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EFFETS DU SÉRUM ANTIMÉNINGOCOCCIQUE EN THÉRAPEUTIQUE HUMAINE

L’application de la sérothérapie antiméningococcique à la médecine humaine a montré son indiscutable efficacité sur les diverses manifestations pathologiques de la méningococcie : manifestations méningées et extra-méningées.

Traitement de la méningite cérébro-spinale.

Son efficacité dans le traitement de la méningite repose sur les données suivantes :

1° Diminution de la mortalité';

2° Atténuation des symptômes dans chaque cas particulier;

3° Réduction delà durée de la maladie, et rareté des séquelles:

4° Diminution de la proportion des séquelles.

1. Diminution de la mortalité. —La méningite cérébro-spinale est une affection grave; si, en certains cas, sa mortalité atteint à peine 30 p. 100, en d’autres, on la voit s’élever fréquemment a 70, 80 et même 100 p. 100. D’une façon générale, on estime que la

(I) Mktchnikofv, Annales de l'Institut Pasteur, 1S'.'5, p. 414.

léthalité moyenne, quand la méningite sévit à 1 état épidémique, oscille entre GO et 80 p. 100. Chez les enfants de moins d’un an, elle est plus sévère encore, car elle atteint facilement 90 et même 100 p. 100.

Or, dans les cas où la méningite cérébro-spinale bénéficie de la sérothérapie, la mortalité subit une diminution considérable, ainsi

un para- ou un pscudo-méningocoquc.

que plusieurs statistiques importantes l’affirment de la façon la plus éclatante :

Flexner, réunissant tous les cas traités par son sérum, comptait 442 cas ayant donné 147 décès, soit une mortalité globale de 33 p. 100. De ce chiirre, il défalque 49 cas où le sérum a été injecté en des atteintes foudroyantes ou sur des moribonds, et en des cas où la mort est survenue à la suite d’une infection intercurrente.

Dans ces conditions, il reste 393 cas avec 98 décès, soit 23,4 p. 100.

Donc : mortalité globale, 33 p. 100;

312 CH. DOPTER. — SÉROTHÉRAPIE ANTIMÉNINGOCOCCIQUE.

Mortalité rectifiée, 25,4 p. 100.

Dans une statistique plus récente, Flexner a réuni 712 cas avec 224 décès, soit une lélhalité brute de 31,4 p. 100.

Or, pendant les années précédentes et durant la période où ces essais ont été tentés, les atteintes non traitées par le sérum ont donné une mortalité incomparablement plus élevée, oscillant entre 70 et 80 p. 100 (G. Robb : 72,3 p. 100; Ker ; 80,5 p. 100 ; Dünn :

Entre les mains de Krohne, Léry, Hohn, Tobben, Em. Crocco, le sérum de Kolle et Wassermann a donné les résultats qui suivent :

Krohne

. 22 cas.

décès.

Lévy

Hohn

Tobben Sîoos:::

E . Crocco

158 cas.

décès, soit 18,35 p

il est vrai que Matthes et Hochhaus à Cologne n'ont pu réduire la mortalité : mais leurs malades ont été insuffisamment traités; leurs résultats ne sauraient être retenus.

Récemment Lévy disposait de 164 atteintes avec 30 décès, soit 18, 29 p. 100. En retranchant 11 cas foudroyants et 6 autres où la mort a été attribuée à des complications, il reste 147 cas avec 13 décès, soit 8,84 p. 100.

Avec le sérum de Jochmann, Schone a pu abaisser la mortalité de 53 à 27 p. 100. Raczinski cependant n’aurait observé aucun effet favorable. Jehle, utilisant le sérum de Markl, la voit diminuer de 80 à 45 p. 100.

En France, au cours des épidémies de 1909, 1910, 1911, de nombreux cas ont été traités par le sérum que j’ai préparé à l'Institut Pasteur.

Pour juger de son efficacité, j’ai réuni toutes les observations publiées ou inédites où seul il a été utilisé.

J'ai eu connaissance de 882 atteintes survenues en diverses régions de France. En certaines localités, la sérothérapie a été employée systématiquement chez tous les malades; en d’autres, les praticiens n’y ont eu recours que dans les cas graves et désespérés.

