PAH
Le Dr CH. DOPTER,
Médecin-major de lre classe, Professeur agrégé libre du Val-de-Gràce.
La sérothérapie antiméningococcique, la dernière venue dans le groupe des médications spécifiques, est entrée dans la pratique courante; elle a été appliquée dans un nombre de cas suffisant pour qu’on puisse actuellement juger de son efficacité.
Historique* — Dès le jour où il fut établi que la méningite cérébro-spinale, dite épidémique, était une affection spécifique, déterminée exclusivement par le méningocoque de Weichselbaum, plusieurs auteurs s’efforcèrent de préparer un sérum capable de lutter contre cette maladie.
Les premiers travaux dans ce sens sont à peu près contemporains :
S. Flexner et Jobling (J) aux États-Unis, Kolle et Wassermann (2), Jochmann (3), Ruppel (4) en Allemagne, Markl (5) en Autriche, firent connaître presque simultanément les résultats qu’ils obtinrent sur l’animal, puis sur l’homme.
Les applications à la thérapeutique humaine étaient encourageantes, et, dès la fin de 1907, sur les conseils de M. Roux, j’ai commencé à vacciner des chevaux contre le méningocoque. Depuis le mois d’octobre 1908, le sérum que j’ai obtenu a été utilisé sur les nombreux cas qui se sont produits en France à cette époque.
Après quelques renseignements préliminaires sur la préparation du sérum antiméningococcique, j’étudierai scs propriétés biologiques, sa valeur dans le traitement de la méningite méningococ-
(1) Flkxnkr, Journal of American Association, d 900, t. XLVII; — Fi.lxneh et Jobukc, Journal of Exp. Medicine, d 907, t. IX, 20 juillet 1908.
(2) Koi.i.k et Wasskumann, Deutsche med. Wochenschrift, 19 avril 1906 et sent 1907
(3) Jochmann, Congrès de Munich , 23-20 avril 1900.
(1) Rupi'ei., Deutsche med. Wochenschrift , 23 août 1900.
(5) Maiiki., Centralbl. f. Oalcteriologie, 1900, t. XL1U.
294 Cil. DOPTER. — SÉROTHÉRAPIE ANTIMÉNINGOCOCCIQUE.
cique, ses modes d’action et d’emploi, les causes des insuccès de la méthode, les accidents séro-toxiques.
IMMUNISATION DES ANIMAUX
La préparation du sérum est très délicate ; elle est riche et fertile en incidents qui rendent la technique très difficile. Elle présente quelques différences suivant les auteurs.
Technique. — Au début, Flexner injectait d'abord sous la peau des cultures mortes puis vivantes de méningocoques, obtenues sur agar ordinaire. Puis il substituait les injections intraveineuses aux injections sous-cutanées. En même temps, il injectait les extraits autolytiques des cultures. Plus tard, en raison de nombreux accidents observés chez ses chevaux, il abandonna complètement la voie veineuse. Actuellement, il n’emploie plus que la voie hypodermique.
Ivolle et Wassermann immunisent trois chevaux : le premier reçoit sous la peau, dans les veines ensuite, des cultures mortes, puis vivantes, d’un seul méningocoque bien authentique; le second reçoit dans les mêmes conditions des cultures de plusieurs échantillons du même germe; enfin le troisième est vacciné sous la peau, puis dans les xreines, à l’aide de l’extrait d’un seul méningocoque. Le mélange, à parties égales, du sérum de ces trois chevaux constitue le sérum antiméningococcique, que les auteurs livrent pour la thérapeutique humaine.
En ce qui me concerne, j’ai commencé la vaccination parle procédé de Kolle et Wassermann, cherchant à obtenir, comme eux. un sérum antimicrobien et antitoxique. Mais, 1 expérience m ayant montré qu’un sérum exclusivement antimicrobien est aussi anti-endotoxique que le sérum antitoxique lui-même, je n'utilise plus que les cultures vivantes sans addition de toxine.
