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NATURE DE L'ANTITOXINE, SON MODE D'ACTION

Lumière et de l'air, elle se conserve pendant très longtemps sans s'affaiblir d'une manière notable.

Comment l'antitoxine agit-tille sur le poison tétanique? Behring et Kitasato avaient pensé que «le sang des animaux immunisés possédait la propriété de détruire la toxine »; les expériences semblaient en effet montrer que tout se passe comme si les deux corps se détruisaient mutuellement. Cette hypothèse était bientôt contestée. Tizzoni, le premier, signale des contradictions difficiles à concevoir. Buchner montre ensuite que, à doses égales, un mélange de sérum et de poison tétanique, inoffensif pour la souris, ne l'est plus pour le cobaye; il restail donc dans le mélange une quantité de toxine libre que révélait la sensibilité plus grande du cobaye. Par des expériences plus décisives, Roux démontre ensuite que dans le mélange toxine -f- sérum les deux substances conservent leurs propriétés spéciales; la toxine tétanique ou diphtérique n'est pas détruite. Ce mélange, en effet, est certainement inoffensif pour les cobayes neufs, c'est-à-dire n'ayant subi l'action d'aucun microbe ou produit microbien ; mais lorsqu'on l'injecte à des cobayes soumis antérieurement à l'inoculation de cultures diverses fprodigiosus, streptocoque de la gourme, vibrion cholérique, colibacille, etc.), ces animaux succombent avec les symptômes et les lésions de l'intoxication diphtérique ou tétanique. Si les cobayes neufs résistent à l'inoculation du mélange, ce n'est donc pas que la toxine y avait été détruite. Dans une autre série d'expériences non moins suggestives, Roux injecte à des cobayes une quantité de sérum antitétanique « capable de les immuniser des milliers de fois », et, peu de temps après, une dose mortelle de toxine tétanique: les témoins restent indemnes; les animait c que Von soumet ensuite à l'action des produits d'autres microbes contractent le tétanos. Les mêmes faits étaient reproduits avec la toxine diphtérique et le sérum antidiphtérique. Le poison inoculé n'avait donc pas été réellement détruit par l'antitoxine circulant dans les humeurs de l'animal, puisqu'il a suffi d'impressionner l'organisme de ce dernier par certaine- substances microbiennes pourmettre lepoison en évidence. Cette importante notion sera à retenir. L'expérience suivante de Cal mette inspirée par Roux n'est pas moins probante ; elle porte sur le venin des serpents el le sérum antivenimeux. Par le chauffage à <'.S",ce sérum perd tout pouvoir antitoxique, tandisque le venin résiste h cette température. Si on mélange in vitro une proportion déterminée de- deux substances el qu'on les chauffe ensuite à 68° pendant trente minutes, l'injection de ce mélange chauffé tue les animaux comme L'inoculation du venin seul, mais avec un retard notable. De cet ensemble de faits expérimentaux, Roux a conclu que L'action

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de l'antitoxine sur la toxine ne se réduisait pas à une destruction de cette dernière (1); mais, ajoutait-il, la manifestation de l'action toxique du venin après le chauffage de son mélange avec l'antitoxine peut se concilier avec ridée que la combinaison entre les deux substances, si elle se produit, doit être bien instable. Les faits ultérieurs ont démontré la justesse de cette conception : expériences de Wassermann sur la toxine pyocyanique ;de Morgenroth sur le venin des serpents ; de Calmette et Massol (2) établissant qu'il est possible de dissocier la combinaison sérum H- venin et même de la reconstituer au moins partiellement. 11 n'est plus douteux aujourd'hui que si l'antitoxine se combine avec la toxine dans une sorte d'action chimique pour former une substance inoffensive, cette combinaison est essentiellement instable ; elle peut être dissociée par diverses influences dont quelques-unes nous sont connues et agissent dans l'organisme lui-même. Ces vues sur des phénomènes d'ordre complexe (3) engagent tout au moins à accorder une part aux conditions particulières de l'animal vivant, et, à ce titre, ne manquent pas d'intérêt pour interpréter les faits de la pratique. L'antitoxine agitelle encore sur les cellules en leur imprimant une stimulation qui les rend capables de résister à l'action du poison? c'est l'opinion exprimée par Roux. Quelle que soit l'interprétation donnée au mode d'action de l'antitoxine, ses effets demeurent certains : le sérum des chevaux immunisés contre le tétanos rend la toxine inoffensive ; il confère aux animaux qui le reçoivent une immunité réelle contre ce poison.

Durée de l'immunité conférée par le sérum. — Cette immunité est immédiatement acquise après l'absorption du sérum injecté : trente minutes après l'introduction d'une faible dose de sérum dans le péritoine d'un cobaye, le sang de l'animal est devenu antitoxique. Mais l'immunité, si prompte à se produire, n'est point durable; elle diminue rapidement, quelle que soit la dose de sérum injectée et, chez les animaux de laboratoire, disparait dans un délai qui peut varier de quinze ou vingt jours à quatre et cinq semaines. Chez l'homme, la durée de cette immunité serait peut-être plus courte. Dehne et Hamburger (4) ont recherché ce que devienl une antitoxine d'espèce étrangère (antitoxine tétanique) introduite dans l'organisme humain. Quatre expériences pratiquées sur des médecins

(!) Roux, Annales Institut Pasteur, 189 i. p. 724.

(2) Calmette et Massol, Relations entre le venin de cobra el son antitoxine [Ann. Institut Pasteur. 1907).

('.() Pour plus de détails, voir Metchnikoff, De l'immunité, chapitre XII.

(4) Dehne et Hambchgrr, Wiener klin. W'och., 1907:— Analyse in Bulletin d> l'institut Pasteur, octobre 1907;

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