V. de Vincent (autolysat
(1) D'après 11. Vincent, Oull. Académie de médecine, t. I.XXI, 1911, p. 206.
RÉACTIONS HUMORALES.
Réactions humorales : les Anticorps.
Devant l’impossibilité où l’on se trouve de démontrer directement l’apparition de l’immunité, au moins chez l’homme, — le seul procédé irréfutable de démonstration étant l'inoculation d’une dose microbienne sûrement dangereuse, — on a cherché à Lourner la difficulté. Différents travaux, ceux de Pfeiffer et Kolle entre autres, avaient montré que le sérum des convalescents de fièvre typhoïde renferme certaines substances, des anticorps; les mêmes substances se retrouvaient dans le sérum des animaux vaccinés. On paraissait dès lors fondé à considérer comme immunisé tout individu — ou tout animal — dont le sang renferme ces anticorps : substances bactéricides, agglutinines, stimulines, opsonines, etc.
En réalité, quoi qu’il ait été dit à ce sujet, il est hors de toute contestation que l’immunité n’est pas liée à l’existence dans l’organisme des anticorps. Pour les agglutinines, par exemple, NVidal et Sicard ont bien montré qu’elles existent au cours de la lièvre typhoïde humaine, alors qu’elles diminuent pour disparaître ensuite au moment de la convalescence et après la guérison, c’est-à-dire au moment où précisément l’immunité apparaît; c’est d’ailleurs pour avoir compris que l’agglutination estune réaction d’infection (et non une réaction d’immunité) que Widal et Sicard ont pu mettre au jour le sérodiagnostic.
De même, les substances bactéricides, abondantes chezles typhiques en évolution, disparaissent, en général, chez les convalescents; et des typhiques guéris, dontlesang était exceptionnellement bactéricide, n’en ont pas moins présenté des rechutes (Stem et Korte, Jürgens). Les différentes propriétés spécifiques du sérum peuvent d’ailleurs être dissociées : ainsi, d’après llarrison, le vaccin chloroformé immunise très bien l’animal et développe chez lui les propriétés bactéricides, alors que les agglutinines augmentent fort peu ; Pfeiffer et Kolle ontconsfaté le même fait pourleur vaccin quand il est conservé depuis quelque temps; inversement, Perrone avance que l’injection de bacille typhique refroidi fait apparaître le pouvoir agglutinant, sans conférer l’immunité.
En réalité, les anticorps sont des témoins de l’infection ; cette infection à son tour est généralement suivie de l’immunisation. C’est donc à titre indirect que l’étude des anticorps peut être utile : ils accompagnent l’infection, sans toutefois mesurer le degré de cette dernière; ils permettent de prévoir, plutôt que de démontrer 1 apparition de 1 immunité. Leur recherche présente néanmoins, on le conçoit, un grand intérêt.
E. SACQUÊPÉE. — VACCINATION ANTITYPHIQUE.
L’élude des anticorps (1) a été faite avec beaucoup de soin par nombre d’auteurs : Wright, Leishman, fletsch et Kutscher, Harrison, H. Vincent, etc. Ces divers travaux montrent que le pouvoir bactéricide du sérum augmente à la suite des inoculations; mais l'élévation ne se fait guère sentir avant le septième jour. Suivant Hetsch et Kutscher, chez les sujets vaccinés par la méthode de Pfeiffer et Kolle, le pouvoir bactéricide, qui atteint au plus 1 p. 10 avant l’expérience, monte à 1 p. 100, 1 p. î>00, même 1 p. 1000 au septième jour après la première injection; il s’élève souvent à nouveau après la deuxième. Les substances bactéricides seraient beaucoup moins abondantes après l’emploi des méthodes de Bassenge et Rimpau, de Neisser et Shiga, de Wassermann, de Wright (1 p. 10 à t p. 100) ; mais il faut signaler que d’autres auteurs ont donné des chiffres sensiblement différents.
Le vaccin de M. Renaud n’élève que dans une faible mesure les propriétés bactéricides (et agglutinantes).
Le vaccin de Bassenge et Mayer provoquerait, suivant ces derniers, un pouvoir bactéricide intense, mais tardif, atteignant 1 p. 100 à 1 p. 10 000 après quatre semaines; Bischoff toutefois conteste ces assertions, et réduit à 200 ou 600 le (aux bactéricide.
