‹ Médicaments microbiensChapitre 102 sur 216 · L. VAILLARD. — SÉROTHÉRAPIE ANTITÉTANIQUE · texte numérisé non relu

L. VAILLARD. — SÉROTHÉRAPIE ANTITÉTANIQUE

En résumé, les objections formulées contre la valeur des injection^ préventives manquent de fondement réel, et les quelques insucc.' signalés ne représentent qu’une infime proportion au regard des milliers d'injections pratiquées. De ce que la méthode a quelquefois échoué, on n a surtout pas le droit d’en inférer qu’elle ne préserve jamais.

Ces insuccès n’établissent pas moins que le sérum ne préserve pas toujours et dans toutes les conditions. Sous l’inspiration des faits observés en vétérinaire, mais sans bien se pénétrer des efTets de l’antitoxine et des expériences de laboratoire, certains ont pensé que le sérum devait offrir au blessé une garantie absolue, que, grâce à lui, le tétanos de 1 homme pouvai t être toujours évité ; après quelques échecs, et par un entraînement inverse, on proclamerait volontiers aujourd’hui son inefficacité habituelle.

La vérité est tout autre, et il convient d’y revenir.

Le sérum antitétanique n’exerce aucune action sur le bacille tétanique ; il n'est pas bactéricide. C’est ainsi que des spores protégées contre les phagocytes (1) germent et cultivent abondamment dans le corps d’un animal immunisé dont le sang est très antitoxique , et cela sans rien perdre de leur propriété toxigène; malgré cette culture intensive in vivo, l’animal ne contractera pas le tétanos, parce que l’antitoxine de son sang annihile le poison au fur et à mesure de sa production. 11 ne faut donc pas compter sur le sérum injecté pour mettre obstacle à la germination des spores tétaniques. Ces spores se développeront si elles trouvent au foyer du traumatisme les conditions propices à leur culture (associations microbiennes, suppuration, sphacèle des tissus, caillots sanguins). C’est au chirurgien à se prémunir en supprimant, s'il le peut, ces conditions favorables à la culture du virus.

Le sérum est simplement antitoxique. Il neutralise le poison produit par la culture du virus et, pendant la durée de son action, met ainsi l’organisme à l’abri de l’intoxication, laissant aux cellules phagocytaires dont il excite l’activité le soin de lutter contre le bacille qui se développe dans la plaie, an chirurgien l’obligation et le temps de supprimer ce foyer dangereux. Le sérum est donc un des moyens, mais non le moyen strictement suffisant pour prévenir le tétanos. Sans son aide, et par le seul jeu de la défense cellulaire, l’animal se préserve lorsqu’on lui inocule dans un tissu sain des spores pures et sans toxine. Dans les conditions naturelles de l'infection, il ne s’agit plus de spores pures et de tissus sains; les plaies

(I) Vaii.i.atu), De l'action des humeurs d'un animal immunisé contre le tétanos (Ann . Inst. Pasteur, IS92).

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