‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles du carêmeChapitre 8 sur 27 · LE MERCREDI DE LA SEM. DE LA PASS · texte numérisé non relu

LE MERCREDI DE LA SEM. DE LA PASS

éclairer le cœur de vos fidèles préparés par la sanctification du jeûne à recevoir votre céleste lumière, et prôtez avec bonté une oreille favorable aux supplications de ceux auxquels vous avez accordé la grâce de vous aimer pieusement et d'être dévoués à votre service. Par notre Seigneur Jésus-Christ.

Daniel, III, 31.

Âzarias, debout au milieu des flammes de la fournaise, fit cette prière au Seigneur : Nous vous conjurons, Seigneur, de ne pas nous abandonner pour jamais à cause de votre nom. Ne détruisez point votre alliance, et ne retirez pas de nous votre miséricorde à cause d'Abraham votre bien-aimé, d'Isaac votre serviteur, et d'Israël votre saint, auxquels vous, avez promis que vous multiplieriez leur race comme le sable qui est sur le rivage de la mer; car nous sommes au contraire réduits à un plus petit nombre que toutes les autres nations, et nous sommes aujourd'hui humiliés dans toute la terre à cause de nos péchés. Il n'y a plus maintenant parmi nous ni prince, ni chef, ni prophète, ni holocaustes, ni sacrifices, ni oblations, ni encensement, ni de lieux où nos prémices vous soient ofl'ertes, afin que nous puissions avoir part à votre miséricorde. Mais

recevez-nous, Seigueur, dans un cœur contrit et un esprit humilié. Que notre sqcriflce se consomme aujourd'hui devant vous et qu'il vous soit agréable, comme si nous vous offrions des holocaustes de béliers et de taureaux et mille agneaux gras, parce que ceux qui mettent leur confiance en vous ne tomberont point dans la confusion. Et maintenant, nous vous suivons de tout notre cœur ; nous vous craignons et nous recherchons votre face. Ne nous confondez pas, mais traitez-nous selon votre douceur et selon la multitude de vos miséricordes. Délivreznous par les merveilles de votre puissance, et donnez, Seigneur, gloire à votre nom. Que tous ceux qui font souffrir des maux à vos serviteurs soient confondus par votre toute-puissance; que leur force soit réduite en poudre, et qu'ils sachent que c'est vous seul qui êtes le Seigneur, le Dieu et le roi de gloire sur toute la terre.

En ce temps solennel oîi l'Église nous invite îi une prière plus assidue et plus fervente, elle nous enseigne par ce passage du prophète Daniel comment il faut prier. C'est an milieu des flammes de la fournaise qu'Azarias invoque le secours du

Seigneur pour sa nation : ce qui nous montre que c'est surtout dans le feu des tribulations que nous devons nous adresser à Dieu avec le plus d'ardeur et de confiance en témoignagede notre foi. Nous devons aussi, comme Âzarias, commencer par avouer les fautes qui nous ont attiré de justes châtiments : ou plutôt les châtiments en sont les suites naturelles; car on est toujours puni par où on a péché, et c'est la perfection de la justice que tout homme qui commet le mal devient par le fait son propre bourreauy et malheureusement aussi le bourreau de ceux sur qui, par une solidarité fatale, retombent les conséquences de son péché. C'est pourquoi le Psalmîste dit : Ab occultis mets munda me, DO" mine, et ab alienis, Seigneur, purifiez-moi de mes péchés cachés, et de ceux d'autrui (Ps., XVIII, 13). Puis après avoir reconnu notre indignité et la justice de Dieu qui nous frappe, implorons sa miséricorde par l'intercession des Saints maintenant dans la gloire du ciel, et dont les mérites surérogatoires, véritable trésor de l'Église, peuvent, en vertu de notre invocation et de leur charité, se reverser surlescoupablesetcompenserleurs iniquités. C'est la continuation de l'application du sang du Rédempteur qui seul délivre du péché et de la mort, parce que les mérites des Saînts, acquis seulement par la vertu de ce sang divin, n'ont d'action propitiatoire que par lui. Par là nn grand secours nous

