EMPLOI PRÉVENTIF DU SÉRUM
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l'injection. Un tel failn’a rien d’imprévu, car on sait depuis longtemps ([lie la préservation conférée par les sérums est éminemment temporaire et n'excède pas quinze à vingt jours. Chez les lapins traités préventivement par le sérum antidysentérique, l’immunité s’etTace rapidement après huit à dix jours.
Mais la seule question qui importe, au point de vue prophylactique, est de savoir si le sérum antidysentérique est en état de préserver efficacement pendant un laps de temps suffisant pour légitimer son emploi. De cela on ne saurait douter après l’expérimentation chez le lapin ; le sérum qui protège l’animal pendant huit à dix jours protégera bien l’homme pendant la même période, s’il est injecté à dose convenable, et même plus longtemps si la dose est renouvelée en temps opportun.
Or, il est des circonstances nombreuses où son emploi sera non seulement utile, mais nécessaire. L’histoire de la dysenterie rurale montre avec quelle facilité et quelle fréquence cette maladie se propage successivement aux occupants d’une maison où elleapénélré, surtout aux enfants. Des familles entières sont ainsi décimées, parfois tous les enfants succombent. La gravité de la maladie chez les enfants et les sujets débiles justifie donc une mesure qui a si bien fait ses preuves pour la diphtérie, c’est-à-dire l’injection préventive du sérum.
Les deux faits suivants justifient cette opinion :
En 1907, Rosculet observait dans un village une épidémie assez dense de dysenterie bacillaire ; les cas de contagion étaient nombreux dans les familles des sujets atteints. Il injecta préventivement 5 centimètres cubes de sérum à 16 personnes appartenant à l’entourage immédiat des malades: aucun cas ne se déclara chez elles, tandis que sur 18 autres, qui ne furent pas injectées, 14 atteintes se produisirent.
Autre exemple rapporté par le Dr Michiels. A Chauvigny (Vienne) éclate, en 1908, une épidémie qui se propage rapidement dans plusieurs familles. A 15 sujets il pratique des injections préventives de 10 centimètres cubes de sérum : 14 restèrent indemnes ; un seul contracta une dysenterie très bénigne, neuf jours après l’injection.
Dix centimètres cubes semblent une dose suffisante à une préservation minimale de huit à dix jours ; la durée de l’immunité pourra, d’ailleurs, être prolongée par une nouvelle injection si les circonstances l’exigent. Ainsi seront évitées ces épidémies de maison, si communes et parfois si meurtrières (1).
(1) En raison de la courte durée de l’immunité obtenue nu moyen du sérum, on a cherché une préservation plus persistante par la vaccination bactérienne . Shiga, au Japon, a préconisé l’emploi d’une vaccination mixte par un mélange de sérum et de culture de bacille
VMLLATtD EtDOPTF.n. SÉROTHÉRAPIE ANTIDY.SEXTÉRIQO- . 9
Modes d’emploi du sérum. — Le sérum antidysentérique, prépaie 1 à l'Institut Pasteur, ue cou lieu l aucun antiseptique et peut être donné 1 à haute dose sans inconvénients; il contient, au minimum, 100 unités 1 antitoxiques suivant la notation d'Ehrlich, et se montre préventif 1 pour la souris à 1 pour 2000 (notation de Roux). On l'emploie en 1 injections dans le tissu cellulaire sous-cutané avec les précautions! antiseptiques d’usage.
Doses. — La dose à employer varie avec le moment de l'interven-l lion, la gravité des cas et l’âge des sujets.
La gravité de la dysenterie s’apprécie par le nombre des selles 1 quotidiennes, l’intensité et la répétition des symptômes douloureux, 1 les signes d’intoxication.
La fréquence des déjections est presque toujours en rapport avec J la diffusion des lésions du gros intestin. L’acuité et la répétition des à douleurs abdominales (coliques) se proportionnent très généralement à l’étendue et à la gravité des altérations de la muqueuse. 1 L’intoxication se traduit principalement par les signes suivants : fl vomissements, adynamie, faiblesse du pouls, altération des traits, ï hypothermie, état syncopal, etc. C’est en se basant sur ces trois | éléments que l’on jugera la gravité d’une dysenterie. Si on tient compte surtout de la fréquence des selles, on pourrait, mais très î arbitrairement, et à titre de simple indication, établir la division I suivante :
Cas moyens 15 à 30 selles par jour.
Cas sévères 30 à 50
Cas graves 50 à 100
Cas très graves 100 à 150 et plus —
Toutefois cette division, qui néglige les signes d'intoxication, risque parfois de n’èlre pas exacte. Il est, en etTet, des cas où une toxémie précoce (algidité, faiblesse du pouls, tendance au collapsus) se manifeste avec des troubles intestinaux relativement modérés (dix à vingt selles par jour); cette situation comporte une réelle gravité.
