PRÉPARATION DU SÉRUM
nous foncions un grand espoir. Nous voulons parler des fixateurs ou sensibilisatrices dont il a été si souvent question ces temps derniers.
Leurs propriétés sont assez connues pour que nous n'ayons pas besoin d'en parler ici ; rappelons seulement qu'aussi bien pour les cellules que pour les microbes, les fixateurs se sont montrés jusqu'à présent d'une spécificité remarquable. On lésa trouvés dans presque tous les sérums antimicrobiens; le sérum antistreptococcique est à peu près le seul où le fixateur n'ait pas été observé. Il y existe cependant et, dans certaines conditions d'expériences, que nous avons indiquées ailleurs, il est facile de le mettre en évidence. Le fixateur streptococcique, comme tous les autres, est spécifique ; il y a des streptocoques dont chacun possède un fixateur particulier; il y en a qui ont un fixateur commun. Ainsi, nous avons pu constater (1) un fixateur commun à trois streptocoques, de provenance tout à fait différente : un de ces streptocoques fut isolé chez un enfant mort de septicémie ; un autre, dans un cas d'érysipèle, et le troisième, chez un enfant mort de scarlatine. D'autre part, nous avons observé plusieurs fois que deux streptocoques, provenant tous les deux du sang du cœur de scarlatineux, réagissaient différemment vis-à-vis du même fixateur.
On aura peut-être là un nouveau point de repère pour établir une classification naturelle des streptocoques.
(ies recherches, à peine commencées, ont besoin d'être poursuivies longtemps et variées le plus possible, avant que l'on puisse se prononcer d'une façon définitive. Mais d'ores et déjà le peu d'expériences faites dans cet ordre d'idées amènent à conclure qu'il en est des streptocoques comme des vibrions ou des spirilles, c'est-à-dire qu'il n'y a pas un seul streptocoque, mais un certain nombre de variétés dont quelques-unes peuvent êtreaussi distinctes les unes des autres que l'est le vibrion cholérique du Vibrio Metchnilwvi; de plus, que les streptocoques que l'on rencontre au cours d'une maladie, la scarlatine, par exemple, peuvent appartenir à plusieurs variétés; enfin, que la même variété de streptocoque peut se rencontrer au cours de maladies cliniquement.distinctes.
Préparation du sérum. Milieu.
S'il en est ainsi, il ne nous reste à l'heure actuelle qu'à Vacciner l«s chevaux contre le plus de streptocoques possibles. Si dans le
(1) Annales de l'Institut Pasteur, 1004.
272 A. BESREDKA. — SÉROTHÉRAPIE ANTISTREPTOCOCCIQUÉ.
nombre il s'en trouve plusieurs qui sont identiques et contre lesquels les chevaux vont réagir de façon identique, le mal ne sera pas grand.
En revanche, en multipliant le nombre d'échantillons, nous augmentons les chances d'avoir un sérum réellementpolyvalent, c'est-àdire, le seul qui réponde aux besoins de la pratique journalière.
En discutant le problème de l'unicité ou de la multiplicité de streptocoques, nous avons indiqué, chemin faisant, les principaux types de sérums actuellement employés. Nous allons décrire maintenant celui de l'Institut Pasteur et les détails de sa préparation (1).
La question du milieu a été pour le streptocoque toujours une de celles qui préoccupaient le plus les bactériologistes. Marmorek, qui essaya un grand nombre de milieux, s'arrêta finalement au bouillonascite. Plus près de nous, Aronson, auquel nous devions le sérum le plus actif jusqu'à présent connu, se sert de bouillon glucose, milieu excellent, mais fort capricieux. D'autres bactériologistes ont employé des milieux plus ou moins compliqués, mais toujours à base de bouillon.
Nous avons dérogé à cet usage, et nous opérons, autant que possible, sur des streptocoques cultivés en milieu solide. Or, sur gélose, le streptocoque forme des colonies très petites et souvent, comme c'est le cas pour le microbe de Marmorek, c'est à peine si Ton y distingue une trace de culture. Il faut cependant, pour immuniser les chevaux, avoir de grandes quantités de corps microbiens.
Pour cela, nous avons eu recours au procédé suivant.
Tous les échantillons de streptocoques — et nous en possédons plus de 40 — sont ensemencés et conservés dans un mélange de parties égales de bouillon Martin et de sérum chauffé (56° — 1/2 heure) de cheval; dans ce milieu les streptocoques restent longtemps vivants et conservent très bien leur virulence.
Après s'être ainsi habitués à vivre en présence de sérum, les streptocoques poussent ensuite très abondamment sur la gélose que l'on a eu soin d'arroser préalablement avec un peu de sérum de cheval.
Nous faisons nos cultures dans des boites de Roux, ayant 22 centimètres de longueur sur 11 centimètres de largeur. [Tne heure avant de procéder à l'ensemencement, on ajoute dans chaque boîte de gélose l-lcc,5 de sérum chauffé de cheval; sur une gélose ainsi préparée, puis largement ensemencée, on a, vingt-quatre heures après. une culture si riche que, pour être injectée dans les veines d'un
(I) Annales de l'Institut Pasteur, juin 1904.