est donnée qui neutralise puissamment, et bien au delà de la justice, la triste solidarité de ce monde par la génération qui nous y amène et par les rapports inévitables avec tout ce qui entoure, espèce de complicité involontaire avec le mal qui nous y enlace de toutes parts. C'est l'immense bienfEÛt de la Communion des saints, ou de la famille spirituelle en Jésus-Christ et dans son Église, dont nous devenons les membres par le baptême et la participation à la vie divine qui est en elle. Gomme dans tout corps vivant chaque organe, uni aux autres par la vie commune, est vivifié et soutenu par Tâme, ainsi dans le grand organisme de TËglise, qui est le corps du Christ, chaque chrétien peut être assisté et fortifié par Taction synergique de ses frères vivant de TEsprit de Jésus-Christ et pou* vant le lui communiquer. C'est pourquoi Saint- Paul dit (Rom., XII, 5) : Vous êtes membres les uns des autres; et de là sortent, outre les obligatioAS de la justice , les devoirs de charité des hommes entre eux. Prions donc comme Âzariasqui invoque la miséricorde du Dieu d'Israël, d'abord en son nom, et pour que la parole de sa promesse subsiste avec son alliance qui a empêché son peuple de périr, donc au nom de sa propre gloire; puis au nom d'Abraham, qui lui était si cher, d'Isaac son serviteur et de Jacob qu'il a sanctifié. Nous, chrétiens, nous avons à invoquer des mé-

rites encore plus grands qne les leurs : en premier lieu ceux du Sauveur, qui comprennent tous les antres , et ensuite les mérites de tous les enfants de Dieu, ou des chefs du peuple nouveau, régénérés, Sanctifiés et glorifiés par une vie et par une mort qui , en les incorporant en Jésus-Christ à la nature divine, les a rendus participants à sa puissance et à son amour. C'est pourquoi il est bon de les invoquer.

En outre , avec renseignement de la prière, la parole d'Azarias nous apprend la manière la plus efficace d'honorer Dieu, et Thommage qui lui est le plus agréable, c'est-à-dire le vrai sacrifice, qui est l'essence même de la religion et l'âme du culte. Ce n'est déjà plus, pour Âzarias et .les Juifs en captivité, l'immolation des taureaux, des béliers, des agneaux ; ce n'est plus l'holocauste, l'encensement ni Toblatiôn des prémices des biens de la terre. Us ne peuvent plus même accomplir ces choses, puisque, captifs et dispersés chez les nations, ils n*ont plus ni temple, ni prêtres, ni prophètes, ni princes du peuple. Mais il leur reste ce que les hommes ne peuvent leur ravir, et ce qui plaît le plus à Dieu, ce qui l'honore par-dessus tout, ettdont toutes les autres manières de lui rendre hommage ne sont que des figures et des préparations : il leur reste à lui ofiTrir un cœur contrit et humilié par la soumission à sa parole, par l'observation exacte de sa

loi jusqu'à la mort, par le sacrifice de toute leur personne dans leur corps, leur esprit et leur cœur, en sorte qu'ils deviennent eux-mêmes l'hostie offerte en expiation du péché, la victime humaine immolée à l'éternelle justice, et dont les autres ne sont que des symboles. Dieu le dit lui-même par la voix du Psalmiste : « Je ne veitx plus du sang des taureaux et des béliers ; vos holocaustes me sont à dégoût. Il me faut maintenant une véritable victime et un plus pur sacrifice ; » paroles qui annoncent clairement le sacrifice par excellence, dont le sang pouvait seul laver les iniquités des honames en satisfaisant à la justice divine par Tunique réparation digne d'elle, par une expiation proportionnée à l'offense. C'pst pourquoi, après ces paroles prophétiques, le Psalmiste royal, qui aperçoit la divine victime dans la lumière de Dieu, ajoute en la faisant parler : Me voici, Seigneur, je viens pour accomplir votre volonté, en vous offrant le seul sacrifice qui vous plaise.

