamé le roi du ciel et de la terre. Le miracle de Cana, le premier que Jésus ait opéré, était déjà un symbole frappant du miracle eucharistique, duquel même il s'approchait davantage; car là aussi il y a eu transsubstantiation^ ou changement de la s^ibstance de l'eau en celle du vin, comme dans l'eucharistie la substance du vin est changée en celle du sang du Christ , tandis qu'au désert la substance du pain n'a point été changée mais seulement multipliée.

PRATIQUB.

Soyons des hommes libres, de cette liberté du ciel que le Rédempteur nous a acquise par son sang et qui nous a été rendue au baptême pour conibattre et détruire en nous et hors de nous Pignoble tyrannie dB ' la chair et le joug de Satan. Pour cela mangeons souvent le pain des forts qui ravivera notre foi et fortifiera notre vertu.

PRIÈRE

En vous remerciant de la grâce que vous m'avez faite de naître dans votre Église, ô mon divin Sauveur, je voue prie d*y ajouter celle de me rendre semblable à vous par le jeûne, par la prière, par la patience dans les persécutions et les adversités, afin que je mérite de recevoir .un jour dans la Jérusalem céleste la récompense promise à ceux qui se conforment à votre esprit et marchent sur vos traces.

III* Uvre des Rois, III, 16.

Deux femmes de mauvaise vie allèrent trouver le roi et se présentant devant lui, l'une lui dit : Je vous conjure, mon seigneur, écoutezmoi; nous demeurions cette femme et moi dans une même maison, et je suis accouchée dans la chambre où elle était. Elle est accouchée aussi trois jours après moi. Nous étions ensemble dans cette maison, et il n'y avait que nous deux. Le fils de cette femme est mort pendant la nuit, parce qu'elle l'a étouffé en dormant. Et se levant en secret dans le silence de la nuit, elle m'a pris mon enfant qui était auprès de moi pendant que je dormais, et elle a mis à mon côté le sien qui était mort. Quand je me suis levée le matin pour donner du lait à mon fils, j'ai vu un enfant mort; mais en le regardant avec plus d'attention au grand jour, j'ai reconnu que ce n'était point celui que j'avais mis au monde. L'autre femme répondit : Ce que vous dites

n'est pas vrai ; mais votre fils est mort et le mien est vivant. La première disait au contraire: Vous mentez ; car c'est mon fils qui vit et le vôtre est mort. Et elles se disputaient ainsi devant le roi. Alors le roi dit : L'une dit : Mon fils est vivant et le vôtre est mort, et l'autre répond: NoTi, c'est votre fils qui est mort et le mien vit. Qu'on m'apporte un glaive, ajouta le roi. Et quand le glaive fut apporté devant le roi, il dit: Divisez en deux parties cet enfant vivant, etdonnez-en la moitié à l'une et la moitié à l'autre. Mais la femme dont le fils était vivant dit au roi (car ses entrailles maternelles furent émues): Seigneur, donnez-lui, je vous en supplie l'enfant vivant et ne le tuez pas. L'autre disait âu contraire : Qu'il ne soit ni à moi ni à vous, mais qu'on le partage. Alors le roi dit : Donnez l'enfant vivant à la première, et ne le tuez point, car c'est elle qui est sa mère. C'est pourquoi tout le peuple ayant connu comment le roi avait jugé cette affaire, le craignit, voyant que la sagesse de Dieu était en lui popr rendre la justice.

L'Église nous montre par cette histoire com-

ment la sagesse divine peut inspirer cenx auxquels elle daigne se communiquer, en des circonstances graves où il est difficile de discerner la vérité et de reconnaître la justice à cause des passions des hommes, qui les obscurcissent à dessein par le crime et le mensonge. La lumière d*en haut ne se refase jamais aux âmes qui l'invoquent avec la volonté sincère d'écouter ses dictées et de les suivre. Salomon, dit TÊcriture, en a été illamine plus qu'aucun homme: et comme on a appelé Socrate le plus sage des payons ou le plus grand des philosophes sur le témoignage de l'oracle de Delphes, le fils de David est déclaré par la parole divine le plus sage des rois, en même temps qu'il en a été le plus puissant et le plus riche. Aussi son cœur avait préféré la sagesse du ciel à tous les biens de la terre, et Dieu la lui accorda sur sa demande avec tous les autres biens par surcroît, parce qu'il avait su reconnaître et choisir ce qu'il y a de plus excellent. Cherchez d'abord la justice de Dieu, et le reste vous sera donné par-dessus (Matth., VI, 33).

• Et cependant, ô fragilité humaine, ce roi, le plus sage, le plus savant des rois, et qui en était devenu par sa science et sa sagesse le plus glorieux, s'est laissé pervertir à son tour par l'exaltation de sa puissance et la séduction des sens ! Les femmes étrangères, qu'il a trop aimées, l'ont

entraîné dtns leurs superstitions et leur idolâtrie. Les livres wstés ne nous disent même pas qnll ait fait pénitence comme son père David, et 1*Église ne l'invoque point dans ses prières. Prenons donc garde de ne point tomber comme lui^ nous qui nous croyons affermis dans le bien; et apprenons par son exemple que ni les lumières de Tesprit ni même les plus hautes inspirations du cœur ne sauvent de la perversion, si elles ne sont sontenues par la fidélité aux commandements divinS) par la fuite des tentations de la chair et par l'hn* milité.

Tant que Salomon se laissa conduire par TEs^ prit de Dieu, il étonna son peuple et le monde par la sagesse de son gouvernement, par sa manière admirable de rendre la justice et par Féclat de sa puissance. Les autres rois envoyaient de tous les côtés vers lui des ambassadeurs ou venaient eux-mêmes pour le consulter, s'instruisant à son école, et cherchant dans ses discours des solutions aux questions les plus élevées de la science, ou aux cas les plus embarrassants de la vie pratique. Tous s'en retournaient émerveillés de sa sagesse, le déclarant le plus illustre et le plus heureux des souverains. Saint Louis, le plus grand des rois parce qu il en a été le plus saint, jouissait de la même réputation de son vivant. On le consultait aussi de partout dans les disputes des princes et

des nations, et sa justice, inspirée par sa piété profondément chrétienne, relevant au-dessus des intérêts et des passions du moment ,• l'avait fait l'arbitre du monde, la gloire de la France et la joie de ses sujets. Il rendait la justice sous le chêne de Vincennes à tous ceux qui venaient la lui demander, comme Salomon la rendit à ces deux femmes, qui se disputaient devant lui le même enfant.

Certes, le cas était embarrassant et le jugement difficile. H n'y avait point de témoins entre elles ; et deux affirmations contraires , également suspectes, se heurtaient avec les mêmes probabilités dans les faits, tels que Tune et l'autre les exposaienty et que personne que la partie intéressée ne pouvait contredire. H n'y avait dans les choses elles-mêmes aucune indication pour le jugement à rendre. La connaissance de la jurisprudence et de ses subtilités ne servaient de rien ici, parce qu'il n'y avait aucune preuve pour les appliquer. La raison humaine avec ses moyens ordinaires était aux abois, et il fallait un éclair de la lumière d'en haut, une inspiration du ciel pour la tirer de cette obscurité. Mais ces éclairs ne brillent que dans les âmes unies à Dieu, ou qu'il veut faire les instruments de ses desseins. Ces inspirations soudaines ne sont données qu'aux esprits en rapport avec l'Esprit divin par leur foi en sa parole, ou bien

par une grâce toute préveDante à ceux qu'il a choisis malgré leur indignité apparente pour devenir des vases de sa miséricorde, comme saint Paul. Nous avons vu tout à l'heure comment Suzanne fut sauvée inopinément par Tinspiration du jeune Daniel, qui commença sa carrière de prophète par cette réparation éclatante de la justice, foulée aux pieds par ceux qui avaient charge de la rendre. L'éclair du ciel, passant par l'esprit et la voix de Daniel, a dissipé tout d'un coup les ténèbres de la perversité et de l'erreur. C'est ainsi qu'à un plus haut degré Jésus, par ses réponses simples et lumineuses, déconcerte d'un seul coup ses ennemis , dévoilant leurs ruses , démasquant leurs mauvais desseins, et les prenant eux-mêmes dans les pièges qu^ils avaient préparés contre lui avec tant d'artifice. D'un mot il résoud leurs questions insidieuses, ou il les confond.

Grande leçon pour ceux qui sont appelés à juger leurs semblables et parfois k décider de leur vie! Oh I sans doute, il faut à cette fin posséder la science des lois et savoir employer toutes les ressources de la prudence humaine, toutes les habiletés du raisonnement, pour appliquer cette science à propos et discerner, dans les faits de la cause et dans les témoignages, les motifs de cette application. Mais après tout cela que de chances d'erreur, et combien de graves méprises la justice humaine

n'a-t-elle pas à déplorer, je ne dirai pas à se reprocher, si elle a vraiment et impartialement fait tout ce qu'elle pouvait en des circonstances données! 0 juges de la terre, dirons-nous avec le psalmisle , instruisez-vous par l'exemple du plus sage des rois : Erudimini qui judicatis terram, (Ps.,II, 10).

Tâchez de puiser comme lui le discernement du juste et de l'injuste non pas seulement dans la science juridique, ni même dans votre conscience ou dans votre bon sens, mais aussi dans cette consultation plus profonde et plus pupe qu'une âme unie à Dieu par la piété peut toujours lui adresser, dans ces inspirations pleines de lumière et de force qu'elle en reçoit, souveut même sans les demander, et par lesquelles éclatent tout d'un coup la vérité et la justice du ciel. Nous tous, qui que nous soyons, nous rencontrons sur notre chemin et dani^ la vie de chaque jour des questions graves, des circonstances critiques qui peuvent décider de notre avenir et de celui des autres, peut-être de notre éternité. Oh I demandons k la sagesse divine de juger par nous dans ces cas, et pour cela recueillons-nous et consultons-la dans une humble prière, comme autrefois le grand prêtre dans le Saint des saints.)

Évangile selon saint Jean, II, 13.

La Pâque des Juifs étant proche, Jésus monta à Jérusalem : et ayant trouvé dans le temple des gens qui vendaient des bœufs, des brebis et des colombes, et des changeurs assis à leurs bureaux, il fit une espèce de fouet avec de petites cordes, les chassa tous du temple avec les brebis et les bœufs, et il répandît à terre Targent des çjiangeurs et renversa leurs tables. Il dit à ceux qui vendaient des colombes : Otez tout cela d'ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. Alors ses disciples se souvinrent qu'il est écrit : Le zèle de votre maison m'a dévoré. Les Juifs lui dirent donc : Par quel miracle nous montrez-vous que vous avez le droit de faire de telles choses? Jésus leur répondit : Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours. Ds répondirent : On a été quarante-six ans à bâtir ce temple, et vous, vous le rétablirez en trois jours ? Mais il entendait parler du temple de son corps. Quand donc il fut ressuscité des morts, ses disciples se rappelèrent ce qu'il avait dit, et ils crurent

à l'Écriture et à* la parole que Jésus avait dite. Pendant qu'il était à Jérusalem, durant la fête de Pâques, plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait. Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu'il les connaissait tous, et qu'il n'avait pas besoin qu'on lui rendît témoignage d'aucun homme, car il savait par lui-même ce qu'il y a dans l'homme.