Or, ces 882 cas ont fourni 129 décès, soit une mortalité globale de 14,5 p. 100. De ces atteintes, on peut légitimement défalquer les cas où :

1° Le sérum a été injecté in extremis et où le malade a succombé quelques heures après l’injection (28 cas);

2° Les malades ont succombé par suite d'affections étrangères à la méningite, les phénomènes méningés ayant complètement rétrocédé (4 cas) ;

Soit : 32 cas qu'on peut éliminer de la statistique. Restent donc 850 cas, dont 97 se sont terminés par la mort.

l-ig. — Liquide céphalo-rachidien à aspect classique : cellules endothéliales, polynucléaires dégénérés, méningocoques extra et intracellulaires.

La mortalité globale atteint donc 14,5, p. 100 et la mortalité rectifiée : 11,7 p. 100.

La comparaison de ce pourcentage avec celui des atteintes non traitées par la sérothérapie à la même époque (05 p. 100 approximativement) est suffisamment éloquente pour qu’on puisse, sans hésitation, croire à l'efficacité du sérum.

Netter, qui a utilisé des sérums de diverses origines dans 100 atteintes, a relevé 28 décès, soit 28 p. 100 de mortalité brute. Sur ces

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28 morts, 19 se sont produites en des atteintes traitées in extremis, ou sont survenues par le fait de « complications sans rapport avec rinfeclionméningococcique(tuberculose, bronchopneumonie, etc., . Donc la mortalité réelle comporte 9 décès surSl cas, soit 10,9 p. 100.

II. Atténuation des divers symptômes dans ehaque cas particulier. — En général vingt-quatre ou quarante-huit heures après une ou plusieurs injections de sérum, on observe une sédation très nette de la plupart des symptômes; en certains cas, l'amélioration est même manifeste au bout de quelques heures.

On voit, en effet, s’atténuer graduellement la plupart des symptômes nerveux : les phénomènes comateux, la céphalée, le délire, l’insomnie s’amendent les premiers ; en même temps, la fièvre diminue : ou bien la défervescence est brusque et atteint la normale le lendemain ou le surlendemain ; ou bien elle s effectue en lysis, demandant trois à quatre jours pour descendre à 37° et s y maintenir. Cette défervescence est souvent précédée d'une légère exacerbation de la température.

L’intensité du signe de Kernig, de la raideur de la nuque s atténue de même, mais ces symptômes persistent encore assez longtemps et survivent, mais plus légers, à la guérison clinique de la méningite. Néanmoins, quand on compare, à formes égales, les malades traités et non traités par le sérum, ces phénomènes de con-

tracture persistent infiniment moins chez les premiers.

Les symptômes auditifs, oculaires, paralytiques subissent une rétrocession analogue.

L’état général s’améliore parallèlement; la pâleur delà face, la déchéance organique profonde qu'on observe si fréquemment, les phénomènes toxémiques disparaissent progressivement.

Enfin, l’amélioration qui se produit peut s’apprécier d une façon précise par l'examen du liquide céphalo-rachidien qui permet de suivre journellement l’état anatomique des méninges et la îétiocession graduelle des lésions.

Son aspect macroscopique renseigne déjà le clinicien. De trouble qu’il était, il devient moins louche, plus clair, reprenant bientôt son aspect normal. Au microscope, on constate que les cellules conjonctives disparaissent; les polynucléaires dégénérés (tig. 22) diminuent de nombre et sont remplacés par des polynucléaires normaux (lig. 23 . des lymphocytes s’y mêlent. En môme temps, les méningocoques deviennent plus rares; ceux qui persistent subissent une baitéiiolysc manifeste, se révélant par le gonflement du protoplasma et son défaut de colorabilité ; la culture, pratiquée à cette époque, reste stérile ; enfin les méningocoques disparaissent complètement, es-

polynucléaires deviennent de moins en moins abondants et une formule lymphocytaire (fîg. 24) fait progressivementplace àlapolynucléose initiale, annonçant ainsi la guérison prochaine. L’étude chimique du liquide montre la disparition de l’albumine et du glucose; de même les produits de désintégration microbienne disparaissent, ainsi qu’en témoigne la réaction négative des précipitines.

l'ig. 23. — Liquide céphalo-rachidien vingt-quatre h quarante-huit heures après l'injection du sérum. Polynucléaires normaux. Quelques lymphocytes. Pas de méningocoques.

Cette marche régressive, habituellement rapide, des symptômes et des lésions méningées dans chaque cas particulier sont des témoins indiscutables de l’efficacité du sérum. Mais où celte dernière s’affirme hautement, c’est dans les cas où des rechutes successives se produisent dès que les injections sont suspendues; chaque nouvelle intervention est suivie de la même rétrocession des phénomènes cliniques (fîg. 2:>).

