EMPLOI DU SÉRUM CHEZ L’HOMME
séreux absolument stérile. Les mêmes altérations ont été obseivées chez un autre cheval qui, pris des mêmes symptômes, avait été abattu.
Ces accidents dont les causes nous échappent et qui peuvent survenir à tous les stades d’immunisation, sont liés, évidemment, à notre mode d’inoculation ; mais, si ce dernier procure des déboires, il offre aussi des avantages précieux, car il permet, en peu de temps relativement, d’obtenir un sérum doué de propriétés préventives et curatives très marquées.
Dosage du sérum.
Voici quelques chiffres pour donner une idée du pouvoir thérapeutique de notre sérum.
Les dosages ont été faits sur des souris et sur des lapins.
Une souris inoculée sous la peau avec une dose plus de dix lois mortelle de streptocoques, peut être sauvée si on lui injecte, dix-huit à vingt-quatre heures après, 1/1000 de centimètre cube de sérum dans le péritoine. Avec 1/40 à 1/400 de centimètre cube de sérum, on peut préserver dans les mêmes conditions contre une dose au moins 2 000 fois mortelle. La dose mortelle, prise comme unité, a été, dans nos expériences, égale à 1/16 000 000 de centimètre cube de culture de vingt-quatre heures en bouillon-sérum ; en réalité, on pourrait tuer une souris avec une dose beaucoup plus faible ; mais nous nous sommes arrêté au chiffre indiqué pour éviter de trop grandes dilutions.
Quant à l’effet préventif du sérum, il a été déjà manifeste avec des doses dix fois inférieures à celles qui étaient nécessaires pour obtenir un effet curatif.
Chez les lapins, il faut employer des doses plus fortes; ainsi, après avoir inoculé sous la peau d’un lapin une dose de streptocoques plus de 100 fois mortelle (1/40 000 de centimètre cube), on peutlesauver sûrement en lui injectant, deux heures après, dans les veines ou dans le péritoine, lc0,o à 2 centimètres cubes de sérum.
Emploi du sérum chez l’homme.
Il est beaucoup plus difficile, sinon impossible, de préciser la valeur du sérum antistreptococcique chez l’homme. Depuis que l’on faitde la sérothérapie antistreptococcique, il a été publié des milliers d’observations, mais elles ont tellement l’air dépareillé que l'on serait fort embarrassé si l’on devait citer, ne fût-ce qu’une seule
284 A. BES1ÏEDKA. — SÉROTHÉRAPIE ANTISTREPTOCOCCIQUE.
bonne statistique clans le genre de celles que l’on possède au sujet de la diphtérie.
Le lait est que l’infection streptococcique n'est pas une comme la diphtérie ; les streplococcies sont multiples et elles revêlent les formes cliniques les plus variées, suivant l’organe touché.
De plus, les streptococcies sont rarement pures, dans le sens bactériologique du terme; le plus souvent, on a affaire à des infection^ mixtes. Il ne suffit pas de constater au microscope, au cours d'une infection, la présence de streptocoques pour conclure à une streptococcie et, partant, à la nécessité de faire intervenir le sérum antistreptococcique. Or, dans la pratique, ne voyons-nous pas journellement appliquer ce dernier dans les maladies où le rôle du streptocoque est tout à fait secondaire; n’emploie-t-on pas le sérum anlislreptococcique dans le rhumatisme articulaire, dans la variole, dans la tuberculose, sans parler de la scarlatine de laquelle il sera encore question plus loin ? Ne l’applique-t-on pas dans toutes les formes de septicémie puerpérale, sans se préoccuper si elles sont réellement d’origine streptococcique ou
Pour toutes ces raisons, il est très difficile d’avoir des statistiques bien faites, capables d’entraîner la conviction, et voici pourquoi on rencontre, à côté des partisans convaincus de la sérothérapie antistreptococcique, des détracteurs non moins convaincus.
Mais, il existe un fait dont on ne saurait pas méconnaître l'importance, c’est que l’usage du sérum antistreptococcique augmente d’année en année; pour s’en assurer, on n’a qu’à se reporter aux demandes adressées de tous côtés à l'Institut Pasteur. Ce qui est regrettable au plus haut degré, c’est que des milliers et des milliers de litres de sérum s’en vont tous les ans sans laisser aucune trace et sans qu’on ait des renseignements précis sur l’effet produit par le sérum chez les personnes injectées.
