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III. — Premiers essais de bactériothérapie des maladies

intestinales.

Si l'humanité souffrante et les médecins qui cherchent à la soulager devaient attendre, avant d’entreprendre quelques mesures pratiques, que les savants aient résolu les problèmes médicaux d une façon définitive et qu’ils se soient entendus entre eux, la thérapeutique se trouverait dans un état encore plus imparfait qu’elle ne 1 est aujourd’hui. Aussi depuis longtemps a-t-on cherché toutes sortes de remèdes contre les maladies du lube digestif en général, et contre

(1) Con tribu lion h la théorie de Paulo- intoxication gastro-intestinale. Moscou. 1909 (en russe).

(2) Annales fie l'Institut Pasteur , 1910, p. 75o.

PREMIERS ESSAIS DE BACTÉRIOTIlERAPIE.

les intoxications d’origine intestinale en particulier. L’arsenal des médicaments et des mesures hygiéniques pour guérir la constipation, la diarrhée et le ballonnement du ventre, ces symptômes principaux des maladies intestinales, est vraiment colossal. Le succès de cette thérapeutique laissant souvent beaucoup à désirer, il a été tout naturel de chercher quelque autre voie pour remédier au mal.

L’idée que, dans les maladies du tube digestif, les microbes intestinaux doivent avoir leur part importante, a suggéré des tentatives pour empêcher ou guérir ces affections à l’aide des microbes bienfaisants. L’auteur des premiers travaux systématiques surla flore intestinale de l’enfant, Escherich (1), a attiré l’attention sur les fermentations acides comme antagonistes des putréfactions ou « fermentations alcalines ». Pour combattre ces dernières, il a proposé d’administrer des substances hydrocarbonées, telles que le lactose, ou d 'ajouter à la nourriture des cultures île microbe* produisant des acides. Celle idée a dû germer dans plusieurs cerveaux d’une façon indépendante, car nous la voyons développée dans toute une série de mémoires de différents auteurs.

A l’occasion de nos recherches sur le choléra, nous avons été amené à admettre le rôle favorisant de certains microbes de la flore du tube digestif sur le vibrion cholérique. Guidé par celte idée, nous avons réussi à produire le choléra expérimental chez des petits lapins, nourris au sein, en associant le vibrion de Koch avec des microbes de la flore stomacale, tels que sarcines et torulas. Mais, tandis que ces lapins, dont la flore intestinale était réduite au plus haut degré, prenaient si facilement le choléra mortel, les lapins plus âgés, se nourrissant avec des aliments végétaux, accusaient une immunité des plus prononcées. Ce fait nous a suggéré la supposition que la cause de cette résistance si remarquable devait être cherchée dans les microbes de la flore abondante des lapins, dont quelques éléments doivent posséder le pouvoir d’empècher l’action pathogène du vibrion cholérique. Des expériences, entreprises dans celte voie, nous ont démontré (2) qu’un certain microbe, liquéfiant très fortement la gélatine, est réellement capable de s'opposer à la pullulation du vibrion et de protéger les petits lapins contre le choléra. C’était, je crois, le premier essai, bien imparfait il est vrai, de baclériolhérapie prophylactique.

Dans la pratique pédiatrique, l’idée de baclériothérapie a été

(1) Therapeulische Monatsliefte, octobre 1887.

(2) Annales de llnslitut Pasteur, 1901, p. 579.

Ifi MET CU NI KO FF. — BA.CTÉIUOTHÉRAPIB INTESTINALE.

nettement exprimée par de Juger, en 1 808, ainsi que cela résulte du passage suivant de son ouvrage (t) : « Les fermentations anormales, de nature primaire ou secondaire, ne peuvent point être combattues avec la nourriture stérile. 11 y a pour cia deux moyens que nous enseigne la bactériologie : changement du milieu nutritif ou bien inoculation avec une espece bactérienne inoffensive. » En poursuivant la seconde voie, de Jager donnait aux nourrissons avec la nourriture une grande quantité de microbes vivants, sous forme de petit-lait.

Dans le courant de la même année 1898, le célèbre clinicien allemand Quincke (2) a exprimé une idée analogue à l'occasion de la discussion du problème des auto-intoxications intestinales au Congrès de Wiesbaden. « Puisque l’antisepsie intestinale a une base si fragile, il a été naturel de penser à quelque autre moyen pour influencer les décompositions bactériennes dans l'intestin, et il m’est venu l’idée de chasser une mauvaise herbe à laide d'une autre. Un devait prendre pour point de départ l'antagonisme de divers microbes, tel qu’on l'observe dans les cultures snr les milieux artificiels. » Dans ce but, Quincke s’est adressé à la levure de bière, et a constaté que « l’emploi thérapeutique des levures est très souvent efficace contre les diarrhées aiguës et chroniques. Le même remède a été souvent utile aussi dans des dyspepsies intestinales qui se manifestent, non pas par des diarrhées, mais par d autres troubles qui peuvent être révélés par une considérable augmentation de l’indoxyl dans les urines. Dans la plus grande majorité des cas, on réussit, par l'administration des levures, à diminuer notable ment la quantité de l’indoxyl urinaire, ou même à la réduire à son taux normal ». Quincke propose l’emploi d’autres microorganismes dans le même but et ajoute que l 'Oïdium hct>s s'est montré eflicace dans les diarrhées aiguës et parait même agir favorablement dans le choléra asiatique.

Le Dr Roos (3) s’est inspiré de la même idée d’employer les levures contre les maladies du tube digestif, et notamment contre la constipation. Il en a administré à une vingtaine de malades, parmi lesquels quatre seulement se sont montrés réfractaires à l'action laxative de ces microorganismes. Dans 1 intention d établir si cet effet de la levure est dû à son pouvoir fermentescible, Roos donnait à quelques-uns de ses patients de la levure sèche, stérilisée jusqu’à 130°. Le résultat a été contraire à la prévision. « Parmi

(1) Die Verdauung ‘u. Assimilation d. gesunden Sauglings, etc. Berlin, 189S, p. 193.

(2) Verhandlungcn des Congresscs f. innere Medicin, 189$, p. 193.

(3) Münchencr tnedic. Woc/ienschr., 1900, p. 14SL.

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