TAU
A BESREDK A
Professeur à l'Institut Pasteur.
Le sérum antistreptococcique, quoique entré depuis plus de quinze ans dans la thérapeutique humaine, est loin d’y avoir acquis le droit de cité. Tout au contraire, depuis sa découverte, jamais il n'a soulevé autant de discussions qu’en ces temps derniers. Le fait est que, outre les imperfections que ce sérum partage avec la majorité des sérums antimicrohiens, il a un point faible, qui lui appartient en propre et qui dérive de l’incertitude qui plane de tout temps sur la nature même du streptocoque.
Marmorek (1), qui s’est occupé beaucoup de la sérothérapie antistreptococcique, soutenait, même jusqu’à ces temps derniers, que tous les streptocoques, d’où qu’ils viennent, appartiennent à une seule et même espèce.
Cette opinion, sans être unanime, a été celle que l’on enseignait généralement : dans les traités aussi bien que dans les cours de bactériologie, on parlait couramment du streptocoque.
Aujourd’hui, c’est l’opinion contraire qui semble prévaloir; il paraîtrait qu’il n’y a pas deux streptocoques qui se ressemblent ; non seulement, les streptocoques varient d’une maladie à l’autre, mais, dans la même maladie, cliniquement bien déterminée, comme la scarlatine par exemple, les streptocoques seraient différents les uns des autres.
On conçoit aisément qu’une divergence aussi profonde d’opinions n’est pas sans avoir eu une répercussion sur la sérothérapie antistreptococcique, et voici pourquoi celle-ci a mis tant d’années à se frayer un passage dans la clinique.
(I) Annules de l'inslilut Pasteur, 1905, p. 593; 1902. p. 172.
SOS A. DESREnKA. — SftROTTrftRAPIE ANTTSTRF.PTOOOrriQI’F.
■ Il n’est pas douteux que nos connaissances sur la biologie du streptocoque sont encore imparfaites; il n’en est pas moinscertain quela tendance actuelle à voir partout et toujours des streptocoques variés est aussi peu fondée que l’opinion des unicisles hypnotisés par la ressemblance morphologique de cocci en chaînettes.
Le problème qui se pose aujourd’hui est de trouver les moyens d’individualiser les streptocoques; c’estde cela que dépend, pensonsnous, l’avenir de la sérothérapie antistreptococcique, et tant que ce problème ne sera pas résolu, on sera réduit à des tâtonnements et à de l’empirisme plus ou moins heureux.
Aujourd’hui nous ne sommes pas encore en état d'individualiser les streptocoques par des procédés scientifiques purs. Comme il y a encore beaucoup de savants, et non des moindres, qui croient à l’unicité des streptocoques et d’autres qui sont de l'avis opposé, il ne nous reste qu’à exposer les arguments des uns et des autres et à en faire juge le lecteur.
Après s’être fait une idée personnelle, le lecteur saura choisir luimême, parmi les différents types de sérums antistreptococciques, celui qu’il jugera le meilleur ; car, on ne saurait trop le répéter, loule la sérothérapie antistreptococcique est dominée par cette question primordiale, à savoir s'il existe un ou plusieurs slreplocoques.
Unicistes et pluralistes.
Le problème, placé sur le terrain pratique, se réduit à ceci: oui ou non, un sérum préparé avec un streptocoque agit-il contre tous les streptocoques? Cette formule n’embrasse pas, évidemment, toute la question de la sérothérapie, mais elle vise le point le plus urgent à résoudre.
Toutes les opinions émises à ce sujet peuvent être ramenées à deux : les unicistes estiment que les nuances individuelles, que l’on observe entre divers échantillons de streptocoques, selTacenl devant les caractères généraux communs à la totalité des streptocoques; les pluralistes, au contraire, pensent que ces nuances sont essentielles, et que l’englobement de toutes les chaînettes sous la même enseigne n’est rien moins que justifié.
Pour permettre au lecteur de s’orienter dans ces opinions contradictoires, nous allons exposer les arguments apportés de pari et d’autre, en évitant, autant que possible, les détails et les chiffres qui ne peuvent que gêner la vue d’ensemble ; nous chercherons à nous rendre compte de la valeur de ces différents arguments, et si. en pesant tous les pro el contra, le lecteur arrive à se faire une idee