Nous pouvons citer cependant l’opinion du professeur Pinard qui fait autorité en la matière et qui s’est exprimé ainsi dans son rapport fait au dernier Congrès international de médecine à Budapest, sur le Traitement des infections puerpérales. « Assurément, dit-il, le sérum antistreptococcique ne constitue pas un moyen infaillible: il n’a pas guéri et il ne guérira pas toutes les femmes infectées. Mais je ne crois pas que nous ayons à l'heure actuelle, entre les mains, un agent pouvant lutter plus victorieusement lorsque les femmes sont en proie à l’infection streptococcique. .le crois que nous avons dans le sérum antistreptococcique un traitement rationnel de l’infection puerpérale, car cet agent me paraît augmenter, plus que tout autre,
SËRUM ANTTSCARLATTNEUX.
le eoefficient de résistance de l’organisme, lorsque le streptocoque est l’agent pathogène. »
Sérum antiscarlatineux.
On est, par contre, relativement bien renseigné sur l’action du sérum dit antiscarlatineux, dont il a été beaucoup question ces temps derniers.
On savait depuis fort longtemps que le streptocoque était très fréquent dans la scarlatine; mais sa présence a été de tout temps considérée comme un fait banal, et bien rares étaient ceux qui y voyaient autre chose qu’une simple association microbienne.
Or, en 1902, Moser (1) lit au Congrès de Carlsbad une communication qui eut un grand retentissement et ébranla sérieusement cette manière de voir.
Cet auteur partit de l’idée que les streptocoques, que l’on trouve chez les enfants atteints de scarlatine, sont spéciliques et que, de plus, ils présentent des caractères individuels chez différents malades.
Fort de celle idée, Moser s’est mis à préparer un sérum en se servant des streptocoques isolés du sang du cœur chez les enfants morts de scarlatine.
Il a obtenu un sérum qu’il qualifia d’antiscarlatineux.
Les premiers essais cliniques, faits en Autriche par Bokay et Escherich, ayant été favorables, on vit bientôt paraître une quantité de publications, aussi bien sur la spécificité du streptocoque scarlatineux que sur la valeur thérapeutique du sérum.
Commençons par les cliniciens.
A la suite de sa première publication, Escherich rapporta au Congrès de Madrid de nouveaux cas, d’où il résulte que, depuis l’emploi du sérum de Moser, la mortalité par scarlatine esL tombée de 1(5,41 à 6,70 p. 100. Cet auteur déclare que, si l’on injecte les malades dès le début et avec des doses massives de sérum (100-200 c. c.), la température baisse presque immédiatement et l’état général s’améliore d’une façon très nette, par comparaison avec les enfants non traités par le sérum.
BujwidetGertler(2) ont traité desenfantsayanlune scarlatine grave avec un sérum qu’ils avaient préparé eux-mêmes d’après le procédé de Moser. Sur 46 malades, ils ont eu 14 morts ; sur ces 14 décès, deux sont survenus une heure après l’arrivée des enfants à l’hôpital. En
(1) Loc. cil.
(2) Przeglad lekarski, 1903, p, 87.
280 A. DESItEDKA. — SÉROTHÉRAPIE ANTISTREPTOCOCCIQUE.
comparant la mortalité globale (les années précédentes avec celle obtenue après l’introduction du sérum, ces auteurs concluent (pie ce dernier a fait diminuer la mortalité de trois lois environ.
Pospischill (1), qui n’a traité avec du sérum que 26 cas, estime que, pour juger de la valeur thérapeutique du sérum, il y a lieu de tenir compte surtout de l’évolution de la maladie et moins des résultats statistiques.
En injectant à ses malades 100-200 centimètres cubes de sérum en une fois, cet auteur a constaté l’abaissement de la température; le pouls et la respiration sont devenus moins fréquents ; la cyanose a disparu ; dans un certain nombre de cas, le sérum fit disparaître la fétidité de l’haleine et les phénomènes douloureux.
En janvier 1904-, , c’est-à-dire un an environ après sa première communication, Dokay (2) eut à traiter 12 nouveaux cas de scarlatine plus ou moins graves.
La dose minima de sérum injectée en une seule fois fut de 100 centimètres cubes, la dose maxima de 200 centimètres cubes. Chez tous les malades, le sérum a amené une amélioration très nette de l'état général, et cela déjà dans les vingt-quatre heures qui ont suivi l’injection. Les enfants, qui étaient sans connaissance et en proie au délire, reprenaient le lendemain de l’injection leur aspect normal.