La technique que j’emploie actuellement est la suivante. On injecte d’abord sous la peau l’émulsion microbienne vivante, provenant de t, puis 2 tubes d’agar. Les injections sont ensuite pratiquées dans les veines; dans ce but, on émulsionne une boîte de Roux dans 100 centimètres cubes d’eau physiologique, et 1 on injecte au cheval progressivement : 5, 10, 15, 25, 35, 50 centimètres cubes de l’émulsion obtenue; certains chevaux supportent même volontiers 75, 100, 150 et même 200 centimètres cubes. Ces vaccinations sont pratiquées tous les sept jours. Pour obtenir un sérum polyvalent, j’emploie des méningocoques authentiques, et des méningocoques
IMMUNISATION DES ANIMAUX.
différents des premiers par leur agglutinabilité et l’intensité du pouvoir fermentatif sur les sucres. Chaque cheval est ainsi vacciné au moyen d’une trentaine d’échantillons de méningocoques.
Quelques chevaux ont été uniquement vaccinés sous la peau : je n’ai pas eu beaucoup à me louer de ce procédé : on injectait successivement 15, 25, 50, 100, 150, 200 centimètres cubes de l’émulsion précédente.
Les premières injections étaient bien supportées, mais après la 5e ou 6e, l’œdème local était intense, s’étendant fort au loin ; puis on assistait à la formation d'abcès stériles; enfin le cheval maigrissait dans des proportions énormes, tout cet ensemble symptomatique rappelant assez bien le phénomène qu’Arthus a décrit chez le lapin sensibilisé par les injections multiples de sérum hétérogène. J’ai remarqué enfin que le sérum des chevaux ainsi traités était à peine agglutinant et précipitant, très peu antitoxique; enfin, au point de vue curatif, sa valeur est bien inférieure à celle qu’il acquiert parla vaccination intraveineuse.
Réactions des chevaux. — Les injections sous-cutanées de 1 à2 tubes d’agar sont suivies d’un œdème assez intense qui rétrocède rapidement; la fièvre est habituellement peu élevée (38° à 39°) et ne dure que quelques jours. On a vu plus haut les troubles locaux et généraux qui se produisent quand cette technique est longtemps continuée.
Quand l’injection est pratiquée dans les veines, elle est bientôt suivie d’une forte élévation de la température qui monte rapidement à 39°, 40°, voire même 41° ; elle disparaît le lendemain, ou au plus tard, après trente-six ou quarante-huit heures. On observe en même temps de l’inappétence et une diarrhée qui peut être très intense, et parfois sanguinolente.
Certains chevaux supportent bien cette vaccination jusqu’au moment où ils peuvent fournir un sérum efficace, en quatre mois environ. Chez d’autres, au contraire, de nombreux incidents se produisent, qui la rendent très difficile à poursuivre.
En effet, après trois mois environ d’une tolérance remarquable, même à de très fortes doses, ils présentent immédiatement après l’injection, comme du vertige, titubent en marchant, paraissent ivres, mais se rétablissent presque aussitôt.
Ces troubles peuvent être beaucoup plus marqués : après quelques contractures, l’animal perd l’équilibre, s’affaisse brusquement sur le train postérieur et tombe ; il présente en même temps une dyspnée inlense; les nasaux battent fortement; les globes oculaires sont exorbités et congestionnés ; une angoisse et une anxiété vio-
296 CH. DOPTER. — SÉROTHÉRAPIE ANTIMÉNINGOCOCCIQUE.
lentes se manifestent; des convulsions peuvent se produire après quelques minutes de cet état inquiétant ; puis ces phénomènes s'atténuent pour disparaître complètement: le cheval se relève; sa marche, hésitante encore, se régularise et redevient normale, et le cheval retourne à son box sans paraître souffrir de la crise grave qu’il vient de traverser; il garde seulement de la dyspnée, et souffre de coliques qui disparaissent après la défécation.
