‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles du carêmeChapitre 7 sur 27 · LE MERCREDI DE LÀ SEM. DE LA PASS · texte numérisé non relu

LE MERCREDI DE LÀ SEM. DE LA PASS

publie ni ua médisant secret Yovs ne ferez point d'entreprises contre le sang de votre prochain. Je suis le Seigneur. Vous ne haïrez point vôtre frère en votre cœur, mais voua le reprendrez publiquement, de peur que vous ne péchiez vous-même à son sujet. Ne cherchez point à vous venger, et ne conservez point lé souvenir de Tiojure de vos concitoyens. Vous aimerez votre atni comme vous-même, le suis le Seigneur. Gardez mes lois.

Outre les commandements de la loi ancienne , rappelés dans ce chapitre du Lévîtique, il y a encore ceHaines recommandations spéciales pour la praticpe de la vie et dans nos rapports avec nos sM&bkbles, qu'il est bon de signaler à rattention des chrétiens, et c'est pourquoi l'Église nousdimne en ce jour ce passage à méditer.

Que le prix du travail de l'ouvrier ne demeure point chez vous jusqu'au matin^ c'est-à-dire payezle ehaque jour, afin qu'il ait ée quoi vivre le lendemain lui et sa famille. Celui qui a besoin de son salaire pour vivre ne peut pas attendre, et c'est une injustice que de le Im retenir par négligence od pair avarice, puisqu'il vous a donné ses forces et s^ i^ieurs , son temps et sen savoir faire ^

et qu'ainsi vous lui êtes redevable de tout ce qu'il a fait pour votre service. L'apôtre saint Jacques . dit (Jac, V, 4) : Malheur à vous, riches, qui ne payez point à vos ouvriers ce qui leur revient ; car leur salaire injustement détenu crie au del contre vous, ■

n est évident qu'il faut faire ici une distinction. Tous les ouvriers n'ont pas besoin d'être payés journellement, et il y a là matière à convention et règle d'usage. La recommandation porte sur l'exactitude à payer ce qu'on doit, surtout aux pauvres et à ceux qui attendent après le fruit de leur travail. Sous ce rapport, il y a beaucoup d'injustices dans la vie du monde, et principalement dans les conditions élevées, où plusieurs abusent du crédit que leur donnent leur position et le désir d'obtenir ou de conserver leur pratique, soit pour ne pas payer leurs fournisseurs, soit pour les payer znal, c'est-à-dire en les faisant longtemps attendre; ce qui est ruineux pour les plus honnêtes qui ont besoin de leur argent , et démoralisant pour les moins scrupuleux, qui alors surfont énormément leur marchandise ou leur travail sous le* prétexte qu'ils doivent regagner l'intérêt de leurs avances. Avis à beaucoup de jeunes gens et de belles dames de la société élégante, qui, ne sachant point mettre un frein à leurs caprices et à leur envie de briller, commandent à tort et à travers tout ce

qiii leur plaît, sans s'inquiéter du payement, oubliant que le luxe, qui devrait enrichir l'ouvrier, le met au contraire dans la misère, quand à son travail non rétribué s'ajoute encore le prix souvent considérable de ce qu'il a fourni. Lui-même alors reste forcément en arrière avec ses fournisseurs, avec ses propres ouvriers; et ainsi souvent la légèreté ou l'imprudence des riches, ou de ceux qui passent pour Têtre, amène involontairement des ruines, des catastrophes et même des crimes, sans compter les malédictions de leurs victimes qui attirent sur leur tête la vindicte du ciel.

Ce que Dieu veut surtout, avant tout, c'est l'observation de la stricte équité, qui rend à chacun ce qui lui est dû, sans partialité d'aucun genre ; ni par une charité mal entendue qui favorise le pauvre aux dépens du riche, sous le prétexte que celuici en aura toujours assez; ni par une lâche condescendance envers les puissants, parce qu'on les craint ou qu'on veut se ménager leur protec- • tion. L'un et l'autre arrive très-souvent dans le monde, et même, sans qu'on s'en aperçoive, la justice en est altérée en mainte circonstance. Quoi qu'on dise, l'aide despuissants incline presque toujours la balance du côté de leurs protégés ; et il faut dans les rapports de la vie sociale une vertu bien ferme, et qui paraît à la plupart dure et même sauvage, pour résister à ce qu'on appelle