La température baissait de 0°,9 à 3°, 4. En même temps, le pouls devenait meilleur et moins fréquent. L’éruption elle-même se trouvait très favorablement influencée parle sérum. Bokay a observé également d’excellents effets du sérum sur les différentes manifestations de la scarlatine, du côté delà gorge, des reins, des oreilles. En présence de ces faits, il se déclare très partisan du traitement de la scarlatine par le sérum, et il pense avec Moser et Escherich que celui-ci agit en vertu de ses propriétés antitoxiques.
Plus tard (septembre 1905), ce même clinicien a rapporté (3) l'histoire de 17 nouveaux cas traités par le sérum de Moser. Cette fois aussi il conclut à l’action spécifique du sérum.
Dans une publication parue fin 1905, Schick(4) relata les résultats de ses observations faites dans la clinique de Vienne sur 60 malades ; il se trouva si bien du sérum de Moser qu'il émit le vœu que son emploi pût se généraliser sous peu dans tous les pays intéressés.
Des résultats favorables ont été observés aussi par d autres cliniciens, notamment en Russie où la scarlatine revêt souvent un carac-
(1) Wiener hlin. Wochenschr., 1903, p. +33.
(2) Deutsche médis. Wochenschr., 1901, p. 6.
(3) Jnhr. f. Kinderhellk., LXII, p. 128.
(4) Deutsche médis. Wochenschr., 1905, p. 2092.
S1ÜRUM ANTISCARLATINEUX.
1ère de gravité exceptionnelle. Nous ne pouvons que signaler ici les observations de Palmirski et Zebrowski à Varsovie, celles de Menchikoiï à Kasan, puis le travail de deux médecins de Moscou, Eghise et Langowoï, qui porte sur 400 malades environ.
Adversaires du sérum. — 11 existe cependant un assez grand nombre de cliniciens qui font des réserves, puis d’autres encore qui refusent au sérum antiscarlatineux toute valeur thérapeutique.
Moltchanoff, qui a observé à Moscou 133 cas de scarlatine grave traités par le sérum, a constaté que : 1° la baisse delà température, qui s’observe en etret dans les deux premiers jours, n’était pas durable (elle s’est maintenue chez 4 malades sur 26 guéris); 2° l’amélioration de l’état général ne marche pas de pair avec la baisse de la température ; 3° l’action locale sur les troubles pharyngés est insignifiante; 4° le sérum ne préserve pas contre les complications et, d’une façon générale, n’influe pas sur la marche de la maladie. Chez les malades traités par le sérum, la période fébrile et la durée de la maladie n’étaient pas, d’après cet auteur, plus courtes que chez les non traités.
D’autres auteurs, tels que Quest, Troïtsky, lasni et Mitzkewilch, se prononcent dans le même sens.
Le travail de Bilik, bien que ne portant que sur 10 cas, a sa valeur parce que l’histoire de chaque malade est étudiée avec le plus grand soin. Or, ce clinicien arrive à conclure que le sérum antiscarlatineux est dépourvu de toute action spécifique.
Bilik examine, en plus, eu détail les statistiques si favorables d’Eghise et Longovvoï dont il a été question plus haut, et il arrive à conclure que les résultats obtenus par ces cliniciens sont en réalité loin d être aussi encourageants qu’ils ne le croyaient eux-rnèmes.
En eflet, si l’on groupe les malades d’Eghise et de Longowoï en quatre catégories (1, 11, 111, IV) d’après la gravité de leur cas, on ne tarde pas à s’apercevoir que la mortalité fut encore assez élevée. Ainsi, si l’on défalque du nombre total des malades (384), 22 qui sont morts dans les premières vingt-quatre heures, puis 95 de la catégorie 11 à pronostic bénin, il reste 257, qui ont fourni 64 morts, ce qui fait une mortalitéde 21 p. 100. La mortalité a été encore beaucoup plus élevée (50 p. 100) chez les malades de la catégorie IV qui comportaient un pronostic grave.
A l’autopsie de 17 enfants (sur 26 morts de la catégorie IV), il a été constaté des phénomènes septicémiques ; il en fut de même chez 14 enfants (sur 28) de la catégorie 111.
Bilik rappelle à ce propos que la fréquence des septicémies chez les enfants traités par le sérum a été signalée aussi par Heubner.
288 A. BESREDKA. — SÉROTHÉRAPIE ANTISTREPTOCOCCIQUE.
Ces cas de septicémie mortelle n’excluaient pas une baisse initiale de la température, si fréquente après l’injection du sérum.