Enfin, en certains cas, des accidents plus graves encore sont observés : aux symptômes précédents s’ajoute du collapsus, et la mort survient vingt à quarante minutes après l’inoculation; elle peut même se produire en cinq minutes, d’une façon foudroyante. L’autopsie ne relève aucune lésion appréciable ; le sang est fluide, visqueux et se coagule difficilement.
Briot et Dopter, puis Besredka ont cherché à expliquer la genèse de ces accidents :
On émulsionne dans 20 centimètres cubes d’eau physiologique une culture de méningocoque sur gélose en boite de Boux, âgée de vingt-quatre heures. On en prélève 1 centimètre cube qu’on mélange in vitro avec i centimètre cube de sérum antiméningococcique non chauffé, provenant d’une saignée récente. Ce mélange est injecté immédiatement dans la veine jugulaire d’un cobaye neuf. Quelques secondes après, l’animal présente quelques secousses; inquiet, comme angoissé, il titube, se couche sur le côté, présente des contractures, essaie de se relever sans y parvenir tout d'abord ; la dyspnée est très marquée. Au boul de quelques minutes, il se relève, présente une difficulté marquée de la marche, due en général à un certain degré de parésie des membres postérieurs ; il semble se remettre complètement; puis, au bout dune demi-heure environ, son poil se hérisse, des secousses se produisent à nouveau, la respiration s’embarrasse, et la mort survient dans un délai de quelques heures.
Quand on augmente la dose, soit de microbes, soit de sérum, l’animal paraît être foudroyé; après quelques secousses, la mort survient en deux à cinq minutes.
On obtient encore les mêmes résultats en injectant le sérum dans les veines ou le péritoine vingt-quatre heures auparavant : 1 injection d’émulsion seule, faite le lendemain, amène des troubles identiques.
11 est remarquable de constater le parallélisme étroit qui existe entre les accidents observés chez le cheval en immunisation et le cobaye dans les veines duquel on introduit le mélange sérum-méningocoques.
IMMUNISATION DES ANIMAUX.
Briot et Dopter avaient pensé, en attendant mieux, pouvoir interpréter la pathogénie de ces troubles de la façon suivante :
L’injection de méningocoques vivants dans les veines du cheval devait amener dans le sérum de cet animal la production d une lysine destinée à exercer son action sur ces germes. Sous son influence, le corps microbien mettait en liberté une substance toxique provoquant instantanément les accidents relatés. D’après cette hypothèse, cette lyse brusque se manifesterait chez le cheval dès la prise de contact des microbes avec la lysine préformée par des injections antérieures; elle se manifesterait immédiatement aussi chez le cobaye neuf qui a reçu le mélange sérum-microbes effectué in vitro.
Ces données essentielles leur ont permis d’éviter ces accidents qui entravent la vaccination des chevaux ; le procédé utilisé était basé sur les expériences suivantes :
1° On mélange 10 centimètres cubes de sérum antiméningococcique et 10 centimètres cubes d’une émulsion de méningocoques (20 centimètres cubes d’eau physiologique pour une boîte de Roux). On laisse en contact pendant seize à dix-huit heures. On centrifuge, on décante le liquide surnageant.
Si on injecte dans la veine de cobayes neufs un mélange in vitro de 1 centimètre cube d’émulsion méningococcique et de 2 centimètres cubes de ce liquide décanté, on n’observe chez l’animal aucun trouble immédiat. Nous avons vu, au contraire, que l’injection intraveineuse de la même quantité de microbes et de sérum antiméningococcique (dilué à un demi pour le ramener aux proportions de l’expérience précédente) donnait lieu à des accidents graves pouvant entraîner la mort.
Dans le premier cas, les méningocoques devaient avoir fixé tout ou partie de la lysine supposée, contenue dans le sérum devenu par là même inactif.
2° Comparant ensuite, chez un même cheval, au point de vue du môme pouvoir, le sérum prélevé avant, puis trente, soixante minutes et dix-huit heures après la vaccination, nous avions remarqué les faits suivants :
Au bout de trente minutes, le sérum paraît avoir conservé son activité; au bout d’une heure, celle-ci est déjà fort diminuée; au bout de dix-huit heures, elle a totalement disparu.
