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BACTÉRIOTHÉRAPIE AVEC DES CULTURES DANS DU LAIT

Nous avons connaissance, à titre privé, de plusieurs essais sur leinploi du lait aigri dans les maladies intestinales, essais entrepris par des médecins français et couronnés d'effet favorable. Malheureusement ces résultats, n'ayant pas été publiés, on ne peut pas en parler ici. On dirait que les médecins ne se décident pas à rendre publiques leurs observations par crainte de la réclame commerciale qui ne tarde pas à s'emparer de toute découverte. C'est ainsi qu'en Allemagne Ja notion sur l'application thérapeutique des microbes lactiques a commencé par des réclames exagérées des commerçants, ce qui a amené la protestation de la part de plusieurs médecins et notamment du célèbre clinicien viennois, Dr von Noorden.

C'est donc avec un esprit très sceptique que plusieurs médecins allemands se sont mis à étudier la bactériothérapie intestinale, et c'est là que réside le principal intérêt de leurs recherches. Le Dr Wegele, médecin spécialiste des maladies de l'estomac à Konigsborn, en Westphalie, a publié récemment une note (1) sur les premiers résultats du traitement bactériothérapique des maladies du tube digestif. 11 a choisi pour ses essais une vingtaine de malades qu'il a observés pendant plusieurs semaines dans son sanatorium. Voici quelques résultats de ses recherches. « Dans le catarrhe chronique avec diminution de sécrétion des sucs digestifs et dans VAchylia gastrica (autant dans la forme atrophique que dans. la forme nerveuse), le lait aigri bulgare agit non seulement comme une nourriture convenable à cause de la préparation digestive par les microbes des matières albuminoïdes, mais aussi comme remplaçant de l'acide chlorhydrique de L'estomac. L'absence ou la faible quantité de ce dernier empêche son action désinfectante qui est remplie par l'acide lactique d'une façon des plus favorables, ce qui est important car les phénomènes de putréfaction dans le tube digestif ne présentent, rien d'extraordinaire ». « J'ai eu occasion dans le courant de cette année, continue Wegele, d'observer dans un cas de maladie tropicale rare, Indian sprue (Aphtœ tropicx), l'action extrêmement favorable du yahourth sur la putréfaction intestinale particulièrement caractéristique. Celle-ci se rencontre très fréquemment dans les diarrhées qui résultent de VAchylia gastrica. Dans ce cas le passage du contenu gastrique, n'ayant subi qu'une digestion insuffisante et n'étant pas influencé par l'action désinfectante d'acide chlorhydrique, provoque ouventdes décompositions qui consistent surtout en putréfactions des albuminoïdes. Ce sont précisément ces putréfactions qui sont influencées de la façon la plus favorable par l'emploi métho-

it) Deutsche medicinische Wochenschrift, 1908, vfi i.

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dique du lait caillé bulgare, ainsi que j'ai pu le constater dans une série de cas sans exception. »

A côté de ces résultats, obtenus sur des adultes, il est intéressant de signaler l'effet de la bactériothérapie dans la médecine infantile. C'est le Dr Klotz (1), à Magdebourg, qui fournit des renseignements précieux à ce sujet. Après n'avoir obtenu que des résultats médiocres dans le traitement des toxicoses aiguës des nourrissons avec du « lait caillé à la lactobacilline », il a voulu se rendre compte de son action dans les affections chroniques. « Ainsi il est arrivé — raconte le D1 Klotz — que nousavions abordé notre second sujet, le traitement desaffectionschroniquesdelanutrition parle yahourth, sansgrandespoir. Mais nous étions bien tôt désillusionné agréablement,ayant obtenu des résultats favorables dans quelques cas d'affection de nutrition chronique, suivie d'atrophie. Plusieurs nourrissons qui pendant des mois n'avançaient pas avec l'allaitement au sein, avec le babeurre et avec l'allaitement mixte, réagissaient d'une façon nettement bonne au nouvel aliment, composé soit simplement de lait aigri, soit de compositions qui nous sont propres. Dans tous les cas nos résultats sous ce rapport sont tels, qu'il nous paraît indiqué de reprendre encore une fois le traitement des toxicoses aiguës, surtout pendant les mois d'été avec le petit-lait ou le babeurre à la lactobacilline » (p. 27). « Pourobtenirun tableau très précis de l'activité du yahourth, nous avons d'abord éliminé tous les cas légers ou moyens et nous n'avons soumis au traitement que les cas particulièrement graves. L'épreuve a été donc sévère » {Ibid.).

Klotz cite le cas d'un nourrisson de cinq mois ayant un eczéma delà figure très grave. Pendant près de trois mois tout traitement ne donnait aucun résultat, lorsque, après trois semaines d'alimentation avec le lait à lactobacilline, il s'est produit une guérison irréprochable. (( Ce résultat a été tellement extraordinaire que depuis nous avons attiré notre attention sur le traitement diététique des eczémas chroniques avec la lactobacilline »... (p. 38).

L'ensemble des faits sur l'action des microbes lactiques en culture pure dans du lait ne laisse pas de doute de son efficacité thérapeutique. Il n'y a rien détonnant à ce que ces microbes aient manifesté un pouvoir curatif plus énergique que les colibacilles ou les Bacillua laclis aerogenesque Ton employait antérieurement sans grand résultat. C'est que ces deux derniers microbes sont beaucoup moins puissants comme agents antiputrides (pie les ferments lactiques proprement dits, tels que le bacille bulgare et le streplobaeille.

(\) Zentralblatt fur innere Medidn, L908, p< ;i.i.

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VI. — Bactériothérapie intestinale avec des cultures en bouillon.

