PRÉVENTION DU TÉTANOS CHEZ L’HOMME
en des points différents, la toxine et le sérum, il se produit toujours un tétanos local; à plus forte raison, lorsque le sérum est injecté après la toxine, ce qui était le cas du serviteur de Behring. L incidence dont lteynier tire un argument démesuré n'est que le résultat obligé des phénomènes biologiques.
En définitive, le tétanos s’est déclaré 11 fois malgré le sérum ; pour 6 des blessés, l’injection n’avait été que de 10 centimètres cubes. C'est un chiffre d’insuccès bien minime, si on le compare aux milliers d’injections préventives pratiquées depuis 1890 dans tous les pays; il n’est pas de méthodes prophylactiques, même parmi les plus sûres et les mieux établies, qui ne puissent admettre de pareils aléas.
3° Les conditions qui permettent la prophylaxie du tétanos en médecine vétérinaire ne sont pas réalisables en médecine humaine. — Opposant les résultats obtenus en vétérinaire aux échecs signalés chez l’homme, Reynier croit expliquer cette contradiction par ce fait que, sur les animaux, le sérum est injecté avant une intervention opératoire, tandis qu’en médecine humaine le sérum intervient toujours plusieurs heures après le traumatisme, c’est-à-dire trop tard. « Évidemment, dit-il, si on pouvait, en même temps que la plaie se produit, faire l’injection de sérum, nous aurions une garantie réelle. Mais c’est trois ou quatre heures, quelquefois vingt-quatre heures après qu’on peut dans nos hôpitaux pratiquer cette injection. Scientifiquement ne soyons donc pas étonnés que, malgré ces injections, faites dans de pareilles conditions, le tétanos puisse se déclarer encore assez souvent (1). »
Cette argumentation semble supposer que, dès le moment précis où des spores tétaniques ont accès dans une plaie, commence aussitôt la sécrétion de la toxine qui produira la maladie. 11 n’en est rien : il faut d’abord que les spores germent, deviennent bâtonnets et que ceux-ci se multiplient; alors seulement la toxine est élaborée dans la plaie, puis absorbée. Ces diverses phases nécessitent un laps de temps qui se compte par plusieurs jours si on en juge parle délai habiluellementécoulé entre le traumatisme et l’apparition du tétanos : les cas les plus fréquents se groupent du sixième au douzième jour ; peu nombreux sont les faits où le tétanos éclate le deuxième et même le troisième jour après la blessure. Si donc le sérum est injecté quelques heures, et même vingt-quatre heures après le traumatisme, on a toutes les chances possibles de faire circuler l’antitoxine dans le sang, bien avant que la toxine y pénètre; et dès
(I) RgYKiF.it, Société (le Chirurgie , 1907, p. 390.
On?. ].. VAtLLATiD. — SÉ ROTIlff: tt APTE A NTITft T A NIQTÎ E.
lors la prophylaxie est réalisable, comme chez les cobayes expérimentalement infectés.
J) ailleurs, la prophylaxie en vétérinaire ne vise pas seulement les inlerventionsopératoires ; elle s’adresse aussi, et avec le même succès aux traumatismes accidentels, aux plaies de rue surtout, et ces dernières circonstances son! exactement celles de la pratique humaine.
1,'objccLion ne repose donc sur aucun fondement. Les conditions de l’application du sérum sont identiques en médecine vétérinaire et en médecine humaine : ce que l’une obtient, l’autre peut aussi bien l’obtenir.
4° Le sérum serait moins actif sur l'homme que sur le cheval. — Delbet (l) a émis l’opinion que, du fait de sa provenance équine, le sérum antitétanique devait agir moins sûrement sur l'homme que sur le cheval. On peut concevoir, en effet, que ce sérum constitue comme un corps étranger dans l'organisme humain, et, à ce litre, soit plus rapidement éliminé ou détruit que dans le corps de l’espèce animale à laquelle il est emprunté. .Mais l'essentiel est de savoir si l’antitoxine du sérum persiste dans le sang «le l’homme avec ses attributs et pendant un temps suffisant pour produire les effets qu’on attend. Le fait est indubitable après les expériences de Dehne et Hamburger. Dès lors, il n'existe aucun motif de croire que cette antitoxine actionnera moins bien le poison tétanique dans les humeurs de l’homme que dans celles du cheval. Ne sait-on pas d’ailleurs que le sérum antitétanique produit exactement les mêmes effets chez le cheval, le mulet, le bœuf, le mouton, la chèvre, le porc et les petits animaux de laboratoire. Rien donc n’autorise à admettre que, du fait de son transport à l’homme, le sérum peut perdre une partie de son efficacité.