Friedberger et Moreschi disent que leur inoculation intraveineuse est aussi active, en ce qui concerne la production des substances bac-
(1) Pour la recherche du pouvoir bactéricide, consulter l’article de Salimbeni sur le choléra (même volume). Voici des notions générales concernant la recherche du pouvoir agglutinant et du pouvoir opsonique.
1° Agglutination. — Lestravauxde Widal etSicard ont montré que le sérum d’individus, atteints de maladies diverses, possède la propriété d’agglutiner les microbes spécifiques de la maladie en cause; ainsi, le sérum des typhiques agglutine le bacille d’Eberlh. L’agglutination consiste en ce double fait que, mis en contact avec les sérums actifs, les microbes, d abord mobiles et isolés, s’immobilisent et se réunissent en amas. — Comme procédé de recherche, on fait généralement agirle sérum sanguin, soitsur unecullurede bacille typhique en bouillon, soit (de préférence) sur une émulsion dans l’eau physiologique d’une culture sur gélose. On mélange 1 partiede sérum à 50, 100..., etc. parties de culture ; après une demi-heure environ de contact, à la température ambiante, on examine au microscope : s i! y a agglutination, on constate l’existence d’amas, formés de bacilles agglomérés (procédé microscopique). — On peut encore ( procédé macroscopique) mélanger aux mêmes proportions culture et sérum, placer le mélange en tube etlilé, et attendre quelques heures ; s il y a agglutination, le mélange s’éclaircit, en même temps qu’il se fait au fond un dépôt grumeleux. — L’n dernier procédé, peu employé aujourd’hui, ne peut être utilisé que si le sérum est absolument stérile : on ajoute X gouttes de sérum à un tube de bouillon, on ensemence avec du bacille typhique, on place à l’étuve pendant vingt-quatre heures; au bout de ce temps, si le sérum est agglutinant, le bouillon est clair, les microbes sont réunis en amas floconneux au fond du tube. S’il n’y a pas agglutination, le liquide est uniformément trouble. — Le taux (T agglutination t ou index agglutinatif , c’est-à-dire la dilution la plus forte à laquelle le sérum produit encore l’agglutination, varie beaucoup suivant les malades et suivant les microbes; il s’élève facilement à plusieurs mille pour le bacille typhique, et ne dépasse souvent pas quelques unités pour le pneumocoque (Besançon cl GritTon).
2° Opsonines. — Wright et Douglas ont constaté que le sérum des malades, atteints de maladies infectieuses, possède la propriété de favoriser la phagocytose des microbes
REACTIONS HUMORALES.
téricides, que l’inoculation sous la peau de doses jusqu’à 24000 fois
plus fortes. ...
Après 4 inoculations du vaccin de H. Vincent, le pouvoir bactéricide s’élève à 1 p. 1000 et 1 p. 2 000; il a même atteint une fois 1 p. 5 000.
Le sérum des mêmes sujets acquiert en même temps un pouvoir bactêrioly tique manifeste (H. Vincent).
Les agglutinines se développent également. Iletsch et kutscher trouvent, au septième jour, des index agglutinatifs de 100 à 1000 après la première inoculation du vaccin de Pfeiffer et Kollc; la deuxième inoculation n’augmente généralement pas le pouvoir agglutinant. Les chiffres seraient moins élevés pour les autres méthodes essayées (20 à 2001. Avec la méthode de Wright, le taux d’agglutination peut atteindre 2000 à 4 000, du vingt-deuxième au vingt-cinquième jour après l’inoculation (Leishman). Après inoculation du vaccin de H. Vincent, le pouvoir agglutinant apparaît, mais dans une mesure très variable, de 1 p. 80 à 1 p. 1000. Tous les auteurs sont d'ailleurs d’accord pour déclarer que les divers procédés de vaccination antityphique exaltent, à des degrés variables, les propriétés agglutinantes des sérums.
Les stimulines et les bactériolysines augmentent de même, d’après Leishman, ainsi que les opsonines, d’après Ilarrison. Avec le sérum de lapin inoculé, l’épreuve des opsonines donnerait, comme chiffre moyen de bacilles par leucocytes, 5 pour le vaccin stérilisé à 53° ; 4, 4 pour le vaccin chloroformé; 3, 1 pour le vaccin stérilisé à G0°, au lieu de 2,2 pour le sérum de lapins normaux.
