‹ Médicaments microbiensChapitre 154 sur 216 · SALI M BENI. — VACCINATION ANTICHOLËRIQUE · texte numérisé non relu

SALI M BENI. — VACCINATION ANTICHOLËRIQUE

1° II permettail un dosage plus précis de la substance vaccinante;

2 La réaction locale et générale causée par les inoculations vaccinales était pour ainsi dire insignifiante ;

3° L'immunité conférée par les microbes morts était aussi complète et aussi durable que celle provoquée par les microbe, vivants.

Plus tard, Tamancheff (1), après avoirconstaté quele vibrion cholérique tué par l’acide phénique à la dilution de 0,5 p. 100 garde tout son pouvoir immunisant, préconisa l’emploi des cultures phéniquées pour la vaccination de l’homme.

Presque à la même époque, llafTkine reprenait l'étude de la vaccination au moyen de microbes vivants, el en 1892 faisait connaître son procédé que nous décrirons en détail plus loin.

Dès 1885, Ferran (2) avait observé que les personnes vaccinées par des injections hypodermiques de vibrions, ne présentaient qu'une « cholérine, guérissant spontanément », lorsqu’elles ingéraient cinq à six gouttes de cultures capables de tuer le cobaye en injection sous-cutanée.

La valeur de cette observation, au point de vue de l'efficacité de la vaccination, fut considérablement diminuée par des expériences de contrôle, instituées par Ferran lui-même, sur des personnes n'ayant subi aucun traitement préalable.

En effet, celles-ci, comme les vaccinés, ne présentèrent, après l’absorption de vibrions, que des troubles insignifiants; Ferran concluait de ces expériences que « la disparition spontanée du choléra est due à ce que la masse contaminable de la population se trouve vaccinée », et il proposait de vacciner les hommes en infectant les « eaux potables avec de grandes quantités de cultures atténuées de « bacille virgule ».

Le problème de la vaccination intestinale, étudié plus lard par Ilasterlik, Klemperer, Sawtchenko el Zabololny, et surtout par Metchnikoff, était posé.

Des cultures de vibrions dans la gélatine, ingérées sansalcalinisation préalable de l’estomac par Ilasterlik (3), ne déterminèrent chez celui-ci aucun trouble, ni local, ni général. Il avala plus tard, avec un de ses collaborateurs, qui lui servit de témoin, une culture du même vibrion, après avoir neutralisé l’acidité gastrique en absorbant 1 gramme de bicarbonate de soude. Le collaborateur eut une diarrhée moyenne, tandis que Ilasterlik n'éprouva aucun effet.

(1) .In», de l'insl. Pasteur, 1892, p. 713.

(2) L'inoculation préventive contre le choléra morbus asiatique, Paris. 1893, p. 90-92.

(3) H'iener klin. Wochenschr., 1893, p. 107.

VACCINATION PRÉVENTIVE

Pour Galïky (1), Hasterlik avait été vacciné par les cultures ingérées précédemment. Klemperer (2), quelque temps après, puis Sawtchenko et Zabolotony (3) étudièrent sur eux-mêmes la vaccination intestinale à l’aide de cultures de vibrions tués par la chaleur.

Klemperer, après avoir ingéré, en douze jours, un demi-litre de culture en bouillon de vibrions, stérilisée pendant deux heures à 70°, limita ses recherches à la simple constatation de l’augmentation des propriétés préventives de son sérum vis-à-vis de la péritonite vibrionienne du cobaye.

Sawtchenko et Zabolotny allèrent plus loin. Dans l’espace de deux mois, ils absorbèrent l’un fsr, 758, l’autre 2sr, 310 (poids sec) de vibrions tués par la chaleur, desséchés dans le vide et remis en suspension dans l’eau phéniquée à 0,5 p. 100. Bientôt après, ils avalèrent 1 centimètre cube d’une culture de vibrion en bouillon, développée à 37° pendant vingt-quatre heures, après avoir bu 100 centimètres cubes d’une solution à 2 p. 100 de bicarbonate de soude. Les vibrions ingérés ne produisirent aucun effet nuisible, bien que les déjections renfermassent pendant plusieurs jours un nombre notable de vibrions. Sans compter que le manque de témoins enlève aux expériences de Sawtchenko et Zabolotny une grande partie de leur valeur, il faut reconnaître aussi qu’un traitement préventif de deux mois ne serait guère pratique.

