‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles du carêmeChapitre 6 sur 27 · Liy. des Rois, XVII · texte numérisé non relu

Liy. des Rois, XVII

Le ûls de la femme de Sarepta devint malade d'une maladie si violente, qu'il ne respirait plus. Elle dit donc à Élie : Qu'y a-t-il entre vous et moi, homme de Dieu ? Êtes-vous venu chez moi pour renouveler la mémoire de mes péchés et faire mourir mon fils ? Élie lui dit : Donnez-moi votre fils ; et Tayant pris d'entre les bras de sa mère, il le porta dans la chambre où il demeurait, et le posa sur son lit. Puis il cria au Seigneur et dit : Avez-vous aussi afiQigé cette veuve, qui me nourrit de son mieux, jusqu'à faire mourir son enfant ? Alors il s'étendit sur l'enfant par trois fois en se raccourcissant sur son corps ; il cria au Seigneur et dit : Seigneur, mon Dieu, faites, je vous prie, que l'âme de cet enfant rentre dans son corps. Et le Seigneur exauça la prière d'Élie ; rame de l'enfant rentra en lui, et il revécut. Élie prit l'enfant, et le portant de sa chambre

au bas de la maison, il le remit entre les mains de sa mère et lui dit : Voilà votre fils en vie. Et la femme dit à Élie : Je reconnais maintenant et par cette œuvre que vous êtes un homme de Dieu, et que la parole du Seigneur est vraiment dans votre bouche.

La veuve de Sarepta donne ici une grande leçon aux mères chrétiennes qui ont le malheur de perdre un enfant. An milieu de sa douleur, et c'est la plus poignante qu'un cœur de femme puisse ressentir, elle ne se laisse point aller, comme il arrive trop souvent, à accuser le sort ni la providence de ce que ce malheur tomhe sur elle plutôt que sur une autre. Elle ne taxe point Dieu d'injustice ni de cruauté, parce que son fils unique lui a été enlevé ; elle ne se révolte point contre la main qui la frappe; mais au «contraire, tout en exprimant sa douleur maternelle au prophète, elle reconnaît qu^elIe est indigne d'être en rapport avec lui, et que c'est probablement à cause de ses péchés, qui ressortent davantage par son contact avec l'homme de Dieu, que cette peine lui est infligée. Et cependant cette pauvre veuve avait nourri Élie du peu qui lui restait, et quand elle se trouvait dans un hesoin extrême, n'ayant qu'une poignée de farine pour ^e et son enfant, elle

avait consenti à la partager avec un étranger. Aussi son humilité va être récompensée y comme sa charijté Ta été auparavant par la multiplication miraculeuse de sa farine et de son huile ; et son enfant chéri, qu'elle pleure, va lui être rendu. Image de ces mères vraiment chrétiennes, qui obtiennent quelquefois la résurrection de leurs fils, morts de la mort du péché, par la persévérance de leur prière, par leur • humilité devant Dieu et l'abandon k sa sainte volonté. Ainsi a été sauvé Augustin par la piété maternelle de Monique, qui aimait son fils dans son ftme plus qae dans son corps, et qui aurait donné mille fois les joies de son affection naturelle pour le bonheur de le voir revenir de Tenteur à la vérité, du péché mortel à la vie de la grâce. Ainsi Félicité, mère martyre de sept fils martyrs, voulant être suppliciée la dernière pour les soutenir jusqu'au bout dans le combat suprême, achetait au prix des tortures de son cœur maternel, spectateur du carnage de ses enfants, l'assurance et le bonheur de les voir mourir en chrétiens. Ainsi la mère de saint Louis préférait le voir mort plutôt que coupable d'un seul péché mortel. C'est la transfiguration de la maternité par la foi.

La parole du prophète à Dieu, pour obtenir la résurrection de Tenfant, nous indique l'un des motifs les plus excellents de la prière, qui touche

vivement le cœur de Dieu et inspire le plus de confiance à celui qui demande : c'est le bien opéré par celui qui prie ou pour lequel on prie, et qui peut-être offert à la souveraine justice, à la bonté infinie , qui ne laisse jamais la vertu sans récom-^ pense ni le vice sans punition , quoique Tune et l'autre puissent tarder, ou arriver par des événements qui ne paraissent point y avoir de conneûon, à cause de la courte vue des hommes ou de la légèreté de leurs souvenirs. L'apôtre saint Jacques dit : Malheur à vous, riches, parce que le cri Au pauvre que vous avez dépouillé, des ouvriers dont vous avez retenu le salaire , a monté au trône de Dieu, et proteste contre vous (Jacq., IV, 5). Ce qui attire sur leur tête la vengeance divine ou la réaction de la colère céleste. Donc la reconnaissance des pauvres secourus, des affligés consolés, des malheureux soulagés monte aussi vers le Tout- Puissant avec leurs prières, et c'est un encens de bonne odeur qui le réjouit plus que tous les parfums de la terre exhalés devant ses autels. Les anges le reçoivent et le lui offrent dans des cassolettes d'or, et tôt ou tard, soit déjà pendant leur vie ici-bas, soit après leur mort, quand ils comparaîtront an tribunal divin, soit au jugement dernier, qui sera le complément de la justice universelle, lesprières de gratitude et le souvenir des bonnes œuvres dont elles seront chargées, attireront" des grâces

abondantes sur les bienfaiteurs. C'est pourquoi il est écrit : Tâchez de vous amasser des trésors dans le ciel, en répandant par la charité ceux de la terre, et profitez de votre richesse ici-bas, ou des biens de Mammon, c'est-à-dire des trésors de ce monde où le mal a toujours sa part, pdurvous faire des amis dans l'éternité (Matt}i,, XXV, 36).

Aussi, le prophète implorant pour celte pauvre mère, et à la vue de sa douleur, s'écrie : Seigneur, cette pauvre femme a pris soin de me nourrir le mieux qu'elle a pu : c'est pour vous qu'elle l'a fait, parce que je suis votre prophète et que vous daignez vous servir de moi pour annoncer votre parole. Jésus-Christ dit dans l'Évangile, en promettant le royaume du ciel aux œuvres de charité faites en son nom : « Quand vous avez donné à manger à ceux qui avaient faim, à boire à ceux qui avaient soif, des vêtements à ceux qui étaient nus, etc. (Luc, XVI, 9) c^est à moi-même que vous l'avez fait, puisque c'est en mon nom que vous avez aidé le plus petit d'entre mes frères. Venez donc, les bénis de mon Père , et possédez le royaume qui vous a été préparé de toute éternité. » Partout et toujours, la vie sort de l'amour, et l'amour divin ou la charité produit l'étemelle vie.

Faites que son âme rentre dans ses entrailles, crie le prophète au Seigneur., C'est une réponse de plus à ceux qui prétendent qu'il n'y a dans

r Ancien Testament aucune preuve de rimmortalité de Tâme, ni de sa distinction essentielle du corps. Ici les deux natures sont nettement posées en face Tune de Tautre, comme séparées par la mort,et chacune subsistant à part au moment de cette division, si bien qu'elles peuvent être réunies par la puissance créatrice , qui les avait associées pour constituer ensemble la personne humaine , et qui va la reformer accidentellement par un acte positif et transcendant de sa volonté en dehors et audessus des lois de la nature. C'est ce qu'on appelle un miracle ; et il n'y a miracle que là où Dieu agit directement , immédiatement, pour produire dans la création des faits qui surpassent les forces de la nature et de Thomme, et les conditions régulières de leur activité. Or, quel honmie de bon sens osera soutenir que Celui qui a fait le monde et ses lois par sa parole toute-puissante, expression de sa volonté, et qui le gouverne par l'application de ces mêmefi lois et par les agents de toute sorte qui y président, est tellement lié par son propre ouvrage et par Tordre qu'il y a établi, qu'il ne puisse, quand bon lui semble, pour sa gloire et le bien de ses créatures les plus chères, pour celles qu'il a faites à son imago et qu'il aime jusqu'à les faire participer à son éternelle vie, se manifester à elles plus à découvert, avec un plus grand éclat, pour les frapper davantage par les éclairs de sa splendeur, et les attirer plus

s&remtiità lui par des témoignages «xtraonlînaires de son amonr; afin de leur apprendre à le mieux connaître^ à l'aimer davantage et à le servir avec plus de dévouement ? G*est ainsi que Dieu allume dans les âmes humaines le flambeau de la science divine, comme dans le^ prophètes et dans ceux que TEsprit-Saint daigne illiuniner de ses clartés ; ou rhéroïsme de l'amour qui rend capable de tous les sacrifices, comme dans les martyrs. Et en e&t, la pauvre mère^ transportée de joie et d'admiration en recevant vivant dans ses bras l'enfant qui lui est rendu miraculeusement par une grâce spéciale du ciel, et par la puissante prière du prophète, bien qu'elle l'eût déjà reconnu <M)mme l'homme de Dieu à cause de la nourriture abondante qu'il lui avait si merveilleusement procurée, le proclame avec plus d'éneigie encore l'envoyé du Seigneur, qui parle véritablement par sa bouche. Telle est en effet la fin dernière de tous les miracles, de faire accepter aux hommes la parole de Dieu par le témoignage de ses œuvres, et de leur inspirerjala des manifestations extraor<tinaire8^i»'3Sf(^î^^pce>

Évanfile eelon sainl

Lazare, de Béthanie, où de!

et Marthe sa sœur, vint à tomber

Marie était la même qui répandit sur le Seigneur un parfum et essuya ses pieds avec ses cheveux. Lazare, qui devint malade, était son frère. Ses sœurs donc envoyèrent dire à Jésus : Seigneur, celui que vous aimez est malade. Mais Jésus, en l'apprenant, dit 4 Cette maladie ne va point à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu en soit glorifié. Or Jésus aimait Marthe, sa sœur Marie, et Lazare. Ayant donc su qu'il était malade, il demeura encore deux jours au lieu où il était, et il dit ensuite à ses disciples : Retournons en Judée. Ses disciples lui dirent : Maître, les Juifs cherchaient tout à l'heure à vous lapider, et vous voulez déjà retourner parmi eux? Jésus leur répondit : N'y a-t-il pas douze heures au jour? Celui qui marche dans le jour ne se heurte point , parce qu'il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche la nuit se heurte, parce qu'il n'a point de lumière. Après avoir dit ces paroles il ajouta : Notre ami Lazare dort, mais je vais l'éveiller. Ses disciples lui dirent donc : Seigneur, s'il dort, il sera guéri. Mais Jésus entendait parler de sa

mort, et eux crurent qu'il parlait du sommeil ordinaire. Jésus leur dit donc clairement : Lazare est mort, et je me réjouis à cause de vous de n*avoir pas été là, afin que vous croyiez ; mais allons à lui. Sur quoi Thomas, qui est appelé Didyme, dit aux autres disciples : Allonsy aussi, afin de mourir avec lui. Jésus étant arrivé, trouva qu'il y avait déjà quatre jours qu'il était dans le tombeau. Et comme Béthanie n*était éloigné de Jérusalem que d'environ quinze stades, il s'y trouvait beaucoup de Juifs qui étaient venus voir Marthe et Marie pour les consoler de la perte de leur frère. Dès que Marthe apprit que Jésus était arrivé,^ elle alla au-devant de lui; mais Marie resta à la maison. Marthe dit donc à Jésus : Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort; mais je sais qu'encore maintenant Dieu vous accordera tout ce que vous lui demanderez. Jésus lui répondit : Votre frère ressuscitera. Marthe lui dit : Je sais qu'il ressuscitera dans la résurrection du derpier jour. Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi , quand même il serait mort, vivra ;

et quiconque vit et croit en moi, ne mouixiL point pour rélemité. Croyez- vous cela? Oui, Seigneur, lui répondit-elle, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde. Après qu'elle eut ainsi parlé, elle s'en alla, et appela tout bas Marie, sa sœur, lui disant : Le Mattre est venu et il vous demande; ce qu'elle n'eut pas plus tât entendu, qu'elle se leva et vint le trouver. Car Jésus n'était pas encore entré dans le bourg, mais il était au même lieu où Marthe l'avait rencontré. Cependant les Juifs, qui étaient avec Marie dans la mai3on et la consolaient, l'ayant vue se lever promptement et sortir, la suivirent en disant : Elle va au sépulcre pour y pleurer. Lors donc que Marie fut arrivée à l'endroit où était Jésus, elle se jeta à ses pieds dès qu'elle l'aperçut, et lui dit : Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait point mort. Jésus la voyant pleurer, ainsi que tous les Juifs qui étaient venus avec elle» frémit dans son es^ prit, se troubla lui-même, et il dit : Où l'avezvous mis? Ils lui répondirent : Seigneur, venez et voyez. Alors Jésus pleura. Et les Juifs dirent

entre eux : Voyez comme il Taimait. Mais il y en eut quelques-uns qui dirent : Ne pouvait-il l'empêcher de mourir, lai qui a ouvert les yeux d'un aveugle ? Jésus donc frémissant de nouveau en lui-même, vint au tombeau. C'était une grotte, et on avait posé une pierre par dessus. Jésus dit : Otez la pierre. Marthe, la sœur du mort, lui dit : Seigneur, lisent déjà mauvais, car il y a quatre jours qu'il est là. Jésus lui répondit : Ne vous ai-je pas dit cjue, si vous croyez, vous verrez la gloire de Dieu ? Ils ôtèrent donc la pierre, et Jésus levant les yeux en haut dit : Mon Père, je vous rends grâce de ce que vous m'avez exaucé. Pour moi, je sais que vous m'exaucez toujours; mais je dis cela pour ce peuple qui m'environne, afin qu'ils croient que vous m'avez envoyé. Ayant dit ces mots il cria d'une voix forte : Lazare, sortez ! Et ausiutôt celui qui avait été mort se leva, les mains et les pieds enveloppés de bandelettes, et le visage couvert d'un linge. Jésus leur dit : Déliez-le, et le laissez aller. Plusieurs donc d'entre les Juifs qui étaient venus chez Marthe et Marie, voyant ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

