‹ Médicaments microbiens (volume 2)Chapitre 107 sur 185 · DOSES DE SÉRUM · texte numérisé non relu

DOSES DE SÉRUM

quatre heures on ne peut considérer la maladie comme terminée.

Dans les formes les plus grâces, surtout quand l'intervention est tardive, il est nécessaire de recourir d'emblée à des doses massives, 80, 90 et même 100 centimètres cubes, répartis en deux injections au cours de la journée, jusqu'à ce que les troubles intestinaux s'amendent. Comme précédemment, le sérum sera ensuite continué à doses décroissantes; il est prudent de procéder graduellement à cette réduction de la dose injectée tant que le nombre des selles se maintient au-dessus de vingt par jour.

Enfants. — Pour les enfants, les doses indiquées ci-dessus seront réduites de moitié et plus encore chez les très jeunes enfants.

Rechutes. — Les rechutes sont exceptionnelles; elles se produisent après le dixième jour qui suit la dernière injection de sérum, c'est-àdire lorsque l'action de celui-ci commence à s'épuiser. Ces rechutes son! facilement enrayées par une seule injection de sérum.

Inconvénients du sérum. — Comme tous les sérums thérapeutiques, le sérum antidysentérique détermine des accidents dits sériques (urticaire, érythème polymorphe, arthralgies), qui peuvent être accompagnés d'une légère élévation de la température. Les adultes semblent plus sujets que les enfants aux manifestations érythémateuses fébriles. Tous ces accidents sont très passagers et ne présentent jamais de gravité sérieuse. D'après Netter, on peut les éviter, ou tout au moins les atténuer, en faisant ingérer au malade 2 à 3 grammes de chlorure de calcium le jour de l'injection et les deux jours suivants.

En résumé, le sérum antidysentérique compte parmi les plus fidèles au point de vue curatif; il est de ceux dont les effets immédiats se traduisent d'une manière évidente et le malade est le premier à en accuser les bienfaits. Ce sérum représente réellement le moyen spécifique du traitement de la dysenterie bacillaire ; par son action et son efficacité, il devient à cette dernière ce que le sérum antidiphtérique est à la diphtérie. Sa vulgarisation permettra «le réduire au minimum la mortalité dysentérique. Grâce à son emploi, Je médecin peut avoir la certitude de soulager rapidement les souffrances du malade, d'abréger leur durée en agissant sur la cause qui les provoque et, par cela même, d'assurer à l'intéressé toutes les chances possibles d'une prompte guérison. Et la prophylaxie y trouvera aussi sou compte, car en réduisant l'évolution de la maladie ou diminue d'autant la période pendant laquelle est émis le routage qui la propage.

Médic. microbiens.

SÉROTHÉRAPIE AIMTISTREPTOCOCCIQUE

A. BESREDKA

Chef de laboratoire à l'Institut Pasteur.

Le sérum antistreptococcique, quoique entré depuis déjà plus de douze ans dans la thérapeutique humaine, est loin d'y avoir acquis le droit de cité. Tout au contraire, depuis sa découverte, jamais il n'a soulevé autant de discussions qu'en ces temps derniers. Le fait est que, outre les imperfections que ce sérum partage avec la majorité des sérums antimicrobiens, il a un point faible, qui lui appartient en propre et qui dérive de l'incertitude qui plane de tout temps sur la nature même du streptocoque.

Marmorek (1), qui s'est occupé beaucoup de la sérothérapie antistreptococcique, soutenait, même jusqu'à ces temps derniers, que tous les streptocoques, d'où qu'ils viennent, appartiennent à une seule et même espèce.

Cette opinion, sans être unanime, a été celle que l'on enseignait généralement : dans les traités aussi bien que dans les cours de bactériologie, on parlait couramment du streptocoque.

Aujourd'hui, c'est l'opinion contraire qui semble prévaloir ; il paraîtrait qu'il n'y a pas deux streptocoques qui se ressemblent ; non seulement, les streptocoques varient d'une maladie à l'autre, mais, dans la même maladie, cliniquement bien déterminée, comme la scarlatine par exemple, les streptocoques seraient différents les uns des autres.

On conçoit aisément qu'une divergence aussi profonde d'opinions n'est pas sans avoir eu une répercussion sur la sérothérapie antistreptococcique, et voici pourquoi celle-ci a mis tant d'années à se frayer un passage dans la clinique.

