II. — SÉROTHÉRAPIE
La sérothérapie anticholérique n'est pas encore sortie du domaine du laboratoire.
Oïl est arrivé, après beaucoup d'essais, à obtenir des cultures cholériques en milieu liquide, un poison «oluble à action rapide chez les animaux dont il provoque la mort en douze à dix-huit heures avec des symptOmes quirappelent ceux de l'intoxication cholérique.
Avec ce poison, comme avec les autres toxines microbiennes, on a pu préparer un sérum antitoxique, en accoutumant peu à peu les animaux à son action. 11 reste à savoir si et dans quelles proportions le sérum ainsi préparé pourra être utilisé dans le traitement du choléra humain.
Dans ce chapitre, nous nous contenterons d'étudier :
1° La préparation et les caractères de la toxine cholérique telle que nous l'obtenons dans les différents milieux de culture préconisés ;
2 " La façon d'immuniser les. animaux en vue d'obtenir un sérum an ti toxique ;
3° L'action du sérum vis-à-vis de l'infection et de l'intoxication cholérique expérimentale ;
4° Le dosage de l'activité du sérum.
Toxine cholérique. — Dès sa première publication, dans laquelle il annonçait la découverte du vibrion cholérique, Koch avait déclaré que le choléra devait être considéré comme un empoisonnement ai<m, causé par l'absorption d'une substance toxique spéciale élaborée dans l'intestin par le vibrion.
Ce fut donc surtout en vue de contrôler l'affirmation de Koch, et de préciser en même temps le rôle du vibrion dans l'étiologie du choléra, que de nombreuses recherches furent entreprises pour tâcher de retirer des cultures cholériques une toxine semblable à celle; formée dans Tintestin.
La plupart de ces recherches ne donnèrent pas de résultats bien satisfaisants et il nous suffira de rappeler seulement en passant les travaux de Nieati et Kietsch, Pouchet, Villiers, Cantani, Kiinx, Brieger et Fraenkel, Winter et Lesa^e, Kiebs, Gruber et Sluyt.
Pétri, le premier, en cultivant h; vibrion cholérique dans des solutions très riches en peplone (10 p. 100), obtenait une toxine soluble, résistant à la température de l'ébullition, et qu'il regardai! comme une toxopeplone.
362 SALIMBENI. — SEROTHERAPIE ANTICHOLÊRIQUE.
Les cultures filtrées sur porcelaine renfermaient avec la toxine d'autres substances telles que rindol,latyrosine, l'ammoniaque, etc. S'étant assuré que ces différents corps à la dose employée n'avaient pas un pouvoir toxique notable, Pétri en concluait que les cobayes, qui succombaient après l'injection du filtrat, étaient bien tués par une substance spécifique soluble. La culture entière stérilisée, renfermant à la fois le poison soluble et les corps microbiens, était plus active que le liquide filtré. Celui-ci n'était pas d'ailleurs très meurtrier, car il en fallait 2 centimètres cubes dans le péritoine pour tuer un cobaye de 200 grammes environ, avec de l'hypothermie et tous les autres signes de l'empoisonnement cholérique.
Hueppe, frappé de ce que dans l'intestin des malades atteints de choléra, le vibrion se développe dans un milieu albumineux et privé d'air, essaya, avec Scholl, de reproduire des conditions analogues en faisant la culture dans les œufs. Après quinze jours d'étuve à 37°, le contenu des œufs était versé dans l'alcool et le précipité obtenu, une fois desséché, était traité par l'eau pour dissoudre la toxine. Quelques centimètres cubes de cette solution injectée dans le péritoine de cobayes les plongeaient instantanément dans un état soporeux et les faisaient périr en quelques minutes.
Gruber et Wiener reconnurent plus tard que la mort foudroyante des animaux n'était pas due au poison cholérique, mais à l'action de l'alcool et de l'hydrogène sulfuré qui restaient dans la liqueur injectée. Des œufs non ensemencés, restés à Tétuve quinze jours et traités de la même façon, donnaient un produit aussi toxique.
Gamaléia (!) décrivit plusieurs toxines cholériques. Il cultivait le vibrion de Koch dans du bouillon de pied de veau ; les cultures, après un séjour de quinze jours à l'étuve à 37°, étaient abandonnées à la température ordinaire pour laisser le temps, au poison contenu dans les corps des microbes, de diffuser dans le liquide. Dans ce liquide de macération il trouvait deux poisons; l'un thermolabile et capable de provoquer la diarrhée cher, les lapins : l'autre thermostabile et capable d'intoxiquer les lapins sans amener de selles liquides.
L'idée que la toxine cholérique est adhérente aux corps mêmes des vibrions, d'où elle ne sortirait qu'après lamor( el la destruction de ceux-ci, fut plus lard adoptée el soutenue par Pfeiffer el ses élèves.
(I) Ai-r/i. de mrii. ex lérimentale, 1892.