MÉCANISME DE L'ACTION DES MICROBES LACTIQUES
La réduction de la flore, sous le régime du lail aigri, dépend surtout de la diminution des colibacilles. Or, comme ces microbes contribuent largement à la putréfaction intestinale, la disparition d'un grand nombre d'entre eux doit être considérée comme un symptôme très favorable.
Sans se préoccuper de la numération des microbes de la flore intestinale, le Dv Makaroff (1) de l'hôpital de la marine à Saint- Pétersbourg, a exécuté des recherches minutieuses sur Faction diététique du lait aigri. 11 a recherché le taux des éthers sulfoconjugués et est arrivé à la conclusion que le régime du lait aigri à la lactobacilline diminue ces substances en plus forte proportion que le régime du lait non aigri. « En dehors de cela, après la cessation des prises de lactobacilline, la quantité des éthers sulfoconjugués se maintenait encore pendant dix à douze jours environ àuntaux assez bas, tandis qu'après la cessation du lait ordinaire (non aigri) ce taux revenait très rapidement à sa valeur antérieure » (p. 15).
Makaroff a fait encore des recherches sur l'influence du lait aigri à la lactobacilline sur l'assimilation et l'excrétion des sels calcaires chez les artérioscléreux. Quatre individus, atteints d'artériosclérose, ont été soumis à l'épreuve. Chaque expérience avait duré douze jours; pendant six jours les malades prenaient le lait caillé ordinaire, et pendant six autres le lait à la lactobacilline. Ce régime a très sensiblement augmenté la quantité de chaux excrétée par l'urine et les matières fécales. Makaroff admet que « l'augmentation de la chaux excrétée sous l'influence de la lactobacilline dépend de l'augmentation de la diurèse et de la quantité plus copieuse des matières fécales. Dans nos premières expériences nous avons presque dans tous les cas de traitement avec le lait aigri à la lactobacilline, observé une augmentation de la quantité d'urine dans les vingtquatre heures. Les auteurs des recherches avec le lait aigri, ensemencé avec des bacilles lactiques, signalent comme un des symptômes favorables l'augmentation des matières fécales; cellesci deviennent plus molles, sortent avec plus de facilité et les malades voient disparaître les ténesmes pénibles, souvent douloureux. Nos observations confirment ce l'ail » (p. 21).
Pour se rendre compte de l'influence <le la chaux qui en quantité est introduite avec le lait aigri, Makaroff a employé dans une expérience des comprimés de lactobacilline, avec lesquels il n'a introduil que 0,0436 grammes de chaux, au lieu de 4,3180 grammes avec le lait aigri. Mais dans ce cas aussi la quantité de- la chaux
(4) Sur la valeur diétéiiqne du MA aigri du professeur Metchnikoff. SainUPétersbourg, 1907 («•H rus
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excrétée s'est montrée considérablement augmentée (7,6759 grammes au lieu de 4,4353 grammes).
Tandis que l'administration du lait aigri ordinaire n'avait exercé aucune influence sur la pression artérielle, sous le régime du lait, ensemencé avec les microbeslactiques, cette pression a diminué chez les quatre artérioscléreux, bien que cette di min u lion soit faible, « Dans l'impossibilité de l'attribuer à un simple hasard, une diminution de la pression sanguine, même des plus insignifiantes, doit être considérée comme résultat favorable » (p. 21).
11 serait intéressant démultiplier les recherches dans cette voie et ceci d'autant plus que certaines recherches expérimentales indiquent une influence défavorable de l'acide lactique sur le système vasculaire. Ainsi Loeper (1) a obtenu chez des lapins, auxquels il administrait une certaine quantité d'acide lactique pur, des lésions athéromateuses de l'aorte. U est vrai que, dans ces expériences qui sont devenues à la mode après la belle découverte de Josué, un si grand nombre de substances provoquent l'athérome de l'aorte chez le lapin, qu'on hésite à en faire des déductions pratiques. 11 s'est précisément trouvé que, tandis qu'il est si facile de produire ces lésions expérimentales avec une quantité de substances, c'est justement l'alcool qui s'est montré incapable de les provoquer. Si on se plaçait au point de vue de ces expériences sur les lapins, il faudrait conclure que le régime alcoolique est bon, tandis que le régime du lait aigri est au contraire funeste. Inutile d'insister sur l'impossibilité de souscrire à une pareille conclusion, diamétralement opposée à tout ce que l'on sait sur l'homme. Il faut donc reconnaître quelque tare dans les expériences et les mener par une autre voie.
Les lapins ont fourni dans les recherches de Charrin (2) un argument sur le danger du régime du lait aigri. Dans ses expériences, l'acide lactique à la dose de 2 à 4 grammes tous les deux ou quatre jouis, provoque chez les lapins au bout de deux à trois semaines des hémorragies intrarénales et de la destruction intralobulaire du foie. Cohendy (3) a déjà répondu à cette critique qui démontre une fois de plus à quel point il faut être circonspect dans l»is conclusions d'une espèce animale à une autre. Appliquant le résultat des expériences sur les lapins à l'espèce humaine, il faudrait conclure que l'homme est extraordinairement sensible à contracter le choléra des poules, qu'il est absolument rét'rae taii e à la
(1) Archives des maladies du cœur, etc., 1908, n° 1. p. 52.
(2) Comptes rendus de V Académie des Sciences, 1905, )». 1069.
(:!) Archives des maladie* de l'appareil digestif et de in nutrition, septembre L907.