Dèslors, il était permis de penser qu’en injectant toutd’abord aux chevaux une dose incapable de provoquer des accidents, ou du moins des accidents graves, on pourrait, une heure après environ, injecter impunément le complément de la dose totale ; c’est ce que l’expérience a montré.
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. Voici, entre foules, l’observation d'un cheval (cheval n« 5). en immunisation depuis le 12 avril 11M0.
Ce cheval avait jusqu’alors bien supporté les injections intraveineuses de méningocoques vivants,
Le 14 juin. Il reçoit dans les veines 35 centimètres cubes d’émulsion (100 centimètres cubes d’eau physiologique pour une boîte de Roux). Aussitôt après, vertige, titubation, dyspnée, angoisse. Il se remet rapidement.
Le 21 juin. 35 centimètres cubes (même dose). Les troubles sont plus accusés : vertige, titubation, contracture, angoisse et dyspnée intense, chute sur le train postérieur, se couche, présente des convulsions généralisées, stertor. 11 se relève au bout de cinq minutes, retourne à son box avec une démarche hésitante et raide.
Ces accidents font craindre une mort rapide lors de la vaccination suivante.
Le 28 juin. On injecte 35 centimètres cubes d’émulsion, en deux foin, à 1 h. 15 d’intervalle : à 2 h. 15, 20 centimètres cubes, aucun trouble ne se produit; à 3 h. 30, 15 centimètres cubes. Aucun accident .
Le 5 juillet. 40 centimètres cubes en deux fois , à 1 h. 10 d’intervalle (20 et 20 centimètres cubes). On ne constate aucun trouble.
Le 12 juillet. 45 centimètres cubes en deux fois à 1 heure d’intervalle (20 et 25 centimètres cubes). Aucun accident.
Le 19 juillet. 50 centimètres cubes en deux fois, à 1 h. 20 d’intervalle (25 et 25 centimètres cubes). Aucun accident.
Le contraste est frappant entre les résultats de ces injections pratiquées en deux fois, et ceux où l’émulsion a été injectée totalement d’emblée.
A vrai dire, cette méthode rappelle celle des vaccinations subintrantes imaginées par Besredka pour éviter les accidents d’anaphylaxie sérique : nous l’avons appliquée sur un grand nombre de chevaux qui supportaient mal les vaccinations méningococciques; nous n’avons plus dès lors observé les accidents si graves que nous constations antérieurement.
Besredka (1), Strobel et Jupille sont tentés d’attribuer les accidents décrits, non pas à une lyse microbienne, mais à une « peptotoxine développée à la faveur de la peptone, venant du milieu de culture et absorbée par les microbes. En etTet :
1° Des cobayes de 230 à 250 grammes auxquels on injecte dans les veines un mélange de 1/20 de boîte d’une culture de méningocoques ayant poussé sur gélose peptonce et de tcc,5 de sérum antiméningococcique, sont foudroyés en une à deux minutes.
2° Des cobayes de même poids, auxquels on injecte dans les mêmes conditions la même quantité de sérum et de méningocoques ayant poussé sur gélose non peptonce, ne manifestent aucun trouble.
(I) Bésredka, StuSbil el Juimi.i.k, Soc. de Hiologic, 23 décembre 19H.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES. 299
3° Enfin, les cobayes qui ont reçu, dix minutes avant 1 injection de sérum et de méningocoques peptonés, une injection intraveineuse préventive de CT, 5 de solution de peptone de Witte èi 10 p. 100 ne présentent aucun phénomène morbide.
Ces faits tendent à prouver que les accidents observés chez les chevaux et les cobayes reconnaissent pour cause un poison, étranger à la substance fondamentale du microbe, mais lié à la peptone incorporée dans le milieu; ce serait une « peptotoxine » se développant rapidement aux dépens de cette dernière sous l'influence de l’alexine fixée par les germes sensibilisés par le sérum spécifique.
