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DOSAGE DE L’ACTIVITÉ DU SÉRUM ANTICHOLÉRIQUE

Jusque-là, le sérum préparé avec la toxine ne diffère pas sensiblement du sérum préparé par Pfeiffer avec les vibrions tués et vivants. Mais, tandis que ce dernier n’excerce aucune action sur le poison cholérique et est absolument inactif vis-à-vis du choléra expérimental des jeunes lapins, le sérum préparé avec la toxine neutralise l’action de la toxine cholérique soluble, et agit efficacement à litre préventif et curatif dans le choléra intestinal des lapins à la mamelle.

Sur 27 petits lapins traités préventivement par Metchnikoil (1), 15 survécurent ; sur 37 témoins des mêmes nichées, 6 seulement ne prirent pas le choléra.

Sur 18 lapins qui reçurent le virus cholérique en même temps qu’on leur injectait du sérum, 8 survécurent; tandis que, sur 21 lapins témoins, des mêmes nichées, il n’y eut que 5 survivants.

Dans les deux séries, l’efficacité du sérum est indiscutable : 44 p. 100 de mortalité parmi les traités préventivement avant l’ingestion du virus ; 55 p. 100 parmi les traités au moment de l’ingestion du virus. La mortalité parmi les témoins fut de 84 p. 100 dans la première série et de 76 p. 100 dans la deuxième.

D’une façon générale, nous pouvons dire que les différentes propriétés du sérum anlitoxique sont d’autant plus fortes, que l’immunisation a été poussée plus loin.

Au cours de la vaccination, ce sont les propriétés agglutinantes et préventives qui apparaissent les premières; plus Lard seulement, le sérum devient précipitant et enfin antitoxique.

Le sérum d’un animal fortement immunisé est toujours plus agglutinant in vitro qu’il n’est préventif vis-à-vis de la péritonite vibrionienne ; plus antitoxique vis-à-vis de l’intoxication cholérique expérimentale qu’il n’est précipitant in vitro. Cela veut dire, en d’autres termes, que le pouvoir préventif n’est pas fonction exclusive du pouvoir agglutinant, comme le pouvoir antitoxique n’est pas fonction du pouvoir précipitant.

Dosage de l’activité du sérum anticholérique. — Rien de plus simple que de doser le pouvoir agglutinant, précipitant et préventif du sérum.

Il suffit, pour avoir des résultats constants et comparables, de faire agir le sérum sur une quantité toujours la même de virus ou de toxine.

Pour le pouvoir agglutinant, nous prenons toujours 1/20 d’une culture sur gélose, âgée de dix-huit heures, de vibrions vivants

(1) Ann. île l'inst. Pasteur, 1S9G, n° 3,

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mis en suspension dans \ centimètre culte d’eau physiologique stérile. La plus petite quantité de sérum, capable de déterminer en deux heures à 37° l’agglutination complète des vibrions et l'éclaircissement du liquide, représente le titre agglutinant du sérum mis à l’étude.

Le litre préventif est représenté par laquanlité minima du sérum qui, mélangée à une dose dix l'ois mortelle de vibrions, sauve le cobaye qui reçoit le mélange dans la cavité péritonéale.

Pour déterminer enfin le titre précipitant, on cherche la quantité minima de sérum qui, mélangé invitro àd centimètre cube de toxine, amène la formation d’un trouble évident.

Quant au pouvoir antiloxique, nous devons reconnaître que. jusqu’à présent, les différents auteurs se sont contentés de constater l’existence de l’antitoxine, sans tropse préoccuper de la question du dosage.

11 n’y a pas bien longtemps, une série de recherches personnelles 1 nous ont permis de constater qu’en aucune façon la méthode préconisée par Erlich pour le dosage du sérum antidiphtérique, ne peut être appliquée à la détermination du pouvoir antitoxique du sérum anticholérique. La faiblesse de la toxine et de l’antitoxine, les bases toxiques qui se trouvent dans les liquides, à côté de la toxine, et qui peuvent à elles seules, lorsqu’on dépasse une certaine dose, amener la mort de l’animal, s’opposent à l’application de cette méthode.