Quant aux complications, telles que œdème, adénophlegmon, néphrite, elles n’étaient pas moins fréquentes chez les traités par le sérum que chez les non traités.
Il semble donc évident que les bons effets du sérum anliscarlatineux ont été fortement exagérés.
Du reste, en Allemagne et en Autriche, on est beaucoup revenu de l’enthousiasme des premiers temps ; ainsi, des pédiatres qui font autorité en la matière, comme Baginsky à Berlin, Czerny à Breslau, Ganghofner à Prague et d'autres encore, ont renoncé aujourd’hui à l’emploi du sérum antiscarlatineux.
Non-spécificité du streptocoque scarlatineux. — Bien ne justifie, d’ailleurs, au point de vue biologique, la spécificité d un tel sérum.
Du fait que le streptocoque se rencontre souvent dans la gorge des scarlatineux ou même dans leur sang, il se s’ensuit pas encore qu'il soit nécessairement l’agent pathogène de la maladie.
La présence des streptocoques dans le sang des malades n’est pas, du reste, aussi fréquente qu’on l’a dit.
Hektoen (1) a examiné sous ce rapport 100 malades; chez chaque malade, il a été prélevé t/2 à i centimètre cube de sang, puis ensemencé aussitôt dans 100 à 150 centimètres cubes de bouillon glycérine. Or, le streptocoque ne fut trouvé que chez 12 malades; voici, d’ailleurs, quelle était leur fréquence suivant la gravité des cas.
Cas Modérément
bénins. graves. Graves. Katals. Total.
Nombre total 45 40 11 * l01/
Streptocoque dans. . . 5 5 2
A peu près à la même époque, Weaver (2) a examiné la gorge de 95 scarlatineux. 11 a constaté les streptocoques chez presque tous les malades, surtout au début de la maladie. Cet auteur lit une étude morphologique et culturale très soigneuse de vingt-quatre échantillons de streptocoques, isolés de la gorge des scarlatineux ; cette élude l’amena à conclure que ces streptocoques ne différaient en rien de streptocoques d’autres origines.
La réaction agglutinante ne plaide pas non plus en faveur de la
spécificité. .
Ainsi, dans un autre travail, Weaver s’est demandé si le sérum
(1) Journ. of u me rie. mctlic. Assoc.t 14 mars 1903.
(2) Loc. cit.
SÉRUM ANTISCARLATINEUX.
des malades atteints de scarlatine agglutinait spécifiquement les streptocoques isolés dans les cas de scarlatine.
Dans le cas positif, cela aurait été de grande importance, car non seulement on saurait à quoi s’en tenir au sujet de la spécificité du streptocoque, mais, en plus, on aurait un moyen précieux pour se guider dans les cas de diagnostic douteux.
Or, il résulte de l’étude très consciencieuse de Fauteur que l’agglutination du streptocoque n'a rien de spécifique. NVeaver a étudié des sérums de personnes atteintes des maladies les plus variées (scarlatine, pneumonie, érysipèle, rougeole, endocardite, fièvre typhoïde, etc.), vis-à-vis des streptocoques isolés des cas de scarlatine, ainsi que de fièvre puerpérale, endocardite ulcéreuse, péritonite; la conclusion à laquelle ont abouti toutes ces recherches est que la spécificité du streptocoque de la scarlatine n’est rien moins que démontrée. C’est aussi la conclusion de Dopter.
Des résultats à peu près analogues ont été consignés dans un travail de Jogichès (1). Cet auteur a vu, il est vrai, que le sérum des scarlatineux agglutinait les streptocoques (1:500), que cette réaction apparaissait surtout nettement dans le courant de la cinquième ou sixième semaine ; seulement, il a vu aussi que le sérum des scarlatineux agglutinait avec la même intensité les streptocoques scarlatineux et ceux isolés dans d’autres maladies.
La réaction agglutinante n’est donc pas spécifique dans la scarlatine.
On pouvait se demander si le sérum des scarlatineux ne renfermait pas un fixateur spécifique, ou une sensibilisatrice, vis-à-vis du streptocoque de la scarlatine.
Besredka et Dopter (2) ont fait un grand nombre d’expériences dans cet ordre d’idées. Ils ont prélevé du sérum à divers stades de la maladie, puis ils ont éprouvé les sérums vis-à-vis de divers échantillons de streptocoques isolés dans des scarlatines avérées.