11 n'estpas douteux que nos connaissances sur la biologie du streptocoque sont encore imparfaites; il n'en est pas moins certain que la tendance actuelle de voir partout et toujours des streptocoques variés est aussi peu fondée que l'opinion des unicistes hypnotisés par la ressemblance morphologique de coeci en chaîne! les.

(1) Annales de l'Institut Pasteur, 1895, p. B93 ; I90J, p. 172.

SÉROTHÉRAPIE ANTISTREPTOCOCCIQUE. 259

Le problème qui se pose aujourd'hui est de trouver les moyens d'individualiser les streptocoques ; c'est là, pensons-nous, l'avenir de la sérothérapie antistreptococcique, et tant que ce problème ne sera pas résolu, on sera réduit à des tâtonnements et à de l'empirisme plus ou moins réussi.

Aujourd'hui, nous ne sommes pas encore en état d'individualiser les streptocoques par des procédés scientifiques purs. Comme il y a encore beaucoup de savants, et non des moindres, qui croient à l'unicité des streptocoques et d'autres qui sont de l'avis opposé, il ne nous reste qu'à exposer les arguments des uns et des autres et à en faire juge le lecteur.

Après s'être fait une idée personnelle, le lecteur saura choisir luimême, parmi les différents types de sérums antistreptococciques, relui qu'il jugera le meilleur; car, on ne saurait trop le répéter, toute la sérothérapie antistreptococcique est dominée par cette question primordiale, à savoir s'il existe un ou plusieurs streptocoque.

Unicistes et pluralistes.

Le problème, placé sur le terrain pratique, se réduit à ceci : oui ou non, un sérum préparé avec un streptocoque déterminé, agit-il contre tous les streptocoques ? Cette formule n'embrasse pas, évidemment, toute la question de la sérothérapie, mais elle vise le point le plus urgent à résoudre.

Toutes les opinions émises à ce sujet peuvent être ramenées à deux : les unicistes estiment que les nuances individuelles que l'on observe entre divers échantillons de streptocoques, s'effacent devant les caractères généraux communs à la totalité des streptocoques; les pluralistes, au contraire, pensent que ces nuances sont essentielles, et que l'englobement de toutes les chaînettes sous la même enseigne n'est rien moins que justifié.

Pour permettre au lecteur de s'orienter dans ces opinions contra dictoires, nous allons exposer les arguments apportés de part et d'autre, en évitant, autant que possible, les détails et les chiffres qui ne peuvent que gêner la vue d'ensemble ; nous chercherons à nous rendre compte de la valeur de ces différents arguments, et si en pesant Ions les pro et contra, le lecteur arrive à se faire une idée nette et personnelle de l'étal actuel de la question, notre effort sera largement récompensé.

Les principaux points de repère qui ont servi de base aux nombreuses discussions dans les deux camps, étaient fournis par l'étude

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macro- et microscopique des streptocoques, de leur origine, de leurs propriétés bio-chimiques, de leurs propriétés hémolytiques, du pouvoir préventif et, enfin, de la propriété fixatrice de sérums antistreptococciques.

Nous allons passer en revue chacun de ces arguments en parti-

Classification basée sur les caractères morphologiques.

On ne s'est pas beaucoup attardé à des distinctions purement morphologiques, surtout d'ordre macroscopique.

L'aspect microscopique a bien donné lieu à plusieurs classifications; ainsi, on a proposé, entre autres, d'établir deux types de streptocoques (lonyus et brevis), en tenant compte de la longueur des chaînettes.

Mais, adopter cette division, c'est avouer n'avoir jamais vu se transformer de longues chaînettes en courtes, et inversement. Du reste, est-il besoin d'ajouter que toutes ces classifications, soit macro-, soit microscopiques, ne reposent sur aucune base solide ; elles courent au-devant d'un échec certain et ne peuvent être utiles qu'en tant qu'elles prouvent l'inanité de pareilles tentafives.

Classification basée sur la provenance.

L'idée de classer les streptocoques d'après leur origine, c'est-à-dire d'après la maladie dont ils étaient isolés, avait plus de chances d'aboutir ; ce fut, du reste, l'idée qui s'imposa à l'esprit des premiers chercheurs : aussi a-t-elle été soutenue avec énergie par Fehleisen qui défendait jalousement la spécificité de son érysipélocoque et ne voulait à aucun prix admettre qu'il fût identique au streptocoque du phlegmon.