Autrefois MelchnikofT, Roux et Salimbeni faisaient leurs essais de la façon suivante :

A une quantité donnée de sérum, ils ajoutaient des quantités progressivement croissantes de toxine, dont ils avaient au préalable déterminé la dose minima mortelle, et ils injectaient le tout sous la peau de cobayes. — D’après les résultats, ils disaient que tel sérum à la dose de t centimètre cube, par exemple, protège un cobaye contre n doses mortelles de toxine. La méthode était évidemment très simple, mais les résultats, nous avons pu nous en convaincre dans la suite, sont loin d'être constants.

En effet, en faisant agir sur des toxines d’activité différente une quantité, toujours la même, d’un même sérum, nous finîmes bientôt par nous apercevoir que, dans de telles conditions, l’activité antiloxique du sérum était très variable. 11 nous arrivait, par exemple, de constater que I centimètre cube d’un sérum qui neutralisait quatre doses d’une toxine, dont la dose minima mortelle pour un

(I,) Ann. do l'inst. Pasteur. 190$, 11° 2.

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cobaye était égale à t centimètre cube, pouvait en neutraliser cinq et six d’une toxine tuant au 2/3 de centimètre cube et pas plus que deux à trois d’une toxine ne tuant qu’à la dose de 2 centimètres

cubes.

Nous avons constaté, en outre, que, pour une toxine de n importe

quelle activité, il fallait en proportion une quantité beaucoup plus

grande de sérum pour neutraliser quatre doses mortelles que pour en neutraliser deux. Ceci, bien entendu, en prenant l’animal comme réactif. Ainsi un mélange toxine et sérum, inoffensit à la dose de 2 centimètres cubes, amenait la mort du cobaye injecté à la dose de 3 et 4 centimètres cubes.

Pour avoir des résultats constants et toujours à peu près comparables, voici la méthode que nous avons adoptée :

Nous faisons toujours nos essais avec une toxine au septième jour dont 1 centimètre cube, en injection sous-cutanée, représente la dose minima mortelle en douze à dix-huit heures pour le cobaye de 250 grammes environ. Nous avons donné la préférence à une toxine tuant au centimètre cube, car c’est la toxine de force moyenne la plus facile à obtenir.

A deux doses mortelles de toxine, soit 2 centimètres cubes, nous ajoutons des quantités variables et progressivement décroissantes de sérum. Après dix minutes de contact in vitro, les différents mélanges sont injectés sous la peau de cobaye. A chaque série quatre cobayes servent de témoins, deux reçoivent sous la peau la dose minima mortelle, et les deux autres le double, c’est-à-dire la dose employée pour les essais du sérum.

Par conséquent, quand nous disons que tel sérum est actif à 0CC,15, cela veut dire que 0c0,lo de ce sérum neutralisent, après dix minutes de contact in vitro, deux doses d’une toxine dont 1 centimètre cube représente la dose léthale minima pour le cobaye de 250 grammes environ.

Sérothérapie humaine. — C’est pendant l’épidémie qui a sévi en llussie en 1908-1909 que la sérothérapie anticholérique aétépour la première fois appliquée au traitement du choléra humain.

Trois sérums, préparés par des méthodes différentes, furent à Saint- Pétersbourg soumis à l’épreuve de la pratique : le sérum préparé par Schouroupow, provenant de chevaux vaccinés par des injections répétées de produits de macération de vibrions cholériques dans l’eau physiologique, dans l’eau distillée, et de cultures sur gélose âgées de vingt-quatre à vingt-huit heures, traités par des alcalis (1) ; le

(I) Schouroupow n'a jamais donné de détails bien précis sur la préparation de ses produits solubles et sur sa méthode d’immunisation des animaux.

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sérum de Kraus, provenant de chevaux immunisés vis-à-vis des produits solubles des vibrions d’EI Tor ; et le sérum préparé à l'Inslilut Pasteur de Paris, d’après la méthode de Metchnikoff. Roux et Salimbeni.

Le tableau ci-dessous résume les résultals obtenus dans les différents hôpitaux dans lesquels les trois sérums lurent appliqués au traitement des cholériques.

schouroupow

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