Il y a donc ici deux choses à remarquer : d'abord ujae vue pure et toute spirituelle de ce qui constitue le culte iiftérieur, le culte en esprit et en vérité, âme du culte extérieur, donnant du sens h ses formes et à ses pratiques; puis l'annonce prophétique du sacrifice par excellence, qui devait être consommé par l'effusion du sang du Christ, véri-

table victime substituée au coupable, et payant son crime du prix infini de sa mort. Chrétiens, n'oublions jamais à quel prhc nous ayons été rachetés (1 Cor., VI, 10). Rappelons-nous qu'on ne peut profiter de cette divine expiation qu'en y participant, et que pour avoir part à la justice et à la gloire du Sauveur, il faut le suivre d'abord dans la voie de la croix, souffrir et mourir avec lui. Or, mourir avec lui, c'est comme lui faire abnégation de feoi ; c'est, à son exemple, nous effacer, nous anéantir devant l'imprescriptible justice, devant réternelle vérité, afin de ne jamais les contrarier ni les altérer par les pensées de notre esprit, les paroles de notre bouche, ni les désirs de notre cœur. C'est, en un mot, offrir à Dieu le sacrifice de toute notre personne , dans notre corps , notre esprit et notre âme , pour devenir par tous leurs mouvements , leurs actes et leurs aspirations, les instruments in-i telligents et libres de sa volonté , ou de l'établissement de son règne sur la terre.

La fin de la prière d'Azarias, qui demande des miracles pour la délivrance d'Israël, nous autorise à réclamer aussi des manifestations extraordinaires de la toute-puissance, afin d'être soulagés dans nos souffrances ou protégés contre nos ennemis. Il n'y a point de témérité à demander au ciel des miracles, pourvu qu'on les demande avec une foi sincère, ardente, mais toute prête à ac-

cepter ce qui est contraire à son désir, ou ce qui lui parait tel ; car la Providence nous exauce souvent par les voies les plus opposées à nos prévisions, et elle nous sauve quelquefois par ce qui semblait devoir nous perdre. D'autres fois aussi, l'exaucement de nos vœux nous eût été funeste, et la miséricorde divine s'exerce en n'accordant point ce que nous demandons. Tant la vue de l'homme est courte, tant il sait peu au fond ce qui lui est vraiment utile ou nuisible ; ce qui dépend d'ailleurs du point de vue où il est placé, et de ce qui lui tient le plus au cœur 1 Aussi Âzarias, priant le Seigneur de produire des merveilles en faveur des Juifs, ajouta-t-il : «. Donnez, Seigoeur, gloire à votre nom, et que votre puissance éclate pour manifester votre vérité, afin que tout Thonneur vous en revienne. Ce qui rappelle ces paroles du Psalmiste : Non nobis, Dominey non nobisy sed nomini tuodagîoriam (Ps. CXIII, l);et ce que Jésus, en nous enseignant à prier, a exprimé plus formel- ' lement encore : Père, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive , et que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel (Matth., VI, 9); et enfin, ce qu'il a fait lui-même dans le jardin de Gethsemani devant le terrible calice qui lui est présenté , et qu'il doit boire jusqu'à la lie malgré l'horreur qu'il lui inspire, si Dieu le veut. Trois fois il en demande l'éloignemeut, et trois fois il

Taccepte par ces paroles : Néanmoins qu'il en soit comme vous voulez, et non comme je veux (Malth., XXVI, 39).

