‹ Médicaments microbiens (volume 2)Chapitre 30 sur 185 · IMMUNITÉ ET RÉCEPTIVITÉ VACCINALES · texte numérisé non relu

IMMUNITÉ ET RÉCEPTIVITÉ VACCINALES

La mémo expérience a été répétée pour déterminer à quelle date le sujet vacciné se montre réfractaire à la vaccine. La deuxième vaccination vaccination d'épreuve) réussit bien chez Tentant jusqu'au sixième jour (Comité central), au cinquième (Bousquet), au huitième (Layet) ou au neuvième (Trousseau). Ces dates sont évidemment un peu variables suivant les sujets; les résultats sont également susceptibles d'interprétations différentes, car les dernières inoculations positives (à partir du sixième jour) se dénaturent de plus en plus, jusqu'à devenir presque méconnaissables (Trousseau). En tout cas, c'est au plus tard au neuvième jour que l'immunité est acquise contre la vaccine, — à peu près à la même date où elle est acquise contre la variole. Cette immunité, antivariolique et antivaccinale, comment se produit-elle? question passionnante sans doute, mais qu'il est actuellement impossible de résoudre, aussi longtemps que nous échappe le virus du vaccin. Qu'il s'agisse d'une « vaccination active », dans le sens moderne du mot, le fait n'est pas douteux; c'est ce que démontrent entre autres l'apparition relativement tardive et la persistance de l'immunité. A cela, ou à peu près, se réduisent nos connaissances sur son mécanisme intime. On sait en outre, que le sérum de veaux vaccinés, prélevé dix à cinquante jours après la vaccination, et inoculé en grande quantité à des animaux sains, immunise immédiatement ces derniers contre la vaccine (Béclère- Chambon-Ménard, Kramer, Boyce) ; il y a donc dans le sérum, en petite quantité et temporairement, des substances antivirulentes, fort analogues aux substances actives des sérums thérapeutiques. Constatations certes fort intéressantes, mais qui prendront leur véritable signification seulement le jour où l'agent animé du vaccin dous sera dévoilé.

La réceptivité est l'état inverse de l'immunité : tout organisme qui n'est pas immunisé est réceptif à la vaccine; l'une gagné toujours ce que l'autre perd, et inversement. Dans la pratique d'ailleurs, les faits sont moins schématiques : c'est peu à peu qu'à la suite de la vaccination, la réceptivité diminue et l'immunité augmente; c'est peu à peu surtout, durant des années probablement, qu'à la longue la première réapparaît pendant que la seconde s'éteint.

Toutes ces observations concernent l'espèce humaine, qui naturellement nous intéresse le plus; c'est dès la naissance (comme le montra Husson en vaccinant son fils à l'âge de une heure), même plus tôt, sitôt que l'enfant est viable, chez le' fœtus de sept mois (l)ubiquet) qu'apparaît la réceptivité. Elle persiste dans la suite, à peu près universelle dans le jeune -Vue, certainement moindre à

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L'homme n'est pas seul à contracter la vaccine. Sous d'autres noms, la même aiïection peut atteindre bien d'autres espèces animales ; c'est le horse-pox chez le cheval, le cow-pox chez la vache, etc. De toutes les espèces, l'animal le plus sensible est le cheval (Nocard et Leclainchej, car on a rencontré assez souvent chez lui des épidémies spontanées de horse-pox, indépendantes de toute intervention extérieure (en particulier du pansage) ; il est aussi le seul animal chez qui on puisse facilement reproduire la vaccine généralisée par inoculation intraveineuse, plus rarement par inoculation sous-cutanée (Ghauveau). La vache est également fort sensible ; à maintes reprises on a signalé des épidémies de cow-pox, généralement localisé à la mamelle ou aux trayons et n'intéressant que les bètes soumises à la mulsion, ce qui rend bien vraisemblable l'hypothèse que ce cow-pox a été transmis par les mains des vachères : ce seraient donc des inoculations accidentelles, non des cas de contagion naturelle. Ces épidémies de cow-pox prennent-elles leur point de départ dans le cow-pox sporadique (cow-pox primitif), viennent-elles du horse-pox, ou enfin ont-elles été importées par une vachère récemment vaccinée, comme il semble s'être produit dans certaines observations d'Osiander, Koch, etc. ? Question délicate, et d'importance pratique secondaire pour nous. Des enzooties vaccinales ont été signalées également chez le chameau (Masson) et chez le buffle (Oreste et Sabbatini), ce qui fait supposer pour ces deux espèces une grande réceptivité. D'ailleurs le bufflon est actuellement utilisé à Saigon, depuis Calmette, pour la production du vaccin animal. Le lapin (Bard et Leclerc, Calmette et Guérin), le cobaye (Benoit et Roussel), le rat blanc (Hehns), l'âne (Valentin), le porc (Viborg), la chèvre (Hervieux), le chien (Ilamon), le lama (Biffi etRibeyro , etc., sont également susceptibles de présenter un vaccin plus ou moins typique.

Vaccination et revaccinations. — On vaccine presque toujours aujourd'hui avec la pulpe vaccinale glycérinée d'origine animale. Ce produit peut être inoculé de diverses manières; par grattage (ancien procédé de Morlanne, repris par Raffinesque et Masson), par injection sous-cutanée (Bourgeois, Nobl); on a presque toujours recours à la piqûre ou à la scarification. Celle dernière est préférable, surtout avec la pulpe glycérinée, qui, visqueuse, el pénétrant mal en profondeur, exige une grande surface d'absorption; pour les revaccinations, les scarifications sont indispensables : elles peuvent donner sepl fois plus de succès (pie les piqûres ( Yaillard).