D’après ces dernières données, l’injection préventive d’une petite dose de microbes, destinée à éviter cliez les chevaux les accidents dusàl’inoculation massive, devrait ses propriétés vaccinantes, non plus à la fixation de la lysine du sérum par les microbes, mais à la peptone qu’ils véhiculent.
Aussi Besredka pense-t-il que l’injection microbienne préventive pourrait être remplacée par une injection de peptone. Les accidents seraient encore évitables en utilisant des méningocoques apeptonés, cultivés sur gélose sans peptone; à la vérité,* sur ce milieu peu nutritif, les cultures seraienL trop peu abondantes. Il serait préférable de soumettre l'émulsion provenant d’une culture sur gélose peplonée à deux lavages à l’eau physiologique, qui les débarrasseraient de la peptone absorbée.
Celte technique mériterait d’être mise à l’épreuve.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
Comme tous les immun-sérums, le sérum anliméningococcique possède des propriétés spécifiques dont la plupart se traduisent par l’existence d’anticorps.
Propriété agglutinante. — Le sérum antiméningococcique non chauffé agglutine le méningocoque dans des proportions élevées. La recherche doit se faire par le procédé macroscopique, et de la façon suivante :
On verse dans un premier tube 1 centimètre cube d’une dilution d’antisérum à 1 p. 100; dans un deuxième, 1 centimètre cube d’une dilution de sérum de cheval normal à 1 p. 100; dans un troisième, 1 centimètre cube d’eau physiologique; et dans tous on émulsionne finement une ose d’une culture de méningocoques sur agar, âgée de vingt-quatre heures. On agite chacun de ces tubes pour rendre l’émulsion plus homogène ; on met le tout à l’étuve ii 37°. Au bout
300 CIL DOPTER. — SÉROTHÉRAPIE ANTIMÉNINGOCOCCIQUE.
de vingt-quatre heures, on observe : alors que, dans les tubes contenant le sérum normal et l’eau physiologique, le trouble est resté homogène, dans le tube de sérum spécifique, des grumeaux se sont déposés au fond, et le liquide s’est éclairci; on perçoit mieux les amas qui se sont formés en imprimant au tube quelques secousses.
Cette agglutination varie suivant le degré d’immunisation de l'animal ; elle est en moyenne de 1 p. 800 à 1 p. iOOO ; le sérum de certains chevaux agglutine à 1 p. 1500.
En général, l’agglutination est plus intense à 55° qu’à 37° 'Kutscher) ; pour d’autres, c’est le contraire qu’on observe (l)opler).
En général, le sérum agglutine davantage les germes qui ont servi à l’immunisation; mais cette règle n’est pas absolue, et bien souvent l’agglutination est plus prononcée avec des méningocoques étrangers à la vaccination.
Cette agglutination est-elle spécifique ?
Nombre d’auteurs ont répondu par la négative, car il n'est pas rare de voir le sérum antiméningococcique agglutiner des germes similaires, notamment certains Flavus, le Diplocococcus crassus, le gonocoque , si bien qu’ils ont dénié à celte recherche toute valeur pour l’identification du méningocoque.
Ces faits d’agglutination des bactéries voisines du méningocoque sont exacts ; mais, dans ces cas, la formation des amas se produit aussi avec le sérum normal, ce qui n’existe jamais pour le ménincoque authentique. De plus, l’épreuve de l'absorption des agglutinines (1) résout définitivement le problème:
Soit un sérum antiméningococcique qui agglutine le méningocoque à 1 p. 500, et le gonocoque à 1 p. 250. Dans un tube à essai, on verse 3 centimètres cubes de ce sérum. Dans l'un d'eux (tube M), on émulsionne à deux reprises différentes, à quatre ou six heures d’intervalle, la totalité d'une culture sur agar, âgée de vingt-quatre heures. On met à l'étuve à 37° après chaque opération. Le lendemain, on répète l’expérience de la même façon.
On répète la même technique avec le tube G où l’on émulsionne une quantité égale de culture de gonocoque.