En deux circonstances seulement notre Seigneur Jésus-Christ est sorti de son calme habituel, et a manifesté de l'indignation par des actes sévères et de terribles paroles. C'est quand il s'est trouvé en face de l'hypocrisie des pharisiens, des scribes, des docteurs de la loi, qui ne cherchant que leur intérêt et leur gloire dans les apparences d'une piété sévère, exploitaient à la fois la loi qui leur donnait de l'autorfté et le peuple qui les craignait. Il les fustige du fouet de sa parole, qui à chaque mot leur enlève pour ainsi dire un lambeau de la peau menteuse dont ils se couvraient aux yeux de la multitude. Ici c'est aux profanateurs du temple que Jésus s'en prend ; et parce qu'ils déshonoraient la maison de son Père en en faisant une caverne de voleurs, il les chasse impitoyablement après avoir bouleversé leurs comptoirs, leur ar-

gent et leurs marchandises. Mais comme cette fois le délit est plus grossier, et pour ainsi dire matériel , le châtiment l'est aussi , et c'est avec un fouet de cordes qu'il les expulse. La conséquence de cette conduite est que tout ce qui profane la maison de Dieu excite Tindignation du Seigneur et doit en être chassé. Et être chassé de la maison de Dieu ou de l'Église, c'est être exclu] des grâces qui s'y répandent et du salut qu'elles procurent. Voyons donc si ce malheur, ou plutôt cette faute, ne nous est point arrivé un jour ou l'autre.

Hélas ! que de choses se passent dans nos églises qui doivent aussi exciter l'indignation de Jésus- Christ I S'il apparaissait tout d'un coup dans les solennités officielles , où les autorités du pays s'assemblent sous le prétexte de prières publiques, où même seulement dans les cérémonies ordinaires des mariages ou des funérailles, son bras ne s'armerait-il pas encore (fun fouet vengeur pour expulser du temple tant de chrétiens qui le profanent par leur mauvaise tenue, par des conversations inconvenantes, et en s'occupant de toute autre chose que de la prière et des fonctions sacrées? Et même dans les églises qui passent pour les plus pieuses, et où, en effet, hommes et femmes se rendent avec foi dans l'intention de prier, n'arrive->t-il pas trop souvent que l'esprit du monde

y domine TEsprit de Dieu, et que, soit en entrant, soit en se retirant, par la manière dont on s'aborde et dont on se quitte, et parfois par des chuchotteries purement mondaines, on fait aussi de la maison de Dieu, non une caverne de voleurs, mai un salon ou une antichambre? Là encore, siNotre- Seigneur apparaissait tout à coup , ne pourrait-il pas user du fouet vengeur?

Puis, même quand on est tranquille et silencieux à sa place, dans une position respectueuse et avec les apparences de la dévotion et du recueillement, que se passe- t-il au-dedans ? quelle pensée traversent cet esprit qui devrait être tout occup de Dieu et de sa parole sainte? quels sentiment remplissent cette âme, que la foi et l'amour divin devraient seuls animer en ce moment? Où vont les regards qui ne devraient se fixer que sur l'autel et la cérémonie sacrée pour y puiser les impressions salutaires des divins symboles. Ces regards, se répandant à droite et à gauche sur la partie la plus mondaine de l'assemblée, ne vont-ils pas trop souvent chercher une pâture nouvelle à la vaine curiosité, au goût de la toilette, et parfois un aliment coupable à de mauvaises passions? Alors i y a une double profanation : celle du temple extérieur où Ton fait ce qu'il est indécent d'y faire, et la profanation du temple intérieur ou d'une âme chrétienne, que l'apôtre appelle le temple. du

Saint-Esprit, et qui devient en ce moment celui de l'esprit du monde. Ici encore, hélas! si Jésus apparaissait soudainement, il aurait bien des profanateurs à chasser.

Enfin, par cet acte sévère de Notre -Seigneur sont aussi et surtout'condamnés tous ceux qui dans l'église feraient marché des choses saintes d'une manière quelconque : soit les prêtres qui exploiteraient le ministère sacré dans l'intérêt de leur fortune ou de leur gloire ; soit les fidèles qui voudraient obtenir à prix d'argent ou par des compensations humaines les grâces et les bénédictions du ciel pour se dispenser des seuls moyens qui les procurent; soit enfin toute poursuite des dignités ecclésiastiques et des fonctions sacrées par les voies de l'intrigue, de la corruption et du marchandage, comme Simon le magicien qui voulait acheter du Prince des apôtres la puissance d'opérer des miracles. Sans doute les choses ne se font pas ouvertement, grossièrement : la conscience chrétienne et sacerdotale en aurait honte. Mais il y a tant de manières de faire demander ce qu'on ne demande pas soi-même, et d'amener un événement favorable et désiré auquel on n'a pas l'air de se mêler, il y a tant de manières de contenter en effet son avarice, son ambition, sa vanité, sans paraître y penser, peut-être sans en avoir soi-même la conscience bien claire, qu'on ne saurait trop pré-

munir les chrétiens et surtout les prêtres, contre les subtilités de Tégoïsme, qui se cache quelquefois sous les semblants de la justice ou sous le manteau de la charité, ce qui est une profanation de plus. Disons-le donc franchement : le prêtre qui dans l'exercice du saint ministère cherche au fond son intérêt ou sa gloire, ne fait pas Paffaire de Jésus- Christ, mais la sienne ; ne travaille pas au royaume de Dieu mais à son propre règne. C'est pourquoi, non-seulement il est un ministre prévaricateur, un serviteur infidèle, puisqu'il se sert lui-même plus que son maître, mais encore, faisant commerce des choses sacrées et ne les accomplissant que pour ce qu'elles lui rapportent, il transforme la maison de Dieu en un comptoir, en une caverne de voleurs.

Qui êtes-vous donc, demandent les Juifs, pour oser faire de telles choses ? Qui vous a donné le droit de troubler dans leur industrie et de chasser du parvis du temple ces hommes qui ont reçu des autorités la permission de fournir ce qui est nécessaire aux sacrifices? Si vous agissez au nom de Dieu et que vous soyiez son prophète, prouvez-le par des miracles où éclate sa puissance et qui justifient votre mission ! Sinon , vous n'êtes qu'un perturbateur de Tordre public et un contempteur de la loi. La réponse de Jésus montre qu'il comprend parfaitement leur raisonnement.

Il leur annonce, d une manière obscure, il est vrai, et qu'ils n'entendent pas, le plus grand de tous les miracles, celui qui prouve le mieux sa divinité, à savoir sa résurrection par sa propre puissance. Ce que signifiaient ces paroles : Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours. II voulait parler de son corps, qui était en effet un temple, puisque la divinité unie à Thumanité y résidait, comme elle habite aussi, suivant saint Paul,- en tout chrétien régénéré par le baptême et qui a reçu les dons du Saint-Esprit. Vos templum Dd estis, vous êtes le temple de Dieu (Cor-, III, H). Jésus veut dire, en effet : Je ferai parmi vous le plus grand des miracles et qu'un Dieu seul peut faire. Je le ferai par ma propre vertu, parce que je suis le maître de la vie, et que je la donne et la reprends à volonté. Vous détruirez le temple de Dieu, que je suis, en séparant par une mort violente mon âme de mon corps; et après que j'aurai expiré sur la croix et qu'on m'aura mis au tombeau, mon âme reprendra volontairement le corps qui en aura été séparé, et elle l'enlèvera victorieusement du sépulcre, où ma chair ressuscitée n'aura pas connu la corruption, suivant la parole de David (Ps., XV, 10).

Les Juifs s'imaginent qu'il parle du temple de Jérusalem, et Tabsurdité de cette prétention, qu'ils

lui attribuent, les révolte et augmente leur colère. Ses disciples ne le comprennent pas non plus, mais ayant foi en la parole de leur maître, et pensant sans doute qu'il a parlé en parabole ou prophétiquement comme il lui arrivait souvent, ils ne font aucune opposition à ce qu'il dit, attendant du temps et des événements l'explication de ce discours. Et en effet, dit saint Jean, plus tard, après qu'il fut ressuscité, ils se rappelèrent cette annonce et leur foi s'en accrut. Exemple salutaire qu'ils nous donnent, et que nous devons imiter quand nous rencontrons dans les livres saints des paroles ou des faits qui tious semblent obscurs, singuliers ou inintelligibles; car tout cela nous arrive en des choses qui surpassent notre raison, laquelle, confiante en ses lumières et prétendant se faire juge de tout, déclare aisément impossible ou absurde ce qu'elle ne comprend pas. C'est ainsi que beaucoup d'hommes de notre temps, où le sens propre est si exalté, rejettent les dogmes et les miracles de l'Évangile, tout ce qu'il y a de surnaturel dans le christianisme, dont ils vantent d'ailleurs la morale, sous le prétexte que ces miracles sont inexplicables et par conséquent inadmissibles pour un homme raisonnable ; comme si on ne leur avait pas dit cent fois, que le surnaturel, dogmes et miracles, étant l'œu^ vre directe de Dieu, en dehors et au-dessus des

forces et des lois de la nature, il est tout simple que rhomme naturel ne le comprenne point puisqu'il ne peut le produire. Ce qui serait étonnant, au contraire, c'est qu'il fût capable de l'expliquer et de l'opérer, et ce serait assurément un miracle plus grand que tous ceux qu'ils nient; car alors l'intelligence et la puissance du fini seraient adéquates à l'infini.

Mais nous, chrétiens fidèles, agissons en ce oas comme les apôtres. Lisons avec recueillement la parole sacrée, recevons-la dans notre cœur, étudions-la, pressons-la respectueusement par toutes les forces de notre esprit, et si, après cela, elle nous reste obscure et que la lumière ne s'en dégage pas, ne nous obstin6ns pas à la pénétrer incontinent, quand elle résiste k nos efforts. Attendons avec confiance que l'Esprit saint qui Fa dictée vienne nous l'interpréter par l'enseignement de l'Église, par la voix de ses ministres, par les écrits de ses docteurs ou par tout autre moyen dont Dieu se servira pour nous éclairer, quand cela lui paraîtra nécessaire. De cette manière, ne nous endurcissant pas dans notre raison propre par une vaine curiosité ou par vanité, mais au contraire rendant hommage à la profondeur infinie de la parole divine par notre humilité, nous nous mettrons dans la disposition la plus favorable à la réception de la lumière d'en haut, qui peut seule

l'expliquer. L'abnégation de notre volonté sera aussi une prière, qui en attirera puissamment les rayons.

Enfin il est écrit que plusieurs à Jérusalem crurent au nom de Jésus en voyant les miracles qu'il opérait; mais que cependant il ne se fiait point à eux. Ce qui confirme ce que nous avons expliqué ailleurs, savoir: que la foi la plus profonde, la. plus efficace, et aussi la plus agréable à Dieu, est celle qu'engendre dans les âmes l'action directe, la pure influence de la parole divine reçue avec amour et pénétrant l'âme de sa vertu, c'eSt-àdire par sa propre lumière sans avoir besoin de la preuve auxiliaire des prophéties ou des miracles, conmie dit le Psalmiste : Declaratio ser* ftwnum tuorura illuminât , et intellectum dat parvulisj la manifestation de votre parole illuuûne et donne de l'intelligence aux petits ( Ps. GXVni, 130).