Dans ces derniers temps on a commencé à se servir dans le traitement bactériothérapeutique des cultures pures des microbes lactiques, préparés non pas dans du lait, mais dans des « bouillons » décomposition diverse. C'est le D1 Henry Tissier (1) qui a introduit cette modification de la bactériothérapie intestinale. Partant des recherches de Bienstock et des siennes, exécutées en collaboration avec Martelly et Gaching, sur l'antagonisme des microbes lactiques vis-à-vis des protéolytiques, lissier a élaboré sa méthode du régime végétarien rigoureux, additionné de cultures dans du bouillon peptoné des bacilles paralactiques seuls ou en symbiose avec son Bacillus bifidus Les nourrissons ne pouvant être soumis au végétarisme, restent au sein ou au biberon pendant le traitement avec les microbes. Les enfants plus âgés et les adultes doivent suivre le régime suivant : « Après avoir prescrit des lotions froides, de l'exercice physique au grand air, on conseille d'adopter un régime strictement végétarien : suppression du lait, des œufs et de toute espèce de viande et de )>oisson. Par contre, on peut donner tous les légumes, préparés de façon quelconque, toute espèce de pâtisserie, de fruits cuits ou crus. Le pain ordinaire est permis ». « On fait boire dans la journée, au moment des repas, une bouteille d'eau lactosée contenant de 20 à 50 p. 1000 de lactose à laquelle on peut ajouter un peu de vin rouge ou blanc. » « On donne enfin, pour hâter l'apparition d'une flore intestinale empêchante, un à deux verres à bordeaux d'une culture pure de Bac. acidiparalactici ou mieux d'une symbiose de cette espèce avec le Bac. bifidus. Ces cultures sont faites en eau peptonisée (sel 5 grammes, peptoné 10 grammes, lactose 200, p. 1000 d'eau). »

Les premiers jours du traitement, les malades peuvent éprouver quelques troubles, mais au bout de quatre ou cinq jours, en moyenne, !a constipation cesse, les douleurs abdominales diminuent, la langue M nettoie, l'haleine n'est plus fétide, ni la bouche mauvaise. «Dans les formes chroniques, avec diarrhée persistante (non tuberculeuse), les troubles digestifs cèdent un peu moins rapidement peut-être, mais il est rare qu'on ne puisse observer déjà, dans le rouis do la première semaine, une grande amélioration. »

I.»' I)1 M. Cohen d y (2) se sert aussi de cultures lactiques en milieu liquide autre que le lait, mais, au lieu du bacille paralactique ou du

(1) Annales de l'Institut /'usleur, L905, |>. 273; Tribune médicale, 1906, p. 117;

Comptes rendus rie lu Société 'le biologie, 1906.

Comptes rendus de tu Société de biologie, i '•')»;, vol. LX, \>. *:'.

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bifidus, il ensemence du bacille bulgare. Après avoir observé que l'estomac des malades atteints d'entérite supporte souvent mal les cultures dans le lait, il a préparé des dilutions de sirop de malt, facilement obtenu en brasserie. « Ces dilutions doivent marquer au densimètre 2, 3 à 5 à la température de 15°, leur réaction doit être neutre, toute addition de peptone et de sel est inutile. Après vingtquatre ou quarante-huit heures d'étuve à 36° on obtient dans ce milieu d'abondantes cultures constituant une boisson légèrement acide, généralement bien tolérée. »

Le D1 Cohendy rapporte Fhistoire de cinq malades, atteints de crises aiguës d'entérite muco-membraneuse, traités avec de ces cultures. « Celles-ci sont prisesdèslepremierjouràladosede 100 à 200 grammes par jour, soit une fois le matin à jeun, soit en deux fois, le matin à jeun et à cinq heures. » Pour favoriser le développement microbien, le malade prend, deux heures après chaque prise de ferment, ainsi qu'à l'heure des deux repas, une ou deux cuillers à café de sirop de malt dans un verre d'eau. « Pendant les deux ou trois premiers jours de traitement le malade ne prend que le sirop de malt; pendant les cinq ou six jours suivants ne sont permis que les féculents et les céréales. Après la disparition des symptômes morbides, on revient progressivement à l'alimentation normale, en excluant cependant rigoureusement la viande d'un des deux repas. »

Sur les cinq malades du D1' Cohendy, ;< la première et la troisième étaient rétablies le huitième jour; la deuxième le dixième jour; la quatrième était bien portante le quatorzième jour et recouvrait des garde-robes quotidiennes inaccoutumées. Quant à la dernière, elle fut gravement atteinte pendant la première semaine etn'était remise qu'incomplètement le vingtième jour ».

L'etfet favorable des bactéries lactiques, administrées soit dans du bouillon peptonisé, soit dans du bouillon de malt, confirme le rôle important de ces microbes dans la thérapeutique des maladies intestinales. Les diverses méthodes proposées ne constituent quedes modifications du même principe fondamental. La proscription absolue des aliments d'origine animale peut être utile dans certains cas, inutile ou même nuisible dans d'autres. 11 ne faut pas oublier que le lait putréfie moins facilement que beaucoup de légumes et que dans le régime végétarien le taux des éthers sulfoconjugués et des phénols urinaires esl plusélevéque dans le régime lacté, ainsi qu'il a été encore récemment confirmé par Max Soldin ^1). L'urine des herbivores est beaucoup plusriche en phénols que celle de L'homme 2

(1) Jahrbuch fin- Kinder krankheiten, mars 1907, p. 295-297.

(2) Nu uai i k el Vocbi . Analyse (1rs Harnes, is-»,s. t>. i is.

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