Quarante-huit heures après cette préparation, les microbes sont agglutinés et déposés au fond des deux tubes. Au-dessus, le sérum est clair : s'il est encore trouble, on centrifuge pour le clarifier complètement. Avec le sérum décanté do chacun d’eux, on pratique des essais d agglutination sur l'un et l’autre germe. Voici ce qu'on observe alors :
Pouvoir agglutinant du sérum l Sur le méningocoque == 0
du tube M. / Sur le gonocoque — 0
Pouvoir agglutinanl du sérum l Sur le méningocoque = 1 4->0
du tube G. ) Sur le gonocoque = 0
(I) Dormi et Koch, Soc . de lliologie, octobre 1 908.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
Par conséquent, dans le tube M, le méningocoque a fixé toutes les agglutinines qui sont devenues inactives suc les deux germes; dans le tube G, au contraire, le gonocoque a laissé intactes les agglutinines du méningocoque.
L’expérience; effectuée avec d’autres germes similaires, également agglutinables, donne les mêmes résultats.
Donc, si le sérum antiméningococcique agglutine parfoisles bactéries voisines du coccus de Weichselbaum, c’est à la faveur des agglutinines dégroupé ou coagglutinines; les agrjlulinincs qu'il contient visà-vis du méningocoque sont toutes spécifiques.
La propriété agglutinante du sérum antiméningococcique est donc bien spécifique.
Propriété précipitante. — Quand on additionne un extrait autolytique de méningocoque authentique d’une minime quantité de sérum antiméningococcique non chauffé, il se produit, à la température du laboratoire, un précipité dont l’abondance varie avec la quantité de sérum ajouté (Brückner et Gristeanu, Dopter et Rayrn. Koch).
Ici se pose la même question que pour l’agglutination : la réaction précipitante est-elle spécifique? En effet, elle se produit, avec un même sérum, avec les extraits non seulement des méningocoques, mais des pseudo et des para-méningocoques (1).
Extrait
Sérum ajouté :
autoly tique.
Dipl. ph. Flavus I.
M. cinereus
M. calarvhalis
Méningocoque B...
l’araméningocoquc.
Dipl. crassus
On voit ainsi que, si l’extrait du méningocoque B donne un précipité net avec 1/20® de goutte, les pseudo-méningocoques peuvent donner la même réaction avec 1/5° et même 1/10° de goutte.
J’ai cherché à connaître la nature de ces précipitines ainsi obtenues. A priori, les précipitines des pseudo-méningocoques devaient rentrer dans le cadre des coprécipitines. L’expérience de l'absorption des précipitines le prouve nettement.
Dans un tube A, on mélange à parties égales de l’extrait aulolytique d’un méningocoque, et du sérum antiméningococcique; dans
(1) Dopter, Société de Hioloyie , 1909,
302 Cil. DOPTER. — SÉROTHÉRAPIE ANTIMÉNINGOCOCCIQUE.
un tube B, le même sérum et l’extrait de Dipl. crassus. Dans les deux, un précipité très abondant se forme; on les abandonne à la température du laboratoire pendant vingt-quatre heures, en ayant soin de les agiter de temps à autre. Le lendemain, le précipité s’est déposé et la partie supérieure du mélange (sérum dilué à 1/2 est claire. On la prélève et on la fait agir, d’une part, sur les mêmes extraits neufs de méningocoque et, d’autre part, de Dipl. crassus. On constate alors ce qui suit :
Le sérum du tube A est sans action précipitante sur l’extrait de méningocoque et l’extrait de Dipl. crassus. Par conséquent, le pouvoir précipitant du sérum y est annihilé, et les précipitines sont spécifiques.
Le sérum du tube B, au contraire, a conservé son activité précipitante sur l’extrait de méningocoque. Par conséquent, les précipitations obtenues par mélange du sérum et de Dipl. crassus ne sont pas spécifiques ; le pouvoir précipitant spécifique étant respecté, il s’agit donc bien de coprécipitines (1).