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1m infliMiMt. D y an ft outre 1m tym^alkiMm Jm affeetûmi persomidUtt. On est porté înydleolftttè^ BMnt à TOttbir et k feire du bien à eeim fm'ett aimei qaels qroe eoient kars mérites; et de fit ime eertftise partialité pour les siembrea de notre &mille, nos amis^ et tons cenx qui nons plais^t Le juste, selon la loi de Dieu et surtout selon YÈ^ vangile^ doit résister à cet entraînement naturel, qui le porte à exagérer ou à diminuer les droits des uns ou des autres an détriment de la vérité et de réquité. C'est pourquoi les anciens la i^iqarésen^ taient une balance à la main et tm bandeau sur les yeux, pour me pas voir tout ce qui étût en dehors de la balance, et n'admettre di^s aucun des pla^ teaux des poids étrangers.

La perfection de la Justice est exactement for« mulée dans le second commandement^ tel qn*il a été proposé par Jésus^Ghrist : Tu ainwras ton pro^ chain comme toi*même. Et en effet, puisque nous •sommes égaux devant Dieu, il n'y a point de rai* son tirée de la justice elle-même pour que nous BOUS préférions aux autres dans sa distribution* C'est Tamour instinctif de nous-mêmes qm y met de la différence ; et eette préférence en notre faveur est une injustice, si eUê n'est pas motivée par nn droit, par un mérite quelconque. Done^ Tbomme vraiment juste doit, pour observer la loi> se mettre sur la mfime ligne qm les autres dans Taceomplis-

semant da sas devoirs comme dans la satis&etion de ses droits. Il ne doit pas se favoriser personnellement dans la répartition commune ; et si par l'impulsion de l'amour-propre et la recherche de son plaisir ou de son intérêt, il incline la balance de son côté, uniquement parce que c^est lui, il pré^ v^rîquedans la masure de la préférence qu'il s'ac-f corde arbitrairement; car il rompt l'égaUtë, il fiole l'équité, en laissant séduire son jugement pav nue considération personnelle. Les Jui£i modernes ont donc raison de dire que la loi mosaïque a prescrit avant l'Évangile d'aimer son prochain comme soi-même» Gela devait être, puisqu'elle est la loi de justice, et que c'est là oe qui en constitue }a perfection. Jésns-Gbrist l'avait dit avant eui, quand il a résumé toute la loi ancienne dans ces deux commandements : Aimer Dieu par dessus lout, et le prochain commesoi^mème (Luc, X, 27). Mais ce n'est pas là le commandement nouveau qu'il A donné à ses apôtres, Mandatum novum 4o volm (Jean, XIII, 34). Gelui^à, en effet, que lui seul a apporté du ciel et qu'il a accompli le premier sur la terre, dit r c Aimez-vous les uns îoa autres comme je vous ai aimés^ o'est-à-dire jusqu'à donner votre vie ppur vos amis, comme je donne la mienne pour vous » (Jean, XIII, 34). Le premier il noua a reeommaDdé de faire pour nos frères, non plus seulement ee que nens von-

(Irions qa'ils fissent pour nous, c'est-à-dire les aimant comme nons-mémes, ce qui est la dictée la plus haute de la justice, la condition suprême de réquité; mais encore de nous dévouer, de nous sacrifier jusqu'à mourir pour eux; ce que personne n'a le droit de réclamer de son semblable. Voilà le commandement nouveau dans sa sublimité, qui dépasse tout ce qui avait été enseigné jusque-là. C'est, non plus le précepte ou la règle obligatoire de la justice, mais le conseil de la plus haute perfection, ou l'effusion la plus pure en ce monde de l'amour céleste, qui est venu apprendre aux hommes à aimer comme Dieu aime. C'est la charité ou l'amour sans limites, dont le sacrifice ou l'abnégation de soi est le caractère, qui distingue la nouvelle loi de* l'ancienne, et l'Église de la synagogue. *