Enfin, quand nous ne pouvons être délivrés de nos ennemis que par leur confusion ou leur malheur, mérités sans doute par leurs violences et eurs iniquités, le motif qui nous porte à réclamer leur défaite, ou les coups du Ciel qui les abattent, ne doit être dans une ânde chrétienne ni le désir de la vengeance, si légitime qu'il paraisse, ni même ce sentiment de la justice naturelle qui réclame la réparation de Péquité et la punition du crime; mais, avant tout, la conversion du malfaiteur, dont la puissance divine peut ouvrir les yeux en le frappant, et le pousser à rendre hommage au Très-Haut par la reconnaissance de son indignité, le sentiment de sa faiblesse, et l'aveu de sa défaite. Ainsi Saul a été renversé et comme foudroyé sur le chemin de Damas, non pour être puni de persécuter Jésus-Christ, mais pour recevoir la lumière qui le lui manifeste, et devenir de persécuteur apôtre. En cela s'allient admirablement la justice et la miséricorde ; la justice servant à amener la miséricorde, et ce qui paraît une peine devenant un moyen de salut. Tel est le caractère propre de la loi évangélique, caractère apparaissant déjà dans la loi ancienne, comme le montrent les paroles d'Azarias, et qui, depuis le-

tablîtsemant de TÉglise, et par son enseignement donné à toutes les nations, a pénétré avec l'Esprit de Jésns-Ghrist dans toutes les législations dea nations chrétiennes, tempérant par la miséricorde la séyérité de la justice, et cherchant par leur pénalité moins à venger la société ou à punir le crime qu'à réformer le coupable et à le ramener au bien.

firtngiïe selon saint Luc, Vil, 36.

Uû pharisien ayant prié Jésus de manger chez lui, il entra dans sa maison et se mit à table. Voici qu'en même temps une femme de la ville, qui vivait dans le péché, ayant vu qu'il était à table chez le pharisien, apporta un vase d'albâtre rempli d'une huile parfumée, et se tenant derrière lui à ses pieds, elle se mit à les arroser de ses larmes, et elle les essuyait avec ses che* veux, les baisait et les oignait de ce parfum. Ce que voyant, le pharisien qui l'avait invité dit en lui-môme : Si cet homme était prophète, il saurait qui est celle qui le touche, et qu'elle est une pécheresse. Alors Jésus prenant la parole lui dit : Simon, j'ai quelque chose à vous dire : Dites, Maître, répondit Simon. Un créancier avait deux débiteurs : l'un lui devait cent de-

niera et l'autre cinquante, mais comme ils n'avaient pas de quoi les lui rendre, il remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l'aimera le plus? Simon répondit : J'estime que ce sera celui auquel il a remis davantage. Vous avez bien jugé, lui dit Jésus. Et se tournant vers la femme, il dit à Simon : Voyez- vous cette femme? Je suis entré dans votre maison, vous ne m'avez point donné d'eau pour me laver les pieds, et elle, au contraire, les a arrosés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Vous ne m'avez point donné le baiser de paix; mais elle, depuis qu'elle est entrée, n'a point cessé de baiser mes pieds. Vous n'avez point répandu d'huile sur ma tête, et elle a répandu son parfum sur mes pieds. C'est pourquoi je vous le dis t beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Mais celui auquel on remet moins aime moins . Alors il dit à la femme : Vos péchés vous sont remis. Et ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : Qui est celui-ci qui remet même les péchés? Mais Jésus dit encore à celte femme : Votre foi vous a sauvée ; allez en paix.