Ces diverses propriétés du sérum ne persistent pas indéfiniment;
spécifiques de la maladie, quand on met ces microbes en contact avec le sérum spécifique. — La technique actuelle est la suivante (Jousset, Bulletin médical , mai 1907) : on prépare des globules blancs, d’homme ou d’animal (en provoquant un exsudât dans le péritoine du cobaye par injection de bouillon, d’aleurone, etc. ; en centrifugeant du sang oxalaté, etc.); on prépare également une émulsion microbienne dans l’eau salée t\ 1,5 p. 100 (émulsion de cultures sur gélose) ; enfin, on a entre les mains, d’une part du sérum humain normal, d’autre part, le sérum humain à expérimenter. — On mélange à parties égales globules blancs, émulsion microbienne et sérum du malade; le mélange est placé vingt minutes à 37°; au bout de ce temps, on étale le mélange sur lames, on colore : les globules blancs ontabsoibé des microbes. Le coefficient phagocytaire est le nombre de microbes englobés par leucocyte. Par exemple, si 50 polynucléaires ont absorbé 1 S l bacilles, le coefficient phagocytaire est
-— = 3,62. — On répète la même expérience, en substituant au sérum du malade le sérum
normal (soit un mélange globules blancs-)- microbes -f- sérum normal). On obtient ainsi le
coefficient phagocytaire, normal. Ce sera par exemple—— ■ = 3,25. — On désigne sous le nom
d'index opsonique le rapport du coefficient phagocytaire du malade au coelficient normal. Il 3,62
sera, dans notre exemple, de— r = 1,1.
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elles s’atténuent peu à peu, el finalement disparaissent. Ward toutefois aurait constaté la persistance du poûvoir bactéricide et de l'agglutination après quatre ans un quart; de même, Harrison trouve encore un taux bactéricide de 1 p. 40 (taux normal, 1 p. 10, et un index agglutinalif de 1 p. 20 chez un sujet vacciné six ans auparavant, et qui n’avait jamais présenté de fièvre typhoïde.
Nous verrons plus loin que, parfois, les sujets vaccinés se trouvent être pour quelques jours en état de phase négative : cette môme phase négalive se trouve éventuellement dans l’évolution des anticorps. Ainsi, Hetsch et Kutscher signalent que, chez quelques-uns de leurs sujets, le pouvoir bactéricide et l’index agglutinalif élaienl moins élevés sept jours après la deuxième injeclion que sept jours après la première; mais la réaction n’est que retardée, caries chiffres s’élèvent ensuite vers le quinzième jour. Wright avait antérieurement fait les mêmes observations et montré que la phase négative est généralement d’autant plus durable que la dose inoculée est plus forte. II. Vincent n’a pas constaté, au contraire, de diminution du pouvoir bactéricide, chez les animaux inoculés avec son vaccin. Ces résultats variables s’expliquent facilement ; l’injection de produits microbiens amène dans l’organisme des antigènes qui se fixent sur les anticorps préexistants, et cette fixation diminue la quantité des anticorps libres. En fait, l’abaissement des propriétés bactéricides du sérum doit toujours exister; mais il est d'autant moins marqué que la quantité d’antigène injectée est plus faible; il peut être évident avec les fortes doses de Wright, alors qu’il n’est plus appréciable quand on emploie l’extrait de 11. V incent. Il y a par suite intérêt à n’injecter au début que des doses faibles, comme l’ont reconnu tous les observateurs.
Friedberger et Pfeiffer ont constaté chez le cobaye que, même peu de temps (8 à 36 heures) après l’injection, les animaux inoculés se montrent plus résistants que les animaux témoins, ce qui tendrait à faire penser que la phase négative du début n’augmentepas leur sensibilité à l’infection ; mais certaines observations (voir plus loin) démontrent qu’il n’en est pas de même chez l'homme.
Suivant Leishman, il y aurait parallélisme entre l’élévation du pouvoir bactéricide et l’élévation du taux d’agglutination; remarque intéressante, car la recherche de l’agglutination, beaucoup plus facile, suffirait à mesurer, très approximativement d'ailleurs, le degré de l’infection. Mais llelsch el Kutscher estiment, au contraire, que les deux courbes ne sont nullement parallèles; la question reste donc à l’étude.
Phase négative. — Le but de la méthode est de procurer à l’orga-