C'est pourquoi Notre*Seigneur a dit : Vous avez cru, Thomas, parce que vous avez vu : heureux ceux qui croient sans avoir vu! (Jean, XX, 29) Or les miracles font voir la puissance de Dieu, et de ses effets manifestes il est facile de conclure que c'est lui qui les opère. En outre, beaucoup croient par les miracles dans l'espoir d'en profiter dune manière ou de l'autre. La multitude affluait autour de Jésus , parce qu'il guérissait ses ma*-

lades : et encore de nos jours, quand un miracle s'accomplit quelque part, la foule y accourt tout aussitôt, ayec le cortège de toutes les misères humaines dont elle espère être surnaturellemeut délivrée. Mais que ceux qui ne croyent qu'en vertu du miracle et par l'espérance d'en être favorisés soient trompés dans leur attente, leor confiance tombera, et ils se tourneront contre le thaumaturge, l'accusant d'impostures et le persécutant peut-être jusqu'à la mort. C'est ainsi qne les Juifs ont fait mourir la plupart de leurs prophètes, dont plusieurs opéraient des miracles, et que Jésus lui-même^ après avoir été exalté , glorifié par le peuple qui voulait le faire roi et le recevait en triomphe à son entrée à Jérusalem, a été abandonné même par ses disciples , livré à ses ennemis, Sagellé et crucifié. Ce qui ne veut pas dire que les miracles, comme les prophéties, ne soient pas des motifs très-solides de crédibilité en ce qui concerne la divinité de l'Évangile, et des causes très-efficaces de la foi en Jésus-Christ ; mais seulement, comnie il est écrit de Jésus qu'il ne se fiait pas aux Juifs, qni ne croyaient en son nom qu'à cause de ses miracles, ainsi la foi chrétienne, qui n'aurait pas d'antre fondement, serait incomplète. En d'autres termes, la foi la plus parfaite, la plus profonde et la plus vivante, celle qui est vraiment le don de Dieu, naît spontanément dans l'âme de l'action

immédiate de ia parole ou de la lumière divine, qui la pénètre, la gagne et conquiert son assentiment par leur union même, souvent sans Tiiitervention de la raison, et parfois même malgré elle. C'est ce que Notre-Seigneur appelait croire sans voir, et il déclarait heureuj^ ceux qui croient de la sorte.

Trois conseils pratiques sortent de cet Évangile :

l® Le respect dej la maison de Dieu, qui est une maison de prière, et non un marché, une place publique ou un salon. Toutes les affaires du monde, de quelque nature qu'elles soient, doivent en être éloignées, affaires d'intérêt, de plaisir, de vaine curiosité ou de vanité. Tout ce qui dans l'église ne se rapporte pas au service divin et à la prière est une profanation qui excite l'indignation de Jésus-Christ.

2<> Le respect de la parole sainte, même quand on ne la comprend pas, avec la confiance que l'intelligence nous en sera donnée un jour ou Tautre, quand et autant que cela nous sera utile.

30 Ne pas demander de miracles pour croire à la parole de Jésus-Christ, mais chercher la foi, qui est un don de Dieu, dans la vertu même de cette parole qui illumine et change les âmes.

PRIÈRE

Dieu tout-puissant, nous vous en conjurons, exau-

cesi 9Y9C bona notre pri^, et apr^ o^ms nvoir inspiré le dé»iT a^ectueuz de vous implorer, açcord^znouis.le secours de votre protection et défendoz-oous contre les ennemis de notre âme. Par notre Seigneur Jésus-Christ.

LE MÀfiDi m u ûuahuëmë immi.

Exod9. Zmi, 7.

s le Seigneur parla à Moïse et lui dit :

Alld descendez : votre peuple que vous avez

le la terre d'Egypte a péché. Ils se sont

i éloignés de la voie que vous leur aviez

rée : ils se sont fait un veau jeté en fonte,

'ont adoré, et, lui immolant des victimes,

•nt dit : Ce sont là vos dieux, Israël, qui vous

tiré de l'Egypte. Le Seigneur dit encore à

Je vois que ce peuple a la tête dLure.

z-moi faire, afin que ma fureur éclate

eux et qu^ je les eït^rmine^ et j^ vous

le chef d'une gra^e na^pn. Mais Udise

le Seigneur soo Dieu, disant : Seigneur,

uoi votre fureur s'allume-t-elle contre

peuple que vous avez tiré de la ten^e d'É-

e avec une grande force et une main puis-

te? Ne permettez pas, je vous prie, que les

yptiens disent : Il les a fait sortir adroije-

1 de r%ypte pour ^es tu^r dans }^ pipnt^-

gnes, et les exterminer de la terre.' Que votre colère s'apaise; et laissez-vous fléchir pour pardonner à la méchaticeté de votre peuple. Souvenez-vous d'Abraham, dlsaac et dlsraël, vos serviteurs, aui;quels vous avez dit en jurant par vous-njême: Je . multiplierai votre race comme les étoiles du ciel; et je donnerai à voire postérité toute cette terre dont je vous ai parlé, et vous la posséderez à jamais. Alors le Seigneur s'apaisa, et il ne fit point à son peuple le mal dont il l'avait menacé.

Admirons ici la boQté de Dieu, qui daigne converser familièrement avec son serviteur Moïse, qu'il a choisi pour tirer son peuple de la servitude de rÊgypte, et le conduire dans la terre promise, où doit se préparer le salut du monde. Au moment où il vient de proclamer ses commandements au milieu du tonnerre et des éclairs, les écrivant même de sa main sur des tables de pierre, pour frapper davantage les sens et Timagination de ces hommes charnels toujours prêts à retomber dans l'idolâtrie, il les voit profitant de Tabsence de leur chef pour se faire un veau d'or, à l'instar du bœuf Apis des Égyptiens, et se livrant k toutes sortes de jouissances grossières

autour de cette idole. Tant d'ingratitude après tant de bienfaits, tant d'obscurcissement, d'appesantissement d'esprit après les instructions si lumineuses de sa parole, provoc[ue son indignation; et il va jusqu'à dire à Moïse : c Laisse-moi faire, afin que je les extermine, » comme si la volonté d'un homme pouvait arrêter le Tout- Puissant dans ses desseins et dans ses œuvres.

Et cependant cette parole de^ Dieu, si pleine de condescendance pour Moïse, et qui, au premier abord semble une %ure, une exagération de langage, est vraie à la lettre. Elle énonce une grande vérité, qui fait ressortir l'immense bonté de Dieu et la grandeur de l'âme humaine. Oui, cela est très-vrai, Thomme peut empêcher bu suspendre l'éclat de la colère céleste allumée par le péché ; colère qui n'est autre chose que la réaction violente de la puissance divine contre ceux qui méconnaissent, méprisent ou combattent sa vérité et sa justice. Dès que la volonté de la créature se met en opposition avec les lois et les desseins de la Providence, elle sort de Tordre établi pour le gouvernement de l'univers, et à chaque pas qu'elle fait dans le désordre, elle rencontre à son tour la contradiction de celui qu'elle combat : et si elle persiste dans cette guerre impie, elle en éprouvera tôt ou tard les suites funestes et inévitables, la douleur, le malheur, la ruine et l'extermination.

Dieu dit en éBét k Moïse : Laii«se^iiioi léâ ettèt' minet : c^esiÀ-^he, laisse à là justice son cotifs fatal, et fle cheithè plus à le détourner pir tes sappUcâtioUè potir ce peuple ingrat, et en implorant stif lui la miséricorde , que je préféré à la justice.

n ikorf de Ih deux éoil^équences biett consolÀstdS, au milieu dti mal qui abonde dafis lé monde et qui devrait en entraîner la ruine, s'il n'y avait un moyen, donné par Dieu lui-même> d'en compenser les désordres, d*en neutraliser la puissance, d'en conjurer les tristes effets.

La première et là plus évidente, C'est que le repentir dn mal commis est un arrêt dans la voie de l'iniquité, qui commence à réparer le désordre en retournant vers Dieu l'âme pervertie; et quand cette Conversion ou ce retour est sincère et se réalise par des actes, bien que les suites du péché aient encore leur cours dans le monde où il a été posé, cependant l'indignation de Dieu s'arrête devant le cœur repentant, parce qu'au lieu der la révolte il y a en lui le désir secret de se técOncllîer avec le ciel. C'est pourquoi il est écrit .(Ps. 50, 17), Cor contriium et humiliatum, DèuSy non despicies, mon Dieu, vous ne mépriserez: pas le coeur contrit et humilié. Le coupable à désarmé devant Dieu, et aiûsi il ne peut plus y avoir en Dieu de colère ou de réaction vio-

DE LA QdATRIÈMÈ SEMAINE. 403

lénte oontfei xm ennemi qui demande merd, c'est* à-dire^ qui, lui rendant l'hommage de son ftme, ^ntre en grtee auprès de lui : Fâme devant ton*' fefoi^ subir pour satisfaire à la justiee une partie des suites de ^n péché^ et le réparer par Ve%^ piatioD.

La seconde conséquence, la plus profonde^ et dont nous trouvons «ici une applicatiod remar* quaBle^ est la solidarité des hommes entre ei|x comme membres de la même famille par la sa-^ ture et selon la grftce, ou la réversibilité de^ mé^ rites des innocents et des justes sur les méchants et les coupables, quand les premiers, inspirés par l'amour de Dieu et du prochain, invoquent la miséricorde divine pour les seconds, et même . s'offrent en victimes h la justice céleste pour ex" pier par leurs souffrances et par leur sang les fautes qu'ils n'ont point commises. Tout le chris-' tianisme est fondé sur cette réversibilité salutaire, puisque le Fils de Dieu, le Verbe divin ne s'est fait homme que pour expier les crimes des hommes, et les réconcilier avec son Père par cette expiation, qui a rouvert les voies de la misé-* ricorde après avoir satisfait à l'imprescriptible justice.

Moïse est ici une image du Christ, du Sauveur du genre humain. Lui aussi en ce moment sauve son peuple^ autant qu'il est en son pouvoir. Il in-

tercède en sa faveur auprès du Maître offensé, et quoiqu'il ait immensément à souffrir de ce peuple toujours ingrat et rebelle, et à cause de lui, il consent à tout supporter pour le conserver,, et il refuse généreusement l'offre que Dieu lui fait de lui donner une autre nation dont il sera le chef glorieux et plus heureux. 11 préfigure ici pair son dévouement le grand sacrifice du Messie futur; et en même temps il donne une grande leçon à -tous ceux qui gouvernent leurs semblables à un titre quelconque, à savoir qu'ils doivent être les serviteurs de ceux qu'ils dirigent, pour établir entre eux le règne de la vérité e\ de la justice, travailler de toutes leurs forces k leur bonheur, et au besoin se dévouer à leur salut. Tel est le principe fondamental de l'autorité selon Dieu, et qui vient de . Dieu,'principe enseigné à tous les puissants de la terre par ces paroles de Jésus-Ghrist à ses apôtres : c Le Ghris{ est venu en ce monde pour servir et non pour commander. Le plus grand d'entre vous sera le serviteur de ses frères (Matth., XX, 27). » Et il a fait ce qu'il a dit, en nous servant jusqu'à la mort.

Or, ce que Moïse a fait pour son peuple, ce que Jésus-Ghrist, dont il était la figure, a fait pleinement et parfaitement pour le genre humain, chaque disciple du Ghrist ou tout chrétien sincère doit l'accomplir à son tour, à l'exemple de son

divin Maître y et pour le suivre selon ses forces. Il y -en a qui le font héroïquement, et ceux-là sont les premiers disciples du Maître, parce qu'ils lui ressemblent le plus; car ils se dévouent aussi pour leurs frères, soit par le martyre du sang en témoignage de l'Évangile, soit par les labeurs et les sacrifices des œuvres de charité où leur vie se consume, soit par des mortifications volontairement^ acceptées et offertes en expiation de tous les crimes qui offensent Dieu et dégradent l'humanité, soit par des prières incessantes à la place d'une multitude qui ne prie jamais, ou par des louanges adressées à Dieu que tant d'hommes outragent et blasphèment. Peut-on douter encore de Futilité, de l'efficacité de telles prières en fav^r des pécheurs et pour attirer sur eux la miséri- • corde d'en haut en détournant ou suspendant la colère du ciel , quand on voit combien celle de Moïse a été puissante pour sauver Israël d'une extermination si méritée? Qui peut en douter en considérant Jésus, la victime divine, non-seulement instruisant les ignorants, guérissant les malades et ressuscitant les morts, mais encore rendant sans cesse gloire à son Père, lui rapportant tout ce qu'il fait, lui obéissant çn toutes choses, et supportant pour les hommes coupables qu'il veut sauver, même pour ses persécuteurs et ses bourreaux, toutes les douleurs de l'âme, de Tt s-

prit éfi dû corps, jusqu'aux angoisses de la mort la plus ignominieuse ?