Le manuel opératoire es! simple. On l'ail généralement trois

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scarifications, distantes de 3 à 4 centimètres lune de l'autre, au V deltoïdien chez l'homme, à la racine rie l'épaule ou plutôt à la face externe de la cuisse ou du mollet chez la femme. L'opérateur stérilise les instruments, se lave les mains, lave ensuite la région (à l'eau bouillie et au savon: surtout, pas d'antiseptique). L'instrument est chargé de vaccin ; l'opérateur tend la peau entre le pouce et l'index gauche, pratique des scarifications légères, simples érailiures épidermiques, — on ne doit pas voir le sang — de 2 millimètres de long, et couvre chacune d'elles du vaccin qu'il vient de prélever. L'opéré attend quelques minutes avant de revêtir ses habits. Si l'inoculation est faite au membre inférieur, il est utile de la recouvrir d'un léger pansement aseptique.

Comme instrument d'inoculation, on peut employer pour les piqûres de simples aiguilles. Pour les scarifications, on utilise en général, soit la lancette, soit plutôt le vaccinostyle individuel (vaccinostyle de Maréchal). Son prix peu élevé permet d'utiliser un vaccinostyle par sujet, de le jeter ensuite ou tout au moins de le stériliser pour des séances ultérieures; on évite ainsi tout danger de contamination d'origine humaine.

La vérification — c'est-à-dire la constatation des résultats — est généralement faite après une semaine. 11 vaudrait mieux la faire deux fois, au cinquième et au huitième jour, car le seul examen au septième jour risque de laisser échapper les vaccinoïdes.

Essentiellement bénigne, la vaccination ne comporte aucune contre-indication sérieuse. En temps d'épidémie, il faut vacciner ou revacciner tout le monde, sans exception. On a soutenu, il est vrai (Hillief et Barthez, Le Gendre), que parfois la vaccine aggrave la variole (1); bien plus souvent elle l'atténue, ou n'a aucune action sur elle. En tout cas, le risque exceptionnel qu'elle peut faire courir à l'individu ne compense pas, à beaucoup près, la sécurité qu'elle confère à la collectivité; la conviction générale est d'ailleurs bien assise sur ce point, il est inutile d'y insister.

En temps normal, hors des épidémies, la première vaccination peut être faite dès les premiers jours de la vie sans inconvénients; c'esl d'ailleurs la pratique ordinaire de L'Assistance Publique. Toutebis on peul s'abstenir de vacciner avant six mois ou un an, tes enfants débiles ou malingres, fort sensibles aux troubles les plus

(1) Devanl la pathologie générale, cette exaspération de La variole par le vaccin peul s'expli ner, si 1 1 vaccine n'est qu'une variole atténuée. I. inoculation vaccinale serait, dans i e cas, suivie d'une phase négative (comme (a plupart des vaccination actives), phase pendant laquelle le sujel inoculé se trouve plus réceptif à l'égard de la maladi ■ contre laquelle on l'immunise. Cette phase négative ne peut durer que quelques jours*

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légers. D'autre part, suivant Layet, la vaccination des nouveau-nés ne « tient pas », car les re vaccinations réussiraient chez eux après quelques mois; et Baginsky (1) avance que l'érysipèle et l'infection purulente sont plus fréquents dans les premiers jours de la vie. Comme la variole est rare au-dessous de six mois, on peut attendre à cet âge pour vacciner, sans inconvénient sérieux.

Plus tard, il y a lieu de revacciner. Tout individu a intérêt à se maintenir constamment en état d'immunité vaccinale, et le même intérêt guide la collectivité. Or la pratique a montré que l'immunité dure en moyenne dix ans (dans nos climats); il faudra donc revacciner à la période scolaire, vers la onzième année, et plus tard vers la vingt et unième année. Ce sont là les époques mêmes fixées par la loi dans la plupart des pays qui se sont imposé l'obligation de la vaccine. On peut faire plus et mieux cependant, car ces chiffres ne reposent que sur des moyennes ; il est préférable de revacciner tous les cinq ou six ans. Si la vaccine échoue, ou se présente comme vaccinoïde; il est bon dans tous les cas de répéter l'opération jusqu'à réussite complète, ou jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucune réaction cutanée : c'est la vaccinisation, ou saturation vaccinale, appliquée en fait dans l'armée.

Seules les affections cutanées, l'eczéma surtout, peuvent temporairement conlre-indiquer les vaccinations; car elles exposent d'une part aux poussées de dermatoses, d'autre part aux éruptions vaccinales et à la vaccine généralisée. Bien entendu, en temps d'épidémie, cette contre-indication n'est pas maintenue; on se contentera alors, chez de tels sujets, de pratiquer une ou deux scarifications, en les entourant d'un pansement protecteur (Guéniot, Longet, etc.).

Signalons l'action thérapeutique spéciale du vaccin sur les nœvi : implantée sur ces derniers, la pustule vaccinale peut les faire disparaître, en leur substituant une cicatrice. Faute de mieux vil y a mieux aujourd'hui), ce traitement peut être appliqué sans aucun inconvénient.

Produits vaccinogènes. Conservation, purification, contrôle et régénération du vaccin. — L'animal vaccinifère, d'ordinaire la génisse, inoculé avec du vaccin, présente une pustule vaccinale très analogue à la pustule humaine. C'est le contenu de celle pustule qui est généralement employé aujourd'hui. (Poulies détails, \oir plus loin. Pratiquede la vaccination animale.)

On peut vacciner de pin a brast c'est-à-dire prélever le virus vaccinal

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