C’est sans aucun doute à Metchnikoff (4) que nous devons les expériences les plus précises sur la vaccination intestinale contre le choléra. Ayant constaté sur lui-même et sur un certain nombre de ses collaborateurs que le vibrion cholérique, ingéré sans alcalinisation préalable de l’estomac, reste le plus souvent sans effet ou ne détermine qu’une diarrhée passagère et tout à fait insignifiante, Metchnikoff, ainsi que ses collaborateurs qui avaient avalé une première fois des vibrions et d’autres qui n’avaient subi aucun traitement préalable, absorbèrent de nouveau des cultures cholériques, après avoir alcalinisé l’acidité gastrique. Les résultats de ces recherches ne furent pas bien concluants.

Dans certains cas, l’efficacité de la vaccination semblait manifeste, dans d’autres douteuse et dans d’autres enfin négative.

Metchnikoff en concluait que « l’ingestion de cultures cholériques ne protège pas sûrement contre l’effet pathogène du vibrion de Koch ».

(1) Vcrhandl. des XII (long. f. inn. Mcdicin., 1893, p. 49.

(2) Berliner l clin . Woch . , 189:!.

(3) Wratc/i ., 1893, p. 57l\

(4) Ann. du l'Inst. Pasteur, 1894, p. 541.

SALI MBEN1.— VACCINATION ANTIOHOLfillIQCE.

Contrairement à l’opinion de Klemperer (t), Metchnikoff '2j avait démontré, en outre, par de nombreuses expériences sur l'homme sain et atteint de choléra, que ni l’immunité naturelle ni la guérison ne pouvaient être expliquées par la propriété préventive du sang vis-à-vis de la péritonite vibrionienne.

Kolle (3), quelques années plus tard, se mit à rechercher d’une façon systématique les propriétés préventives du sérum des animaux et des hommes qui avaient reçu en injection sous-cutanée des vibrions vivants ou tués par la chaleur, le chloroforme ou la solution d’acide phénique à 0,3 p. 100. Ces expériences lui montrèrent :

1° Qu’une seule injection de microbes vivants donne une immunité aussi solide et aussi durable que plusieurs injections répétées;

2° Que les vibrions tués par la chaleur, le chloroforme ou la solution d’acide phénique à 0,5 p. 100, donnent à peu près les mêmes résultats que les vibrions vivants. 11 concluait, sans trop se préoccuper des résultats de Metchnikoff, qu’une seule injection de 2 milligrammes de microbes, mis en suspension dans 1 centimètre cube d’eau physiologique et tués par un chautfage à 50°. ou tout simplement mis en suspension dans 1 centimètre cube d’une solution phéniquée à 0,5 p. 100, devait être suffisante pour mettre l’homme à l’abri du choléra.

Les cultures en bouillon de thymus de veau tuées par la chaleur (cinquante minutes à 60° ou dix minutes à 80°), puis placées vingtquatre heures dans la glace, donnèrent à Brieger et Wassermann (4) d’excellents résultats dans la vaccination des cobayes.

Federoff (5) conseilla peu après les cultures en bouillon de thymus âgées de dix jours, stérilisées à 65° pendant cinquante minutes, et additionnées de leur volume de glycérine.

En précipitant par l’alcool absolu des cultures de vibrions en bouillon âgées de trois jours, après les avoir évaporées jusqu’à consistance sirupeuse au bain-marie à 80°, Wassermann (6 obtint une substance qui, desséchée en présence de l’acide sulfurique, tuait par injection intrapéritonéale le cobaye à la dose de 0*r,02. Une dose de 0!r, 005 était au contraire suffisante pour le vacciner contre l’injection d’une dose mortelle de vibrions.

(1) Perliner klin. Woehensehr., 1892, p. 970.

(2) Ann. de. l'Insl. Pasteur, 1893, p. 403, et 1894, p. 538.

(3) Cenlralbl. f. Palet., 1890, vol. XIX, n«‘ 4-5, p. 97. — Deutsch. mcd. Woehensehr., 1897, n° 1, p. 4.

(4) Deutsch. mcd. Woehensehr., IS92, n»31,p. 701. — Zeitsehr.f. Hyg., 1892, vol. XIII, p. 254.