Voici la quatrième résurrection dont l'Église nous parle en ces deux jours : celle de Tenfant de la Sunamite par Elisée, du fils de la veuve de Naïm par Notre-Seigneur, de Tenfant de la veuve de Sarepta par Élie, et enfin de Lazare par Jésus*Ghrist , toutes les quatre préfigurant la résurrection de l'âme morte par le péché, laqueUe ne peut s'effectuer que par la vertu du Fils de Dieu sorti glorieux du tombeau et ayant vaincu la mort en sa personne et par sa propre . puissance, pour en délivrer tous ceux qui croiront en lui. -La résurrection de Lazare racontée par saint Jean dans tous ses détails forme un drame des plus saisissants , et avec le récit de la guérison de l'aveugle-né, si pleine de charmes par s^ simplicité , c'est un des tableaux les plus attachants des livres saints, où il y a souvent autant d'attraits pour l'imagination que de lumières pour Tesprit et de nourriture pour Te cœur.

Le drame s'ouvre, si l'on peut parler ainsi, par l'exposition du motif de ce fait extraordinaire. Lazare, l'ami de Jésus et le frère des deux sœurs qu'il aime comme leur frère, doit mourir, mais pour revivre ; et il doit revenir à la vie après être mort, pour devenir nn e&emple éclatant de la puissance .divine dont Jésus est investi. Car Celui-là qui donne la vie, peut l'ôler et la rendre

à qui il veut : et c'est pourquoi Jésus affirme ailleurs qu'il la déposera et la reprendra par sa propre vertu.

Lazare «st donc dans le même cas que Tayéugle* né, qui Tétait non à cause de ses péchés ni de ceux de ses parents, mais pour donner lieu à la manifestation de la puissance céleste qui voulait le guérir, afin que les hommes, témoins de ce miracle, crussent en celui qui l'opérait. Aussi, Jésus dit-il à ceux qui lui annoncent que Lazare est malade : Cette maladie ne va pas à la mort. Et quoiqu'il aimât tendrement le frère et ses sœurs qui désiraient ardemment son arrivée pour empêcher la mort de saisir sa victime, il ne se rend point auprès du mourant dès qu'on Tavertit, et il laisse la mort triompher un instant, sûr de la vaincre tout à l'heure. Il dit simplement k ses disciples : Notre ami Lazare dort, mais je vais le réveiller. Et ce qu'il leur avait répondu auparavant indiquait, qu'il retournait en Judée malgré les persécutions récentes des Juifs , parce que l'heure était venue : et la mort de Lazare était l'occasion de frapper un grand coup de la toute- puissance divine. Car se heurter en marchant dans les ténèbres signifie agir en aveugle, et quand le temps n'est pas venu, donc à contre temps; et marcher dans le jour, c'est agir de concert avec la Providence, d'après ses indications et quand le dessein

divin et la force des choses onyrent la Toie et 7 soutieiineiit.

Le drame s'engage dès que Jésus se trouve en ^6 deus deux sœurs et au milieu des Juifs qui étaient venus de Jérusalem pour les consoler. En général, Dieu ne fait point de miracles sans y être sollicité par la prière des hommes; car le miracle est un acte surnaturel, qui a toujours pour raison la plus grande manifestation de sa gloire, de sa miséricorde, de son amour en faveur de ceux qni l'invoquent pour eux ou pour les autres. L'homme doit donc coopérer à Taccomplissement des actes miraculeux, au moins par sa prière, invoquant un secours d'en haut plus efBcace que ceux- de la terre, ou par une foi vive, âme de la prière, et qui va frapper pour ainsi dire au cœur de Dien, exciter sa bonté et en faire sortir une réaction d'amour ou un rayon de sa vertu. Quelqu'un m'a touché, dit Jésus, au moment ou rhémorroïsse est guérie, car une vertu est sortie de moi. Et en effet la foi de la pauvre femme était si vive, qu'elle était sûr d'être guérie, si elle touchait seulement le bord de son vêtement (Matth., IX, 20). En toute occasion, il demande aux malades qui l'imploraient : Groyez-vous que j'ai le pouvoir de vous guérir? ou après leur guérison il leur dit : Allez, votre foi vous a sauvés. H en sera de même cette fois. Les deux soeurs s'écrient d'abord spontanément : Seigneur,

si vous enssîez été ici, mon frère ne serait point mcrj. Mais leur foi va plus loin ; car la résurrection d'un mort suppose plus de puissance que la guérison d'un malade. Elles croient sans hésiter à la parole du maître, affirmant qu'il ressuscitera leur frère, et leur foi redouble avec ses affirmations ; car il ne dit plus seulement : Je rendrai la vie à Lazare, mais : Je suis mqi-même la résurrection et la vie, et quiconque croit en moi ne mourra jamais. C'était proclamer sa divinité dans toute sa plénitude, et la plénitude de leur foi y répond par cette profession aussi explicite qu'il est possible : Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu dans' ce monde.

Maintenant tout est préparé pour l'accomplissement du miracle ; la foi la plus vive est en face de la puissance divine et la sollicite par l'ardeur de la prière, l'excite par une vive espérance, l'attire par le feu de l'amour. Cependant la toute-puissance se trouve unie en Jésus à un cœur d'homme, puisqu'il est le Verbe incarné, ou Dieu fait homme ; et en ce moment comme en plusieurs autres , par exemple dans la grotte de Gelhsemani et sur la croix, les émotions de son âme humaine si violemment excitée débordent pour ainsidire à travers sa personne sans altérer sa dignité, se manifestant d'une manière sensible par un frémis-

sèment, et des larmes. Quand on lui montre le sépulcre de Lazare , qu'il aimait tant , remué aussi par la désolation des deux sœurs et de ceux qui les entourent , des larmes lui échappent. Alors, dit TÉvangéliste , Jésus pleura. Il n'a pleuré qu'en deux circonstances : cette fois, et 'quand, sur la montagne qui domine Jérusalem, il déplore le sort qui attend cette ville infortunée. Quel exemple consolant de la compassion divine excitée par le cri de la douleur humaine» par l'énergie persévérante de la prière! Le cœur de Dieu peut donc en être touché en Jésus -Christ jusqu'à verser des larmes, et aussi jusqu'à souffrir de nos peines puisqu'il y compatit, la compassion étant un partage de la peine de celui qui souffre. Prions donc avec ardeur, avec force, avec persévérance, par toutes les expressions que l'âme souffrante peut employer, si nous voulons être exaucés. AUons frapper au cœur même de Dieu avec confiance, sans nous décourager, et même avec importunité, comme Jésus-Christ nous y exhorte lui-même dans l'une de ses paraboles. H en est de Dieu sous ce rapport comme des hommes; on en obtient tout en les touchant; mais il y a cette différence que. le cœur divin n'est touché que par une foi sincère, qui ne demande rien contre la vérité et la justice.

Jésus alors s'approche du tombeau^ et il frémit

de nouveau, d'une part par rémotion qu'il éprouve en face de la pierre funèbre, de l'autre par l'Esprit divin qui va se manifester par lui. Marthe lui dit, quand il commande d'ôter la pierre, que le corps qui est là depuis quatre jours est déjà en putréfaction; circonstance qui, pour le dire en passant, constate une mort véritable, et rend le miracle qui va s'opérer à la fois plus certain et plus frappant, car tout le monde sait que la putréfaction est le seul signe incontestable de la mort. Il n'y avait donc ici ni mort apparente, ni mort feinte, comme on a tenté si misérablement de l'insinuer de nos jours. Jésus ne répond à cette observation que par un nouvel appel à leur foi, et une affirmation plus positive de sa puissance. Puis, après avoir rendu grâce à son Père, au nom duquel il va agir, et auquel il rapporte tout ce qu'il fait, il crie d'une voix forte : Lazare, sortez ! Et à l'instant même le mort se lève enveloppé de son suaire, et Jésus ajoute : Déliez-le et le laissez aller. Image de la résurrection de l'âme, que le péché a précipitée dans la mort, qui y est déjà depuis quelque temps pleine de corruption, exhalant autour d'elle l'odeur cadavéreuse ; et qui cependant peut en sortir pleine de santé , si la foi de ceux qui l'aiment attire à son sépulcre Jésus, Itd rendant par sa parole la vie du ciel qu'elle a perdue, et la débarrassant des liens de la mort pour la faire

marcher de nouveau dans la liberté des enfiuits de Dieu. Tous les jours ce miracle s*opère spirituellement dans l'Église par la yertu du sacrement de pénitence, qui guérît les ftmes malades et ressuscite les morts. Le prêtre, en leô absolvant en raison de leur foi, de leur contrition, de leur bonne Yolonté de quitter le mal et de revenir au* bien, les fait sortir du tombeau du péché mortel , de la corruption où elles gisaient ^ et les délivre des chaînes de la mort qui les tenaient captives. Tout cela s'opère au nom de Jésus-Christ, qui crie aussi par la bouche de ses ministres, auxquels il a donné le pouvoir de lier et de délier : Lazare jVeni foras.

La fin de cet Évangile en confirme le commencement : et si j'ose ainsi parler, le dénoûment da drame accomplit ce qui avait été annoncé dans Fexposition. Jésus n'avait laissé mourir Lazare que pour manifester la puissance divine par sa résurrection, et ainsi exciter la foi de ceux qui en seraient les témoins. Et en effet, il est dit que beaucoup de Juifs qui étaient venus visiter Marthe et Marie , en voyant ce qu'il avait fait crurent en lui; et il y en eut encore beaucoup d'autres dans la suite, parmi ceux qui vinrent enfouie voir Lazare ressuscité : foule tellement grande, que les princes des prêtres et les scribes, furieux de cet entraînement et de ce concours, l'ésolurent de tuer Jésus,

parce qm^ disaient^ils, tout le monde court apr^ loi (Jean, Xn, 19). Ils songèrent même à faire mourir Lazare^ pour ôter du milieu du peuple ce gage éclatant de la puissance divine de Jésus-Christ.

PRATIQUE

Quand ceux que nous aimons sont malades et que leur maladie va à la mort, outre tout ce que nous pouvons faire humainement pour les ramener à la vie de ce monde, s^il est possible, pensons aussi à la vie de leur âme, surtout si nous avons lieu de craindre qu'elle ne soit dans la mort du péché, c'est-à-dire séparée de Dieu par l'oubli des devoirs à son égard, et la négligence habituelle de ses commandements. Ah! faisons alors tout ce qui- dépend de nous pour amener à cette tombe entr'ouverte la parole du Sauveur, afin qu'elle vivifie ce cadavre spirituel, et fasse sortir du sépulcre une âme régénérée par la pénitence et libérée par l'absolution. Nous aurons contribué à sauver une âme, quelles que soient les expiations et les épurations qui lui resteront à subir, si au ipoment de mourir, par un dernier acte de bonne Volonté, elle se retourne sincèrement vers Dieu. C'est l'œuvre la plus excellente, l'œuvre des œuvres parce qu'elle procure l'étemelle vie.