Ces expériences ont donné des résultats nettement négatifs. Sans en conclure d’une manière catégorique que le streptocoque ne joue aucun rôle dans la scarlatine, il faut évidemment conclure à l’absence de toute spécificité. Le streptocoque ne joue dans la scarlatine que le rôle d’un microbe d’association; quant au véritable agent de la scarlatine, il est encore à trouver.
Indications du sérum. — Que faut-il conclure, en définitive, de toutes ces données cliniques et expérimentales?
Que le streptocoque rencontré dans la scarlatine n’en est pas
(1) Cenlralbl. f. Bahter., I., Origin., t. XXXVI, p. G92,
(2) Annales de l'Institut Pasteur, 1004, p. 373.
Médic. microbiens, 2e édit.
290 A. BESREDKA. — SÉROTHÉRAPIE ANTISTREPTOCOCCIQUE
l’agent spécifique, cela paraît aujourd’hui hors de doute; il e.-t cependant certain que sa fréquence dans la scarlatine est très grande. Personne n’osera assigner aujourd’hui au sérum dit antiscarlalineux une action thérapeutique spécifique; il n’en est pas moins vrai que ce sérum peut être d’une certaine utilité dans la lutte contre les associations streptococciques du virus scarlatineux.
On s’explique dès lors, jusqu’à un certain degré, les opinions si divergentes des cliniciens sur la valeur du sérum en question : ceux qui réclament une action spécifique sont naturellement déçus, mai' ceux qui appellent ce sérum en aide contre les streptococcies concomitantes peuvent évidemment s’en trouver Lien dans nombre de cas.
Le sérum de Moser n’est pas plus spécifique que celui de Menzer n’est spécifique dans la tuberculose ou le rhumatisme articulaire.
Menzer (1) a traité des tuberculeux par le sérum antistreptococcique, en partant deceprincipe que le streptocoque, qui estsouvent fréquent au début de la tuberculose, contribue à l’extension des lésions initiales.
11 a traité avec du sérum 22 tuberculeux, dont H étaient au premier degré et 3 au deuxième. Or, sur les 11 malades, il enregistre, sous l’influence du sérum antistreptococcique, 8 guérisons; sur les 3 malades au deuxième degré, 1 guérison ; quant aux malades qui étaient au troisième degré, ils ont bénéficié seulement d’une augmentation de poids. Menzer a traité également des rhumatisants avec du sérum antistreptococcique ; d’après lui, ce traitement est supérieur à tous les autres ; même, les complications du côté de l’endocarde en seraient justiciables.
Du fait que l’on rencontre des streptocoques dans la tuberculose et dans le rhumatisme, et que les malades atteints de ces maladies peuvent se trouver bien du sérum antistreptococcique, il ne viendra à personne l’idée de conclure à la spécificité de ces streptocoques; pas plus que l’on n’admettra jamais que le streptocoque, que l’on rencontre dans la variole, en est l’agentspécilique, si fréquente que soit sa présence dans cette maladie.
Si nous avons insisté un peu longuement sur le sérum antiscarlatineux, c’est aussi parce que les observations cliniques qui s’y rattachent constituent, en somme, une contribution à l'étude de la sérothérapie antistreptococcique, en général.
Le caractère épidémique de la scarlatine se prête mieux à une étude d’ensemble sur le sérum, que toute autre maladie à streptocoque; mais il est certain aussi que, si le sérum antistreptococcique peut rendre des services importants, c’est surtout dans les infections
(1) Miinchncr mcdiz . Woeh., 1903, p. 1875; 1904, p. 4461%
VACCIN ANTISCARLATINEUX.
streptococciques généralisées dont le pronostic est généralement très grave; malheureusement, vu le caractère sporadique de ces infections, il est difficile, sinon à peu près impossible, de réunir un grand nombre de cas qui seraient observés par le môme individu, et dans des conditions comparables.
Il appartient aux cliniciens de combler, dans la mesure du possible, cette lacune dans l’étude de la sérothérapie antistreptococcique.
Vaccin antiscarlatineux.
Pour terminer, il nous reste à dire quelques mots sur le vaccin antiscarlatineux.
En se basant sur l’analogie qui existerait entre la gourme des chevaux et la scarlatine, Gabritchewsky (1) eut l’idée de préparer un vaccin contre cette dernière maladie.
Ce vacccin est une culture en bouillon de streptocoque isolé d’un cas de scarlatine, chauffée à 60° et additionnée de 0,5 p. 100 d’acide phénique.