Cependant le texte sacré dit qu'on peut aussi devenir injuste par trop d'égards pour la personne du pauvre, c'est-à-dire par la compassion que son sort inspire, laquelle peut entraîner à lui donner raison, quand il a tort, ou à le favoriser contre les droits du prochain plus heureux. C'est aussi une £Biute, puisqu'il y a lésion de la justice, qui ne fait point acception des personnes; et si la pitié fait agir contre le droit, c'est le sentiment qui prévaut contre la vérité. Quoique cet excès soit plus excusable que celui de l'intérêt propre, il a aussi ses

inconvénients, et c'en est déjà un grave, que d'être contraire à l'équité. Les femmes, dont le cœur plus sensible les dispose davantage k la compassion, et qui agissent le plus souvent sous l'impression du moment, ou par la pente de leurs affections plus que par une vue claire des choses, donnent facilement dans cet excès ; ce qui les porte, sans doute, à faire du bien à ceux qui souffrent, mais quelquefois avec partialité ou par l'entraînement de la passion. Elles prennent vite en main la cause qui les touche , sans trop se rendre compte de ce qui est juste et raisonnable ; et de cette manière, avec une bonne volonté peu éclairée et qn'un sentiment vif aveugle et emporte, on fait parfois du mal en croyant bien faire, et l'on se prépare des mécomptes et des embarras.

Gela se voit parmi les personnes de piété, dont quelquefois le zèle un peu personnel, se charge yolontiers de toutes sortes de bonnes œuvres sans un discernement suffisant de leur but et des moyens de les faire réussir. On les pousse à outrance, dans rintérêt des pauvres assurément, mais en persécutant jusqu'à un certain point ceux qu'on sollicite, les accusant de dureté ou d'avarice quand on n'en obtient pas tout ce qu'on désire. Il y a même des personnes dont la charité s'évertue à faire l'aumône avec l'argent des autres, en sorte que, sans qu'il leur en coûte beaucoup, elles se procu-

rent à la fois la jouissance da faire da biea et la réputation qui s'y attache. Tout cela est aa fond contre la justice, et mieux vaudrait devant Dieu un seul acte de désintéressement, que ce fracas de bonnes œuvres faites aux dépens d'autrui, etqui sont la plupart du temps aussi stériles dans leurs effets que peu méritantes dans leur cause.

C'est encore le défaut de quelques prédicateurs, qui pour exciter la charité de leurs auditeurs, se laissent aller par une pitié exagérée, ou par une fausse interpréUition des paroles évangéliquea, à prendre toujours le parti des pauvres contre les riches, des fsibles contre les puissants, des petits contre les grands, sans songer que, par la permission divinei et la force naturelle des choses, ces extrêmes existeront toujours dans le monde, et que, les désordres du vice et de Tinjustice se trouvant à tous les degrés et d>ns toutes les conditions, il est raisonnable de faire la part exacte de chacun dans le bien et le mal, avant de condamner les uns et d'excuser ou même d'exalter les autres. Car il y a de mauvais pauvres comme de mauvais riches, et la misère des premiers, quand elle provient de leur mauvaise volonté et de leurs excès, si déplorable qu'elle soit, n'est pas plus un titre à une rémunération, que la fortone des seconds , acquise par le travail , conserrée par réoonomie , augmentée pai rintelligeneo ,

ne Qiërite en soi une réprobation. On peut-être pauvre ou riche selon la justice, comme Ten* seigne TÊvangile toujours si sage, si modéré dans ses préceptes et ses appréciations : pauvre selon l'esprit, pauperes spiritUy c'est-à^iire avec la patience, la résignation qui tournent les privations de la vie matérielle au profit de la vie spiri^ tuelle, ce qui amasse aux pauvres de la terre un trésor dans le ciel ; riche aussi selon l'esprit , quand, suivant la parole de saint Paul (I Cori, Vil, ' 30), on possède comme ne possédant pas, c'est-àdire en se dépouillant en faveur des indigents d'une partie de sa richesse ; ce qui contribue à combler les inégalités da^s la sogiété par Temploi charitable et bien entendu du superflu.