PRIÈRE

Dieu tout-puissant, qui renouvelez le monde par la vertu de vos sacrements ineffables, faites, nous vous

en supplions, que votre Église, tout en profitant de ce que TOUS avez institué pour l'éternité» ne soit point dépourvue des secours temporeb dont elle a besoin ici-bas. Par notre Seigneur Jésus-Christ.

LE SAMEDI DE U QUATBIEME SEMAINE

Isaïe, ZLIX, 8.

Voici ce que dit le Seigneur ; Je vous ai exaucé au temps favorable, je vous ai assisté au jour du salut, je vous ai conservé et établi pour l'alliance du peuple, pour réparer la terre et posséder les héritages dissipés ; pour dire à ceux qui sont dans les chaînes : Sortez, et à ceux qui sont dans les. ténèbres : Voyez la lumière. Ils paîtront sur la route et ils trouveront des pâturages dans toutes les plaines. Ils n'auront plus ni faim ni soif, et la chaleur et le soleil ne les frapperont plus, parce que celui qui a eu pitié d'eux les conduira et les mènera boire aux sources d'eau vive. Alors, je ferai une route à travers toutes mes montagnes, et mes sentiers seront rehaussés. Je les vois venir de loin : les uns du septentrion, les autres de la mer du couchant, et les autres de la terre du midi. Cieux, louez le Seigneur; terre, sois dans Fallégresse; montagnes, faites retentir les

louanges, parce que le Seigneur a consolé son peuple et qu'il aura compassion de ses pauvres. Cependant Sion a dit : Le Seigneur m'a abandonnée, le Seigneur m^a oubliée. Une mère peut-elle oublier son enfant, et n'avoir point compassion du fils qu'elle a porté dans ses entrailles? Mais quand môm.e elle l'oublierait^ moi, je ne vous oublierai pas.

A Tapproctie de la grande semaine où les chrétiens célèbrent l'amiiversaire de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ et du grand sacrifice qui Ibs a délivrés de la mort éternelle, en les réconciliant avec le ciel au prix du sang du Sauveur, et leur rendant les prérogatives des enfants de Dieu, TÉglise, pour affermir notre foi au Rédempteur, nous fait lire et méditer les prophéties qui, si longtemps à Favance, ont annoncé la venu© du Messie et ses bienfaits. Les termes de ces prophé* tiessont si positifs, et ils désignent Jésus-Ghrist par iant de circonstances particulières, par tant de détails de sa vie et de sa mort, qu'il est impossible, excepté aux esprits prévenus et qui ont un parti pris, de ne pas reconnaître la voix de l'Esprit-Saint dans ces prédictions. A quel autre qu'à Jésus peut s'appliquer cette parole : « Je vous ai

établi pour être le médiateur de la nouvelle alliance? » Le médiateur! toute l'œuvre de Jésus- Ghrist est dans ce mot. Il a dû rapprocher, réconcilier en sa personne deux termes éloignés Tun de Tautre, et pour cela il fallait que, comme le moyen terme qui sert à unir les deux extrêmes dans le syllogisme, il eût quelque chose de commun avec l'un et l'autre, ou autrement qu'il participât à la nature des deux. Donc, pour réunir l'homme à Dieu, il devait avoir en lui quelque chose de Dieu et quelque chose de Thomme, en d'autres termes, il fallait qu'il y eût dans l'unité de sa personne une dualité de nature qui, en l'identifiant avec chacun des extrêmes, pût "les réunir en lui. De là le Dieu fait homme, ou l'incarnation du Verbe- Dieu.

Son Pèfre Ta « exaucé au temps favorable, » quand le moment de la grâce était venu ; et tous les bienfaits du ciel prodigués jusque-là à Israël, le peuple choisi à cette fin, avaient pour but de préparer ce moment solennel. Et en efiet, le Psalmiste annonce l'accomplissement des desseins de la divine miséricorde par ces paroles , qui ne peuvent être qvLQ celles du Fils au Père : « Seigneur, le sang des béliers et des génisses, les holocaustes no vous plaisent plus ; c'est pourquoi j'ai dit : Me voici, prêt à exécuter votre volonté (Ps. XXIX, 8), » annonçantpar là le grand,.runique sacrifice qui pût

satisfaire à la justice divine, et dont tous les autres n'étaient que des préfigurations et des ombres.

Aussi, la mission du Christ n'est plus, comme celle de Moïse, bornée au peuple juif, qu'elle devait conduire à la terre promise, en le séparant des nations infidèles pour le préserver de Tidolâtrie et conserver en lui l'idée pure du Dieu unique et la pratique de la vraie religion. Elle s'étend à toute la terre, à tous les peuples, à Thumanité entière, parce que cette fois c'est le genre humain déchu qu'il s'agit de relever, et c'est Dieu luimême, dont la parole comme l'action est universelle, qui s'en est chargé. C'est pourquoi il est écrit : « Je vous ai établi pour relever, pour réparer la terre,» la terre déchue avec l'honmie et par son péché, et qu'il avait livrée à l'empire du mal, lui qui y avait été établi primitivement pour la cultiver et la perfectionner. L'Évangile a donc été annoncé à tout l'univers, à toutes les créatures : et saint Paul dit que toutes y gémissent, et sont conmie dans l'enfantement, attendant la manifestation des enfants de Dieu (Rom. III, 22). Car, tombées par leur faute, elles seront restaurées par leur réhabilitation, et l'homme qui les. a entraînées dans son malheur les relèvera par sa gloire. Le Messie doit rendre à l'humanité ses < héritages dissipés, » c'est-à-dire les dons de Dieu dont elle a été dépouillée par les suites de son péché, la

justice et la sainteté de son origine, son titre d'enfant de Dieu, qu'elle avait perdu en se faisant enfant de Satan par la participation à son alliance et à ses œuvres, et enfin le privilège et la capacité d'entrer en partage de la nature même de Dieu, divinx comortes naturx (II Pier., 44), de son étemelle vie, avectoute sa splendeur el toutes les félidtésqui en sontPapanage impérissable. Le Messie devait remettre en possession de ces héritages, et par conséquent faire les cohéritiers de sa gloire, tous ceux qu'il arracherait à la captivité du péché, à l'iniquité, au mensonge et à l'erreur.

Tout cela a été accompli par Jésus-Christ, le Médiateur, le Rédempteur, le Sauveur. Il a fait encore tout ce qui est dit ensuite ; car il a brisé les chaînes des âmes captives, qui attendaient sa venue dans les limbes, et qu'il a emmenées libres et triomphantes au ciel avec lui , le jour de son ascension. Il a délivré toutes celles qui, ayant cru à sa parole pendant qu'il était sur la terre , ont été baptisées, régénérées par l'Esprit au nom du Dieu trois fois saint. Ne sauve-t-il pas encore tous les jours de la mort étemelle, dans la piscine du baptême et dans celle de la pénitence, toutes les âmes remises aux mains maternelles de l'Église à leur entrée en ce monde, ou qui s*y réfugient, implorant la rémission de leurs péchés par une humble contrition et un repentir sincère? À toutes, Jésus

dit comme à Lazare , comme Isaïe le dit ki : « Sortez, sortez de la mort, et entiez dans la vie. » N'est-ce pas lui qui a apporté la lumière à ceox qui étaieût dans les ténèbres, comme il a rendu la vue même aux aveugles-nés? et le genre humain, par le péché d'origine, était devenu aveugle de naissance dans tous les descendants d'Adam. L'Évangile est plein de lumière et ne parle que lumière. Jésus est la lumière même, rétemelle lumière, dans laquelle il n'y a point de ténèbres, (l. Jean, I, 5), et ceux qui le suivent ne marchent point dans les ténèbres; et par renseignement de son Église ses disciples vont de clartés en clartés, jusqu'à ce qu'ils connaissent Gelai qui est la lumière comme ils en sont connus, et qu'ils le voient tel qu'il est, sicuti est (K Jean, III, 2), et non pas seulement partiellement, en én^e et comme dans un miroir (1. Cor. XÙI, 12).

Il ne leur a pas seulement donné la lomièfe pour l'esprit, c'est-à-dire la connaissance de la vérité ; il leur a apporté aussi la nourriture de Tàme, dont il les soutient et les fortifie en les ramenant sur la route de la patrie céleste. Ils n'auront plus ni &im ni soif, parce qu'ils seront rassassiés dins leur âme par l'aliment de son coips et de son sang, et la joie et la plénitude qu'elle en reœvra la délivrera de tous les désirs des biens périssables; et les peines, les douleurs de la terre ne les abat-

tront plns^ parce que Celui qui est plein de misé-* ricorde \es rafraîchira par l'aboodance de» eaux de ea grâce. Alors le cfa^siio du ciel, leur vraie patrie, leur est aplani, et rien ne coûte plus h rflme fidèle animée de l'esprit de Jésus-*Ghrist, pleine de foi en sa parole, et qui met en lui toute son espérance; rien ne lui coûte plus, même les plus grands sacrifices, pour suivre son divin maître et se réunir à lui dans le sein de Dieu. Et pour qu'aucun trait de la réalité ne manque à Tîmage prophétique, le prophète ajoute : « Le Seigneur, le Messie, aura pitié de ses pauvres. » Et enefibt, c'est aux pauvres que l'Évangile a été prêché d'abord, et c'est un signe de sa vérité qui a été donné h saint Jean-Baptiste i pau^eres evangelisantur. La pauvreté a été proposée comme une des béatitudes, et à juste titre, puisqu'elle a reçu la première la parole du ciel, en la personne des bergers de Bethléem , qui ont eu le bonheur d'adorer les pre^ miers le Sauveur, et en celle des Apôtres chargés de l'annoncer au monde. Dieu a choisi ce qu'il y a de plus faible sur la terre pour confondre les forts, et ce qui paraissait misérable et méprisable aux yeux des hommes est devenu lé bonheur et la gloire devant la sagesse divine. La devise du christianisme est dans -cette parole : Beati pauperes spiritu (Matt. V, 3), heureux ceux qui sont pauvres en esprit et en vérité î c'est-à-dire

avec résignation, et parce qu'ils consentent àFétre: ou encore, heureux ceux qui se dépouillent de leur esprit propre pour ne plus agir que par l'esprit de Dieu ; car, ceux-là seuls sont les enfants de Dieu qui sont conduits par son esprit (Rom., Vin, 14).

£yangile selon saint Jean, VIII, 12.

Jésus dit aux docteurs de la loi et aux pharisiens : Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. Les pharisiens lui dirent donc : Vous vous rendez témoignage à vous-même : votre témoignage n'est pas véritable. Jésus leur répondit : Quoique je me rende témoignage à moi-mêihe, mon témoignage est véritable; parce que je sais d'où je viens et où je vais. Mais vous, vous ne savez point d'où je viens et où je vais. Vous jugez selon la chair, mais moi,' je ne juge personne : et si je juge, mon jugement est \Tai, parce que je ne suis point seuli mais mon Père qui m'a envoyé est avec moi. Et il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux personnes est véritable. Or je me rends témoi-

gnage à moi-même, et mon Père qui m'a en« Yoyéy me rend aussi témoignage. Us lui dirent donc : Où est-il, votre Père? Jésus leur répondit : Vous ne connaissez ni moi ni mon Père; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Jésus dit ces paroles, enseignant dans le temple à Tendroit où était le tronc des offrandes, et personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n'était pas encore venue.