De même, Rosenbach affirmait pouvoir distinguer à coup sur en culture le streptocoque pyogènede celui de l'érysipèle.

11 a fallu renoncer à toutes ces distinctions pathogéniques, surtout après que Petruschky eut provoqué, avec Le même streptocoque, l'érysipèle, le phlegmon et la septicémie générale, aussi bien chez l'homme que chez les animaux.

Du reste, la clinique a fourni plus d'un exemple prouvant que Le streptocoque de l'érysipèle pouvait devenir une source d'infection puerpérale, en passant par les mains d'une sage-femme peu soigneuse.

11 se trouve donc ainsi élabli le fail qu'une infection streptococ-

CLASSIFICATION DES STREPTOCOQUES. 261

tique peut revêtir différentes formes cliniques, suivant la résistance individuelle du sujet, suivant la structure intime de la région inoculée, et cela tout à fait indépendamment de la nature du streptocoque employé, ou de son origine primitive.

Certes, ces temps derniers, sous l'impulsion des communications «te Moser, (1) il s'est dessiné de nouveau une tendance à attribuer un caractère spécifique à certains streptocoques tels que celui que l'on rencontre dans la scarlatine ou dans la variole ; mais à part de rares partisans, cette hypothèse exprimée récemment n'a pas encore reçu la confirmation voulue.

Les tentatives infructueuses pour diviser les streptocoques en plusieurs groupes contribuèrent beaucoup à faire pencher l'opinion générale vers l'hypothèse uniciste, et lorsque, en 1895, Marmorek se déclara résolument en faveur de cette dernière, il a eu presque l'unanimité des bactériologistes de son côté. Les choses ne se sont pas es, il est vrai, sans quelques protestations ; on citait des cas (Van de Velde, Méry, J. Courmont), où l'infection streptococcique n'était pas justiciable du sérum monovalent de Marmorek. mais on était porté à mettre ces faits plutôt sur le compte de l'imperfection du sérum que de la diversité des streptocoques.

Classification basée sur les caractères bio-chimiques.

Pour répondre à ses contradicteurs, Marmorek (2) a consacré, en 1902, à ce sujet, tout un mémoire, dans lequel il maintient intégralement son opinion uniciste, en l'appuyant sur des arguments nouveaux.

Comme en 1895, il déclare n'attribuer aucune importance aux caractères extérieurs des streptocoques, tels que la grosseur des grains, la longueur des chaînettes ou leur pouvoir de troubler plus ou moins le bouillon de culture. Ce qui importe avant tout, d'après et;! auteur, ce sont les caractères bio-chimiques ; or, ceux-ci permettent d'établir des liens de parenté entre tous les streptocoques d'origine humaine. Parmi les caractères biochimiques des streptocoques, il insiste sur l'hémolyse, d'une part, et sur l'incapacité du Streptocoque de pousser dans un filtrat streptococcique, d'autre part ; nous proposons d'appeler ce dernier phénomène « le signe de Marmorek ».

Plus de 40 échantillons de streptocoques d'origine humaine ont

H: Wiener klin. Wochenschr., 1902, p. lo."i:s. — Moseh el Von Pihqubt, Cenlralbl. /'. Bakter.,\. Origin., t. XXXIV,1903, p. 560, 71i; Wiener klin. Wochenschr., 1902, p. 1086

l-'i LOC. rit.

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été essayés au point de vue hémolytique; tous ont donné des résultats positifs. Seuls, les streptocoques isolés des cas de scarlatine hémolysaient moins bien, mais si faible qu'elle fût, l'hémolyse a été constatée dans tous les cas.

Quant au deuxième caractère — le signe de Marmorek, — il est également commun, d'après ce savant, à tous Jes streptocoques. Si l'on ensemence le streptocoque dans une culture en bouillon, iilhve, de ce même échantillon ou d'un échantillon étranger, le bouillon ne se trouble pas, alors que tout autre microbe, tel que le staphylocoque ou le pneumocoque, ensemencé dans le même bouillon filtré, donne une culture abondante.

