IMMUNISATION CONTRE LE POISON TÉTANIQUE
pour cela que, chez les animaux de laboratoire (souris, cobaye, lapin), la contracture apparaît d'abord dans la région où l'injection a été pratiquée. Mais chez l'homme et le cheval il n'en est pas ainsi. Le tétanos de l'homme commence toujours par le trismus et la dysphagie, quel que soit le point de la culture microbienne; celui du cheval débute par le corps clignotant pour atteindre les muscles de la mastication et de la déglutition. Chez ces êtres, les cellules des centres correspondant aux muscles contractures en premier lieu sont, plus que d'autres, douées d'une sensibilité élective pour la toxine circulant dans le sang.
Immunisation des animaux contre le poison tétanique. — Une première atteinte de tétanos ne confère pas l'immunité. Mais il est facile d'immuniser les animaux contre l'action du poison et de leur en injecter sans dommage des doses considérables. On y parvient à l'aide de procédés différents qui consistent à injecter d'abord de la toxine modifiée par le chauffage ou un agent chimique, puis à renforcer la résistance obtenue au moyen de doses progressivement croissantes de toxine active.
Pourquoi le poison n'a-t-il pas d'effet sur l'animal ainsi préparé? A cette question qui se posait à leur esprit, Behring et Kitasato ont répondu par l'hypothèse suivante, aussitôt étayée sur des expériences célèbres : il existe dans les tissus de l'animal immunisé une substance qui détruit le poison à mesure de sa pénétration (décembre 1900). On doit de la reconnaissance aux savants dont les recherches sur b's deux maladies toxiques par excellence, le tétanos et la diphtérie, ont abouti à une découverte aussi mémorable qui a orienté la science vers les propriétés acquises par le sérum des animaux immunisés et fondé la sérothérapie.
Le sérum antitétanique est le sérum d'un cheval immunisé contre la toxine provenant des cultures du bacille en bouillon peptonisé. Pour l'immunisation on recourt d'abord à l'injection de doses progressivement croissantes de toxine plus ou moins modifiée par le mélange avec une solution iodo-iodurée (liquide de Gram). Lorsque le sang de ranimai est devenu anfitoxique, et dans le but de renforcer l'immunisation obtenue, on lui injecte de la toxine pure, en commençant par des doses faibles (I centimètre cube), pour arriver graduellement a introduire d'un seul coup dans les \eines 350 centimètres cubes d'une toxine donl deux gouttes suffisent à hier un cheval vigoureux. A ce moment, on peut obtenir un sérum d'une activité telle que 1/100000 de centimètre cube au minimum neutralise in vitro 100 doses mortelles de toxine; tel «isi le titre de celui que délivre l'Institut Pasteur de Paris: Pour maintenir au sérum Médlci mlcroBieilfli *4
210 L. VAILLARD. — SÉROTHÉRAPIE ANTITÉTANIQUE.
toute son activité, il est nécessaire de renouveler périodiquement les injections de toxine aux animaux qui le fournissent; non seulement on empêche ainsi l'affaiblissement de son pouvoir antitoxique, mais on l'accroît en proportion des quantités de poison injectées.
Propriétés du sérum antitétanique. — Ses propriétés se manifestent par des faits faciles à vérifier. Si on mélange parties égales de sérum et d'une toxine mortelle pour les cobayes à la dose de 0CC,003, on peut injecter impunémentàces animaux des volumes du mélange contenant 2, 3, 5 centimètres cubes de la toxine si active. L'action s'exerce aussi bien dans l'organisme vivant que dans le verre à expérience. L'injection d'une petite quantité de ce sérum à un animal sensible, si elle est faite quelques heures avant l'inoculation de la toxine, lui permet de résister à une dose de poison sûrement mortelle. On obtient des sérums qui immunisent ainsi à des doses infinitésimales : un dix millionième de centimètre cube. Une si minime proportion n'est préventive que pour une quantité déterminée de toxine; elle serait insuffisante pour une dose plus grande. iMais en augmentant le volume du sérum injecté proportionnellement à celui de la toxine, on peut rendre les animaux insensibles à des masses de poison tétanique. Le sérum confère donc une immunité véritable, immédiatement acquise et proportionnelle à la dose injectée ; toutefois cette immunité n'est pas durable et diminue rapidement, quelle que soit la quantité injectée.
Comment se forme cette substance nouvelle, V antitoxine, qui apparaît dans le sang des animaux immunisés après l'injection de grandes quantités de toxine? Cette question a donné lieu à de nombreuses controverses (1). Étant donnée la grande sensibilité des phagocytes à l'égard des toxines microbiennes et leur intervention démontrée dans la lutte de l'organisme contre les poisons, MetchnikofF a été conduit à soutenir le rôle probable de ces éléments cellulaires dans la production des antitoxines; rien jusqu'ici n'est venu contredire scientifiquement cette conception.
Nature de l'antitoxine. Son mode d'action. — L'antitoxine n'a pu être isolée à l'état de corps détini et sa nature exacte reste encore ignorée. C'est une substance non crislallisable, intimement adhérente aux matières albuminôïdes du sérum, précipitable avec les globulines et se distinguant en général par une assez grande résistance aux influences physiques ou chimiques ; elle résiste aux températures qui détruisent les cytaseset n'est altérée qu'au delà de 60-65°. Obtenue à l'étal sec par évaporation du sérum el maintenue à l'abri <le la
(l) Voir Mktchnihofp, L'immunité dans les maladies infectieuses, 1901, i». 393 el sul vantes