Jésus-Ghrist affirme ici sa divinité de la mamère la glus éclatante : « Je suis la lumière du monde, » et aux chapitres 9 et 12 il répète la même parole. A coup sûr il ne veut pas dire qu'il est cette lumière qui éclaire les yeux du corps et les choses terrestres, ou le soleil dont elle émane; mais il est au monde des esprits ce que la lumière solaire est dans le monde du corps. U est le soleil des esprits duquel descend toute lumière et tout don parfait, et il illumine les âmes, comme Tastre qui est Son image dans la création physique illumine les êtres matériels. Gomme source de la lumière il est le Principe de la vie, puisque la lumière est la vie des hommes. Saint Jean peut être appelé l'apôtre de la lumière; car aucun évangé-

liste n'a employé aussi souvent cette eiqkresuon poor designer Fessence divine : < Nous savons et nous vous annon^ns qu^ Dieu est lumière, et qu'il n'y a point de ténèbres ne lui (1. Jean, , ly 5). > Donc dans le sein de Dieu, ou dans l'adorable Trinité , tout est lumière , et là, dit-il (Apoc, XXII, 5), il n'y a plus besoin de soleil ni de flambeau, parce que tout y est édairé parle Principe de la lumière, par «on éclat infini et indéfectible. C'est cette lumière étemelle, d'où sortent toutes les autres, qui éclaire tout homme venant au monde (Jean, I, 9). Et, comme l'œil du corps, quand il s'ouvre , perçoit la lumière solaire, ainsi quand l'œil de l'âme s'ouvre à son tcmr par une excitation spirituelle, une lumière plusëlânée le pénètre qui lui fait voir la vérité. La raison naissante de l'homme est un flunbeau allumé en lui .par l'ëtemelle lumière, à travers les voiles de la nature dont elle se revêt «t le prisme de son oi^nisme où elle se réfrange.

Cependant la lumière divine se communique autrement que par les figures de la nature ou les formes de la création. Elle s'est révélée aux hommes directement, immédiatement par la parole, qui en est l'expression la plus pure, pw le Verbe de Keu, sa parfaite image et le carâctère de sa splendeur {Heb., I, 3). Elle a lui dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pmot comprise

(Jeaa, 1, 5). Mlê est deseeadae dans le moode, elle s'y jQBt manifestée, et le monde, qui a été £ait par elle, ne l'a point recimaiae. £Ue est vieoue panai les fiions, et les siens ne l'ont point reçoe.... Miûs à ceux qni l'ont reçue, «lie a donné le pouvoir de derenir les enfants de Dieu, paroe qu'ils ont cru en son nom : et œuz-là ont été régénérés par elle , c'est-à^re qu'ils ne sont plus nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de celle de l'homme, mais de Bleu lui-même.... €ar ib ont reçu dans leur &me le rayon de la vie diviske par le Verbe, et c'est pourquoi ils sont aj^lés les âk de Dieu, les frères de Jésus-dfari^ et ses cohéritiers.

Ai£isi Jésus ajoute : « Oelui qui me i^it ne marche point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie (Jean, VIII, 12), » et il dit à ses Apôtres : Vm estis lux mundi (Matt., V, 14). Vous êtes aussi la lumière du monde; car vous avez re^ la parole de -la vie étemelle, et vous devez la porter à travers* ce monde pour en illuminer toutes les nations, comme des flambeaux allumés d'en haut et qui la répanckont pure et féconde jusqu'aux extrémités de la terre et à la consommation des siècles. Ainsi s'établira ici-bas le royaume de la lumière où Dieu régnera comme dans le (âel, parce que son nom y sera sanctifié et sa volonté accomplie comme parmi ses anges.

Dieu, qui est la lumière, et la vie, c'est-à-dire la Térité et le bien sans mélange d'erreur et de mal, voulait dans son amour que ses créatures participassent à sa splendeur et à sa félicité. U les a faites à cette fin. £t comme elles ont méconnu sa bonté dans leur orgueil, et repoussé sa lumière par leurs ténèbres, par un redoublement d'amour enyers son ingrate créature , et voulant la sauver de la mort où son aveuglement l'avait jetée, Celui qui est la vérité et la vie js'est fait la voie : Ego s\m viay et veritaSy et vUa^ je suis la voie, la vérité et la vie (Jean, XIV, 6); afin que sa parole devkt le flambeau de ceux qui étaient assis dans l'ombre de la mort, pour conduire leurs pas dans le chemin de la paix ou de la réconciliation avec le ciel. Là est la raison profonde de la religion chrétienne, ou de l'œuvre de la miséricorde divine ramenant l'humanité des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie par FÉvangile, c'est-àdire par la parole du Verbe incamé, enseignant aux hommes les vérités étemelles, qu'il confirme par les œuvres miraculeuses de sa vie et par la vertu expiatoire de sa mort.

Jésus affirme encore sa divinité en cet endroit par sa réponse aux Pharisiens, qui mettaient en suspicion la vérité de son témoignage sur luimême. « Si je n'étais qu'un homme comme vous, eur dit-il, jugeant selon la chair, c'est-à-dire par

es apparences, et qui ne connaît ni le principe ni la fin des choses, mon témoignage sur moi n'aurait point de valeur, parce qu'il serait superficiel et intéressé, l'homme ne se connaissant jamais bien lui-même, et étant toujours disposé par son amour-propre à se juger favorablement et à parler de lui en bonne part. Mais je suis le Verbe divin, qui s'est fait homme pour vous instruire et vous guérir, le Verbe de Dieu qui a tout fait, et qui connaît tout ce qu'il a fait dans son essence et dans sa fin. Je suis celui qui est la Vérité même, qui se voit et se sait dans son étemelle lumière, et qui s'affirme elle-même par sa propre manifestation. C'est pourquoi je vous dis que' je sais d'où je viens et où je vais. Je viens de* mon Père, qui m'a envoyé ici-bas pour vous éclairer de sa lumière et vous sauver de la mort, et je retournerai à mon Père après avoir rempli ma mission, emportant avec moi dans la gloire et le- bonheur du ciel l'humanité rachetée, régénérée et transfigurée. Je ne suis donc pas seul à me rendre témoignage ; mon Père, qui m'a envoyé, est avec moi; il parle par moi, comme il opère par moi, car je ne dis et ne fais rien de moi-même; tout ce que j'ai vient de lui; ma doctrine n'est pas la mienne, et je n'enseigne que ce que je tiens de lui. Mon Père et moi nous sommes un par l'essence , par l'esprit et par l'amour, et ainsi celui qui me voit voit mon

Père. Mais nous somioes deux cmxme personnes, dans la distinction ineSahle de la vis divine, et c'ast poorquoiy même selon votre loi, mon témoignage sur moi est ¥éritsd)ley parce que maxt Père le rend avec moi. Vous avei donc doul^lement tort de l'accuser de fausseté, d'abord parce qu'il est l'expression de la vérité même que je suis et qui vous p(u*le en ce moment par ma personne, Ego swn qui loquor vobis; et ensuite parce qu'il est conforme à la loi, puisque mon Père parlant avec moi, il est affirmé par 4eux personnes. »

PRATIQUÉ

Cherchons partout la lumière, parce que partout die. est la vie du monde : la lumière naturelle qui édaire nos sens, et notre raison par nos sens, et qui donne k la fois la santé du corps et la puissance de l'esprit ; mais surtout la lumière surnaturelle ou celle qui nous vient de Dieu par sa parole, et qui seule peut communiquer à Pâme avec Téclat de réternelle vérité la chaleur du divin amour. On ne vit de la véritable vie, c'est-à-dire de la vie divine elle-même, que par elle, et c'est ia parole de iésos-Christ qui l'a apportée h la terre. Recevons donc avec foi cette parole vivifiante ; et sur le témoignage que Le Fils de Dieu nous rend de lui et de son Père, marchons avec confiance à sa suite ; car il est la lumière de la vie et il sait d'où il vient et où il va, d'où il nous a tirés et où il nous mène.

PRIÈRE

Dieu très-démcat, nous von» en supplions, regardez votre famille d'un œil favorable, afin que par vos bienfaits elle soit conservée et dirigée dans son corps, et que par votre protection et votre secours elle soit sauvegardée dans son âme. Par notre Seigneur Jésus- Christ.

Ëpitre aux Hébreux, IZ, 11.

Jésus-Christ, le pontife du siècle futur, étant venu dans le monde, est entré une seule fois dans le sanctuaire par un tabernacle plus graDd et plus parfait, qui n'a point été fait de main d*hommé, c'est-à-dire qui n'a point été formé par la voie ordinaire; et il y est entré, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle. Car si le sang des boucs et des taureaux, et l'aspersion de l'eau mêlée à la cendre d'une génisse, sanctiGent ceux qui oot été souillés et purifient leui: chair, combien plus le sang de Jésus-Christ, qui par le Saint-Esprit s'est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour nous rendre capables de servir le Dieu vivant! C'est pourquoi il est le médiateur du testament nouveau, afin que par la mort qu'il a soufferte pour racheter les pré-

varications commises sous le premier testament, ceux qui sont appelés reçoivent Théritage éternel dont la promesse leur a été faite.

En ce jour, appelé le dimanche de la Passion^ parce que l'Église commence à s'y préparer plus spécialement à célébrer l'anniversaire de la mort du Sauveur (et c'est pourquoi elle s'enveloppe de tous les signes de deuil et voile les crucifix, les statues et les tableaux), elle nous donne à méditer ces paroles de saint Paul, qui nous disent en substance la cause principale et l'efficacité du sacrifice de la croix. Le sacrifice ne peut s'opérer que par l'immolation d'une victime, et ses effets sont toujours en raison de la pureté et delà dignité de la victime. Le sang versé dans le sacrifice purifie en proportion de la vie offerte en expiation du péché. C'est pourquoi les sacrifices de la loi ancienne étaient impuissants à effacer le péché de l'homme, à laver la conscience souillée par une volonté pervertie, et par conséquent ils n'ont été que des préparations et des symboles du sacrifice véritable, qui pouvait seul expier l'iniquité des hommes par une immolation humaine; c'est-àdire par l'oblation de la volonté s'immolant ellemême librement ou restituant par l'effusion de son sang toute sa vie à Dieu. C'est ce qui s'est

486 LG DIICANGHE DE LA PASSION.

accompli sur la croix par le traiiq>erceiiieiit da THomme-Dieu ; et la divinité ne s'était unie à rhumanité en la personne adorable de Jésus- Christ qu*â cette fin. Jésus est donc entré avec son propre sang, et non plus avec celui des animauxy comme le grand-prêtre de Tancienne alliance, dans le tabernacle qui n*est point fait de main d'homme, dans ce vrai Saint des saints, cWà-dire dans le ciel même, où il est monté an sortir du tombeau par sa propre vertu, emportant Thamanité régénérée et réconciliée par lui avec son Père, puisqu'elle va siéger en Im à la droite du Père dans Téternité, C*est de là qu'il nous appelle maintenant, attirant tout en haut par la vertu de sa croix (Jean, Xn, 32,) qui est la porte unique du Saint des saints, en sorte que nous ne pouvons entrer dans la royaume des cieux, qu'il nous a rouvert par le prix de son sang et en brisant le joug de la mort par sa mort, que si nous suivons ses traces sur le chemin de la croix, et renouvelons, autant qu'il dépend de nous, son sacrifice, par notre participation aux douleurs de sa passion; achevant, en ce qui nous concerne, ce qui manque encore aux sooJrancesdu Rédempteur (Goloss., I, 24}.

L£ OQifANGHË DE LA PASSION. 487

firangila selon saint Jean, VIII, 46.