La vertu dans le second cas est assurément plus difficile que dans le premier, à cause du grand attachement du cœur humain aux biens de ce monde qui le fascinent. Mais si elle est plus difficile, on peut dire aussi qu'elle a plus de ihérite, plus d'élévation ; d'abord parce qu'il en coûte plus de renoncer à ce qu'on possède que de sepasser de ce qu'on n'a pas; et ensuite, et c'est là le grand côté de la charité chrétienne exercée dans l'esprit de Jésus-Christ par les riches, parce qu'elle rapproche davantage du divin modèle, qui, tout Dieu qu'il était, et par conséquent maître du ciel et de la terre, s'est anéanti lui-même (?Ai%., Il, 27),

en revêtant notre misérable nature, seïaisant pauvre et plus pauvre que personne au milieu de sa richesse ; se faisant obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix malgré sa puissance ; en un mot abandonnant tout et se donnant lui-même avec sa vie pour nous racheterl Jésus-Ghrist, le Dieu fait homme, est donc le modèle des riches comme des pauvres. Il est venu pour le salut des uns et des autres, et il les exhorte tous à le suivre et à l'imiter, les pauvres dans son inaltérable patience, les riches dans sa miséricorde infinie.

Évangile selon saint Jean, Z, 22.

On faisait à Jérusalem la fête de la Dédicace, et c'était l'hiver. Jésus se promenant dans le temple, dans la galerie de Salomon, les Juifs s'assemblèrent autour de lui et lui dirent : Jusques à quand nous tiendrez-vous l'esprit en suspens? Si vous êtçs le Christ, dites-le nous ouvertement. Jésus leur répondit : Je vous le dis , et vous ne me croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi; mais vous ne me croyez pas, parce quevous n'êtes pas de mçs brebis.

Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront jamais, et nul ne les ravira de mes mains. Ce que mon Père m'a donné çst plus grand que toutes choses^ et personne ne peut le ravir de la main de mon Père. Mon Père et moi, nous sommes un. Alors les Juifs, prirent des pierres pour le lapider. Et Jésus leur dit : J'ai fait devant vous beaucoup de bonnes œuvres par la puissance de mon Père : pour laquelle est-ce que vous, me lapidez? Les Juifs lui répondirent : Ce n'est pour aucune bonne œuvre que nous vous lapidonS) mais à cause de votre blasphème; et parce que, étant homme, vous vous faites Dieu. Jésus leur répondit : N'est-il pas écrit dans votre loi : J'ai dit : Vous êtes des dieux. Si donc elle appelle dieux ceux auxquels la parole de Dieu a été adressée, et que l'Écriture ne peut être détruite, pourquoi dites- vous que je blasphème, moi que mon Père a sanctifié et envoyé dans le monde, parce que j'ai dit : Je suis le Fils de Dieu ? Si je ne fais point les œuvres de mon Père, ne me croyez pas. Mais si je les fais,

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quand vous ne vondriez pas me croire, erof^i à mes œuvres, aân que vous comsiaissiez et croyiez que mon Père est en moi et moi dans mon Père. Les Juifs alors cherchèrent à le saisir; mais il échappa de leurs mains.^

Ici, plus qu'en aucun autre endroit des Évangiles, Jésus affirme positivement sa divinitd; et s'il n'est pas véritablement DieU| comme la oriti* que moderne voudrait le faire croire, il ne lut reste plus assurément, après avoir pesé les termes si nôts , si péremptoires de cette déclaration qui ne souffre point d'accommodements ni d'à peu près (comme si Jésus ne voulait signifier lai-même qu'une approximation de la divinité, une certaine ressemblance avec Dieu, applicable aux hommes les plus éminenis par leur vertu ou leur génie), il ne reste plus à la critique, dis-je, après de telles paroles et le témoignage éclatant qu'il se rend, qu'à le déclarer un blasphémateur; comme les Juifs qui, ne s'y trompant pas, veulent le lapider; ou un imposteur au premier chef qui veut tromper le peuple pour l'exploiter ; dans tous les cas un ambitieux hypocrite qui s'arroge la nature àimne pour s'emparer de la puissance hun^aina, A^on il faut le flétrir comme un insigne menteur; il £iut le démasquer et le mettre au ban de l'humanité,

comme rbomme le plus dangwetix qui ait jamais pam tous le soleil.