L'histoire de Marie Madeleine est un des faits les plus touchants et les plus caractéristiques de l'Évangile. Elle est comme le complément de la parabole de l'Enfant prodigue ; et elle frappe peutêtre encore plus vivement, parce qu'elle est ime réalité qui se trouve mêlée à la vie et à la mort du Sauveur. Madeleine, en effet, depuis sa conversion ne Ta plus quitté ; elle a consacré tout le reste de sa vie à le servir, elle Fa suivi jusqu'au pied de la croix, jusqu'au tombeau. Elle a été la première à l'y chercher après sa mort, et la première aussi, elle a été le témoin de sa résurrection! Elle a reçu la première parole de Jésus ressuscité, et cette pécheresse, que le pharisien n'aurait pas voulu toucher, est maintenant au ciel dans la gloire de son divin Maître, entourée des anges et des saints. Elle a dû tant de gloire après tant d'ignominie à sa foi, à son amour; et elle, qui s'était souillée par l'impureté, a été lavée jusqu'au fond de son âme par la miséricorde divine, au point de rester unie à Celui qui est la pureté même, et de le suivre partout en compagnie de la Vierge mère, modèle de la vertu sans tache. Ainsi s'est accomplie la parole du prophète : Quand votre cœur serait rouge comme Técarlate à cause de vos péchés, par la pénitence et par la grâce il deviendra blanc comme la neige (Isaie, I, 18).

Madeleine a pu subsister à côté de Marie et

vivre avec elle, c'est tout (dire pour sa gloire. Elle est devenue le type de rinnocence reconquise par le repentir, comme Marie est celui de la verlu immaculéÇy et ces deux modèles, que nous contemplons aux côtés de Jésus, la Sainteté même, sont offerts par lui à toutes les âmes ; aux âmes pures, pour devenir plus pures encore ; à celles qui ont toujours aimé Dieu par-deçsus tout, pour augmenter et soutenir leur amour; aux autres qui ont eu le malheur de s'en éloigner par le péché, par l'attachement aux créatures, pour leur montrer le chemin [du retour, et comment elles peuvent recouvrer le bien suprême qu'elles ont perdu , la gloire et le bonheur dont elles sont déchues. i

Ainsi personne, pas même les plus grands criminels, n'est exclu du salut apporté au monde par Jésus-Christ. La grâce divine, dont il est le foyer, se répand avec sa parole comme la lumière, et comme la lumière aussi, elle pénètre et porte la vie là où elle trouve accès et réaction. Jésus a dit, qu'il est venu surtout pour les pauvres; et les plus pauvres, à coup sûr, sont les âmes dépouillées des biens du ciel, des dons de l'esprit et du cœur, les ignorants et les coupables. Madeleine, aveuglée par lés vanités du monde, entraînée par ses passions, avait méconnu le véritable bien. Elle l'avait cherché vainement dans le désordre, et n'y avait

trouvé que le vide et la honte. Mais dès cp'elle a entendu la parole de Jésus, dès qu'elle Ta ru si digne, si majestueux, en môme temps si bon, si miséricordieux, si indulgent pour lès petits et les faibles, le sentiment du vrai, du beau, du bien se réveille en son ftme. Elle a désormais devant les yeux un modèle qu'elle compare à tout ce qui Tentoure, à ce qu'elle est elle-même , et dès lors le dégoût la saisit et du monde et d'elle; elle prend en dédain tout ce qu'elle a aimé jusque-là^ et n'aspire qu'à le quitter. Elle se fait horreur à, elle-même, et le remords brûle son cœur. Elle éprouve le besoin de rompre publiquement avec le mal dont elle déteste le joug, et il lui faut un éclat qui brise sa chaîne. Gomme elle est femme, et femme dé cœur, elle suit son cœur plus que sa raison, et va se jeter aux pieds de celui qu'elle regarde comme son Sauveur au milieu d'un festin où elle n'était pas conviée, et où sa présence inattendue est un scandale. Heureux scandale, qui prouve la sincérité de sa foi, et Tardeur de son amour ! Car, quelle foi ne lui a-t-il pas fallu pour aller ainsi à Jésus-Ghrist, au premier endroit où elle espère le Couver en public, malgré son passé connu de tous, et en dépit de tout ce qui pouvait l'arrêter! Elle n'écoute rien que l'instinct divin de son salut ou le souffle de la gr&ce qui la pousse. Elle brave toutes les convenances humaines pour

arriver jusqu'au médecin de son ^me , et elle y arrive.