L’expérience, répétée avec les Flavus 1 el 111, a donné des résultats identiques.
Cette réaction précipitante a été appliquée par H. \ incent et Bellot au diagnostic de la méningite cérébro-spinale : à L gouttes de liquide céphalo-rachidien, éclairci par centrifugation prolongée, on ajoute une ou plusieurs gouttes de sérum antiméningococcique non chauffé ; un tube témoin contient du liquide céphalo-rachidien seul ; on met le tout à l’étuve à 37° ou à 53° pendant vingt-quatre heures. On constate alors que le tube contenant l’antisérum présente une opalescence qui n’existe pas dans le tube témoin ; pour \ incent et Bellot, ce trouble résulterait de la précipitation produite par le sérum sur les poisons émanés du corps bactérien du méningocoque.
Une expérience, basée sur de multiples examens pratiqués par ce procédé, ne me permet pas de souscrire entièrement à ces affirmations. En effet :
1° Même quand il s’agit de méningite méningococcique à la période d’état, la réaction peut être nulle ;
2» La réaction peut être positive, même quand le méningocoque n'est pas en cause, et que la méningite a été produite par le streptocoque, le pneumocoque, le catarrhalis , le Diplococcus crassus , un paraméningocoque. Ces constatations s expliquent par la teneui du sérum en coprécipitines signalées plus haut. De [dus, dans 3 cas de
(1) Une série de tubes témoins était instituée, dans lesquels le mélange a été fait avec la même quantité d’extrait, et le sérum dilué à demi pour ramener les proportions au taux ou il existait dans les tubes O à l’expérience de la saturation était effectuée.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
méningite tuberculeuse, vérifiés à l'autopsie, et où la tuberculose était seule en cause, la réaction s’est montrée nettement positive. Ces faits sont donc de nature à troubler le diagnostic, et à faire prendre l’infection méningococcique pour toute autre infection ;
3° Entin, la réaction peut se produire encore avec le sérum de cheval normal. Letulle et Lagane ont signalé, d’autre part, qu’elle pouvait être spontanée avec le liquide céphalo-rachidien seul.
Pouvoir sensibilisateur. — Les travaux de Wassermann et Brück, Krumbein et Schatilolf, Kraus et Baecher, Vannod, Dopter, etc., ont démontré que le sérum antiméningococcique contenait des ambocepleurs spécifiques pour le méningocoque et son extrait.
La réaction peut s’effectuer, soit par la méthode ancienne de Bordet-Gengou (Dopter), soitparle procédé, dérivé de cette dernière, que Wassermann a employé pour le séro-diagnosticde la syphilis. Wassermann et Brück prennent comme antigène l’extrait autolytique des cultures de méningocoques. La fixation du complément s’obtient de la même façon, en utilisant comme antigène des microbes vivants (Krumbein et Schatilolf, Dopter).
Les ambocepteurs décelés par cette réaction sont spécifiques, car
1° La fixation du complément ne s’obtient qu’avec le sérum antiméningococcique; 2° elle est nulle quand, au lieu de ce dernier, on emploie des antisérums différents (sérums antistreptococcique, antipneumococcique, antigonococcique, etc.). Le tableau suivant le démontre nettement :
ÉMULSION de méningocoques.
SÉRUM
antiméningo-
coccique.
SÉRUM
antityphique.
SÉRUM
antigonococ-
cique.
SÉRUM
antistrepto-
coccique.
i gouttes d’une émulsion d’un tube d’agardans 2 cent, cubes d’eau physiologique "
0 signifie : pas d’hémolyse.
± signifie : début d’hémolyse. + signifie : hémolyse nette.
Cette spécificité se montre encore quand on fait agir le sérum antiméningococcique sur le méningocoque et des germes différents, quoique rapprochés de ce dernier:
30/1 Cil. DOPTER. — SÉROTHÉRAPIE ANTIMENINGOCOCCIQUE
SÉRUM
antiméningo-
coccique.
MÉNINGO-