(5) Afedicinskoc Obosreniet 1892, vol. X X X \ 111. p. 523. — Rtf . ftaumg. Jnhresb ., 1892, vol. VIII, p. 345.

(0) Zcitscb. f. Hyg., 1893, vol. XIV, p. 35.

VACCINATION PRÉVENTIVE

Le vaccin proposé par i’InsLilut sérothérapique et vaccinogène de Berne n’est autre chose que la nucléo-protéide retirée des vibrions par le procédé préconisé par Lustig et Galeotti pour la préparation de leur vaccin antipesteux. Les vibrions provenant de cultures sur gélose sont dissous dans une solution à 1 p. 100 de soude caustique. Le précipité obtenu ensuite par l’addition de 1 p. 100 d’acide acétique, est recueilli sur un filtre, lavé à l’eau stérilisée jusqu’à réaction neutre et en lin desséché dans le vide. Une seule injection sous-cutanée de 2 milligrammes de nucléo-protéide ainsi obtenue, mis en suspension dans 1 centimètre cube d’eau légèrement alcaline (0«r,30 p. 100 de carbonate de soude), serait suffisante pour vacciner l’homme contre le choléra.

Nous ne savons pas que ce vaccin ait fait ses preuves dans la prophylaxie anlicholérique.

En 1902, Besredka (1), par un procédé tout à fait original, prépara contre la peste et le choléra des vaccins qui lui donnèrent sur les animaux des résultats excellents. — A des vibrions provenant de cultures sur gélose âgées de vingt-quatre heures et mis en suspension dans l’eau physiologique stérile, Besredka ajoute du sérum anticholérique en quantité suffisante pour obtenir leur agglutination complète. Douze heures plus tard, il aspire le liquide clair et, après avoir lavé à plusieurs reprises le dépôt des vibrions chargés d’ambocepteurs et de récepteurs spécifiques, il le chauffe une heure à 56°. L’immunité chez les animaux inoculés avec des vibrions ainsi traités s’établit dans les vingt-quatre heures qui suivent l’injection et dure six mois environ.

Dernièrement enfin, Strong (2) a préconisé, pour vacciner l’homme contre le choléra, l’emploi de récepteurs libres, obtenus par la simple macération et l’autolyse de vibrions tués par la chaleur. Des vibrions provenant de cultures sur gélose, âgées de vingtquatre heures, sont mis en suspension dans l’eau stérile.

La quantité d’eau doit être calculée de façon que deux anses de vibrions, soit 20 milligrammes (poids humide), se trouvent en suspension dans 1 centimètre cube d’eau.

Les microbes en suspension sont chauffés pendant une heure à 60°, puis abandonnés pendant deux jours à l’étuve à 37° et enfin liltrés à travers une bougie Reichel.

Le filtrat obtenu, injecté dans la veine d’un lapin de 1500 grammes, à la dose de 2 à 3 centimètres cubes, le fait périr en quelques heures.

(1) Ann. de l'Insl. Pasteur , 1902, p. 918.

(2) Publications of llie Pureau of Clovernem. Lab . liiolog . Laboral.. n“ IG, 1904 Manille.

SALI MBENI. — VACCINATION ANTICHOLÉRIQUK.

Injecté à la dose de 1 centimètre cube, l’animal résiste et son sérum acquiert, en une semaine environ, un très fort pouvoir agglutinant et préventif. Chez l’homme, l’injection intramusculaire de 3 à 4 centimètres cubes est toujours suivie d'une réaction locale plus ou moins intense, souvent très douloureuse, et, pendant les premières vingt-quatre à quarante-huit heures, d’une sensation de faiblesse générale accompagnée d’un peu de céphalée et d'une légère élévation delà tempéra ture(l° à 3° Fahrenheit). Le sérum des hommes ainsi traités acquiert très vite un fort pouvoir bactéricide et agglutinant.

Sfrong insiste sur l’intérêt qu'il y aurait à essayer son procédé dans la prophylaxie anticholérique, et il fixe la dose vaccinale pour l’homme à 4 centimètres cubes du filtrat, correspondant aux récepteurs libres de 80 milligrammes de vibrions, poids humide.

Voilà, résumés aussi brièvement quepossible, les différents procédéqui ont été préconisés en vue de vacciner l’homme contre le choléra. Nous n’avons fait que signaler en passant et à leur place chronologique la méthode de Ferran et celle de llaffkine, les seules, nous l’avons déjà dit, qui aient été appliquées en grand à la vaccination de l’homme. Le moment est venu de les décrire en détail.