Jésus disait au peuple : Qui de vous me convaincra de péché? Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas? Celui qui est de Dieu écoute la parole de Dieu. C'est pourquoi vous ne Técoutez pas, parce que vous n'êtes pas de Dieu. Les Juifs lui répondirent donc : N'avons-nous pas raison de dire que vous êtes un Samaritain, un possédé du démon? Je ne suis point possédé du démon, reprit Jésus, mais j'honore mon Père et vous me déshonorez. Pour moi, je ne cherche point ma gloire; un autre la cherchera et me rendra justice. En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu'un garde ma parole, il ne verra point la mort pour toujours. Les Juifs lui dirent donc : Nous connaiésons bien maintenant que vous êtes possédé du démon. Abraham est mort, les prophètes aussi, et vous dites : Celui qui gardera ma parole ne mourra jamais. Êtes-vous plus grand que notre père Abraham qui est mort, que les prophètes qui soût morts? Qui prétendez-vous être? Jésus leur répondit : Si je me glorifie

moÎHiièiDe, ma ^oiren*est rien; c*est mon Père qui me glorifie, bd que yoos dites être votre Dioi. Et cependant tous ne l'avez point connu; mais mm, je le coxmais et si je disais que je ne le connais pas, je serais on menteur comme vous. Mais je le connais et je garde sa parole. Abrabamr votre père a désiré avec ardeur voir m<m jour; il Ta vu et il s*en est réjoui. Les Jnifs hii dirent : Yoos n*avez pas encore cinquante ans et vous avez vu Abraham? Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis avant qu*Abraham fût. A ces mots ils prirent des pierres pour les lui jeter. Hais Jésus se cacha, et sortit du temple. '

< Mes très-chers firères, dit le pape Grégoire dans sa dix-huitième homélie, considérez la mansuétude de Dieu qui, étant venu pour remettre les péchés, disait : c Qui de vous me convaincra c de péché? > H ne dédaigne point de montrer par des raisonnements, qu'il n*est point un pécheur, lui qui pourrait justifier les pécheurs par sa puissance divine. Mais ce qu'il ajoute est terrible : « Celui qui est de Dieu entend la parole « de Dieu. » C'est pourquoi vous ne l'entendez pas, parce que vous n'êtes point de Dieu. Si donc

celui-là entend les paroles de Dieu qui est de Dieu, et si celui qui n'en est pas nô peut les entendre, que chacun rentre en soi pour voir sll perçoit les paroles de Dieu par Toreille de son cœur, et alors il comprendra d'où il est. La vérité commande d'aspirer à la patrie céleste, de dominer les désirs de la chair, de fuir la gloire du monde, .de ne point convoiter le bien d'autrui, et de donner le sielt volontiers. Que chacun examine donc en soi si cette voix divine a prévalu dans son cœur, et il reconnaîtra s'il est de Dieu. Car, il y en a quelques-uns qui ne daignent pas même en* tendre les conmiandements de Dieu par l'oreille du corps. Plusieurs.les entendent matériellement, mais ne les embrassent point avec le désir du cœur. D'autres reçoivent volontiers les paroles divines, au point même d'en être touchés jusqu'aux larmes, mais après le temps des larmes ils retournent à l'iniquité. Ceux-là, à coup sûr, ne reçoivent point la parole de Dieu, qui négligent de la mettre en pratique dans leurs actions. Re^ passez donc toute votre vie, mes chers frères, et voyez si cet examen ne confirmerait pas cette terrible sentence qui sort de la bouche de la Vérité : Vous n'entendez point la parole divine, parce que vous n'êtes point de Dieu. »

Quel exemple nous offre ici Jésus-Christ sur la manière de repousser des accusations fausses, in-

490 LB DQfANŒB DE LÀ PASSION.

justes, passionnées? Les Juifs Tattaquent avec farenr, avec mauvaise foi, comme toujours, quand on cède à la passion qui a son parti pris contre la vérité. Aux injures dont ils Taccablent, l'appelant Samaritain et possédé du démon, il répond parla simple négation du mensonge, par la pure affirmation du vrai, suivant ce qu*il avait recommandé à ses disciples : c Ne jurez pas, mais dites simplement : Gejia est, oucelan'est pas » (Matth., Y, 34). U a déclaré nettement c[u'il est le Fils de Dienet le Messie promis à Abraham, qui a vu son jour avec joie. Alors les Juifs emploient k dernier argument de la colère ; après les injures, la violence: et ils veulent le lapider. Hélas ! tout chrétiens que nous sommes et peut-être même dévots, supportons-nous mieux la contradiction dans l'occasion? L'opposition à nos désirs, à nos opinions, ne nous met-elle point hors de nous? N'avonsnous pas recours alors à toutes les mauvaises raisons du monde, quelquefois aux paroles amères, blessantes, aux allusions personnelles, bien près de l'injure si elles n'en sont pas, et enfin n'emploierions-nous pas aussi la violence, si nous l'osions ou le pouvions? Contemplons en ce moment la placidité de Jésus-Christ en face de la fureur de ses ennemis, et rougissons.

PRATIQUE

Qaand nous serons en butte à la calomnie, ou que nous aurons une injure à supporter, taisons-nous comme Jésus devant Pilate, en laissant à Dieu le soin de nous justifier ; ou, s'il y a lien de repousser le mensonge ou le mal, affirmons avec Jésus lapur^et simple vérité, disant: cela est ou cela n7est pas.

PRIÈRE

Accordez-nous rotre grâce, 6 doux Jésus, afin que par le repentir de nos fautes et la pratique des bonnes œuvres nous participions à vos souffrances, et parvenions un jour à la possession de Phéritage éternel promis aux enfants de Dieu.

Jonas, III, 1.

Le Seigneur parla une seconde fois à Jonas, lui disant : Allez en la grande ville de Ninive, et prèchez-y ce que je vous dis. Jonas partit, et alla à Ninive^ selon la parole du Seigneur. Ninive était une grande ville, dont il-fallait trois jours pour faire le toiu» : et Jonas y étant entré marcha pendant trois jours, criant : Encore quarante jours, et Ninive sera détruite. Les Ninivites crurent à la parole de Dieu. Ils ordonnèrent un jeûne public, et se couvrirent de sacs, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Cette parole ayant été rapportée au roi de Ninive, il se leva de son trône, se dépouilla de son vêtement royal , se couvrit d'un sac et s'assit sur la cendre. Il fit crier et publier dans la ville cet ordre comme venant de la bouche dû roi et de ses princes : Que les hommes, les chevaux, les bœufs et les brebis ne mangent rien ; qu'on ne les mène point au pâturage, et

qu'ils ne boivent pas d'eau. Que les hommes et les bêtes soient couverts de sacs, et qu'ils crient au Seigneur de toutes leurs forces. Que chacun se convertisse, qu'il quitte sa mauvaise voie et l'iniquité dont ses mains sont souillées. Qui sait si Dieu ne se retournera pas vers nous pour nous pardonner, et s'il ne reviendra pas de la fureur de sa colère, afin que nous ne périssions pas? Dieu vit leurs œuvres; et parce qu'ils avaient quitté leur mauvaise voie, la compassion qu'il en eut l'empêcha de leur envoyer les maux qu'il avait annoncés.

Au commencement de cette semaine, qui précède la grande semaio^e toute remplie de la commémoraison de la mort du Sauveur, et c'est pourquoi l'Église nous y rappelle chaque jour les souffrances, les derniers moments et le sacrifice de l'adorable victime, elle nous invite aussi, pour nous préparer à célébrer dignement ce grand anniversaire par la communion du corps et du sang de Jésus-Christ, à faire sérieusement pénitence de nos fautes, en nous détournant du mal, et nous convertissant vers Dieu. Et cela, non pas seulement par l'aveu et la déteslation de nos péchés dans la confession, mais encore par des œuvres

qui réalisent nos bonnes intentions et noos ooqfirment dans la voie du bien. A cet eSet, elle nous offre l'exemple des Ninivites, dont l'impiété avait excité l'indignation divine, au point que Jouas leur est envoyé pour leur annoncer que dans quarante jours, si elle ne change de vie, Niuive sera détriiite. 0 merveille de la grâce ! et qui sondera les mystères de la miséricorde divine I Voilà une grande cité, adonnée au culte des faux dieux et h la volupté, renonmiée entre les nalions par son luxe et sa corruption, qui, tout d'un coup, s'arrête dans la voie de la perdition à la voix prophétique de l'envoyé du ciel ! Cette sinistre parole, qui retentit pendant trois jours dans ses rues et sur ses places publiques : « Bans quarante jours, Ninive sera détruite I » frappe les cœurs d'épouvante et suspend subitement les affaires et les plaisirs. Il n'y a plus en ce moment qu'une affaire pour ce peuple ému et terrifié : celle de son salut; et il abandonne tout pour s'y appliquer, depuis le roi et les grands jusqu'au plus petit. A coup sûr cette nation criminelle n'avait point mérité cet avertissement d'en haut : elle avait tout fait au contraire pour en attirer les foudres, puisque l'excès de sa perversité était monté jusqu'au cœur*de Dieu ; et cependant, c'est dans cette situation qu'il la regarde en pitié et lui envoie un libérateur. Celui qu'il lui envoie est un étranger, mais il

appartient à ce peuple qui passe dans TOrient pour être lé peuple du vrai •Dieu, et qui est avec lui dans un rapport plus intime que tous les autres. A ce titre, la parole de cet étranger inspire déjà de la confiance, comme venant du ciel. £n outre, on raconte de cet homme des choses prodigieuses, à savoir que, jeté à la mer pour apaiser une tempête, victime expiatoire pour le salut de l'équipage, il a été reçu dans le ventre d'un immense poisson, où il a passé trois jours et trois nuits, et qu'il en est sorti vivant pour venir annoncer à Ninive le jugement divin. A l'aide de ce prestige et de tout ce que l'imagination des hommes y ajoute, la parole du prophète entre dans les cœurs* Les Ninivites y. croient, font pénitence et sont sauvés.

De quel pécheur après cela peut-on désespérer? et comhien la foi et la conversion deshabitants de Ninive, qui semblaient si loin de Dieu, doit exciter et encourager le zèle des prédicateurs de la parole divine! Jonas, dans un sentiment tout humain, a résisté tant qu'il a pu à Tordre du ciel. H a voulu s'en aller bien loin de ce peuple auquel il était envoyé, parce que, jugeant dans sa raison qu'il était incorrigible et qu'il n'y pourrait rien faire, il croyait nonseulement y perdre son temps, mais peut-être encore sa vie, en excitant leur colère contre lui par l'annonce d'une si dure vérité. N'en est-il pas

quelquefois de même des ministres de rÉvangile, envoyés à des chrétiens qui ne le sont plus qne de nom, vivant comme .des païens, et s'occupant de toutes choses, de leurs affaires et de leurs plaisirs, plus que de Dieu et de leur salut ? Mon Biéu, disentils aussi daiis leur cœur, il n'y a rien à faire avec ce peuple, et vous m'y avez envoyé comme sur une terre stérile qui ne peut rien produire pour • le ciel, et où je vais me dessécher moi-même, comme les ronces et les épines dont je suis entouré. Et ils voudraient aussi s'en aller bien loin, pour s'épargner des peines inutiles, des contradictions, des injures et des persécutions, ou toat au moins une indifférence glaciale, un isolement mortel. Et cependant, ils peuvent, comme Jonas, devenir les ministres de la miséricorde céleste ! Qu'ils aient seulement le courage d'annoncer comme lui la parole du salut, même quand ils devraient traverser des tempêtes, être jetés à la mer et comme engloutis pendant quelque temps parle monstre.de l'opinion publique qui croit 1^ dévorer, et qui les rejettera aussi sains et saufs au rivage sous la conduite de la Providence, pour aller accomplir la mission qu'elle leur a donnée. Jonas, il faut l'avouer, a résisté longtemps. Voulant échapper aux dangers de sa mission, il a disputé avec Dieu ; mais il a fini par obéir, et la vertu d'en haut ranimant et soutenant son cou-

rage, il a sauvé un peuple, et le peuple qui en paraissait le plus indigne. Ne désespérons jamais d'une nation ni d'un homme, quelç que soient leurs crimes et leur corruption ; car il y a souvent beaucoup de bien au fond, là où le mal abonde à la surface ; et il ne faut qu'un rayon de la grâce pour retourner les âmes, en faire sortir ce qui y était enfoui, et dégager la lumière du ciel là où dominaient les ténèbres de la terre. Dieu seul sait ce qu'il y a dans les cœurs; et il se plaît souvent, pour manifester davantage sa puissance, à entr*ouvrir par un coup de sa grâce un cœur endurci, pour délivrer le bien captif; comme son soleil vivifie le germe de la semence en en brisant l'écorce, tandis que par contre, mais toujours dans le même dessein, il renverse parfois les piétés qui semblent le mieux établies, par une épreuve où' il les abandonne à leurs propres forces dont elles se glorifiaient, par une tentation à laquelle elles se croyaient supérieures, et qui les jette à terre. C'est ce qui arrivait en ce temps à Israël, toujours porté à l'idolâtrie, malgré les bienfaits de Dieu dont il était comblé, et néanmoins se vantant d'être enfant d'Abrahani, et méprisant les autres nations, qui n'avaient pas, disait-il, des dieux aussi proches d'elles, que Jéhovah l'était de son peuple. Mais, comme l'explique saint Paul, (Rom., II, 25), l'infidélité des Juifs a tourné au

profit des Gentils, qui ont reçu la grâce répons- 8é6 par lé peuple de Moïse : comme la lumière répercutée par les corps durs pénètre ceux qui s'ouvrent à son rayon. Jonas pressentait ce malheur de sa race, quand il reçut l'ordre de porter la parole de Dieu à Ninive ; et de là ses tergiversations, ses refus, et l'amertume de sa doulenr, parce que, en bon Israélite, il était désolé de voir le salut s'éloigner d'Israël à cause de ses fautes, et se donner aux nations que la miséricorde divine allait lui substituer.