Tout ce que Jésns-Chrifet a îàii ici-bas de son vivant doit se faîr$ de nouveau partout où soi Évangile ft été prêché, partout Où ^on Église dst établie; et de là les Institutions religieuses organisées par elle, et qui ont letir base dans la parole et surtout dans la Vie et la mort dii Sauveur; institutions de perfection, qtii appellent les chrétiens les pins fervents, à suivre da plus près leut Maître, en reproduisant à travers les siècles, et jusqu'à la fin du monde, dans son esprit et par l'accomplissement de ses préceptes et do ses conseils, Tidéal de la vertu dont il leur â laissé îoimodèle, 'toiis, sans doute, ne sont pas appelés ici-bàs à la pratique de cette perfection divine, et le plus grand nombre peut nïârcher dans la vdîe du salut sans y atteiûdre en Cette vie, quoique pour mériter k possession de Dieu tous devront y arriver un Jour ; car il est écrit que rien d'impur n'entrera dans le royatime du ciel.

Les saints sont donc ici-bas l'avant-garde de l'humanité sur la route du ciel. Us paraissent partout où k grâce divine abonde, partout" oîi la vertu de la foi' transfigure la raison humaine, et quand Tèsprit de DieU triomphe dans les âmes de Tespritdu monde. Les communautés religieuses •sont ordinairement les asiles de ces âmes d'élite,

de ces chrétiens privilégiés, de ces gardes d'honnear de Jésus -Christ; et surtout les ordres les plus austères^ qui dépouillent plus complètement rhomme de lui*mëme pour le restituer à^Dien, et par une mortification incessante de la yolonté, de l'esprit propre et du corps, le ridant plus à fond des choses de la terre, le rendent plus capable de recevoir et de goûter celles du ciel. Ces ftmes* deviennent comme les anges, puisque, suivant la parole de saint Paul (Phil., lU, 20), leur conversation est dans le ciel : et c'est pourquoi elles sont, par leur élévation, des intermédiaires entre la ciel et la terre qu'elles tendent à rapprocher et à unir par leurs prières et par leur amour.

D'où il suit encore, que les plus utiles de ces pieuses associations, bien qu'elles le soient toutes, ne sont pas celles que le monde pense, parce que le monde ne voit que le dehors, le bien du moment et surtout le bien matériel. Les plus profondément, les plus efficacement utiles sont justement celles qui paraissent à ses yeux ne rien faire, parce qu'elles se retirent dans la solitude, dai;is le silence, sans instruire les enfants, sans soigner les malades, sans s'occuper du soulagement des pauvres; œuvres excellentes, assurément, mais qu elle? ne sont point appelées à faire, comme dans un corps vivant tous les organes n'ont pas les mêmes fonctions, quoique tous coopèrent par leur

action à la vitalité et à la santé de l'ensemble. Mais, là aussi, ceux qui font le plus sont le moins en évidence : en sorte que, compie dans l'antique apologue, les membres pourraient accuser de paresse et d'oisiveté Testomac, la tête et le cœur, qui cependant, en paraissant ne rien faire, dirigent, animent et sauvent tout le reste. Ainsi des «âmes consacrées à la vie contemplative et à la prière. Elles sont le cœur, le foyer de l'humanité ; car, par leur aspiration incessante vers le ciel et leur ardente ^prière, elles entretiennent la communication de Dieu avec les hommes : vases purs, attirant la lumière et la rosée du ciel qu'elles répandent sur la terre pour la rafraîcliir et la féconder moralement. Gomme 'les hautes montagnes, dont les cimes dénudées semblent ne rien produire, en soutirant les eaux des nuages et les rassemblant dans leurs profondeurs, deviensnent les sources des fleuves bienfaisants qui vivifient à leurs pieds les vastes plaines et les peuples qu'elles nourrissent.

Évangile selon saint Jean, VII, 14.

Vers le milieu de la fête Jésus monta au temple où il se mit à enseigner. Et les Juifs s'en étonnaient disant : Comment cet homme con-

nalt-il les Écritures, lui qui n'a point étudié? Jésus leur répondit: Ma •doctrine n'est pas la mienne, mais la doctrine de celui qui m'a envoyé. Si quelqu'un veut fairp sa volonté, il reconnaîtra si ma doctrine est de lui, ou si je parle de moi-même. Celui qui parle de soimême cherche sa propre gloire; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l'a envoyé est dans la vérité et il n'y a point d'injustice en lui. Moïse ne vous'a-t-il pas donné la loi, et néanmoins personne de vous ne Taccomplit. Pourquoi cherchez-vous à me faire mourir? Le peu* pie lui dit : Vous êtes possédé du démon : qui cherche à vous faire mourir? Jésus répondit: J'ai fait une seule œuvre le jour du sabbat, et vous en êtes tous étonnés. Et néanmoins Moïse voîis ayant donné la circoncision, quoiqu'elle vienne des patriarches et non de Moïse, vous ne laissez pas de circoncire le jour du sabbat. Si un homme reçoit la circoncision le jour du sabbat, sans que la loi soit violée, pourquoi vous indignez-vous de ce que j'ai guéri un homme dans tout son corps le jour du sabbat? Ne jugez point selon l'apparence, mais selon ia

justice. Quelques personnes de Jérusalem disaient donc : N'est-ce* pas là celui qu'ils cherchent pour lui ôter la vie? Et voilà qu'il parle devant tout le monde, et ils ne lui disent rien. Est-ce que les magistrats ont dotic reconou qu'il est vraiment le Christ? Mais nous savons d'où est celui-ci, tandis que, quand le Christ viendra, personne ne saura d'où il est. Jésus donc criait à haute voix dans le temple, les enseignant et disant : Vous me connaissez, etvous savez d'où je suis ; et je ne suis pas venu de tnol-méme, mais celui qui m'a envoyé est véritable, et vous ne le connaissez pas. Pour moi, je le connais, parce que je suis de lui et qu'il m'a envoyé. Ils cherchaient donc à le saisir; mais personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n'était pas encore venue. Cependant plusieurs dans le peuple crurent en lui.

Notre-Seigneur nous apprend ici qu'il y a une science supérieure et vraiment transcendante , qui ne s'acquiert point, par Télude ni par les travaux de la pensée, mais qui est donnée d'en haut par

la commimication de la lumière céleste. C'est ce qu'on appelle la science infuse , et Tâme de Jésas en était remplie par l'union de son humanité avec la divinité. C'est pourquoi il n'avait pas besoin d'apprendre lès lettres humaines ni la science sacrée. Ce don de la science et de l'intelligence, donum scientisB et intellectûs (Is., XXXY, 7), a été accordé aux Apôtres envoyés pour instruire les nations, et à tous les saints qui ont reçu la mission d'enseigner les vérités éternelles. Aussi, saint ïhômas-d'Aquin, le docteur ângélique, qui, au témoignage de Jésus-Christ lui-même, avait bien exposé la doctrine du salut, benè de me scripsisH^ ïhoma, disait qu'il avait plus apprjs au pied du crucifix que datis tôUs lôs livres du. monde.

C'est donc là qu'il faut aller chercher la science par excellence, comme saint Thomas, comme Marie-Madeleine assise aux pieds de son maître, suspendue à ses lèvres , et oubliant tout pour l'écouter. Car par la prière , qui met Tâme en rapport intime avec Dieu, le rayon de la lumière céleste est attiré comme da^s un récipient qu'elle remplit, et d'où elle s'échappe ensuite pour éclairer les hommes par les canaux de la parole humaine. Alors celui qui enseigne n'est véritablement qu'un transmetteur de la lumière d'en haut ; il ne donne rien de lui-même, mais la vérité passe à travers lui

pour se répandre. Sa doctrine n'est donc pas k sienne, mais la doctrine de celui qui Téclaire, et il ne cherche point à s'en glorifier ; ce qui serait une injustice, parce qu'il s'attribuerait ce qui ne lui appartient pas, et déroberait à Dieu*sa lumière et sa gloire. La science humaine, au contraire, enfle toujours plus ou moins, comme dit saint Paul (1 Cor., VII, 1), parce que, à côté de la part de la vérité reconnue , dont l'homme évidemment n'est pas le maître , û y a celle de l'Qsprit, qui la découvre avec effort et l'expose avec son talent; et cette part, la plus petite en réalité, se grossit singulièrement aux yeux de la vanité de l'auteur, à cause du travail qu'elle lui a coûté et d'u succès qu'elle lui procure : ce qui le porte à s'approprier la vérité comme son domaine par la science, et ainsi le rend injuste envers Dieu dont il s'arroge le bien , et envers ses semblables qn il n'instruit que pour son profit.

Toutefois, même dans l'enseignement humain, on reconnaît les véritables savants à leur amour désintéressé du vrai qu'ils cherchent pour luimême, sans s'inquiéter de ce qu'il leur rapportera de gloire ou de profit : amour pur qui leur inspire le courage persévérant; de poursuivre la vérité au milieu de tous les obstacles . et à tout prix; puis, quand ils croient l'avoir trouvée, le désir ardent de la manifester parmi les honunes

et de la faire embrasser par tous. Beaucoup d'autres, au contraire, même des pins habiles, ne voient dans la vérité, ou du moins dans la science qu'ils en ont, qu'une mine à exploiter : et elle n'a de valeur à leurs yeux que par ce qu'elle leur rapporte. Ceux-là parlent d'eux-mêmes, ea? 5e ipsis^ et cherchent leur propre gloire, souvent moins que la gloire. C'est pourquoi, dit l'Évangile, il y a de l'injustice en eux, parce qu'ils tournent entièrement à leur profit ce qui ne leur appartient pas. Que serait-ce donc si les docteurs de la parole divine, les Apôtres des vérités étemelles visaient à s'en attribuer l'honneur ou le profit en instruisant leurs semblables : ee qui pourrait arriver par. la tentation de l'orgueil ou de l'avarice? Ce serait l'abomination de la désolation dans le sanctuaire, par une indigne exploitation des choses sacrées, transformant le don de Dieu en un vil instrument des jouissances de la terre.

a Ne jugez point par l'apparence, mais selon la justice, » dit Jésus à ceux qui l'accusent d'avoir violé la loi de Moïse, parce qu'il a guéri un malade le jour du sabbat; et en effet, ces juges aveugles et passionnés faisaient ce jour-là, pour leur âne ou leur bœuf, ce (fu'ils lui interdisaient de faire pour un homme ; ou plutôt , dans leur fureur de perdre Jésus-Christ , tout prétexte leur semblait '

414 LE MAËDI

bon pour Taccuser et le condamner. C'est potupquoi ils s'attachaient à la lettre de la loi et en négligeaient l'esprit, afin de le prendre par les apparences. Gela ne nous arrive-t-il pas quelcpiefois à l'égard de ceux qui nous déplaisent^ non paspeatr être pour travailler à leur ruine, mais au moins pour les discréditer dans Topinion des autres en leur imputant des torts imaginaires on en- exagérant leurs défauts ou leurs fautes? N'atons-nous pas un malin penchant à dénigrer nos semblables comme pour nous relever nous-mêmes, et notre premier mouvement fie nous porte-t-il point à trouver du mal dans ce qu'ils font où disent, s'il y en a quelque apparence, et surtout quand ils nous sont antipathiques? Nos jugements alors ne sont plus selon la justice, n'étant pas fondés sur la vérité reconnue, mais dictés par des interprétations partiales, et suggérés par une mauvaise disposition plus que par les choses elles-mêmes* Les conversations du monde sont pleines de ces paroles légères ou méchantes contre le prochain, que nous accusons ou tournons en ridicule le plus souvent sans le connaître, et d'après ce que nous avons entendu dire de lui par des personnes aussi mal renseignées que nous, peut-être aussi passionné»: on encore, ce qui est le cas le plus fréquent, ponr passer en société le temps Sans ennui, on l'assaisonne du sel de la médisance, sinon de la ca-

lomnie. « Celui qui ne pèche point par la langue, dit Tapôlre saint Jacques, est parfait (Jac, ni, 2). .