Méthode de Ferran. — Le vaccin de Ferran n'est autre chose qu’une culture pure en bouillon du vibrion cholérique.

Ferran insiste beaucoup sur la nécessité d'entretenir le vibrion qui doit servir pour la préparation du vaccin, sur de la gélatine nutritive à la température de 20°. C’est, pour lui, le seul moyen de conserver un vibrion sans qu’il perde les propriétés vaccinantes qu'il possède au moment où il est isolé des déjections cholériques. Dans les cultures en bouillon et à la température de 37°, le vibrion, d après Ferran, s’atténue rapidement et perd, en partie tout au moins, sa valeur comme vaccin.

Pour obtenir le vaccin de Ferran, il n’y a donc qu'à ensemencer le vibrion provenant des cultures en gélatine dans des ballons de bouillon alcalinisé et fraîchement préparé.

On laisse les cultures se développer à l'étuve à 37° pendant deux jours et le vaccin est prêt. Lorsqu’il doit être employé promptement, il n’y a aucune précaution à prendre; dans le cas contraire, il y a lieu de le conserver au frais, surtout pendant les fortes chaleurs.

D'après Ferran, l'inoculation du vaccin doit être pratiquée sous la peau, au niveau de la partie moyenne de la région brachiale postérieure, en prenant les précautions habituelles dans la pratique des injections hypodermiques. Quant à la dose, on doit injecter 1 centimètre cube à chaque liras pour la première inoculation ; l00^!

MÉTHODE DE HAFFKINE.

toujours à chaque bras, pour la seconde, cinq à six jours après la

première. Deux injections sont suflisan tes pour mettre l’homme à l’abri

du choléra. On peut cependant, et avec avantage, pratiquer une troisième inoculation de 2 centimètres cubes à chaque bras; l’immunité n’en sera que plus que complète. Pour les enfants, au-dessous de cinq ans, la dose doit être diminuée de moitié.

Les inoculations vaccinales ne donnent lieu à l’apparition d’aucun symptôme grave : une réaction locale plus ou moins intense, toujours très douloureuse, au point d’inoculation ; une légère élévation de la température, un peu de céphalée, une sensation de malaise, de lassitude et parfois un peu de diarrhée.

Tous ces symptômes disparaissent d’ailleurs assez rapidement et, dans les deux à trois jours qui suivent l’inoculation, le retour à la santé est complet. Les troubles locaux et généraux ne nécessitent aucun traitement spécial. On pourra tout au plus protéger le point d’inoculation avec un pansement stérile si la réaction est très forte.

Méthode de Haffkine. — En s’inspirant des principes de vaccination établis par Jenner et Pasteur, Haffkine jugea que, pour arriver à préparer un vaccin anticholérique, il fallait avant tout obtenir, avec le microbe du choléra, un virus fixe et aussi virulent que possible.

11 est en général assez facile de renforcer un vibrion de virulence moyenne, par la méthode classique des passages successifs par le péritoine des cobayes, en faisant une culture sur gélose entre chaque passage. Ce qui est difficile, c’est de le maintenir au degré d’activité atteint, car il survient souvent des chutes brusques de virulence, qui font perdre en un instant ce que l’on avait eu beaucoup de peine à acquérir.

Voici le procédé qui a permis à Haffkine de renforcer et de fixer l’activité du virus dont il se sert pour préparer ses vaccins.

11 injecte d’emblée dans le péritoine d’un cobaye une dose plus que mortelle de vibrions cultivés sur gélose. L’animal meurt assez rapidement avec épanchement péritonéal riche en vibrions.

Cet épanchement, prélevé et in jecté directement dans le péritoine d’un autre cobaye, s’appauvrit en microbes, et amène la mort après un délai plus long, ou bien l’animal se rétablit.

Pour obvier à ce résultat, Haffkine laisse le liquide péritonéal du premier passage au contact de l’air pendant une quinzaine d’heures.

Un second cobaye, injecté dans le péritoine avec ce liquide aéré, succombe alors plus rapidement que le premier. En procédant ainsi île cobaye à cobaye, à l’aide des épanchements laissés à l’air quinze heures environ, le vibrion atteint assez vite, au bout de vingt à

Page 1