Depuis les discussions envisagées ci-dessus, aucun fait nouveau ne s’est produit qui puisse porter atteinte à la valeur des injections préventives de sérum dans la prophylaxie du tétanos. Rien au eon- I raire, les preuves de leur incontestable efficacité se sont multipliées : nous nous bornerons à relater les suivantes.
La célébration anniversaire delà proclamation de l’Indépendance aux Etats-Unis (4 juillet) est toujours la cause occasionnelle d'un nombre considérable de traumatismes par armes à feu. Chaque année, les feuilles publiques enregistrent plusieurs milliers d'accidents (plus de :i 000) qui provoquent une véritable épidémie de tétanos. L’enquête poursuivie à ce sujet par le Journal of Ihe american asso-
(1) Dki.hu . Société de Chirurgie, 1907.
T'TUÎYTCNTÏON PU TÉTANOS CHEZ L’TIOMME.
dation a établi qu'en l’année 1903 le chiffre des cas de lélanos consécutifs à cette journée, s’est élevé à 415, presque tous moites A la suite de celle révélalion, les journaux medicaux publient un, instruction destinée à faire connaître aux praticiens les dangers c es plaies par armes à feu, la nécessité de leur nettoyage chirurgical, et surtout la valeur des injections préventives de sérum antitétanique dans les blessures de ce genre. L’instruction fut renouvelée pendant quatre ans. Les résultatsen furent remarquables. Maigre la progression croissante des accidents du 4 juillet, le nombre des cas de tétanos s’abaissa progressivement de 4 la en 1903, à 103 (1904), 10* (■ o),
89 (1900) et 73 en 1907. « L’emploi prophylactique de 1 antitoxine tétanique, écrit le professeur Gidéon Wells qui rapporte ces laits, a brillamment fait ses preuves dans une série d’essais très étudiés. L'antitoxine fut employée dans des centaines de cas, et il n est pas arrivé à nos oreilles que le tétanos ait apparu ensuite chez un malade traité de la sorte.... Nous pouvons ajouter que les heureux effets du traitement prophylactique par l’antitoxine en ont amené l’emploi de plus en plus fréquent en Amérique dans les cas de fracture compliquée, dans les blessures à l’occasion desquelles le
tétanos peut apparaître dans la suite (1). ><
Biron et Pied exercent à l’hôpital d’Argenteuil, au centre dune région industrielle et agricole où, de tout temps, le tétanos a gardé une fréquence marquée. Communs y senties traumatismes graves, brûlures étendues, vastes plaies souillées de terre et de fumier, écrasements des membres qui, d’habitude, apportent un fort contingent à l’infection tétanique. Pendant une période de leur pratique s’étendant de 1893 à 1902, ces chirurgiens, influencés par les doutes émis sur la valeur prophylactique du sérum, n avaient point recouru aux injections préventives: ils enregistrent onze cas de tétanos, tous mortels. A dater de 1903, Biron et Pied appliquent systématiquement les injections prophylactiques à tous les liaumalismes comportant quelque chance d’inlection tétanique; or, de 1903 à 1910, c’est-à-dire pendant une période égale à la première, aucun cas de tétanos ne se développe dans leur pratique. On ne saurait arguer de coïncidence possible avec une accalmie fortuite de 1 infection tétanique dans la région, car, pendant cette période oii la maladie disparaissait de leurservice, ces chirurgiens recevaient 4 tétaniques provenant du dehors; 3 tétaniques confirmés entraient dans un autre service de l’hôpital et 2 décès par tétanos se produisaient en ville (2).
(I) Professeur GidAon Wells, I. 'épidémie annuelle de tetnnos aux Ktats-Ums ( Bulletin médical , 1900, p. 773).
(:!) Bulletin Académie de médecine , 2S mars 191 1 .