Les rationalistes, qui vont jusque^là^ sont conséquents. Jésus, qui est pour les croyants le Fils de Dieu, le Verbe incamé, et à ce titre le Médiateur, le Rédempteur, le Sauveur de Thumanité, aux yeux des vrais incroyants en doit être Fopr probre et le fléau; car il l'aurait indignement trompée, abusée, et il la tiendrait encore par son Église, ou la secte [qu'il a réussi à établir et qui se perpétue à travers les siècles, dans la fascination de son imposture et dans la servitude du mensonge^ Mais que penser de ceux qui, tout en roulant prouver que Jésus- Christ n'est pas Dieu maJgré ses affirmations formelles, le représentent néanmoins après cela comme ce qu'il y a de plus subUme, de plus divin parmi les hommes ; comme le produit le plus excellent de la nature bumainei résumant en lui toute la perfection dont elle est capable par sou génie et sa vertu, et méritant à ee titre les hommages qui lui sont rendus, parce qu'en effet, de tous les hommes, c'est celui qui a répandu le plus de lumières et de bienfaits parmi ses semblablest Et quand on leur objecte que si^ en effet, il n'est pas Dieu, il est un menteur, un hypocrite, un fourbe, puisqu'il s'est donné comme Edeu, et ^ue de lotce toute âme honnête doit le mé{M*iser et détester en lui Tenaienii le plus au^

dacieux de la vérité, l'instrument le plus efficace du mal, le fauteur le plus puissant de Tidolâtrie, ils croient tout accommoder en insinuant, contre le sens si évident de ses propres paroles, qu'il ne s'est jamais donné positivement comme Dieu, le laissant croire seulement à la multitude enthousiasmée par le zèle exalté de ses disciples, et profitant de cet enthousiasme, qu'il n'approuvait pas au fond, dans l'intérêt de sa popularité et de son crédit.

Ainsi, il n'était pas tout à fait hypocrite; il ne Tétait qu'à moitié : Bt par cette demi-sincérité, dont on a fait pour ce cas une vertu à plusieurs degrés, Jésus, homme sage et modéré, savait concilier les choses les plus contraires : le vrai et le faux, le juste et l'injuste, le bien et le mal, le oui et le non pour le succès de ses grands desseins, et dans l'intérêt de la mission qu'il se croyait appelé à remplir. Et on a osé dire à la face du monde chrétien, et devant la conscience de tous les hommes : « il a fait plus de grandes choses par ses mensonges, que nous tous avec notre prétendue véracité !» Ce qui signifie au fond, et on le laisse entendre sans oser l'énoncer, qu'il n'y a en soi ni vérité ni mensonge, ni justice ni injustice, ni vice ni vertu, mais que tout ce qui arrive par le développement nécessaire de Vidée ^ dont les grands hommes sont les instruments les plus puissants en

ce monde par leur parole ou par leurs actes, doit arriver fatalement, et est ce qu'il doit être, par cela seul qu'il est. C'est le dernier mot de Thégélianisme qu'on voudrait substituer au christianisme; c'est le nouvel Évangile qui doit renouveler la face de la terre, non plus par l'effusion de l'Esprit divin, mais par la divination de l'esprit de l'homme.

Les Juifs demandent directement à Jésus : Êtesvous le Christ, dites-nous le ouvertement ; et Jésus leur répond : Je vous le dis, et vous ne me croyez pas. Puis il ajoute : Mon Père et moi nous sommes un. Pourquoi donc dites-vous que je blasphème, en affirmant que je suis le fils de Dieu? car mon Père est en moi, et je suis dans mon Père. Les Juifs doutent si peu du sens de ces pa^ rôles, qu'ils veulent le lapider comme usurpateur de la nature divine. Autrement tout ce que Jésus ajoute n'aurait pas de sens : Vous ne croyez pas en ma parole ni en mes œuvres, parce que vous n'êtes point de mes brebis ; car les brebis écoutent la voix de leur pasteur, et vous n'écoulez pas la mienne; elles le suivent, et vous ne voulez point faire ce que je vous dis. Cependant, vous le poui^ riez si vous le vouliez ; car j'ai été envoyé vers vous comme vers tous les hommes, et même aux enfants d'Israël avant tous les autres. Je suis venu pour le salut de tous, et mon Père veut que tous se

convertissent. Sa grâce se donne à tous, mais tous ne la reçoivent pas ; tous ne cèdent point dans leur cœur à Tattraction de mon Père (Jean YI, 44).