La grande majorité des chaînettes essayées par Marmorek ont répondu à ce desideratum bio-chimique; elles appartiennent donc à une seule et même famille. Les streptocoques rencontrés dans la scarlatine s'écartent un peu de cette règle ; ils peuvent donner, dans les conditions indiquées, une culture, bien que très faible. Quant au streptocoque de la gourme, il se distingue nettement de tous les autres : dans un filtrat sfreptococcique, il cultive presque aussi bien qu'un microbe étranger. En plus de ces deux réactions bio-chimiques, Marmorek voit un troisième argument en faveur de l'unité des streptocoques dans l'action spécifique de son sérum (antitoxique) contre tous les streptocoques, y compris celui de la scarlatine. (Sous ce rapport, également, le streptocoque delagourmeest le seul qui se singularise, le sérum n'ayant aucune action sur lui).

Vu cet ensemble défaits, Marmorek n'hésite pas à rattacher tous les streptocoques, celui de la gourme excepté, à une même espèce, et cela, répétons-le, parce que tous ils hémolysent les globules rouges de lapin, tous ils se montrent incapables de pousser dans un filtrat streptococcique, et tous ils sont justiciables du même sérum antistreptococcique.

Classification basée sur les caractères hémolytiques.

Il est vrai que le phénomène auquel nous avons donné le nom de Marmorek, n'a jusqu'ici soulevé aucune objection. Il n'en es! pas, malheureusement, de même pour ce qui concerne les deux autres qui sont passibles de critiques. La conclusion de Marmorek ne peut donc être acceptée qu'avec réserves. Ainsi, pour Phémolysine, le t'ait ne semble pas aussi général que le croyail Marmorek.

Schlesinger (1) a souvent observé des streptocoques soit patho-

(\) Zeitsvhr. f. 1/ijy., 1903, vol. XLIV, p, 128.

CLASSIFICATION DES STREPTOCOQUES. 263

gènes, soit non pathogènes, qui n'hémolysaient pas du tout. Nousmêmes avons souvent rencontré, au cours de nos études sur le sérum antistreptococeique, des échantillons qui non seulement ne dissolvaient pas les hématies in vivo, ce qui est, du reste, fort rare, mais ne déterminaient pas de diffusion d'hémoglobine invitro, même après vingt-quatre heures de contact avec les globules. Si, par conséquent, cette propriété d'hémolyser ou de ne pas hémolyser les hématies de lapin devait avoir l'importance que veut lui attacher Marmorek, on aurait dû voir là plutôt un argument sérieux contre l'unité des streptocoques.

Nous nous garderons cependant bien de tirer des conclusions d'aucun genre de ce fait car, pour nous, la propriété de cultures entières de streptocoques de dissoudre les globules rouges est un phénomène de peu d'importance et ne mérite pas d'entrer en ligne de compte dans la discussion qui nous préoccupe.

Ne savons-nous donc pas aujourd'hui que presque tous les microbes sont doués d'un pouvoir hémolytique, à un degré plus ou moins prononcé. Si, à l'exemple de Marmorek, on voulait tirer un parti de cette propriété des streptocoques, il aurait mieux valu, pensonsnous, s'adresser non à des cultures entières, mais à des cultures filtrées, c'est-à-dire au produit que nous avons décrit (1) sous le nom de strcptocolysine; ce produit seul porte en lui un cachet de spécificité : cette streptocolysine filtrée présente des caractères qui ne permettent de la confondre avec aucune autre hémolysine; de plus, la plupart des microbes cessent d'être hémolytiques aussitôt qu'ils sont filtrés.

Classification basée sur l'agglutination.

Nous voulons passer maintenant aux arguments tirés de l'étude des propriétés (U^ sérum s antistreptococciques, notamment de leurs propriétés agglutinatives, préventives et fixatrices.

Chaque fois que les caractères morphologiques d'un microbe prêtent à des doutes sur son identité, on a grand avantage à s'adressera des sérums spécifiques. Ce fut le cas pour les différentes races de vibrions que l'on a appris à distinguer, surtout grâce aux sérums; ce procédé s'est montré souvent très utile pour les cas du 15. typhique, du B. de la dysenterie, du colibacille. Il était tout naturel que l'on essayât également pour le streptocoque.

L'agglutination des streptocoques a été signalée par Van de Velde (2). En immunisant des chevaux avec différents streptocoques, il a

(1i Annales de l Institut Pasteur, 1901, p. 880. (..'! Archives <lc médec. expérim., 1897, p. 838.

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remarqué que le sérum était à la fois préventif et agglutinant vis-àvis des streptocoques employés et point vis-à-vis d'autres. Ce parallélisme fut tel qu'il se demanda « si on n'aurait pas dans l'agglutination un moyen sûr et facile de savoir si un microbe donné est justiciable ou non d'un sérum donné ».