Où ttouve enfin ici un eixemplé de plus de la vêN satilité de Topitiion populaire, qtii loue ou blâtue suivant les impressions du moment, passant presque instantanément de ToTaiion à Feutrage, et prête à crucifier celui qu'elle a exalté tout à l'heure comme un satireur. Quand Jésus opère des mi« racleé et guérit leurs malades, les Juifs crient : Hosânnah au fils de David ; mais si les piiùces des prêtres l'accusent et le poursuivent comme un contempteur de Moïse, un violateur de la loi, ils crient : Toile,, toile; mettez-le en croix. En voyant Jésus sortir sain et sauf du milieu de ceux qui ont conàploté sa perte , ils sont disposés à re*connaître sa puissance, et l'erreur ou l'injustice de ses ennemis. Puis se rappelant qu'il est né parmi eux d'une famille qu^ils connaissent, ils nient qu'il soit le Christ dont personne ne saura l'origine. Ainsi, dans tous les temps, vacille et est ballottée la raison humaine en ce qui concerne les choses divines, jusqu'à ce que la lumière de là foi vienne Téclairer et la containcre : comme il est arrivé cette fois à plusieurs, qui, en entendant les explications données par le Sauveur, crurent en lui.

PRATIQUE

Ne parlons jamais en notre nom et comme pour imposer notre volonté ou nôtre opinion, mais toujours au nom de la vérité et de la justice, dont nous devons être les apôtres ou les ministres dans nos discours et nos actes ; et surtout ne dous en rapportons point la gloire ou le mérite en cas de succès. Ne nous laissons point séduire par les apparences quand nous avons à juger les autres, mais regardons au fond, selon l'esprit de la loi et sans la partialité de Taffection ou de Tantipathie. Restons neutres, tant que nous sommes ballottés par les vents contraires de l'opinion; mais dès que le souffle de la conviction et surtout de la foi pénètre en nous, ouvrons-lui toutes les voiles de notre âme qu'elle mènera sûrement au port. N'hésitons jamais à confesser notre foi par nos œuvres.

PRIÈRE

Nous VOUS demandons, Dieu tout-puissant, que l'observance exacte des jeûnes imposés en ce temps solennel nous procure up accroissement de piété et l'assistance continuelle do votre grâce. Ayez pitié de votre peuple, et accordez-lui dans votre clémence de respirer un peu au milieu des tribulations incessantes qn» l'accablent. Par notre Seigneur Jésus-Christ.

Isaie, 1, 16.

Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de devant mes yeux la malignité de vos pensées ; cessez de faire le mal; apprenez à faire le bien, cherchez la justice, secourez l'opprimé, protégez Forphelin, défendez la veuve : et après cela venez et discutez avec moi, dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme Fécarlate, ils deviendront blancs comme la neige, et quand ils seraient rouges comme le vermillon, ils deviendront blancs comme la laine la plus blanche. Si vous voulez m'écouter, vousserez rassasiés des biens de la terre. Que si vous ne le voulez pas, et que vous provoquiez ma colère ,. le glaive vous dévorera, parce que la bouche du Seigneur a parlé.

Au moment où va s'ouvrir le temps pascal, dans lequel nous devons nous réconcilier avec Bien, si nous l'avons offensé (et qui ne l'offense

pas d*une manière ou d'autre?), TÉglise nous indique par la voix d'Isaïe ce que nous avons k faire pour nous rapprocher de Dieu et nous unir à lui. Toutes les conditions du sacrement de pénitence sont indiquées dans ces paroles du prophète. Le sacrement est comme une piscine où Tâme souillée par le p^ché doit se laver pour redevenir pure; Lavez-vous, purifiez-vous, dit îsaïe.

Mais il ne suffit point de nettoyer l'extéfiefir; c'est rimpureté du dedans qu*U ùmt enlevi^, ^ comme Ta dit le Sauveujp : G^ n'eçt poipt ce qui entre da^s le corps de TJiomn^e qui le ren4 ippur, mais ce qui sort de son cœur, à savoir les sentiments haineux, les mauvaises pensées, les désirs criminels (Matth., XV, 12). C'est pourquoi le prophète dit aux Juifs : Otez de devant mes yeux la malignité de vos pensées. Car là est la racine du sial : et tant que vous ne l'avez point extirpée, le mal von» possède et vous dévora. Jé^is^Ghrist enseigné à ses discip}£S qu'on n*est pas «ealieqi^ut coupable pour faire matériellement le mal, mais même pour en avoir là pensée et le désir. Celui-là est adultère dans son cœur, qui convoite la femme de son prochain (Matth., V, 28).

La confession n'est donc sincère et efficace que si elle de3cepd dans ks profond/çurs de J'.espril e^ du cœur par un e?amen sérieiçu^ qui y ramasse toutes le9 traces du péché, même le? plus souter-

DE LA QbATRIËME SEMAINE. 419

raines, afin de les mettra an jour et au deb^rs; car Di#u voit le coenr dans tous ;qfes mouvements, et pas un des ressorts les plus cachés de nos actions ne lui échappe. Nous devons donc t4cher de faire disparaître de devant ses yeijx toute pensée maligne, tout produit du mal daos notre imfi. Puis, la bonne volonté de se séparer de l'injustice doit se réaliser et se confirmer par la cessation âfibctive du péché. Aussi le pénitent promet de s'ea ^st^ûr à l'avenir, et de f^ire ce qui sera en son pouvoir pour l'éviter; tout en désavouant celui qsi'il a commis, il s'engagea détester le mal fntur; Qt son repentir manifesté par s^s ayeux n*a de valeur qu'à cette ^condition accomplie avec perse* vérancef Sinon, U puri&cation n'est que passagère et superfi^elle, parce que la racine du péché reste a^ fond , principe toujours viyace d'un nouvel esaor du mal, souvent d'autant plus énergique que les rameaux en ont été coupés pour un temps, cenûae il arrive à un arbre qu'on taille pour le fairç^TQÎtre,

Ne point faire le mal est le premier degré de la owalisa^on : Ne fai^ point aux autres ce que tu ne veux pas qu'ils te fassent ; c'est la justice négar tivô. Au second degré on recherche la justice pour #Ue^mênie en voulant faire le bien. On s'efforce deTaocomplir en spi, et de la faire observer, au* '^nt qu'il est possible, autour de soi, là ou on a de

Tautorité et de rinfluence. Cherchez ce qui est juste, dit le prophète: c'est-à-dire, dans votre conduite et partout où votre action est engagée, nonseule aient ne faites rien contre les autres, rendant à chacun ce qui lui appartient, mais encore appliquez-vous dans votre goût de la justice et pour contenter votre conscience , à faire régner le bon ordre dans toutes vos relations , ne permettant jamais que votre intérêt prévale contre celui d'autrui , et tâchant en toute circonstance de faire la part égale entre vous.

Que si vous voulez être plus parfait, allez plus avant, et montez encore d'un degré. Apprenez à faire le bien, même quand la justice ne vous y oblige pas, et pour vous rendre utile ou même agréable au prochain. Secourez Topprimé, protégez l'oi^helin, défendez la veuve, quoique vous n'en ayez pas reçu la mission spéciale; et par cet emploi charitable de vos forces et de vos biens, qui sera une aumône en faveur de ceux qui en ont besoin, vous rachèterez vos péchés aux yeux de Dieu, ou vous amasserez un trésor de bonnes œuvres dans le ciel. Telle est en effet la pénitence ou Texpiation que le confesseur impose souvent au pécheur pour couvrir ses fautes et le remettre dans la paix de Dieu. Alors, dit le Seigneur, il vous est permis d'entrer en discussion ou en compte avec moi; car vous avez vraiment cherché à réparer vos

fautes, et vous pouvez^me présenter de quoi les compenser ou les effacer. Elles seront détruites par votre bonne volonté et en vertu de ma miséricorde ; ce qui préfigure l'efficacité de l'absolution donnée par le prêtre au nom de celui qui a porté les péchés du monde et dont le sang purificateur, rendant blanche comme la neige Pâme que le crime aurait rougie comme Técarlate, la remet en faveur auprès de Dieu, c'est-à-dire en état de grâce ou en mesure de recevoir tous les biens du ciel et de la terre, selon la manière dont le juge suprême voudra la récompenser. Le prophète ne parle ici que des biens de ce monde à cause du sens grossier des Juifs, qui ne comprenaient que cette sorte de rémunér^-tion, au point que les disciples du Sauveur eux-mêmes prenaient enéore ses promesses du royaume de Dieu dans le sens matériel, attendant de Favénement de leur maître la conquête et Tempire des nation^. Aux yeux des chrétiens, dont le baptême a fait de nouvelles créatures, capables de comprendre et de goûter les choses de l'esprit, les biens véritables promis par Jésus- Christ sont ceux de Tétemité, et le royaunie auquel ils aspirent n*est pas de ce monde mais au ciel.

433 ïjË urnssam

tvMnOê f «Ifo aau^ Jm», IX, 4.

Jé§w pê^^mt âenht to templQ vît uii Homm qui étaii aveugle de naissance, «t sas diseiplei lui demandèrent : Maître, qui a péché, lui, oa ses parents, pour qu'il naisse aveugle? Jésus répondit : Ni lui, ni ses parents, n'ont péché, mais c'est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il fout quie je fasse les œuvries de celui qui m'a envoyé, pepdaut qu'il est jour ; la nuit vient où personne ne peut opérer. Taat que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. Après avoir dit eela, il crachai terre ; et ayant fait de la boue avec sa salive, il oignit de c^tte boue les yeux de l'aveugle, ef Iwi dit ; Allez yous laver dans la piscine 4e Siioé (q^i signifie envoyé). Il y alU donc, ^'y 1|F4i ^ revint voyant clair. Alors ses voisins, et ceai qui l'avaient vu auparavant demander Faumône, disaient : N'est-ce pas celui qui était assis là çt qui mendiait? Les uns répondaient : G'est bien lui. D'autres disaient: Non, c'est quelqu'un qui lui ressemble. Mais lui, disait : C'est moi-même. Gomment vos yeux ont-ils donc été ouverts, lui

dettiandaient-ils? Il leur répondit: Cet homme qu'on appelle Jésus a fait de la botie^ en a oint mes yeux, et m'a dit : Allez à la piscine de Siloé et vous y lavez. J'y ai étéf je me suis lavé, et je vois. Ils lui dirent : Où est-il? Il répondit : Je ne sais pas. Alors ils îimènent auï pharisiens cet boiÊme qui avait été aveugle. Or cî'était le jour du sabbat que Jésus avait f^it cette boue et lui avait ouvert les yeux. Les pharisiens donc lui demandèrent aussi comment il avait tu clair. Et il leur dit : Il m'a mis de la boue sur les yeuXj je me suis lavé, et je vois. Quelques-uns des pharisiens lui dirent donc : Cet homme n'est point de Dieu, puisqu'il ne garde point le sabbat. Mais d'autres disaient i Comment un pécheur pourrait -il faire de ces prodiges? Et il y avait de la division entre eux. Ils dirent donc de nouveau à l'aveugle : Et toi, que dis-tu de celui qui t'a ouvert les yeux ? Il répondit : C'est un prophète. Mais les Juifs ne crurent point qu'il eût été aveugle, et qu'il fût d^evenu voyant, }nè([\jl*h ce qu'ils eussent fait venir èon père et sa mère, à qui ils demandèrent : Est-ce là votre flls, que vous dites être né aveugle?