Ainsi il faut deux choses pour être du troupeau de Jés^s-Ghrist : l'attrait du Père, ou la grâce prévenante qui se donne à tous comme la lumière; puis la réaction de Tâme à la grâce, ou la correspondance de la volonté libre de Tbomme à l'appel d'en haut. Ge rapport intime établi entre l'âme et Dieu par sa foi et sa bonne volonté, l'âme appartient à Dieu, qui en a pris possession. Elle écoute sa voix et la suit; et par cette union, commencée par le sacrement de la régénération et confirmée par la donation volontaire d'elle-même, elle participe à la vie divine, d'abord par la grâce, ensuite par la gloire. Une fois dans la gloire du ciel ou dans le sein de Dieu, elle n'en peut déchoir, parce qu'aucune puissance ne peut l'en détacher, et que son existence, associée en Jésus^Ghrist à la vie infinie, ne peut plus s'altérer ni être dégradée, à cause de l'incorruptibilité dont elle est revêtue (I, Gor« XV, 53, 54). C'est pourquoi Jésus dit : Je donne à mes brebis la vie éternelle; elles ne périront jamais, et personne ne les arrachera de mes mains.

Puis, le Sauveur nous indique ici le véritable critérium pour apprécier une doctrine morale. Il a dit ailleurs : Il faut juger l'arbre par ses fruits,

cat* un mauvais arbre ne peut pas donner de bons fruits (Matth., VII, 17). H a dit encore dans un autre endroit, aux Juifs (Jean, VIII, 44) : Vous êtes les enfants du démon, puisque vous faites ses œuvres, et non pas les enfants d'Abraham, comme vous le prétendez ; car vous n'avez point la foi d'Abraham, et vous n'observez pas la loi de Dieu. Je fais parmi vous les œuvres de mon Père, c'està-dire des miracles que personne n'a faits comme moi. Je guéris vos malades, je fais marcher les boiteux et les paralytiques, entendre les sourds, voir les aveugles, parler les muets, comme Jean vous l'avait annoncé en citant les paroles de vos prophètes ; et toutes ces œuvres opérées en votre faveur, et signes de mon pouvoir surnaturel, puisqu'elles dépassent les forces de Thomme, divines puisque Dieu seul ôte et rend la vie comme il lui plaît, ne vous convainquent point qu'elles viennent du ciel, et que celui qui les accomplit est revêtu de sa puissance. Vous allez dans votre aveuglement jusqu'à les attribuer au démon, comme si quelque chose de bon pouvait sortir du principe du mal ; comme si on pouvait lui attribuer raisonnablement ce qui tend à détruire son empire ; car la fin dernière de tous ces miracles, où la puissance divine se manifeste avec éclat, est d'exciter dans les ftmes la foi en la parole de Dieu, et en Celui qu'il a envoyé pour les ramener à la vérité et les sauver.

5'a4 le mercredi

Ainsi, selon TÉvangile, toute doctrine doit être jugée par ses résultats, comme un arbre par ses produits. Ou ne cueille pas des raisins sur des ronces (Matlh., VII, 16), et Teau douce ne coule pas d une source amère. Admirable enseignement qui fait toujours marcher de concert le vrai et le bien, la science et la vertu, en sorte que les connaissances, qui rendent Fhomme plus éclairé, doivent aussi le rendre meilleur, et qu'elles assurent son perfectionnement moral et son bonheur en même temps qu'elles illuminent son esprit et accroissent sa science 1 C'est pourquoi TËglise apprécie toutes les sciences humaines, toutes les spéculations et les inventions de la pensée des hommes, par la part dans laquelle elles coopèrent ou s'opposent au vrai progrès de l'humanité; et ce progrès, trèsréel pour elle, et qui n'est point une vaine abstraction ou une agitation stérile et souvent faneste, comme le progrès selon le monde, consiste dans la marche incessante de l'homme vers sa fin dernière, à savoir son union indissoluble avec Dieu par Jésus-Christ, et dans tous les moyens physiques et moraux, politiques et religieux, naturels et surnaturels qui peuvent soutenir, faciliter et accélérer cette marche providentielle au milieu des ténèbres, des obstacles et des combats de ce monde.