Une fois aux pieds de Jésus, son amour éclate avec la douleur de son repentir. Elle est heureuse et honteuse tout à la fois de pouvoir le toucher. Sa honte déborde par les larmes dont elle arrose ses pieds, son bonheur par les baisers dont elle lés couvre, par ses cheveux dont elle les essuie^ et Tamour céleste qui la remplit se répand avec ce précieux parfum qu'elle apporte avec elle, et dont elle lui fait hommage, symbole de son ftme qu'elle met à ses pieds et à son service* Certes^ il est impossible de faire plus abnégation de soi-^mème^ de s'humilier davantage, et de se livrer corps et âme avec plus d'abandon* L'amour de Jésus- Christ est donc déjà bien ardent dans son cœur, puiarqu'elle lui sacrifie tout, et ne veut plus vivre que par lui, brisant avec son passé et n'attendant son avenir que de sa miséricorde. Elle a une telle confiance en sa puissance et en sa bonté, qu'elle remet complètement son sort entre ses mains. Oh I oui, elle a beaucoup aimé, Madeleine, puisque déjà elle donne sa vie pour ce qu'elle aimel Mais c'est Jésus-Christ qu'elle aime de la sorte, c'està-dire la vérité qu'elle commence à comprendre, la justice dont il est le modèle, la vertu sans tache réalisée en sa personne, la bonté infinie dont il est l'image parmi les hommes. Voilà ce qu'elle

aime beaucoup à cette heure, et voilà aussi pourquoi beaucoup de péchés lui seront pardonnes. Tel est le sens profond de la parole du Sauveur. Ce qui veut dire, pour l'instruction des gens du monde qui blasphèment cette parole, en l'appliquant niaisement ou avec dérision aux excès de la passion humaine, que Vamour divin, quand il embrase une âme , absorbe tous les autres amours, les purifie dans son foyer céleste, et concentrant toute la puissance d'aimer sur celui qui en est seul le digne objet, rend le cœur qu'il anime capable de tous les sacrifices, pour s'unir par-dessus tous les attachements de la terre au principe même de l'amour. Voilà comment on aime beaucoup et bien, et cet amour-là se prouve par le renoncement à soi-même jusqu'à la mort. Et maintenant, ô hommes du monde, apprenez à aimer de cette manière ; aimez la vérité, la justice, le bien jusqu'à donner votre vie pour les confesser et les soutenir, et alors beaucoup de péchés vous seront aussi remisl Aimez comme Madeleine pénitente, et votre âme renouvelée par la foi en la parole de Jésos- Ghrist qui la relèvera, deviendra pure et glorieuse comme la sienne.

La figure si touchante, si belle de repentir et d'abandon de Madeleine, ressort ici admirablement par le contraste du pharisien rempli de sa justice propre et qui ne jugeant que par l'apparence, cou-

damne déjà dans son esprit et cette femme déhontée qui vient audacieusement troubler son feslin, et celui qu'il a invité sans doute pour le surprendre dans ses paroles au milieu de l'abandon du repas. Il l'accuse de n'être point un prophète, puisqu'il se laisse toucher par une pareille créature. Cependant ce prétendu juste, qui se croit bien au-dessus de cette pauvre femme, parce qu'il observe à la lettre toutes les prescriptions de la loi et les traditions des anciens, n'a pas même songé à accomplir les devoirs de l'hospitalité. Il n'a point offert à son hôte de l'eau pour laver ses pieds, il ne lui a point donné le baiser de paix en le recevant, il n'a pas répandu d'huile sur sa tête ; et elle , qui n'avait pas ces obligations à remplir, a fait pour Jésus plus que tout cela, avec amour et non pour accomplir une simple convenance. Jésus le reproche aux pharisiens avec calme, avec dignité, en opposant la conduite de Madeleine à la sienne. Mais auparavant , par la question qu'il lui pose sur les deux débiteurs auxquels le créancier remet leur dette, en lui faisant dire que celui-là l'aimera le plus auquel il aura remis davantage, il cherche dans sa bonté à ouvrir les yeux de cet aveugle par le souvenir du créancier céleste, dont nous sommes tous les débiteurs insolvables, afin c(u'il comprenne la miséricorde attirée par le repentir de Madeleine, et qu'au lieu d'en être scan-

dalisé, il ne soit touché dans son cœur et Timplore à son tour. Il ne paraît pas que Simon ni «es convives aient profité du don de Dieu qui leur était offert, au moins à en juger par ce qu'ils disent : Quel est celui-ci qui prétend remettre les péchés?