Pour avoir beaucoup de corps de microbes sous un petit volume, Gabritchewsky centrifuge la culture ; il décante une partie de liquide et n'en laisse que la quantité nécessaire, pour que chaque centimètre cube de vaccin renferme 0sr,005 de microbes secs.
On commence par injecter 0CC,5 de ce liquide vaccinal (enfants de deux à dix ans); on répète ensuite les injections encore deux fois en augmentant chaque fois la dose de vaccin de une et demi à deux fois.
L’injection est généralement suivie d’une réaction locale et générale assez faible. Dans un certain nombre de cas, il a été constaté une éruption rappelant celle de la scarlatine, puis une angine. Gabritchewsky a vu là la preuve de la spécificité de son vaccin.
D’après lui, que le streptocoque soit l’agent pathogène de la scarlaLine ou qu’il ne joue qu’un rôle secondaire dans cette maladie, ce procédé de vaccination par les cultures chauffées « constitue un moyen à la fois nouveau et peu cher pour lutter contre une des maladies les plus graves de l’enfance ».
Or, on ne saurait, jusqu’à nouvel ordre, partager l’optimisme de l’auteur, quant à l’efficacité de son vaccin.
En effet, si même il était démontré que, au moyen des streptocoques chauffés, on arrive à vacciner contre la gourme, il ne s’ensuit pas encore que le même procédé soit applicable à la scarlatine, qui n’a qu’une ressemblance assez éloignée avec la gourme.
(I ) Cenlralbl. f. Ilaktcr., I., Origin., p. 719, 844. — Berlin, /clin. Wochenschr.. 1907, [). 556.
292 A. BESREDK A. — SÉROTHÉRAPIE ANTrSTREPTOCCOCïQUE.
Pour que le vaccin de Gahritchewsky soit efficace dans la scarlatine, il faut, avant tout, que le streptocoque soit pour quelque chose dans l’étiologie de cette maladie. Admettons même, pour un instant, que le streptocoque est l’agent pathogène de la scarlatine; rien ne prouve que l’on réussisse à vacciner contre celte maladie avec des cultures chauffées de streptocoque. Ne savons-nous donc pas que h-s infections à streptocoques sont précisément celles dans lesquelle-, contrairement à la majorité des infections microbiennes, on n'arrive pas à vacciner les animaux (les souris, par exemple), au moyen de cultures mortes ?
Pour toutes ces raisons, on ne peut guère s’empêcher de formuler les plus grandes réserves sur l’avenir du vaccin antiscarlatineux de Gahritchewsky,
D’ailleurs, les expériences récentes faites sur les singes par Ganlacuzène, par Bernhardt, puis par Landsteiner, Levadili et Pracek, semblent nous donner raison.
Cantacuzène a fait (février-mars 1911) ses expériences sur les singes inférieurs ( Cercopithecus cephus, Macacus rliesus, 3i. sinicus. Cercopilhecus griseo-viridis ), 11 leur a injecté du sang, du liquide péricardique ou des ganglions trachéo-bronchiques de scarlatineux. Après une incubation de cinq à trente-sept jours, ces singes ont présenté les phénomènes suivants : fièvre oscillant entre 40° et 41°, pendant trois jours ; adénopathies ; éruption pourprée uniforme au front, à la face, même aux avant-bras, durant trente-six heures environ. Cette éruption était suivie de desquamation par larges squames sur la face, par petites écailles sur le dos, discrète sur les membres, durant cinq jours. Un des singes a présenté, en plus, un œdème considérable à la base de la queue, des fesses et des cuisses.
Peu de temps après (avril 1911), Bernhardt a publié ses recherches sur la scarlatine expérimentale, en mettant surtout en évidence que le virus scarlatineux n’a rien à voir avec le streptocoque, mais que c’est un virus filtrant, qui traverse les bougies : avec ce virus liltré sur bougie Berkefeld, Bernhardt a réussi à reproduire la maladiechez deux singes sur quatre.
A peu près en même temps, Landsteiner, Levadili et Pracek ont réussi, en badigeonnant la gorge d'un chimpanzé avec le déput amygdalien prélevé chez les scarlatineux, à provoquer chez cet animal une élévation de la température, une rougeur et une tuméfai lion des amygdales, puis un exanthème généralisé.
Toutes ces expériences, qui sont loin d être terminées, indiquent, dès maintenant, que le streptocoque doit être étranger au véritable géant de la scarlatine.
SÉROTHÉRAPIE ANTIMÉNINGOCOCCIQUE