Comment voit-il donc maintenant? Les parents leur répondirent : Nous savons que c'est là notre fils, et qu'il est né aveugle ; mais comment il voit maintenant, nous ne le savons pas, et nous ne savons pas non plus qui lui a ouvert Jes yeux. Interrogez-le ; il a de Tâge, qu'il réponde pour lui-même. Ses parents parlèrent ainsi, parce qu'ils craignaient les Juifs; car ils avaient arrêté entre eux que quiconque reconnaîtrait Jésus pour le Christ serait chassé de la synagogue. C'est pourquoi lés parents dirent : Il a de l'âge, interrogez-le lui-même. Ils appelèrent donc une seconde fois celui qui avait été aveugle et lui dirent : Rends gloire à Dieu : nous savons que cet homme est un pécheur. Il leur répondit : Si c'est un pécheur, je n'en sais rien : Je ne sais qu'une chose : c'est que j'étais aveugle, et que maintenant je vois. Ils lui dirent encore : Que t'a-t-il fait ? Comment t'a-t-il ouvert les yeux ? Il leur répondit : Je vous l'ai déjà dit, et vous l'avez entendu ; pourquoi voulez-vous l'entendre de nouveau ? Estce que vous voulez. devenir aussi ses disciples? Ils le chargèrent alors d'injures, et lui dirent

Sois toi-inême son disciple. Nous, nous sommes les disciples de Moïse. Nous savons que Dieu a parlé à Moïse; mais pour celui-ci, nous ne savons d'où il est. Cet homme leur répondit : Cela est étonnant que vous ne sachiez point d'où il est, et qu'il m'ait ouvert les yeux. Or, nous savons que Dieu n'exauce point les pécheurs ; mais si quelqu'un l'honore et fait sa volonté, c'est celui-là qu'il exauce. Depuis le commencement des siècles on n'a point entendu dire que personne ait ouvert les yeux à un aveuglené. Si cet homme n'était point de Dieu, il ne pourrait rien faire de semblable. Ils lui répondirent : Tu n'es que péché dès le ventre de ta mère, et tu veux nous faire la leçon? Et il^ le mirent dehors. Jésus apprit qu'ils l'avaient chassé, et l'ayant rencontré il lui dit : Croyezvous au Fils de Dieu? Il lui répondit : Qui estil, Seigneur, afin que je croie en lui ? Jésus lui dit : Vous l'avez vu, c'est celui-là même qui vous parle. Alors il dit : Je crois, Seigneur : et, se prosternant, il l'adora.

Le mal physique, c'est-à-dire la douleur du

corps, la ïûâladiô et la mott, vîeflt orîgifiairemefit du mai mC^Al, pfUiscfne d'est le péché qui la produit. Nos premiers parents se le ôonnaissaient point avant leur faute, et de cette source funeste, ouverte par leur désobéissance, sont sortis tous les maux de l'humanité. On peut donc dii*e que tout mal en général dérive du péché ; mais ûon pas toujours du péché de celui qui le subit, ni de celui de ses parents. C'est pourquoi il y â deux sortes de péchés, l'originel et l'actuel. Par notre fliissanee nouft sommes solidaires du premier, et nous en portons les suites d*une manière fatale, puisqu'il a vicié la natufe humaine qui est en nous; mais nous ne sommes, à proprement parler, coupables que du second, qui est seul Teffet de notre liberté. C'est pourquoi Dieu, dans sa bouté, a daigné briser, par le miracle de la Rédemption, la fatalité ûioftelle qui pesait sur le gedre hmûain tout entier .' et sa miséricorde se plaît aussi parfois à guérir par des miracles particuliers lesafflictioiis physiques ou morales des hommes, ahn de manifester sa puissance au milieu d'eux, et de les porter par ces coups d'éclat à le réconnaître , à l'adorer et à le suivre pour leur propre bonheur, et sans qu'on voie d'abord en ceux qui sont l'objet de ces grâces ce qui pouvait les rendre dignes de cette préférence ou les préparer à un pareil bienfait. Ainsi, dans le cas présent, l'aveugle de nais-

sancô te court pas aptes Jésus-Christ, coïnïùé cet atitre avetigle qui le poursuivait de ses supplications, en lui criant : * Fils de David! ayez pitié de moi : >» ce qui indiquait en lui un Vîf mouvement de foi. Celui-ci n'eu donne aucun sigùe avant d'être guéri; c'est tnême Jésus-Chrièl qui pfend Tinitiative, en le Rencontrant sur son chemin. Il ne fait que téagir à la grâce qui vieiït le chercher, sans avoir rien fait pour l'attirer, et -c'est seulement quand la vertu du Sauveur Ta touché, que sa foi s'allume , et qu'il confesse le Fils de Dieu et Tadore sur la parole de Jésus lui disant : « Le Fils de Dieu I d'est moi qui te parie. ^ Cet aveugle re-

. çoit donc gratuitement un double bienfait, là guérison'dè son corps et celle de soù âïne. La lumière étemelle Téclaîre de deux mànièrei^, au physique et au moral : et ainsi son infirmité, ^ui n'était pas la suite de son péché ni de celui de ses parents, lui tourne à profit par la miséricorde divine et parce qu'elle sert à faire éclater en lui et par lui la présence de l'Éternel dans ce monde.

Tous les miracles de Jésus-Christ ont celte fin, hièn qu'en tous elle ne paraisse pas aussi clairement; car la mission de Jésus était d'éclairer et de sauver tous les hommes, et non dé soulager,

.de gtlérif ou de ressusciter quelques individus. Ainsi de la résurrection de Lazaï-e. Le Sauveur

-pouvait frès-^bien, comme lui dit Marthe, Te

pêcher de mourir, en arrivant à temps auprès de lui :-« Seigneur, si vous aviez été là, il ne serait pas mort (Jean, IX, 23). » « Il ressuscitera,» lui répond Jésus. Et il a voulu en effet lui rendre la vie, pour manifester sa puissance surnaturelle. D l'a laissé mourir, sachant bien qu'il le ressusciterait, à la stupéfaction de tous, afin de les saisir tous et de les tourner vers Dieu parce miracle, et non pas seulement pour la consolation de ses sœurs et de ses amis. Ce qui nous enseigne que dans toutes nos œuvres nous devons opérer comme le Maître, toujours pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, et que tous les moyens employés à servir et à aider nos semblables, aumônes, soins de malades, visites des pauvres, instruction des ignorants, paroles de consolations aux affligés, de sympathie à ceux qui souffrent, actes de charité sous toutes les formes, doivent tendre à. cette fin dernière, qui leur donne seule une valeur durable et une véritable efficacité.

L'aveugle-né de l'Évangile représente, selon les Pères, le genre humain, qui naît dans l'aveuglement de l'esprit depuis la chute de nos premiers parents, et que Dieu a voulu guérir de sa misère malgré son ingratitude et par un pur effet de sa miséricorde. Les moyens employés par Jésus pour ouvrir les yeux de Taveugle-né figurent ce que le Verbe divin a fait pour sauver l'humanité. U

poussière qu'il ramasse à ses pieds représente la chair, tirée du limon de la terre qu'il a daigné revêtir. Il en fait de la boue en la mêlant à sa salive ; et, par ce mélange, cette boue s'imprègne d'une vertu divine : comme le corps pris dans le sein de la Vierge, uni à Tâme de Jésus et à sa divine nature, participe à tous les attributs de la divinité, et devient, par cette communication, capable de guérir tous les maux de la terre. Puis la salive, qui est la sécrétion de la bouche, figure la puissance de la. parole qui s*y forme , parole toutepuissante dans la bouche du Fils de Dieu, et qui se répandra par tous les moyens d'expression sur ceux qui la recevront avec foi, pour les instruire et les guérir, c'est-à-dire pour les délivrer de toutes les infirmités de l'esprit et du corps. Enfin il est dit à l'aveugle d'aller se laver dans la piscine de Siloé, qui achèvera sa guérison; comme tous ceux, qui recevront la parole de Jésus, et qui croiront en lui, devront être régénérés dans les eaux du baptême et mis en rapport avec la lumière étemelle.

On ne peut lire ce récit évangélique sans être frappé du contraste de la simplicité de l'aveugle guéri , et qui le dit d'une manière si naïve à tous ceux qui l'interrogent, même aux ennemis les plus ardents de son sauveur, et malgré leurs menaces, avec la duplicité des pharisiens, déterminés à nier

4â0 LE MERGKEDI

le ffliraclê afin de faire passer Jéêilâ p(mt nu imposteur^ oa tout an moins pont tili ôôtitempteurde la loi. Ils prélefident d'abord que cet homme ft*a jamais été avéH^le, et qm c'est un autre. Ils fofit tenir ses parents pour s'assurer de son idÊtitité^ et lés interrogent ateo anxiété, aveè obstination; ptlis^ sur leur affirmation que c'est bien letr fils, ils font oomparaitre de notiveàu Tavetigle^ Tinter-» rôgeant une seeonde fois, en Ini disant du mal dé dflni qui Ta guéri. Ils lui redemandent encore ce qu'il lui a fait pour lé guérir, et quand cet homme leur répond qu'il serait bien étôiiûftnt que eehi qui &it de pareilles ôhoses ne fût pas un honmie de Dieu, ils l'insultent et le dhassent de la syna^ gogue.

Et cependant le miracle était patent I II avait été opéré devant tout le peuple^ et celui qui en était le sujet le publiait à haute voiJ[, répétant nahement à cent qtii lui demandaient Comment il atait été guéri : Il a fait de la boue, en a oiflt mes yeux et m'a dit d'aller me laver à la pisditiô de Siloé. J'j ai été, je me suis lavé, et je vois. JVIalgré de telles affirmations et ces preuves éclatantes, leè pbArisiens ne veulent pas y crdre, patce qu'ils ont intérêt à le nier, et que, si Jésus est reconûu par le peuple pour un prophète, son crédit auprès de la mald* mdé ta s'aôtroître, et le leur diminuer. Les reproches d'hypocrisie, d'avarice, et d'orgueil qu'il leur

DE LA QîfA'êaàHE SEMAINE. tël

n idreç^ës publiqi»»mwt lauF o&i lm»é mimv^ 996 pFoi^pào bla^s^a, que se mort seul^ pcmrr» ^eatriser, et i\ leur faut absolument nu prétexte ppur r^Mi^user et le faire mourir. Cette soff de veQg^auee, oette fureur de le perdre pour se dé-^ barrisser de lui/ les rend aveuglés sur tout le reste, ou les porte à tout interpréter en ^mauvaise p^Lrt dans se^ actions; et le miracle, qu'ils n# peuvent nier» quoi qu'ils fassent, et qui vient d'ouvrir les yeux du corps k un homme privé de la lumiière du jour, leur fenne, à eux, les yeux de râm#, et le§ rend insensibles è eelle de U vérité,

C*eà\G» qoi arrive enooredi» nos jours à.tous ceux qui ressemblent, au moins par l'incrédulité, aux pharisiens et aux seribes d'Israël . Quand un miracle a lieu, si bien constaté qu'il soit, ou ils nient la possibilité du miracle en général, et ainsi la réalité •de celui qu'on leur rapporte, ou bien, s'ils n'osent fjler jjgLsquOf^là, ce qni est par trop déraisonnable quand on reconnaît l'Être suprême et sa tout&-puiii* sasee, alors ils disputent de loute mwaière sur le fait accompli, et ils y mettent de telles conditions pour le rpndre croyable, qu'ils trouvent toujours moyen de Iç contester d'un cOté ou de l'iaiitre. Nos philosophes mpd^meS| mémo o^ui^ qui se vantent d'être spiritualistes, ne croyajit qu'à leur raison ei à ses moyens de connaître; ^ refusant par suite

d'admettre comme vrai tout ce qu'elle ne peut expliquer, et par conséquent le surnaturel, en sont, sous un certain rapport, au même point que lés Bocteurs de la loi du temps de Jésus. Ils ne croient pas au Fils de Dieu fait homme, au Verbe incamé, au Sauveur des hommes, parce qu'ils ne veulent pas y croire ; et ils n'y veulent pas croire,* parce que sa puissance les surpasse, que sa lumière confond leur science, et que sa doctrine les gêne. • Tolky toile! ctucifige eum! Tuez-le, tuez-lel* qu'il soit crucifié! Voilà ce que le jfeuple juif se nût à crier contre le Christ, à l'instigation des savants d'alors : et c'est encore ce que les savants d'aujourd'hui, qui leur ressemblent, voudraient faire crier aux peuples chrétiens, en les aveuglant sur les bienfaits de Dieu et les ameutant contre leur Sauveur.