Ninive croit à la parole de Dieu , fedt pénitence, et à cette fin, elle emploie leç moyens qtM rÉglise impose encore aujourd'hui à ses Mêles pour manifester le repentir du péché, et Vexper par des pratiques pénibles à la nature et qui t> rètent les entraînements delà concupiscence. Dans tous les temps, et chez tous les peuples, ces pratiques ont été usitées comme des signes de contrition, et pour attirer par des preuves de résipiscence la miséricorde du ciel sur le pêcheur. Le protestantisme a jugé à propos de les supprimer comme inutiles ; et sous le prétexte que la foi senle sauve, il a dispensé les coupables des œuvres salutaires mais dures de la pénitence ; car, a dit Luther, quand vous auriez commis dix mille adultères, un acte de foi dans le salut par Jé^us-Christ vous justifierait. Doctrine commode, qui met toute

la religion dans une foi spéculative, laquelle n*a pas besoin de se réaliser par les œuvres, comme le voûtait saint Jacques (II, 17), dont alors il fallut retrancher Tëpître. Mais que vaut cette protestation contre le cons^tement général du genre hiuoEiain, affirmé dans|tous les siècles par les formes à peu près unîmes de Texpiation, et que les protestants eux-mêmes n'ont pu abolir entièrement, puisqu'ils admettent encore, au moins en principe, des jours d« jeûne et de privations? Ce n'est plus pour la plupart, il e^ vrai, qu'une vaine formule, mais qui atteste encore la vérité de la chose.

Du reste, qu« les vêtements de deuil, le sac, les cendres, l'abstinence, le jeûne, ou toute autre espèce d« mortification extérieure ne suffisent poin pour expier le péché et justifier le coupable, la synagogue comme l'Église l'ont toujours enseigné ; et nous en retrouvons la croyance même chez les Gentils, puisque le décret du roi de Ninive, qui prcscrittoutes ces choses, recommande encore, avec la prière fervente, la conversion du cœur et l'abandon ée l'iniquité. L'Église catholique n'a jamais dit autre chose ; elle a toujours déclaré vaines et illusoires toutes les mortifications corporelles , même les plus douloureuses, qui ne seraient point animées par l'esprit d'une vraie contrition, par la détestation sincère du mal, et confirmées par des œuvres de justice et de charité. L'aumône

et les bonnes œuvres ont toujours été à ses yeux les moyens les plus efficaces d'exprimer le repentir et de toucher le cœur de Dieu, en désiumantsa colère et attirant le rayon de sa miséricorde.

Ici encore, une explication sur ces expressions de colère, de fureur de Dieu qu'on rencontre sonvent dans les livres saints. Les honmies du monde, qui connaissent peu lés choses du ciel, se scandalisent de ces mots appliqués à Dieu, et cela sons nn double rapport. D'abord, disent-ils, n'est-il pas indigne de la majesté et delà bonté du Tout-Pidssant de lui imputer de la colère, d^ la fureur on toute autre passion inhérente à la faiblesse humaine ? N'est-ce pas faire du Dieu des chrétiens quelque chose de semblable aux misérables divinités des païens? Dieu est tellement grand et andessus de la misère des hommes, que nos fautes, quelles qu'elles soient, ne peuvent lui inspirer que de la pitié. Et en outre il est si bon, qu'il doit trouver toujours dans notre infirmité une excuse suffisante de nos péchés. Ils en concluent, non pas précisément qu'on peut pécher sans crainte par la confiance en cette immense indulgence, mais qu'il n'y a, au fond, que les grands crimes, et surtout cenx qui s'attaquent à la vie et à la propriété, ce qni les intéresse par-dessus tout, qui méritent un diâtiment dans l'autre monde ; et encore ce châtiment aura-t-il son terme. Ces personnes, si coulantes

avec la justice divine^ ne le sont pas autant devant la justice humaine, quand elles ont leurs intérêts à défendre ou leurs injures à venger. Cependant la jostice est la môme partout ; partout elle doit étra respectée, et ses droits sont imprescriptibles au ciel comme sur la terre. U n'y a point deux justices, Tune pour l'autre monde, et une autre pour celui-ci. U doit donc y avoir partout une peine pour celui qui la viole, et une récompense pour celui qui l'observe. Partout aussi, sans doute, il y a le droit de grâce, qui tempère la sévérité du droit; mais à la condition du repentir et de la prière du coupable. Il faut avant tout que la justice soit satisfaite par le jugement, et jamais la miséricorde ne peut prévaloir contre ses droits. C'est pourquoi le plus grand exemple de la miséricorde divine, la rédemption du genre humain par le sacrifice de THomme- Dieu, a été aussi la satisfaction la plus complète donnée à la justice éternelle, par l'expiation de l'innocent à la place du coupable, par l'immolation de Tunique victime dont le sang pouvait laver les iniquités du monde.

D'ailleurs, on n'est choqué de ces expressions, que parce qu'on les prend à la lettre et dans un sens humain. U est évident que Dieu ne peut pas se, mettre en colère à la manière des hommes, et que ce que l'Écriture appelle sa fureur, n'est point l'effet d'une passion aveugle. On devrait penser

que la sainte Écriture, si pleine de vérité et de scienoe, ne peut enseigner de tels non^^ns. La colère, rindignation, en la dépouillant des formes et des signes des passions terrestres, n'est pas atitre chose qu'une réaction plus ou moins vite d'une volonté contre ce qui s'impose à elle et lui fût obstacle. Or, Dieu a une volonté, puisqu'il est personnel; et comme sa volonté est le principe du bien, si elle rencontre en face d'elle d'autres volontés qui veulent et font le mal, tandis qu'elles ont été créées pour le bien, au lieu d'une pénétrtlion mutuelle, pleine de douceur quand les yolofités s'accordent et s'unissent, il s'élève entre elles une collision avec une réaction plus ou moins violente, pénible des deux côtés, mais surtout pieine de pérU et d'angoisse pour la créature ^ui a le malheur d'entrer en lutte contre son créateur. De là les tortures de l'ftme qui se met en opposition avec l'ordre, expression de la Providence divine dans le gouvernement de Tunivers, et toutes les infortunes qui résultent pour elle de son infrac-* tion de la justice ; parce que, s'agitant en dehors de la loi, elle en rencontre partout la contradiction et l'obstacle. Ainsi, elle devient l'objet de la colère ou de la fnreur de Dieu, c'est à-dire que la puissance de la loi divine se tourne contre elle et l'accable partout où elle veut la violer et la détruire. Que si, au contraire, par un bon moive-

ment aidé de la grâce, elle tente de sortir du dés* ordre, cessant d'aller contre la loi, et se remettant dans sa voie pour concourir à la conduite providentielle, alors Faction supérieure qui lui était opposée, et contre laquelle elle s'aheurtait sans cesse, lui redevient favorable ; et au lieu d'être agitée et tribulée par la ràidicte divine, c'està-dire par la réaction de l'ordre contre le désordre, sa conversion lui apporte la vertu, les encouragements et la consolation du ciel. Dieu ne se contredit donc point, quand il sauve par sa miséricorde celui qui se perdait par l'iniquité, mais qui rompt avec elle. La perte du coupaLle est toujours conditionnelle ; parce que, s' égarant par une volonté pervertie, il peut revenir au salut en la redressant ; et comme il avait mérité le châtiment par son péchéy il se rend de nouveau digne, au moins capa* ble^ de la récompense par son retour au bien. Ainsi s'accomplit l'étemelle justice, qui rend à chacun suivant ses œuvres ; chacun, en définitive, devant récolter ce qu'il a semé.

Évangile selon saint Jean, VU, 32,

lies princes des prêtres et les pharisiens en-* voyèrent des gardes pour saisir Jésus. Jésus leur dit donc : Je sois encore avec vous pour

un peu de temps ; et je vais ensuite à celui qui m'a envoyé; vous me chercherez et ne me trouverez point, et vous ne pouvez venir où je serai. Les Juifs dirent entre eux : Où ira-t-il, puisque nous ne pourrons le trouver? Ira-t-il chez les nations dispersées par le monde, et enseignera-t-il les Gentils? Que signifie cette parole qu'il vient de dire : Vous me chercherez et^ne me trouverez point, et vous ne pouvez venir où je serai ? Le dernier jour de la fête, qui était le plus solennel, Jésus, se tenant debout, disait à haute voix : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive sortiront de son sein, comme dit TÉcriture. Ce qu'il entendait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui ; car le Saint-Esprit n'avait pas encore été donné, parce que Jésus n'avait point encore été glorifié.

Jésus annonce ici indirectement sa résurrection et son ascension. Dans quelque temps il sortira de ce monde où il laissera d'abord son corps au tombeau; il descendra aux lieux inférieurs pour porter aux âmes des justes, qui attendent sa venue, la pft-

pole du salut ; puis reprenant son corps vainqueur de la mort, et après avoir vécu quarante jours au milieu de ses disciples pour achever de les instruire, et les confirmer dans leur foi en les préparant à recevoir l'effusion du Saint-Esprit, il retournera glorieusement vers celui qui Ta envoyé, emportant avec lui l'humanité transfigurée, qu'il a associée en sa personne à la nature divine et élevée en lui jusqu'au trône même de Dieu.

Les Juifs ne peuvent donc aller où il va, ils ne peuvent mourir et ressusciter comme lui, conmie lui descendre aux enfers et monter au ciel, donner sa vie et la reprendre. Il n'y a que le maître de la vie qui puisse faire ces choses par sa propre vertu. C'est donc aussi une affirmation indirecte de sa divinité.

Quand je serai parti, ajoute-t-il, vous me chercherez et ne me trouverez pas. Us l'ont en effet cherché, poursuivi, persécuté dans ses disciples, s' efforçant par tous les moyens d'abolir sa doctrine en détruisant ceux qui la prêchaient. Ils ne l'ont pas trouvé, ce qui peut s'entendre de deux manières; d un côté parce qu'ils ont été impuissants à renverser l'Église qu'il a fondée pour porter son Évangile jusqu'aux extrémités du monde et la conserver à travers les siècles, et ainsi ils n'ont pu ni arrêter son esprit, ni enchdner sa parole, ni anéantir sa puissance; et de l'autre, parce que

les pharisiens et teus les eBBemis de J^us-GkHst qui leur ont ressemblé daas la suites aveuglés par leur orgueil et troublés par leurs mauvaises passions, n'ont point reçu sa lumière dans leurs téoè^ breS| et ainsi ne l'ont point rencontré dans leuifi voies.

Combien d'hommes de nos jours, hélas ! cher* dient Jésus-Christ sans le trouver, parce qu'ils la cherchent mal 1 Sans être ses ennemis déclarés^ ils sont cep^idant dans une opposition secrète coatre sa parole, qui froisse leur raison et gêne leurs p^* chants. Ils l'admirent néanmoins à cause de la sablimité de sa morale et de la pureté de ses actions. Jamais homme^ disent-ils, n'a parlé si magnifia quem^t, avec tant de vérité, ni agi avec plus de désintéressement et d'élévation. Mais d'un antra côté , ils en ont peur, parce que tout en louant sa doctrine, ils ne sont point résolus à l'embrasser^ ni surtout à quitter tout ee qu'elle défend. Ils feremt donc de Jésus tout ce qu'on voudra : le plus grand des hommes par son caractère, le plus ëminentdes philosophes par son génie, le plus aimable des mortels par sa vertu, tout, excepté un Dieu, parée que la parole de Dieu oblige, et qu'ils ne veuknt pas s'astreindre à la suivre, tout admirable qu'elle soit. L'exaltation de leur esprit propre, la ctm' fiance en leur raison et l'attachement à lesr propre volonté empêchent la Coi de naître dans leur cœur

plein de l'aaottr d« lui-^mAmey et qui ne laii»e point d'atscèe en lui à Taetion divine; car, dit l'É* critnre, Dieu <)ni se donne aux humides^ résiste ans superbes (Jac, IV, 6).