316 CH. DOPTEFt. — SÉROTHÉRAPIE ANTIMÉNINGOCOCCIQUE.

Telle est le plus souvent la marche de l’amélioration observée, mais les symptômes ne disparaissent pas toujours d'une façon au'si régulière; leur atténuation peut subir une véritable dissociation; on peut voir, en effet, la température s’abaisser alors que certains phénomènes persistent, ou bien les troubles méningés disparaissent, la température restant la même et l’état général restant précaire.

Kig. 24. — Liquide céphalo-rachidien d'une méningite en voie de guérison. Lymphocytes.

différents les éventualités qui peuvent se produire :

Dans un premier type, la chute de température commence après 'injection de sérum, s’effectuant en crise (fig. 26) ou en lysis (fig. 27); l’état général s’améliore en même temps; la céphalée, l’insomnie, elc. cessent; la contracture de la nuque cl le signe de Kernig s’atténuent, puis disparaissent plusieurs jours après. L amelioration porte donc simultanément suintons les sjmptômcs.

A cet égard, il y a lieu, avec Lévy, d’envisager sous trois aspects

Dans un deuxième type, la fièvre reste élevée et peut même s’exacerber durant les jours qui suivent; cependant l’état général devient meilleur, et les symptômes cardinaux rétrocèdent.

Enfin, dans un troisième type, où l’efficacité du sérum paraît moins nette, aucun changement brusque ne survient tout d’abord dans l'élal du malade; ce n’est que quelques jours plus lard que se

Fig. 26. — Défervescence brusque. Fig. 27. — Défervescence en lysis.

dessine lentement l’amélioration de la fièvre, de l’état général et des divers symptômes.

III. Réduction de la durée de la méningite. — La rapidité habituelle de l’action du sérum entraîne une réduction notable de la durée des symptômes méningés. D’une façon générale, à part quelques formes rebelles qui se prolongent deux, trois, quatre semaines, et que nous étudierons plus loin, la durée de la maladie n’excède pas huit à douze jours. D’après Netter, « avantle sérum, les

318 CH. D OP'l'FR. — SÉROTHÉRAPIE ANTIMÉNINGOCOCCIQUE.

méningites nécessitant un traitement (le moins d’une semaine étaient dans la proportion de 18 p. 100. Elles sont dans une proportion de 06 p. 100 après le sérum. La proportion des guérisons se faisant attendre plus de deux semaines était, avant le sérum, de 62 p. 100; depuis le sérum, elle est de 9,7 p. 100. »

De plus, la convalescence est beaucoup plus courte que dans les cas non traités par le sérum; l’état général est meilleur, les forces reviennent plus rapidement, et le malade ne présente pas ce faciès sans vie, ce regard terne, indifférent, figé, les traits immobiles qui constituaient le masque spécial des méningitiques guéris par les moyens anciens (Salebert).

IV. Diminution de la proportion des séquelles. — Celte rapidité dans la rétrocession des troubles méningés entraîne une autre conséquence : c’est la rareté des séquelles, 1 application du sérum ne leur laissant pas, en général, le temps de se développer.

Avant l’avènement de la sérothérapie, Netter observait 23,5 p. 100 de séquelles sur les sujets qui survivaient; en maints épisodes épidémiques, nombre d’auteurs ont observé jusqu à 70 et 80 p. 100 de ces complications (surdité, cécité, paralysies diverses) entraînant le plus souvent des infirmités délinitives et incurables. Depuis la sérothérapie, Flexner enregistre 2,50 p. 100 de séquelles, Netter 0,30, Dopter 6,70. Et encore est-il juste (l'ajouter que la plupart de ces séquelles surviennent à la suite des lésions déjà établies avant que les malades n’aient été traités par le sérum ; celles qui apparaissent après le traitement spécifique peuvent s’expliquer, d’après Triboulet. par l’organisation des lésions que le sérum n'a pu atteindre.

Mode d’emploi du sérum antiméningococcique.

11 ne suffit pas d’employer la sérothérapie antiméningococcique pour guérir ses malades, il faut savoir l'appliquer.

I. Voies d'introduction du sérum. — A. Injections souscutanées. — Lors des premières tentatives de sérothérapie antiméningococcique, le sérum a été introduit par la voie hypodermique. Les statistiques ci-dessous montrent l'inefficacité absolue de la

méthode :

Mortalité après injections sous-cutanées.

Mortalité sans sérum

Tobben

lluber.

Ch. Müller G. Robb . . .

Currie

AV. Scbufiz

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