PRATIQUE

0 Jésus, je confesse que vous êtes la lumière du monde, et que vous avez rendu à mon âme aveuglée par le péché la lumière du Ciel. Dans les sacrements que vous avez institués dans votre Église pour guérir tous les maux de Pâme et du corps, vous vous servez d'un peu de boue, ou d!un élément de la terre qui en est la forme, et de la parole de votre bouche qui y- met la vertu de votre esprit, et cette vertu passe dans notre âme par l'onction faite sur le corps, par ie rayon de votre grâce qui le pénètre. Par là s'opèrent

les jours des miracles de guérison , de régénération, de résurrection, et il est doux à ma reconnaissance et à mon amour de publier hautement les effets ineffables de votre miséricorde , les manifestations éclatantes de yetre puissance en face de vos ennemis d'aujourd'hui, de vos calomniateurs du dix-neuvième siècle; comme l'aveugle-né auquel je ressemble par mon aveuglement d'autrefois, et par la vue de la lumière divine que vous m'avez rendue, vous confessait avec simplicité , avec gratitude , .avec enthousiasme, devant les blasphémateurs de votre divinité et au péril de sa vie.

PRIÈRE

Que les oreilles de votre clémence, 6 mon Dieu, s'ouvrent à nos prières, à nos supplications, et afin que vous exauciez nos vœux, faites que nous ne vous demandions que ce qui vous est agréable. Par notre Seigneur Jésus-Christ.

Ll JEUDI DE LA QUATRIEME SEMAINE.

4» Itm éM Roit, I?, 25.

Une femme de Sunam alla chercher Elisée sur la montagne du Carmel, et Vhonmie de Dieu l'ayant aperçue qui venait à lui, dit à Giézi, son serviteur : Voilà cette Sunamîte; allez donc au-devant -d'elle, et dites-lui : Tout va-t-il bien chez vous? Votre mari et votre fils vont-ils bien ? Et elle répondit, très-bien. Alors, s'étant approchée de l'homme de Dieu sur la montagne, elle se jeta à ses pieds, et Giézi voulut l'éloigner. Mais l'homme de Dieu lui dit : Laissez-la : son âme est dans Tamertume, et le Seigneur me l'a caché et ne me l'a point fait connaître. Alors elle lui dit : Ai-je demandé un fils à mon seigneur î Ne vous ai-je pas dit : Ne me trompez point î Elisée dit à Giézi : Ceignez vos reins, prenez mon bâton dans votre main, et allez. Si vous rencontrez quelqu'un, ne le saluez point, et si quelqu'un vous salue, ne lui répondez pas : et vous mettrez

LE JEUDI DE LA QUATRIÊîdE SEMAINE. 43&

mon bâton sur le visage de l'enfant. Mais la mère de l'enfant dit : Vive le Seigneur et vive votre âme, je ne vous quitterai point. li se leva donc et la suivit. Cependant Giézi était allé devant eux, et il avait posé le bâton sur le visage de l'enfant. Mais ni la parole ni le sentiment ne lui avaient été rendus. Il retourna donc au-devant de son maître, et lui dit : L'enfant n'est pas ressuscité. Elisée entra dans la maison, et il trouva l'enfant mort étendu sur son petit lit. Il ferma la porte sur lui et sur l'enfant, et il pria le Seigneur. Puis il monta sur le lit, et se coucha sur l'enfant. Il mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses mains sur ses mains; il se coucha sur lui, et la chair de l'enfant fut échauffée. Il descendit du lit, et fit* deux tours dans la chambre ; puis il remonta sur le lit et se coucha de nouveau sur l'enfant. Alors l'enfant bâilla sept fois et il ouvrit les yeux. Elisée appela Giézi et lui dit : Appelez cette Sunamite. Elle arriva auprès de lui, et il lui dit : Prenez votre fils. Elle se jeta à ses pieds, l'adora ; et ayant pris son fils, elle sortit. Elisée retourna' en Galgala.

Remarquons d'abord dans ce récit la recom* mandalion faite par le prophète à son serviteur de ne saluer personne et de ne point répondre au salut des passants, en allant remplir auprès de l'enfant mort de la Sunamite la mission qu'il lui donne. C'était une mission bien grave, puisqu'il devait sur la parole d'Elisée , instrument lui-même de la puissance divine, porter la vie à cet enfant, ou da moins la vertu d'en haut qui pouvait la rappeler. 11 fallait donc qu'il fût tout entier, au dedans comme au dehprs, à l'œuvre miraculeuse qu'il était chargé d'accomplir, de peur qu'aucune influence étrangère , en' le troublant ou le distrayant, ne le rendît incapable de transmettre ce qu'il avait reçu du prophète. C'est pourquoi il lui est enjoint de ne communiquer avec personne, pour ne pas dissiper la jertu surnaturelle dont il était le porteur, et qui devait toucher le corps de l'enfant par le bâton dif prophète, et afin que cette vertu pénétrât pleinement dans le mort; comme un canal, établi pour conduire au loin l'eau d'une source, ne remplit bien sa fonction que s'il ne la laisse échapper par aucune fissure dans le trajet qui va au terme ; ou, pour employer une compa* raison plus frappante encore, comme l'électricité, qui transmet la pensée à travers l'espace, n'en reproduit exactement les signes au point d'arrivée, que si la communication par le fil conducteur n'est

point interrompue par un détournement ou une déviation du fluide.

Dans une situation encore plus solennelle que celle de Giézi, le serviteur du prophète, rÉgUse commande aussi à ses ministres de ne saluer personne sur leur chemin, et de ne point répondre aux saints. C'est quand ils ont l'honneur de porter aux malades ou aux mourants, non plus seulement le bâton d'un prophète, mais le roi des prophètes, le Fils de Dieu présent au saint sacrement, le corps et le sang du Dieu fait homme; et cela tant par respect pour le Dieu qu'ils portent, que pour rester uni à lui par le recueillement le plus profond, et joindre toute l'ardeur de leur prière à la puissance de Celui qui est la vie même, et qui peut seul vivifier les âmes et les corps.

Il doit en être de même, à un certain degré, quand nous allons faire ou dire quelque chose, où l'Esprit divin, que nous avons invoqué, doit nous éclairer et nous soutenir. Gardons-nous alors, après l'invocation du secours d'en haut, et la préparation à notre œuvre sous l'influence de la prière, de nous dissiper avant d'entrer en action, par des distractions ou des affaires du dehors, qui, en entraînant ailleurs l'attention, changent la disposition de l'âme qu'elles remplissent de pensées étrangères, en môme temps qu'elles la dépouillent de la lumière et de la force d'en

haut dont elle était revêtue. Nous ne sommes plus alors les dispensateurs fidèles, comme le veut l'Apôtre (I Cor. IV, l)*des grâces attirées par la prière : et les eaux salutaires qu'elles avaient amassées dans notre cœur, et qui devaient se répandre par nos œuvres ou nos discours, s'échappent par toutes sortes de brèches et laissent notre esprit h sec, vide et sans vertu. Je ne sais s'il arriva quelque chose de semblable à Griézi pendant qu'il se rendait auprès du mort. Peut-être n*observat-il pas scrupuleusement la défense de son mdtre ; et ce qu'il fit plus tard, dans une autre occasion, pourrait le faire croire. Mais ce qui est certain, c'est que, quoiqu'il eût appliqué le bâton du prophète sur le visage de. l'enfant, il revint dire à son maître que le mort n'était point ressuscité.

Plusieurs docteurs attribuent l'inefficacité de sa mission au peu de foi de la mère, qui ne crut pas pleinement à la parole d'Elisée, pensant sans doute que l'imposition de son bâton sur le visage de son fils par la main de son serviteur ne suffirait pas à rendre la vie au mort; et dans le donte, insistant avec opiniâtreté pour que le prophète s'y rendît en personne , l'y contraignant même par serment, et avec menace de ne point le quitter, jusqu'à ce qu'il eût fait ce qu'elle voulait. La foi de cette femme était en effet imparfaite, et en quelque sorte matérielle, puisque, ne se fiant pas

à k parole du prophète, elle croyait sa présence nécessaire à raceomplissement dit miracle : comme la foi de Moïse faiblit quand il frappa par deui fois le rocher de sa rerge, au lieu de lui parler en la lui présentant comme le Seigneur Tavait ordonné. La fdi parfaite, celle qui sauve, ne doute pas, ne tergiverse pas devant la parole de Dieu ; elle croit contre toute raison de croire, et espère contre toute espérance. G^est la foi d'Abraham, cpii va sur Tordre de Dieu sacrifier sur la montagne son Isaac, sur lequel reposent toutes leapro* messes du ciel; c'est la foi è,es apôtres auxquels Jésus dit : Suivez-moi ; et qui abandonnent tout aussitôt leur maison, leur famille, leurs barques et leurs filets pour le suivre; c'est la foi de Matthieu, qui quitte son comptoir et son argent sur un mot de Jésus; c'est la foi de Saul, qui, éclairé par la lumière du ciel, et renversé par le coup de 1^ grâce, s'écrie : Seigneur, que voulez-vous que je fasse? C'est la foi de Marie Madeleine qui, dès qu'elle a reconnu son Sauveur, le seul objet digne de son amour, laisse tout pour aller se jeter à ses pieds, renonce k tout pour l'aimer et le servir; et plus tard, quand le Seigneur daigne visiter sa maison, reste immobile, suspendue à ses lèvres, et buvant sa parole, pendant que Maçthe, sa sœur, s'agite pour le bien recevoir. C*est enfin la foi du Centurion, qui, tout païen qu'il était, croyait telle-

ment en la puissance surnaturelle de Jésus-Christ, que, à rencontre de la Sunamite, qui voulait la présence d'Elisée, il ne lui demande qu'une parole pour guérir son serviteur, et ne veut pas qu'il prenne la peine de venir lui-même : Seigneur, dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. Expression de foi si vive, si pure, si complète , que Jésus dit en Tentendaiit : En vérité , je n'ai point trouvé une telle foi en Israël (Matth., VIII, 10)! C'est pourquoi TÊglise nous fait prononcer ces mêmes paroles au moment où elle nous présente au banquet sacré le pain descendu du ciel , qui nourrit , guérit et ressuscita les âmes; parce que nous ne pouvons mieux confesser notre foi en Celui qui par une seule parole change pour notre salut le pain en sa chair et le vin en son sang. C'est en effet le plus grand acte de foi du chrétien, et toute la religion y est comprise.