Les mêmes espérances ont été encore récemment formulées par Tavel (1). Nous savons aujourd'hui que ces deux propriétés — préventive et agglutinante — n'ont rien de commun, et ces espérances ont d'autant moins de chances de se réaliser que l'agglutination des streptocoques est un phénomène éminemment changeant. Déjà Van de Velde a remarqué que l'on a là un réactif peu stable et que le même streptocoque peut s'agglutiner différemment suivant le cas ; « ce fait, dit-il, est de nature à enlever une grande partie de sa valeur à la réaction d'agglutination comme critérium de classification ».

Cette remarque n'est intéressante que parce qu'elle a été faite il y a plus de dix ans et qu'à cetle époque-là déjà on s'est aperçu que l'agglutination ne saurait être utilisée pour la différenciation des streptocoques.

Cela n'a pas cependant empêché beaucoup d'auteurs de revenir plus tard sur ce phénomène avec l'espoir de baser sur lui une classification rationnelle.

Ainsi, Meyer (2), en 1902, a cru pouvoir diviser les streptocoques d'après la propriété agglutinative, en deux groupes : dans le premier, il place les streptocoques des angines (scarlatine, rhumatisme, angine, simple) ; dans le deuxième groupe, il range les streptocoques des infections pyogènes.

Mais c'est surtout à la suite de la communication retentissante de Moser (3) que cette question qui semblait jugée et tombée définitivement dans l'oubli, fut de nouveau appelée à l'ordre du jour. Les tentatives pour démontrer la spécificité du streptocoque scarlatineux ou sa non-spécificité nous ont valu une série de travaux, dont quelques-uns fort remarquables; ils portent les signatures d'Aronson, Neufeld, Weaver, Moser et von Pirquet, Baginsky etSommerfeld, Tavel, Wlassiewski, Solge el Eiasenknopf, Dopter, etc.

On devine que les principaux arguments apportés par ces auteurs pour ou contre la spécificité du streptocoque scarlatineux roulaient autour des chiffres exprimant le titre aggluti natif de divers

(1) Deutsche mediz, Woch., 1903, p. '.>•><>. i»7'.i.

(2) Deutsche mediz. Woch.t I9i>-', p. :'. (ii) /.or. cil.

CLASSIFICATION DES STREPTOCOQUES. 265

Bé ru m s vis-à-vis de divers streptocoques. Nous n'entrerons pas dans ces détails, d'autant plus que la conclusion générale qui se dégage de tous ces travaux, même de ceux qui sont favorables à la spécificité, est que l'agglutination n'est pas de taille à trancher cette question.

En effet, si Ton fait abstraction de quelques observations cliniques de Solge et Hasenknopf (i) qui auraient vu le sérum des malades agglutiner le streptocoque de la scarlatine dans la proportion de 1 : 150, on ne connaît aucun autre fait clinique du même genre.

M oser lui-même, en collaboration avec \on Pirquet, a examiné le sérum de 51 malades atteints de scarlatine et un grand nombre de sérums d'autres personnes. « L'agglutination », disent-ils en manière de conclusion, « se voit plus souvent chez les scarlatineux que chez les non-scarlatineux; plus souvent dans les cas graves que dans les cas légers ».

On conviendra qu'une pareille conclusion n'est pas de nature à entraîner la conviction en faveur de la spécificité. A côté de cela, Baginsky etSommerfeld(2), Weaver (3), et, tout récemment, Dopler (4) n'ont constaté que des résultats négatifs.

Tels sont les renseignements puisés dans la clinique.

Quant à l'agglutination des streptocoques scarlatineux par le sérum des animaux immunisés, elle n'est pas non plus en faveur de Moser. Il nous suffira pour cela de citer un exemple parmi des quantités d'autres; c'est au travail d'Aronson que nous l'empruntons. Ce savant a immunisé un cheval avec un streptocoque de la scarlatine et un autre cheval avec un streptocoque isolé d'un cas de septicémie. Lorsque, à la fin de l'immunisation, Aronson essaya les deux sérums vis-à-vis d'un nouvel échantillon de streptocoque scarlatineux, il vil que ce dernier s'agglutinait mieux par le sérum du cheval septicémique que par celui du cheval scarlatineux.

On se serait attendu à autre chose d'un streptocoque spécifique. Du reste, l'agglutinabilité des streptocoques par des sérums préparés est extrêmement changeante et ne se prête guère aune précision voulue.