Les paroles suivantes, qui semblent à première vue n'avoii: point de liaison avec celles qui précèdent, sont amenées par ce qui se passait en ce moment. C'était le troisième jour et le plus solennel de là fête des Tabernacles^ pendant laquelle un prêtre puisdt de l'eau à la fontaine de Siloé qui coulait au pied de la montagne du temple, et la répandait sur Tau tel en signe de joie au sujet du salut à venir. Pendant ce temps on chantait les paroles dlsaïe (XII, 5) : Vous puiserez avec joie de Teau àla fontaine du Sauveur, haurietU aquam cum gaudio in fenUbm Salvntoris. C'est ce texte du prophète qui donne lieu à cette ^elamation de Jésu^-Christ : Si quelqu'un a soif, qu*il vienne à moi et qu'il boive; ce qui signifie : C'est moi qui suis le Sauveur; en moi est la source des eaux salutaires. Vous tous, qui voulez être sauvés, ouvrez la bouche de votre âme, et appliquez Tos lèvres altérées à eette fontaine bienfaisante; c'est-k-dire recevez avec foi la parole du ciel que je vous apporte; aspirez-la de toutes vos forces; et votre cœur alors, mis en comibunieation avec la source infinie, deviendra lui-même une source inférieure qui répandra des fleuves d'eau vive,

comme on voit au pied de la montagne, dont la cime se perd dans les nues, sourdre des misseaux qui en descendent par des infiltrations mystérieuses et vont porter dans la plaine la fraîcheur des eaux du ciel.

Cette parole rappelle celle dite à la femme de Samarie : Si tu connaissais le doù de Dieu et qael est celui qui te demande à boire, tu lui en demanderais toi-même, et il te donnerait une eau qm désaltère à jamais. Ohl Seigneur, s'écrie-t-eUe, donnez-moi de cette eau, afin que je n'aie plus la peine d'en chercher ici (Jean, IV, 15J. Elle ne comprend pas le sens de la parole du Sauveur; et c'est seulement quand il lui dit les détails de sa vie passée et présente, que son esprit, éclairé par un rayon d'en haut, le déclare un prophète et peutêtre le Messie. Cet homme, qui m'a raconté tout ce que j'ai fait, ne serait-il point le Messie ? ditelle aux habitants de Samarie. L'aurore de la foi commence à luire dans son âme.

L'évangéliste explique lui-même cette dernière parole de Jésus-Ghrist en ajoutant qu'il entendait par les eaux vives les dons du Saint-Esprit promis par les prophètes à ceux qui auraient foi au Messie, dont ils recevront la plénitude en eux, ce qui apaisera la soif de leur âme ; et ils en répandront l'abondance dans les autres, comme autant de fleuves de vie, ce qui indique leur apostolat. Maisla raison

qu'il en donne est tirée de la profondeur du dogme chrétien. L'Esprit n'était pas encore donné parce que Jésus n'était pas encore glorifié, ce qui veut dire, que Jésus n'était pas encore remonté au ciel vers son Père avec l'humanité qu'il avait associée en lui à la divinité, ce qui arriva seulement au jour de l'Ascension. La nature humaine, ^éjà transfigurée dans sa personne, n'avait point été mise en rapport direct avec le Père, et comme le Saint-Esprit procédant du Père et du Fils est le lien de leur amour, l'humanité ne pouvait participer à ses dons que par son union préalable avec les deux termes dont il procède. C'est ainsi que le Verbe fait chair est véritablement médiateur au ciel comme sur la terre : sur la terre pour réconcilier en lui l'homme avec le Père ; au ciel pour l'unir à TEsprit-Saint par l'union avec son Père, union qui se complète quand Jésus remontant au ciel lui associe l'humanité dans sa personne. Ici comme au commencement de son Évangile, comme partout, saint Jean est le grand théologien du christianisme, ou celui des apôtres qui a pénétré le plus avant dans les mystères de l'essence divine et de la vie en Dieu.

Le miracle de la Pentecôte ne devait donc arriver qu'après celui de l'Ascension; car TEsprit- Saint ne devait se répandre sur les hommes qu'après le retour du Fils vers son Père, c'est- à-

Sie LB LUNm

dire qnand rhumaaité rixam au Père par le Kb et dans le Fils, était par cela même mise es union avec l'Esprit qui procède des deux. C'est pourquoi Jésus, au moment de quitter ses apôtres, Isnr annenee qu'il leur enverra le Paraclet, le Ck)nsolatqur, ou le Saint-Esprit, qui leur expliquera tont ee quHl leur a enseigné, et leur parlera en son nom comme il leur a parlé au nom de son Père. Aussi leur dit^il au milieu de leur tristesse de son départ : En vérité , il vous est avantageux que je m'en aille, car si je m'en vais, je vous enverrai le Paraolet ou le Consolateur, le Saint- Esprit qui, confirmant votre foi par sa lumière et ses dons, vous rendra capable d'accomplir la mis* sion que je vous donne pour le salut du monde.

PRATIQUE

Cherchons Jésus-Christ dans toute la sincérité de notre cœur, c'6st<à*dire avec ]a ferme résolution de faire ce qu'il enseigne dans son ÉvaQgile, par son Église, et ce qu'il nous dira en particulier au fond de notre âme, si nous avons lé bonheur de le rencontrer. Nous le trouverons certainement si nous voulons sérieusement le trouver, et alors i} nous donnera à boire l'eau dont il parlait à la Samaritaine, et notre âme désaltérée deviendra è son tour una souree sali^taire é'eù sortiroat das ruisseaux de vie.

PRIÈRE

aelgaenr, nous vous en snpi^liont, aecovdes k vatre peuple le salut de l'àme et du corps, afin que s'adoivnant à raccomplissefuea^ def tiomies œuvres, il mérite d'être toujours défendu par votre protection.

Daniel, XIV, 27.

Les Babyloniens irrités, 8*étant assemblés contre le roi, dirent : Le roi est devenu juif et il a renversé Baal ; il a tué le dragon et il a fait mourir les prêtres. Us vinrent donc trouver le roi et lui dirent : Abandonnez-nous Daniel, ou nous vous ferons mourir avec toute votre maison. Le roi voyant qu'ils le pressaient avec tant de violence, et étant contraint par la nécessité, leur abandonna Daniel. Ils le jetèrent aussitôt dans la fosse aux lions, et il y demeura six jours. U y avait dans la fosse sept lions et on leur donnait chaque jour deux corps avec deux brebis ; mais on ne leur en donna point alors afin qu'ils dévorassent. Daniel. En ce temps, le prophète Habacuc était en Judée, et ayant trempé du pain dans du jus de viande, il le mit dans un vase pour le porter dans les champs à ses moissonneurs. L'ange du Seigneur dit à Habacuc : Portez à Babylone le

dîner que vous avez préparé, pour le donner à Daniel qui est dans la fosse aux lions. Habaeue répondit : Seigneur, je n'ai jamais été à Babylone, et je ne sais où est la fosse. Alors range du Seigneur le prit par le haut de la tête, et, le tenant par les cheveux, il le porta avec l'impétuosité d'un esprit jusqu'à Babylone, où il le mit au-dessus de la fosse. Et Habacuc se mit à crier : Daniel, serviteur de Dieu, recevez la nourriture que Dieu vous envoie. Daniel répondit : 0 mon Dieu, vous vous êtes souvenu de moi, et vous n'avez point abandonné ceux qui vous aiment I Et se levant il mangea. Mais l'ange du Seigneur reporta aussitôt Habacuc au lieu où il l'avait pris. Le septième jour le roi vint pour pleurer Daniel. S'étant approché de la fosse, il regarda dedans; et il vit Daniel assis au milieu des lions. Il jeta aussitôt un grand cri, et dit : Vous êtes grand, ô Seigneur, Dieu de Daniel ! et il le fit tirer de la fosse. En même temps il y fit jeter ceux qui avaient voulu perdre fianiel, et les lions les dévorèrent devant lui en un moment. Alors le roi dit : Que tous les habitants de la

terre révèrent avec frayeur le Dieu de Daniel, parce que c'est lui qui est le Sauveur, qui fait des prodiges et des merveilles sur la terre, et qui a délivré Daniel de la fosse aux lions*

0 mon Dieu, vous vous êtes souvenu de moi et vous n'abandonnez point ceux qui vous aiment! Saint Paul dit (Rom., VIII, 28) : Tout tourne à bien à ceux qui aiment Dieu ; et il est écrit dans l'Évangile : Pas un cheveu de votre tête ne tombera san« la permission de votre Père céleste (Matt., X, 30); et ailleurs : Dieu donne la nourriture aux oiseaux qui ne sèment point, qui ne récoltent point; et à la fleur des champs, qui ne file ni ne tisse (Matt., VI, 15), un vêtement plus magnifique que la pourpre des rois. Or, vous êtes à ses yeux plus que des oiseaux et des lis (Matt., X, 31). Ce qui ne veut pas dire que l'homme doit tout abandonner à la Providence san$ prudence et sans travail. Il doit avoir sa part d'action dans tout ce qui se fait ici-bas, puisque par sa raison il y est le représentant de Dieu, et que rexqrcice de sa liberté, qui lui a été donnée à cette fin, lui impose une responsabilité. Ce qui ne veut pas dire non plus que tout doive prospérer aux fidèles serviteurs de Dieu, et qu'ils n'auront jamais rien à souffrir peur son service et l'accomplissement de sa loi. Au contraire ils

penoontreront be&neoTip d'obstacles, de oombats, de tribulations, et c'est justement par là que leur fidélité sera éprouvée et qu'ils attireront la grâce qui viendra les secourir ou les délivrer en son temps. Mais ce qui est certain, c'est que tout ce qui leur arrivera, même leurs plus cruelles infortunes et leurs plus vives douleurs, tournera en définitive à leur plus grand bien, s'ils persistent cbms leur voie, et à la plus grande gloire de Dieu, e'est«à-dire à l'accomplissement des desseins pro- ^dentiels en eux et par eux.

Nous en voyons un exemple en Baniel, la plus belle figure peut-être que- nous offre l'Écriture sainte, après celles de J.-G, et de sa mère. Dès son adolescence l'Esprit divin s'est emparé de lui et le $raide dans ses pensées, comme on le voit dans la délivrance de la chaste Suzanne, que le peuple trompé par les apparences et les ruses diaboliques de deux infâmes vieillards a condamnée à mort. Seul, il parle en sa faveur contre tout le peuple, et il prouve son innocence. A Babylone, tout captif qu'il est, il refuse hardiment d'observer les décrets du roi qui prescrivent Tidolâtrie, et il reste, malgré tout, fidèle au culte du Dieu d'Israël. D est jeté à cause de cette résistance dans la fosse aux lions qui le respectent , parce que l'Esprit de Dieu qui est en lui les arrête. Cette conservation miraculeuse le met plus que jamais en faveur auprès

du roi, cpi lui donne une grande autorité ; et la puissance ne Texalte pas plus que la persécution ne Tavait abattu. Il persiste à combattre l'idolâtrie et à démasquer l'hypocrisie de ses prêtres. Il renverse les idoles, tue le dragon, tourne en ridicule les superstitions du peuple qui, s'ameutant contre lui et contre le roi qui le soutient, le force par leur rébellion et leurs menaces de livrer Daniel à leur fureur. On le jelte de nouveau dans la fosse aux lions, et pour qu'il n'échappe point cette fois à leur cruauté, on ne leur donne point de nourriture pendant plusieurs jours. Dieu sauve encore de la mort son fidèle Daniel, et sa bonté pour lui va mèifïB jusqu'à lui envoyer à manger par un nouveau miracle.

Ici encore le dessein providentiel s'accomplit. Le roi, frappé de cette protection merveilleuse du ciel, et plein de joie de retrouver vivant celui qu'il aime, reconnaît publiquement que le Dieu de Daniel est le Dieu véritable, et décrète que toute la terre doit l'adorer. Ainsi Daniel est sauvé, et le vrai Dieu est glorifié. Mais que d'événements terribles pour arriver à cette fin, et combien Daniel a dû souffrir au milieu de ces péripéties et de ces persécutions! Tout lui a tourné à bien, sans doute, parce qu'il aimait Dieu de tout son cœur^ et ne cherchait que sa gloire. Mais il lui a fallu subir constamment la haine des grands du royaume, jaloux de cet étran-

ger qui avait la faveur du prince, les calomnies et les persécutions des prêtres de Bel et de Dagon, indignés de l'audace de ce misérable Juif, d'un esclave qui ose s'attaquer à leur autorité, démasquer . leurs ruses et leur enlever leurs profits avec leur crédit et leur puissance. Il s'est trouvé seul devant le peuple en révolte et demandant sa mort, il s'est vu abandonné du roi, dont la vie était aussi menacée. Deux fois il a été jeté en proie aux lions, et ainsi il a dû ressentir à deux reprises toutes les angoisses d'une mort qui semblait certaine, ou du moins dont aucun secours humain ne pouvait le préserver. Dieu Ta sauvé à cause de sa fidélité et du courage de son amour ; mais il Ta sauvé à travers les mille tribulations de la plus cruelle épreuve.