Du reste on peut remarquer qu'en nous racon^ tant l'histoire de Madeleine, l'Évangile nous offre l'exemple d'une confession parfaite, telle que l'Église l'exige aujourd'hui et l'a demandée dans tous les temps, pour que les péchés soient remis effectivement au coupable. H y a l'aveu de la &ute avec tous les signes du repentir et de la détestation du mal. Il y a tous les témoignages de la contrition la plus sincère, s'exprimant avec la pltiB profonde humilité par le renoncement de la volonté criminelle. II y a le détachement de tout ce qui a pu amener le péché, l'invocation du secours aussi vive qu'il est possible, l'imploration du pardon, et enfin dans les paroles du Sauveur, qui remet les péchés à la pénitente , l'absolution est formellement exprimée. Le prêtre qui absout aujourd'hui les pécheurs repentants au nom de Jésus-Christ ne fait exactement que ce que le î3eign.eur a fait lui-même pour Madeleine, et ce qu'il a donné k son Église le pouvoir de faife jusqu'à la consommation des siècles en son nom et par la vertu de sa présence en elle.

PRATIQUE

Si nous ayons eu le malheur d'imiter Madeleine dans ses désordres, ayons le courage de la suivre dans son retour au bien, et employoï^s sincèrement à son exemple les moyens de pénitence qui l'ont sauvée. Allons au plus tôt à Jésus-Ghrit que nous avons oublié ou négligé, et jetons-nous à ses pieds au tribunal de la pénitence où nous sommes toujours sûrs de le rencontrer. Allons-y en secret, si nous n'avons pas comme elle la force ^e nous y montrer en public. Seulement que le respect humain ne nous arrête point dans la confession de nos fautes; et soyons comme elle sans réserve dans le rejet du mal, dans la dôtestation du péché, dans la résolution de ne plus le commettre et dans l'invocation du secours divin. Gomme elle aussi, nous aurons le bonheur d'entendre la parole libératrice du Sauveur ; Vos péchés vous sont remis et votre foi vous a sauvés, Allez en paix,

PRIÈRE

Dieu tout-puissant, nous vous en prions, soyez favorable à votre peuple , afin que rejetant les choses qui ne vous plaisent point, il trouve au contraire de la joie à accomplir vos commandements. Par notre Seigneur Jésus-Christ,

Jérémie, XVII, 13.

Seigneur, l'attente d'Israël, tous ceux qui vous abandonnent seront confondus; les noms de ceux qui se retirent de vous seront écrits sur la terre, parce qu'ils ont abandonné le Seigneur, qui est la source des eaux vives. Guérissez-moi, Seigneur, et je serai guéri ; sauvez-moi, et je serai sauvé, parce que vous êtes ma gloire. Voici qu'ils me disent : Où est la parole du Seigneur? Qu'elle s'accomplisse donc. Pour moi, je n'ai point été troublé en vous suivant comme mon pasteur; et je n'ai point désiré le jour de l'homme, vous le savez. Ce qui est sorti de mes lèvres a été droit devant vous. Ne me retirez point l'assistance de votre grâce, vous qui êtes 'mon espérance au jour de l'affliction. Que ceux qui me persécutent soient confondus, et que moi, je ne le sois pas. Faites venir sur eux le jour de l'affliction, et brisez-les par les châtiments dont vous les frapperez.

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