Ainsi, Neufeld (5) a pu constater que quelquefois un sérum agglutinai! mieux un streptocoque étrangerque celui avec lequel il avait été préparé; la présence, dans le sérum, de certaines substances comme

il) Centralbl. f. Bakter., t. XXXII ; Refer. p. 643. Uj Berlin, hlin. Woch., 1900, p. 588, 018.

[3) Journal of infect, diseases, 1904, |>. 91, Journal of tnedic, research,, 1903, p 246,

(4) Compte» rendu» Soc. Biologie, 1904, p. 787. Ci Zeilschr. f. Hyg., 1903, p. lu .

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Le tricrésol, suffit pour détruire son pouvoir agglutinant; ce dernier varie sous l'influence du moindre changement de réaction du milieu; et, chose curieuse, le même streptocoque, suivant qu'il est plus ou moins virulent, manifeste un titre agglutinatif différent . JNeufeld a pu s'en assurer en prenant deux streptocoques de môme origine (F), mais de virulence différente.

Le sérum de Moser, dit antiscarlatineux, se montra très agglutinant (1 : 20.000) pour la variété atténuée ; mais, dès qu'on le mit en contact avec la variété virulente, il n'y eut pas d'agglutination, même à la proportion de 1 : 100. Lorsque l'auteur exalta la virulence de la culture atténuée, en la faisant passer plusieurs fois par la souris, le streptocoque, devenu virulent, perdit la propriété de s'agglutiner.

L'agglutinabilité du streptocoque étant très labile, ne convient donc pas à un dosage rigoureux, ce qui lui enlève une grande partie de sa valeur au point de vue auquel nous nous plaçons. Ajoutons à cela que souvent les streptocoques poussent en amas, en donnant de gros grumeaux qu'il est nécessaire de transformer préalablement en une émulsion homogène, avant de procéder aux essais d'agglutination ; cette opération préalable varie nécessairement avec chaque expérimentateur, ce qui rend les résultats peu comparables.

Vu toutes ces difficultés, il serait hasardeux de vouloir baser sur le phénomène de l'agglutination seul des conclusions au sujet de l'unité ou de la multiplicité des streptocoques.

Classification basée sur l'action préventive du sérum.

Comme nous l'avons déjà fait remarquer au début de cet article, si l'on a tant cherché à être fixé sur cette question, c'est surtout parce qu'elle est liée à une question pratique toit importante qui touche au mode de préparation du sérum antistreptococcique. Mais alors, il eût été plus simple d'aborder le sujet de face et de voir si un sérum monovalent agit vis-à-vis de tous les streptocoque < ou non; car, en somme, c'est là le point aboutissant voulu de toutes les discussions que nous avons résumées plus haut.

La question, en fait, fut posée sous cette forme plus d'une fois ; mais il y tut répondu de différentes façons.

Après que Marmorek eut annoncé (1895)que le sérum préparé avec un seul streptocoque, très virulent pour te lapin, préservait contre toute infection streptococeique, Méry (1) d'abord (1896), .1. Courmont -2

(1) Compt. rend. Soc Biologie, 189.6.

(2) Compt. rend. Sor. Biologie, 1898,

CONCEPTION UNICISTE. 267

ensuite (<898) publièrent des observations qui ne cadraient pas avec cette manière de voir. Le streptocoque, employé par Méry, a été isolé chez un entant atteint de scarlatine, pendant la vie ; injecté à des animaux, ce streptocoque déterminait une infection mortelle, et cela aussi bien chez les animaux traités par le sérum que chez les témoins. Ce fait s'étanl reproduit chez plusieurs animaux, Méry en conclut que « l'unicité du streptocoque, qu'on rencontre en pathologie humaine, lui paraît définitivement infirmée ».

Deux ans plus tard (1898), Courmont a observé un phénomène analogue avec d'autres streptocoques. 11 essaya sept échantillons dont un était celui de Marmorek : seul, ce dernier fut influencé par le sérum de Marmorek. Ce résultat lui fit penser que « les streptocoques représentent une famille microbienne mal différenciée, composée d'une série de variétés impossibles à distinguer; le sérum qui immunise contre Tune, n'immunise pas contre l'autre ».