Telle est la leçon que nous donne cette histoire si terrible et si consolante tout ensemble. Elle nous assure du secours d'en haut en toute occurence et quel que soit le danger, si comme Daniel nous restons fidèles à la cause de Dieu, l'honorant et le servant comme il veut l'être. Mais ne nous imaginons pas qu'il' nous épargnera les soufirances, les angoisses, tous* les accidents plus ou moins pénibles de la lutte avec les passions humaines coalisées, contre la vérité ; lutte inévitable qui doit éprouver notre fidélité, manifester notre courage et justifier notre amour. Car le véritable amour ne consiste pas dans les paroles et les protesta-

tioBSy mais dans les actes de déTOuement; et sa perfection est dans le sacrifica pour ce qu'on aime, oomme le Seigneur l'a enseigné à ses apôtres en •leur donnant le commandement nouveau qu'il a accompli le pren^ier (Jean, XIII, 34).

Donc, si notre foi est vive, notre espéraiice ferme et notre amour sincère, quelles que soient nos infortunes, nos souffrances, nous ne serons point abattus par les tribulations' ni les périls de répreuve. Nous ne crierons point merci à la première douleur, nous ne nous croirons point abandonnés parce que nous avons quelque chose à souffrir, nous n'accuserons' point la providence de laisser triompher l'iniquité et de déserter notre cause qui est la sienne, mais nous confiant au secours d'en haut, promis à ceux qui aiment Dieu, et qui viendra en son lieu et à son heure, nous attendrons avec patience, avec résignation, le oioment providenliel. De cette manière nous ne risquerons point de blasphémer les vues de Dieu par des plaintes inconsidérées, ni surtout de le3 troubler, de les déranger en ce qui nous concerne par Factivité imprudente de notre volonté propre.

fvangile selbn saint Jean, ¥11, 1.

Jésus parcourait la Galilée, ne voulant pas

aller en Judée, parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir; mais la fête des Juifs, appelée des Tabernacles, étant proche, ses flrères lui dirent : Quittez ce lieu et allez en Judée, afin qqe vos disciples voient aussi les œuvres que vous faites ; cap personne n'agit en secret quand il veut être connu dans le public. Puisque vous faites de telles choses, feites-vous connaître au monde ; car ses frères ne croyaient pas en lui. Jésus leur dit donc : Mon temps n'est pas encore venu, mais pour le vôtre il est toujours prêt. Le monde m saurait vous haïr; mais pour moi, il me hait, parce que je rends témoignage contre lui, que ses œuvres sont mauvaises. Allez, vous autres, à cette fête ; pour moi, •je n'y vais pas encore, parce que mon temps n'est pas accompli. Ayant dit ces choses, il resta en Galilée. Mais lorsque ses frères furent partis, il alla aussi lui-même à ]a fête ; non pas publiquement, mais comme s'il eût voulu se cacher. Les Juifs donc, le cherchaient pendant la fête, et ils disaient : Où est-il î Et on parlait beaucoup de lui dans la foule; car les uns disaient : C'est un homme de bien, et les autres disaient :

Non, mais il séduit la multitude. Personne, néanmoins, n'osait en parler ouvertement par la crainte des Juifs.

Notre-Seigneur a dit à ses disciples, Inimici hominis domestici ejus^ les ennemis de l'homme sont les membres de. sa famille (Matt., X, 36). H ajoute : Celui qui aime son père, sa mère, son frère, sa sœur, sa femme et ses enfants plus que moi, n'est pas digne de moi. H a même été jusqu'à dire : Si quelqu'un vient à moi, et ne -hait pas son père, sa mère, sa fenmie, ses fils, ses frères, ses sœurs, et même sa vie, il ne peut pas être mon disciple (Luc, XIV, 25). Alors un Père de l'Église se demande comment Dieu, qui nous a ordonné dans sa loi d'aimer nos parents, peut nous recommander ensuite de les haïr, et il répond : Ce n'est que dans le cas où l'affection naturelle', que nous devons avoir pour eux, l'emporterait sur l'ameur de Dieu, . et nous pousserait à faire des choses contraires à ses commandements et à son service. Or c'est ce qui arrive le plus ordinairement dans la famille naturelle, à moins qu'elle ne soit profondément chrétienne; et encore, même en cette circonstance, la tendresse selon la chair a bien' de la peine à se résigner, surtout dans les mères, à ce que demande la grâce, par exemple aux exigences d'une

vocation religieuse. Cette lutte ne surgit que là où la vie surnaturelle entre en contact avec la vie de la nature ; qui vient de la chair et du sang, et qui- unit par leurs liens. Elle a dû être vive dans Abraham, quand Dieu lui commanda d'aller lui sacrifier son fils sur la montagne, d'autant plus que sa raison pouvait s'autoriser des promesses divines. Abraham cependant n'a point raisonné ni disputé avec Dieu, et sa foi, si vive qu'elle lui a mérité le titre de Père des croyants, lui a été im« putée à justice.

Les parents de Jésus-Christ nous offrent ici un exemple en sens contraire. U est évident qu'ils ne croient point en lui ni à sa mission. Ils ont l'air de s'en moquer par le conseil qu'ils lui.donnent, et ce conseil a même quelque chose de cruel ; car ils savaient que Jésus a quitté la Judée, parce que les Juifs voulaient le faire mourir. Il y a donc dans leurs paroles quelque chose d'amer qui trahit une basse jalousie de le voir si remarqué, si recherché, et un désir secret de le pousser à une fausse démiurche qui le compromette et l'humilie.

Du reste, ces parents du Sauveur lui parlent absolument comme les rationalistes d'aujourd'hui, qui par consé^ent ne disent rien de nouveau, en adressant à l'Église ces paroles : Vous vous vantez de fiadre des miracles, et de posséder une puissance surnaturelle I Soit, nous le voulons bien, mais

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BOUS demandont à en être les témmos, et pom que votre puissance paraisse plus au jour et ne puisse être contestée, opérez au milieu de Paris, sur la place publique, sous les yeux de Tacadëmie des sciences, afin que ses membres deviennent aneai yes diseiples; et si ceux*là se dédarent eonvainoos, nous serqns tous pour vous. 'EA l'Église leur répond ce que Jésus disait à ses parents qui le provoquaient de la même façon : Mon^ tranps n'est pas venu : pour vous, votre temps est toujours prêt Mon temps n'est point venu; car je ne fais Aea de moi-même, et je. n'agis et ne parle que par Tassistance et la vertu de celui qui m'a fondée et qui me soutient. A lui seul il appartient de £aire des miracles, c'est^i-àMiire de stkspendre ou de modifier, en certains cas l'application des lois gé«nérales qu'il a établies. Il n'exerce ce poniFoir qu'à sa volonté et comme il lui plait; car personne ne peut l'y contraindre, d'abord à cause de sa toute*puissance, et ensuite parce que c'est une pure grâce de sa part. Or il nous a dit qu'il se donne aux humbles et résiste aux superbes. Il nmis a enseigné par la parole et par son exemple que la foi de celui qui demande un miracle en est la première condition, et qu'ainsi pour être l'objet d'une telle grâce, U faut Timplorer de toute son âme et croire en la puissance surnaturelle de celui qu'on invoque. Cette condition, vous ne la ram-

{dis8«E pas, ni vous, ni voe savants, ni tens vos cnrienx du monde. Vous êtes même dans nne disposition opposée; car vous n'avôx aucune eonfiance en la puissance dont vous provocfuex TaetioBy et vous êtes tout prêts à nier les faits qui se présenteront, ou à les interpréter à votre manière, et surtout àvous en moquer. Vous ne cherches en effet qu'un aliment k votre vaine curiosité et un prétexte h vos railleries. Vous n'aureii donc pas ce que vous demandez, parce que vous le demandez mal, dans une mauvaise intention, et afin de tourner contre Dieu ce qu'il vous accorderait. C'est pourquoi il vous dit aussi : Vous demandez un miracle et vous n'en verrez pas; car mon temps n'est pas encore venu pour vous, puisque vous ne présentez aucune des conditions qui rendent les miracles

Et l'Église ajoute : Vous êtes des enfants ou des blasphémateurs : des en&nts si vous vous imaginez que Dieu va opérer des miracles pour vous divertir, comme les enfants demandent des récréations à leurs parents; des blasphémateurs, des contempteurs de la divinité, si vous pensez que sa Majesté se pliera aux caprices et aux petitesses. de votre raison, surtout quand vous demandez une grâce avec toutes les apparences de la dérision, et sans rien faire de ce qu'il faut pour l'obtenir. Pour voiis, votre temps est toujours prêt ; car n'agissant

qne dans les conditions et avec les forces de la nature et par la seule impulsion de votre esprit et de votre volonté propre , vous avez toujours sous la main ce qui vous est nécessaire ; et en outre, comme vous opérez pour le monde et dans son esprit, il a intérêt à vous ûder ou à ne pas vous combattre, à moins que vous ne vous divisiez entre vous, ce qui arrive souvent. Pour moi, dit Jésus à ses parents, et après lui son Église aux hommes du siècle , je ne tends pas au même but que vous, j'ai une autre mesure pour apprécier les choses, et je ne marche point dans la même voie. Ma mission est de vous montrer que vous êtes dans Terreur, dans l'injustice, dans le mal ; à chaque instant je suis obligé de dire que vos œuvres sont mauvaises et de les combattre. C'est pourquoi nous ne m'aimez pas, et ne pouvez pas m'aimer tant que vous restez ce que vous êtes, c'est-à-dire infidèles, ingrats envers Dieu, et sans goût des choses du ciel à cause de votre amour pour celles de la terre.

A la fin de cet évangile il y a une apparence de contradiction entre la parole de Jésus et ses actes. La version grecque porte : Pour moi je n'y vais pas encore ; et alors tout s'explique. Jésus en effet ne voulait point se mettre.en route avec ses parents incrédules et si mal disposés. Il les laisse donc partir devant lui, pour arriver en son temps,

c'est-à-dire quand au Ueu de tous ces opposants, il rencontrera en face de lui des âmes pleines de foi et d'humilité qui invoqueront sa puissance avec un désir sincère, en même temps qu'elles en exciteront Faction par Tattraction vive de leur foi. Alors son temps sera venu, ce qui veut dire qu'en raison de toutes les circonstances favorables il pourra opérer surnaturellement avec efficacité.

PRATIQUE

Quand nous demandons quelque chose à Dieu, surtout s'il y. a lieu à une action surnaturelle, invoquons-^ le avec humilité, comme devant recevoir une grâce et non une justice: La plupart du temps nous ne sommes point exaucés, parce que nous ne savons pas prier, et que quelquefois nous ne savons ce que nous demandons. Puis sachons attendre le temps du Seigneur; car lui seul connaît le jour et l'heure otL il doit agir, pour que son opération soit fructueuse. Ne nous agitons pas par Pimpatience ou par les réclamations : ce qui empêche l'influence divine d'arriver jusqu'à nous ou nous met en mauvaise disposition pour la recevoir.

PRIÈRE

Seigneur, nous vous en supplions, que nos jeûnes et nos mortifications vous soient agréables, afin que par leurs expiations ils nous rendent dignes de votre grâce et capables de profiter des remèdes éternels.

LE MERCREDI DE U SEMAINE DE U PASSION. Lèvît.,ia,ll.

Vous ne déroberez point. Vous lie mentirez point, et nul ne trompera son prochain. Vous ne jurerez point faussement en mon nom et vous ne souillerez point le nom de votre Dieu. Je suis le Seigneur. Vous ne calomnierez point votre prochain et vous ne l'opprimerez point par violence. Le prix du mercenaire qui vous donne son travail ne demeurera point chez vous jusqu'au matin. Vous ne parlerez pas laal du sourd, et vous ne mettrez rien derant Taveugle qui puisse le faire tomber ; mais vous craindrez le Seigneur votre Dieu, parce que je suis le Seignétir. Vous ne îeret tien contre l'équité et vous ne jugerez point injustement. N'ayez point d'égard en face de la justice à la personne du pauvre, et ne favorisez point la personne de l'homme puissant. Jugez votre prochain selon }a justice. Vous ne serez parmi votre peuple ni un càlonmiateur

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