La philosophie rationaliste, qui se glorifie de

son indépendance et se met au-dessus de toute autorité, n'accepte pas ce crilerium de la science, cette mesure de la critique des doctrines, qui la gênerait dans ses spéculations, et discréditerait trop aisément ses systèmes. Elle a raison, puisqu'elle ne croit qu'à elle-même et à ses propres lumières. Car comme par elle-même elle ne sait point au fond ce que c'est que le vrai et le faux, le bien et le mal, ni quel est le principe et la fin de Tezistence humaine, il lui est impossible d'estimer ce qu'elle enseigne par une mesure inconnue, et elle laisse au vulgaire qui, dit-elle, n'est point capable de la comprendre , ses appréciations superficielles de moralité ou d'immoralité, qu'elle récuse comme inintelligentes et indignes de la sphère sublime des idées. Là, et là seulement, dans cette région transcendante, toutes les oppositions accidentelles, tontes les contradictions temporaires de la vérité et de l'erreur, du juste et de l'injuste, du moi et du non moi, du temps et de l'éternité, de l'Être et du néant disparaissent et se fondent dans l'identité absolue, que le philosophe doit proclamer avec courage, quand il aie bonheur delà saisir, quelles qu'en soient les co^séquences pratiques, bienfaisantes ou fui^estes, heureuses ou malheureuses pour les individus et les sociétés, et quand même elles bouleverseraient le monde et tout ce qu*il contient. La philosophie, qui est la science des

principes y ne doit considérer que leur vérité absolue, la vérité en soi^ et elle n'a pas à s'inquiéter de ce qui en sort; car si le principe est vrai, tout ce qu'Û produit logiquement est légitime, et par conséquent bon, quelles qu'en soient les suites dans la vie et au milieu des hommes. Donc la vérité avant tout, par-dessus tout et quoi qu'il .arrive, dit le monde en être bouleversé, et les familles et les peuples broyés par la misère et par la mort. Périssent les colonies * plutôt qu'un principe! Périssent toutes choses plutôt que la vérité, qui alors resterait debout et triomphante sur les ruines, sans doute en la personne du philosophe qui la proclamerait inébranlable au nulieu de la catastrophe de l'univers.

Tout cela est magnifique en théorie, et même acceptable jusqu'à un certain point, si le principe auquel il faut tout sacrifier est en effet la vérité absolue. Mais qui nous le garantit? La parde d'un philosophe, c'est-à-dire d'un homme sujet k Terreur, faillible comme tous les autres, et qui impose sa pensée variable et bornée, si puissante qu'elle soit, comme l'expression adéquate de la vérité. On avouera que c'est. risquer beaucoup sur un tel gage. L'Église de J.-C, ou la philosophie chrétienne, est plus sage et plus modeste dans sa manière de faire. D'abord, dans ce qu'elle enseigne, elle ne s'appuie pas sur la parole d'un

homme, mais sur celle de Dieu, qui est la vérité même et qui a daigné l'instruire ; et ensuite, elle demande, comme Jésus le dit ici, qu'on juge sa doctrine par ses effets, c'est-à-dire par les œuvres naturelles et surnaturelles qu'elle a produites et qu'elle produit tous les jours pour le perfectionnement et le bonheur du genre humain sur la terre et au delà. Cette méthode, nous l'avouons, nous parait plus simple, plus facile / et plus sûre.

Seigneur Jésus, nous confessons de toute notre âme que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. Nous le croyons et le proclamons hautement, d'abord parce que vous Pavez dit et que vous êtes la vérité même ; puis à cause de vos œuvres toutes divines et qu'un ' Dieu seul a pu opérer en ce monde. Nous sommes de votre troupeau et nous voulons être de ces brebis fidèles qui entendent votre voix et qui la suivent. 0 divin pasteur, faites que nous vous connaissions comme vous nous connaissez, afin que selon votre promesse nous jouissions dans votre bergerie de réternelle vie, et que rien ne puisse plus nous arracher de vos mains ni de celles de votre Père, qui vous a envoyé pour nous sauver. Ainsi soit-il.

PRIÈRE

Dieu toutrpuissant, daignez dans votre miséricorde

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