Ces critiques n'on pas cependant ébranlé la conviction de Marmorek qui, dans son mémoire de 1902, persiste à affirmer que son sérum, préparé avec la toxine de son streptocoque virulent, est actif vis-à-vis de tous les streptocoques; c'était même là, pour lui, une preuve, comme nous l'avons déjà dit, de l'unité de tous les streptocoques, celui de la gourme excepté.

Conception uniciste d Aronson et de Neufeld.

Cette thèse, présentée sous la môme forme, a trouvé récemment des partisans convaincus en la personne de deux autres bactériologistes de valeur, Aronson et Neufeld, qui ne peuvent pas cependant être soupçonnés de tendresse pour le sérum de Marmorek.

Aronson (i) nie catégoriquement la multiplicité des streptocoques. D'après lui, il existe une parenté « extraordinairement grande » entre tous les streptocoques et, à l'appui de son dire, il cite son sérum qui, quoique préparé avec un seul streptocoque, protège contre tous les streptocoques, quelle que soit leur origine.

De même, Neufeld (2), qui a réussi à vacciner des lapins par un procédé très rapide, déclare que son sérum, obtenu avec une seule espèce virulente, préserve les souris, non seulement contre celte espèce, mais même contre les streptocoques étrangers, tels que ceux ilAronson ou de Marmorek.

rlin. Min. W> roe h., 1902, p. 070, 1006; Deutsche meditinische Wwh., 1008, p. 139.

te. rit.

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Voici donc deux savants qui opèrent sur des animaux différents, emploient des procédés d'immunisation différents et arrivent à la même conclusion que Marmorek a toujours l'ait sienne, c'est-à-dire que le streptocoque est unique, parce que le sérum monovalent agit contre tous les streptocoques humains.

Tel est le dernier mot dit sur la question, d'après les travaux les plus récents.

Critique de la conception d'Aronson.

Est-ce que réellement la question se trouve ainsi résolue ?

Pas du tout. Ni les expériences d'Aronson, ni celles de Neufeld ne démontrent l'unité des streptocoques.

Expliquons-nous. Commençons par Aronson.

Ce savant a immunisé des chevaux avec un streptocoque qu'il avait rendu extrêmement virulent en le faisant passer de souris à souris. 11 a ohtenu de la sorte un sérum d'une très grande activité, non seulement pour le streptocoque qui a servi à l'immunisation, mais encore, dit-il, pour d'autres streptocoques de diverses provenances : ainsi, il a pu constater que le streptocoque de la scarlatine est également justiciable de ce sérum, au même titre que son propre streptocoque.

En règle générale, les streptocoques qui sont isolés directement chez l'homme, ne sont guère pathogènes pour la souris; pour les rendre virulents, Aronson a été naturellement obligé de les faire passer plusieurs fois par la souris. Ceci fait, il vit que, quelle que fût l'origine primitive du streptocoque, le sérum était toujours actif. Nous connaissons la conclusion qu'en tire l'auteur. Eh bien, c'est là où gît l'erreur.

En prenant des streptocoques de provenance différente et en les faisant passer par l'organisme de la souris, en vue d'exalter leur virulence, Aronson leur a enlevé leur individualité et les a transformés tous en une seule espèce, pathogène pour la souris.

Si le sérum monovalent d'Aronson se montre actif vis-à-vis de tous les streptocoques essayés, ce n'est pas parce qu'ils appartiennent, dès leur origine, à la mèmefamille, mais parce qu'Ai onson les a uniformisés artiliciellement, par despassagessuceessifs de souris à souris. 11 n'est dès lors pas surprenant que son sérum, qui avait été préparé avec un semblable streptocoque, ayant fait de nombreux passages parla souris, se soit montré actif vis-à-vis de celle espèce unifiée d'Aronson.

Et cela est si vrai que lorsque cet expérimentateur s'adressa à un

CONCEPTION UNICISTE. 269

streptocoque qui est d'emblée pathogène pour la souris, comme c'est le cas du microbe de Ja gourme, le sérum n'eut pas d'action sur lui. .Mais, quand le môme microbe eut fait plusieurs passages par la souris et que sa virulence se trouva de la sorte exaltée, le même sérum, d'inactif devint actif.

Il y a là un fait qui parait paradoxal : un sérum qui n'a pas d'action sur un streptocoque peu virulent, devient actif dès que ce streptocoque augmente de virulence.

