THÉORIE DES AUTO-INTOXICATIONS INTESTINALES
les expériences de Falloise sont incapables de justifier ses conclusions et sa prétention de renverser les idées courantes sur les auto-intoxications intestinales.
Cybulski et Tarchanoff (1) se sont déjà prononcés contre les conclusions paradoxales de Falloise. Bien qu’ayant confirmé la plus grande toxicité du contenu de l'intestin grêle par rapport à celle du contenu du gros inleslin, ils n’acceptent pas la thèse de l'identité des poisons des deux parties du tube digestif. D’après leurs expériences, la forte toxicité du contenu de l’intestin grêle est due principalement au suc pancréatique dont l’injection dans les veines en quantité suffisante est capable d’amener la mort au bout de deux à trois minutes. Le suc pancréatique putréfié serait encore plus toxique, démontrant ainsi le rôle nuisible de la putréfaction. Or, comme le suc pancréatique n’arrive pas dans le gins intestin ou n’y passe qu’en très faible quantité, il est tout naturel de voir l’abaissement de la loxici.é du conlenu du gros intestin.
A la fin de. leur mémoire, Cybulski et Tarchanoff insistent sur l’inconvénient de la méthode qui consiste à injecter le contenu intestinal dans la circulation des animaux d’expérience. « Malgré tous les soins avec lesquels on exécute la filtration des extraits (des contenus intestinaux), on les obtient toujours sous forme de liquide trouble.... Les symptômes que l’on observe à la suite de leur injection peuvent être dus, non seulement à des effets d’intoxication, mais aussi à des embolies que l’on provoque dans les vaisseaux des différents organes. Outre cela, la lenteur avec laquelle se fait la filtration de ces extraits du contenu de l’intestin et l’impossibilité d’y appliquer le filtre Chamberland-Pasteur, amènent la décomposition de ces extraits, ce qui complique encore la question » (p. 200).
Somme toute, les méthodes, employées jusqu’à présent dans l’étude du mécanisme intime des auto-intoxications, sont incapables de résoudre le problème d’une façon suffisante. La meilleure preuve en est fournie par les expériences de Falloise sur la toxicité des extraits de matières fécales des nourrissons. « La dose toxique mortelle est ici beaucoup moins élevée que pour les extraits aqueux des matières fécales d’adulte, c'est-à-dire que la Loxicité est beaucoup plus forte » (p. 179). « Le fait est intéressant — conclut Falloise — parce que, dans les fèces de nourrissons les produits de putréfaction sont extiêmcneiit peu abondants » (ibid.). 11 s’agit, dans ces expériences, d'un « nourrisson sain, âgé de six mois, et nourri exclusivement au lait maternel » (ibid.). On sait que ce sont là les
(1) Archives internationales de physiologie, novembre 1907, p, 257.
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meilleures conditions pour éviter l’aulo-intoxication intestinale. Si donc les extraits des matières fécules d’un pareil enfant, injectés dans les veines des animaux (lapins et chiens), se sont montrés très toxiques, cela prouve seulement que celle méthode expérimenlale est absolument incapable de renseigner sur les poisons qui jouent un rôle dans les aulo-inloxicalions.
Koren tche vsky (I) a démontré l’inexactitude des résultats obtenus par Falloise et les auteurs fi ançais au sujet de la plus grande toxicité du contenu de l’intestin grêle par rapport à celle du gros intestin. Mais, même en admettant cette thèse, il n’y aurait qu'à conclure que la toxicité du contenu de l’intestin grêle, provenant des sucdigestifs et des produits de la digestion normale, ne pouvant pas être combattue, il faut diriger tout l'effort pour combattre la toxicité du contenu du gros intestin, comme d’origine microbienne.
Du reste, toute cette polémique a perdu beaucoup de son intérêt depuis qu’il a été démontré que certains produits de la putréfaction intestinale occasionnent des troubles de la santé de la plus haute importance.
J’ai constaté (2) d’abord que le paracrésol, un des produits microbiens élaborés dans le gros intestin, provoque chez les animaux de laboratoire la sclérose de l’aorte et des altérations chroniques dans le cerveau, le foie et les reins. Ce résultat a été étendu par Okoubosur l’indol. Tout récemment Dratchinski a démontré que l’indol occasionne à la longue des lésions importantes des artères, ainsi que la néphrite interstitielle et la cirrhose du foie.
Le doute ne peut donc plus être maintenu. Le tube digestif et surtout le gros intestin constituent une source constante dautointoxication par des produitsde laputréfaction d’origine microbienne.