La variabilité des faits cliniques ne permet pas de fixer d'une manière absolue la quantité de sérum qui guérit un cas de dysen-
dysentérique; son application h plusieurs milliers de sujets aurait donné des résultats avantageux. Après les essais très concluants sur les petits animaux de laboratoire. Oopter a proposé un procédé dérivé du précédent et basé sur 1 inoculation de bacilles dysentériques préalablement sensibilisés par l’action du sérum spécilîque suivant la méthode de Besredka. Ce mode rationnel de vaccination lui semble pouvoir être utilement appliqué à 1 Homme ; il n’a pas encore reçu la sanction de la pratique.
INCONVÉNIENTS DE SÉUTTM.
terie ; mais les indications suivantes fournies par la pratique serviront
de guide à la conduite du médecin.
\dultes. - Dans les dysenteries l'intensité moyenne , prises au début 20 centimètres cubes de sérum suffisent habituellement pour assurer la sédation immédiate de tous les symptômes et la guérison rapide. Si, après vingt-quatre heures écoulées, les coliques persistent avec leur intensité première et si les selles, bien que 1res diminuées, restent encore fréquentes, il est indiqué de renouveler 1 injection e lendemain. Quelquefois même, dans les formes sevères ou datant de plusieurs jours, une troisième injection en moindre quantité deviendra utile pour précipiter la guérison. , ..
Dans les dysenteries graves, il faut injecter d’emblee 40 a 60 cenli mètres cubes et réitérer celle dose le lendemain ; si les troubles intestinaux ne sont pas alors suffisamment apaisés, l’emploi du sérum doit être poursuivi à doses décroissantes jusqu’à ce que le nombre des selles s’abaisse à quelques unités. Le médecin devra se guider sur la nature et la fréquence des évacuations quotidiennes : aussi longtemps que celles-ci restent glaireuses et multiples au cours des vingt-quatre heures, on ne peut considérer la maladie comme ter-
minée. . ,
Dans les formes les plus graves, surtout quand 1 intervention est
tardive, il est nécessaire de recourir d’emblée à des doses massives, 80, 90 et même 100 centimètres cubes, répartis en deux injections au cours de la journée, jusqu’à ce que les troubles intestinaux s’amendent. Comme précédemment, le sérum sera ensuite continué à doses décroissantes ; il est prudent de procéder graduellement à cette réduction de la dose injectée, tant que le nombre des selles se maintient au-dessus de vingt par jour.
Enfants . — Pour les enfants, les doses indiquées ci-dessus seront réduites de moitié et plus encore chez les très jeunes enfants.
Rechutes. — Les rechutes sont exceptionnelles ; elles se produisent après le dixième jour qui suit la dernière injection de sérum, c’est-àdire lorsque l’action de celui-ci commence à s’épuiser. Ces rechutes sont facilement enrayées par une seule injection de sérum.
Inconvénients du sérum. — Comme tous les sérums thérapeutiques, le sérum antidysentérique détermine des accidents dits sériques (urticaire, érythème polymorphe, arthralgies), qui peuvent être accompagnés d’une légère élévation de la température. Les adultes semblent plus sujets que les enfants aux manifestations érythémateuses fébriles. Tous ces accidents sont très passagers et ne présentent jamais de gravité sérieuse. D'après Netter, on peut les éviter, ou tout au moins les atténuer, en faisant ingérer au malade
V AI LL ART) r.TDOPTER. SEROTHERAPIE ANTIDYSENTERIQUE
2 à 3 grammes de chlorure de calcium le jour de l’injection et les. deux jours suivants.
En résumé, le sérum antidysentérique compte parmi les plus fidèles au point de vue curatif ; il est de ceux dont les effets immédiats se traduisent d une manière évidente, et le malade est le premier à en accuser les bienfaits. Ce sérum représente réellement le moven spécifique du traitement de la dysenterie bacillaire ; par son action et son efficacité, il devient à cette dernière ce que le sérum antidiphtérique est à la diphtérie. Sa vulgarisation permettra de réduire au minimum la mortalité dysentérique. Grâce à son emploi, le médecin peut avoir la certitude de soulager rapidement les souffrances du malade, d’abréger leur durée en agissant sur la cause qui les provoque et, par cela même, d’assurer à l’intéressé toutes les chances possibles d une prompte guérison. Et la prophylaxie v trouvera aussi son compte, car, en réduisant l’évolution de la maladie, on diminue d autant la période pendant laquelle est émis le contage qui la propage.
SÉROTHÉRAPIE ANTISTREPTOCOCCIQUE