Elisée emploie ici, pour ressusciter le fils de la Sunamite, à peu près les mêmes moyens que son maître Éhe dans un cas semblable. Nous avons montré comment les Pères voyaient dans cette résurrection une figure de celle du genre humain, opérée par le Verbe divin, qui a daigné s'abaisser jusqu'à nous en se faisant homme, et se proportionner à notre mesure, à noire faiblesse, en se rendant en tout semblable à nous, excepté par le

DE LA QUATRIÈME SEMAINE. kkl

péché ; faisant pour ainsi dire coïncider sa vie avec la nôtre» mettant ses yeux sur nos yeux» c'est-àdire sa lumière sur notre aveuglement, sa bouche sur notre bouche pour nous insuffler son esprit et sa parole, ses mains dans nos mains, comme à des ministres de sa puissance qui n'agissent que par lui, et nous couvrant enfin de toute sa personne pour nous communiquer avec sa divine chaleur la vie de Tétemité.

Évangile selon saint Lac, VII, il»

Peu de temps après, Jésus se rendit à une ville appelée Naïm, et ses disciples raccompagnèrent avec une grande foule de peuple. Mais comme il approchait de la porte de la ville, il arriva qu'on portait en terre un mort, le fils unique de sa mère, qui était veuve, et un grand nombre d'habitants de la ville suivaient le convoi. Dès que le Seigneur l'aperçut, ému de compassion pour elle, il lui dit : Ne pleurez pas. Puis, il s'approcha, et toucha le cercueil. Ceux qui le portaient s'arrêtèrent. Alors il dit : Jeune homme, je vous le commande, levezvous ! Et le mort se leva sur son séant, et se

mit à parler; et Jésus le rendit à sa mère. Tous furent saisis de frayeur, et ils glorifiaient Dieu eu disant : Un grand pî*ophète a paru au milieu de nous, et Dieu a visité son peupla.

« Ce passage de l'Évangile, dit saint Ambroise (lib. V Comment in Luc, cap, vu), se rapporte à une double grâce ; et pour que la douleur de cette veuve ait ainsi touché la miséricorde divine, nous pouvons penser que dans cette mère si désolée par la perte de son fils, et à laquelle la foule qui suivait le cercueil témoignait tant d'intérêt, il y avait aux yeux de Notre-Seigneur plus qu'une femme ordinaire, pour mériter d'obtenir par ses larmes la résurrection de son fils. C'était l'image de l'Église qui, par le spectacle de sa désolation, rappelle à là vie le jeune peuple de Dieu, c'est4ldire les nations assises dans l'ombre de la mort ou étendues dans un cercueil, comme l'enfant de Naïm ; et Jésus lui défend de pleurer, parce qu'il va ressusciter. »

Saint Augustin, entrant dans, le même sens, dit (Serm. 44 de Ver^bo Domini) : « La pauvre mère est pleine de joie de la résurreclion de son enfant. De même l'Église, notre mère, se réjouit des hommes qui ressuscitent tous les JQurs spirituellement dans son sein. Le fils de la veuve était

mort par le eorps : les antres étaient morts par l'âme. La mort dn premier était visible et pleurée visiblement : la mort des antres était invisible, et on ne la déplorait point an dehors. Mais celni qni cozmatt les morts les a cherchés dans lenr cercaeil; car celni -là seul connaît les morts, qni pent faire des vivants ; et s'il n'était pas venu pour ressusciter les morts, TApôtre ne dirait pas : Lèvetoi, toi qui dons an milieu des morts, et le Christ t'illuminera. Nous ne voyons dans les Évangiles qne trois résurrections opérées visiblement par le Sauveur : il en fait invisiblement des milliers. Sans doute il en avait ressuscité davantage, puisqu'il est écrit que si l'on racontait tout ce qu'il a fait, le monde n'en pourrait contenir les volumes (Joan. X^tl, 25). Mais ce n'est point en vain que trois de ces résurrections sont rapportées ; car notre Seigneur Jésus-Christ voulait que ce qu'il faisait corporellement fût compris d'une manière spirituelle. Il n'opérait pas des miracles pour les miracles, ni pour exciter l'admiration de ceux qui les voyaient , mais pour leur faire comprendre la vérité qui y était contenue. Comme celui qui voit les lettres d'un beau manuscrit sans savoir les lire, loue la main de Téorivain et admire la beauté des caractères , mais ne comprend point ce qu'ils signifient, louant la forme qui frappe les yeux, mais ne saisissant point l'esprit; tandis que celui

qui sait lire admire à la fois l'art de l'écriture et la profondeur de la pensée ; de même les spectateurs des miracles de Jésus, qui n'ont point compris ce qu'ils signifiaient, n'ont admiré que des faits sans en pénétrer le sens, tandis que les autres, tout en admirant les faits, ont saisi la vérité qu'ils expriment. Ainsi devons-nous être dans Técole du Christ. »

Ainsi , d'après cette interprétation qui est en général celle des Pères, la mère désolée, que Jésus console en lui rendant son fils, ne serait pas seulement une femme de Naïm, mais figurément l'Église qui a souvent à déplorer la mort spirituelle de l'un ou de Pautre de ses enfants, et aussi toute mère chrétienne qui pleure l'incrédulité ou les désordres d'un fils éloigné de Dieu. L'Ëglise adresse sans cesse des supplications au ciel pour les chrétiens infidèles qui, par indifférence, par le doute, par orgueil ou par l'entraînement des passions, marchent dans la voie de la perdition, et vont au sépulcre de leur âme comme un mort porté en terre. La mère chrétienne, qui voit son fils s'enfoncer dans cette funeste voie, sachant où elle aboutit, pousse sans cesse des gémissements, verse des larmes avec des prières, et ne peut s'empêcher de le suivre jusqu'à un certain point dans cette route fatale, poussée par l'amour maternel, espérant toujours qu'il lui sera rendu.

La foule qui raccompagne dans l'accomplissement de ce devoir, c'est d'un côté l'universalité des fidèles qui prennent part aux prières de TÉglise, k toutes les observances de son culte, ce que le symbole appelle la communion des saints; et de là, l'immense efficacité de la prière <;onmiune : de Tautre, ce sont beaucoup de bonnes âmes qui s'unissent en de pieuses associations pour la conversion des pécheurs , ou bien des âmes amies qui sympathisent avec la mère affligée ^t la soutiennent de leurs prières. Cette masse de supplications, cette sainte conjuration de pieux désirs, de vœux ardents qui tendent au salut d'une âme, touchent le cœur de Jésus-Christ quand ils arrivent jusqu'à lui, et ils ne manquent point d'y parvenir s'ils partent d'un cœur sincère, dévoué à la gloire de Dieu et au bien du prochain. Alors, de cette compassion du sacré cœur du Sauveur, comme d'un foyer d'amour, sortent deux rayons lumineux : l'un qui va au cœur de la mère, et arrête ses pleurs par le pressentiment secret d'une grâce accordée, une voix mystérieuse lui disant au dedans : Ne pleure plus, ton enfant est sauvé ; l'autre tombe sur le cercueil, c'est-à-dire sur l'âme morte, qu'il touche comme Jésus a touché la bière du fils de la veuve, et l'empêche d'aller plus avant. Alors le mort s'arrête ; ceux qui le portaient en terre deviennent immobiles, c'est-à-dire

ses sens, ses passions, son imagination, son esprit faussé on fasciné, sa volonté asservie on pervertie cessent tout à coup de TentraîneF à sa perte; et par derrière toutes ces choses, qui lui avaient été données comme des moyens du bien et dont il a fait des instruments de ruine, tombent aussi comme par enchanteipent les funestes influences des mauvais esprits qui l'avaient séduit et asservi pour le perdre. Tous s'arrêtent en même temps, étonnés, effrayés devant cette lumière du ciel qui leur fait obstacle ; et dans Tâme du pécheur, c'est-à-dire au plus profond de la mort, dans l'intérieur même du cercueil, se fait entendre cette, voix du Sauveur : Lève-toi, mort, je te Tordonne. iJève-toi, toi qui dors, sors du milieu des morts, et le Christ t'illuminera. C'est la parole dite à Lazare dans son tombeau : Lazare^ veni foras. C'est encore la parole inspirée à l'enfant prodigue au plus profond de sa misère et dans sa contrition : surgam, et ibo ad patrem meum. Je me lèverai et j'irai vers mon père (Luc, XV, 18). Ils se lèvent en effet tous les trois : Lazare du fond de sa tombe ; le fils prodigue de son fumier ; l'enfant de la veuve de son cercueil.

Tous les trois sont l'image du pécheur, qui, par la motion de la grâce qui le pénètre et le soulève, fait un effort généreux pour briser ses chaînes et rompre avec le mal. Il se dresse aussi, lui qui était

couché dans les ténèbres^ et captif de ises pas* sioBS. n se dresse et se met à parler; indication de la confession par laquelle le pécheur, dont les yeux viennent de s'ouvrir, voyant avec horreur le mal qui est en lui, sent le besoin d'en rejeter le venin, afin de purifier &on âme et de la remettre ernëtat de revenir à la vie. Il ne la recevra qu'à la condition de parler dès que la grâoe le touche ; car c'est seulement par une parole de désaveu, de détestation du péché, qu'il en géra délivré, c'est-àdire par un acte de sa liberté contraire à celui qui l'avait rendu esclave du mal , sa volonté devant détruire ce qu'elle avait posé. Alors seulement, il est rendu à sa mère ; car, par la vertu de la parole de Jésus-Christ, prononcée par son ministre qui lie et délie en son nom, le pouvoir de la mort est vaincu, ses chaînes sont brisées, les voies de l'âme sont rouvertes à la lumière du ciel, et la vie divine^ reprenant avec elle possesûon de cette âme, circule de nouveau dans tes veines du ressuscité, pour son salut et le bonheur de sa mère. C'est Jésus qui rend l'enfant tout vivant à sa mère, c'est-à-dire à l'Église, qui lui transmet alors de nouveau avec sollicitude tout ce qui est nécessaire à la conservation et au développement de son existence régénérée. Et la mère s'écrie aussi avec exaltation, comme le père du prodigue : ' Réjouissons-nous, car mon fils était perdu, et je

Tai retrouvé; il était mort^ et le voilà ressnscité (Luc, XV, 24).

PRATIQUE

Prions de tout notre cœur et avec persévérance pour les morts ; non-seulement pour ceux de l'autre monde, mais encore pour les âmes mortes ici-bas et qui semblent vivre parleur agitation au milieu des affaires on des plaisirs de la terre, tandis qu^elles portent la mort en elles par leur séparation d'avec Dieu, qui est le principe de la vie, la vie elle-même. Par lànouspou^ rons attirer le regard et la pitié du Sauveur sur ces cadavres ambulants, dans lesquels sa grâce, pénétrant avec sa parole, ramènera la vie divine, leur rendant la force de sortir de leur cercueil, de se redresser et de se remettre à parler la langue du ciel. 0 qnel bonheur, si nous pouvons contribuer à rendre par Jésus-Christ le fils à sa mère, à l'Église un de ses enfants !

PRIÈRE

Faites, 6 Dieu très-bon, qu'en châtiant notre corps par les mortifications de la sainte quarantaine, nous ressentions les joies de la piété du cœur ; afin que par l'apaisement des affections de la terre nous recevions plus facilement et plus abondamment les bienfaits dn ciel. Par notre Seigneur Jésus-Christ.

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