L'explication en est cependant très claire. Le streptocoque de la gourme, tel qu'on le rencontre dans la nature, étant différent de celui d'Aronson, n'est pas justiciable du sérum d'Aronson; mais ce même streptocoque de la gourme, dès qu'il perd son individualité et se trouve transformé par la souris en un streptocoque particulier que nous appellerons volontiers un streptocoque de passage, devient justiciable du sérum préparé avec un streptocoque semblable, c'està-dire avec un streptocoque de passage.

11 s'ensuit donc que tous les essais de sérum, faits par Aronson sur des streptocoques de la scarlatine, de l'angine, etc., n'ont été faits en réalité que sur un seul streptocoque, celui de la souris, c'està-dire sur le streptocoque de passage.

Quant à savoir si ce sérum monovalent, mis en présence de streptocoques originels de la scarlatine ou d'autres streptococcies humaines, se montrerait efficace, c'est là un problème qui reste encore ouvert.

Aronson lui-même s'en rend compte car, pour immuniser ses chevaux, il adjoint maintenant à son streptocoque virulent d'autres streptocoques qui n'ont pas fait de passage par l'animal.

Critique de la conception de Neufeld.

Quant aux recherches de Neufeld, elles n'autorisent pas non plus, nous semble-t-il, à conclure à l'unité des streptocoques.

In exemple concret fera mieux comprendre notre pensée.

Cet auteur nous parle d'un lapin 17, qu'il avait immunisé par son procédé rapide, contre un streptocoque très virulent, F.

Le sérum de ce lapin se montra très actif non seulement vis-à-vis de ce streptocoque F, mais encore vis-à-vis de deux autres streptocoques, celui d'Aronson, isolé de la scarlatine, et celui de Marmorek, isolé de l'angine. D'où la conclusion, facile à tirer, en faveur des sérum s monovalents.

Mais voyons cette expérience de près. D'abord, qu'est-ce que ce streptocoque F? 11 provient, nous dit l'auteur, d'un phlegmon et tue

270 A. BESREDKA. — SÉROTHÉRAPIE ANTISTREPTOCOCCIQUE.

le lapin en trente-six heures, à la close de 0,00001 de centimètre cube; il n'en dit pas davantage.

Et cependant il y a un détail de première importance que nous désirerions bien connaître et qui concerne le passé de ce F.

Ce streptocoque F a-t-il passé par l'animal ou non ? Car c'est là tout l'intérêt de l'expérience de Neufeld.

On sait, et nous l'avons déjà dit plus haut, que les streptocoques qui proviennent directement de l'homme sont rarement pathogènes pour les animaux, et nous avons tout lieu de croire que ce streptocoque F était dans le même cas, qu'il n'est devenu si meurtrier pour les lapins qu'après avoir fait des passages par le lapin ou la souris. S'il en est ainsi, on comprend sans peine pourquoi un sérum, préparé avec le streptocoque F, se montre également actif vis-à-vis du streptocoque d'Aronson et de celui de Marmorek ; ces trois streptocoques n'en font en réalité qu'un seul, le streptocoque de passage, bien que l'un ait pour ancêtre un streptocoque de la scarlatine, un autre, un streptocoque d'angine, et le troisième, un streptocoque de phlegmon ; tous ces caractères ancestraux ont eu le temps de s'effacer depuis longtemps, pour céder la place aux caractères nouvellement acquis du streptocoque de la souris.

Ce raisonnement n'est juste, évidemment, qu'à la condition que notre hypothèse sur l'origine de F soit vraie, et nous avons d'autant plus de raisons de la croire telle que ce streptocoque F se comporte, même au point de vue agglutinatif, pareillement à ceux de Marmorek et d'Aronson.

La preuve de l'unité des streptocoques basée sur l'action préventive des sérums est donc à faire tout entière.

La fera-t-on jamais par ce moyen ? C'est peu probable, et cela parce que l'on ne possède pas actuellement d'animal [tour lequel les streptocoques humains soient pathogènes d'emblée; certes, de temps à autre, on isole chez l'homme un streptocoque qui tue le lapin ou la souris ; mais ces cas sont exceptionnels.

Classification basée sur la nature des fixateurs.

Ainsi, aucun des procédés employés pour résoudre le problème d'unicité ou de multiplicité des streptocoques n'a apporté d'arguments décisifs.

Faut-il donc renoncer à tout jamais à pénétrer cette question et nous résigner à immuniser les chevaux au petit bonheur, sans savoir au juste ce qu'on leur injecte ?

Nous ne le pensons pas. 11 existe encore une ressource sur Laquelle

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