MODE D’ADMINISTRATION DU SÉRUM
Si l’intervention précoce dans le traitement de la peste a donc une influence favorable dans le pronostic de cette maladie, la quantité et le mode d’administration du sérum ne sont pas moins importants.
Les doses de sérum auxquelles il faut recourir sont beaucoup plus considérables que celles employées dans la pratique courante, dans la diphtérie par exemple. L’infection pesteuse, en etl'et, ne peut être comparée à l’intoxication diphtérique, dans laquelle le sérum thérapeutique neutralise dans l’organisme le poison sécrété par le bacille de Loffler au niveau d’une lésion bien limitée, la fausse membrane.
Dans la peste, au contraire, dès le début, un ou plusieurs territoires lymphatiques sont envahis, l’adénopathie peut être générale et le germe pesteux apparaître dans la circulation sanguine.
Pour lutter avec succès contre une pareille invasion, il est donc nécessaire d’injecter des doses de sérum massives et répétées. Duprat, à Rio-Grande (do Sul), a appliqué cette méthode et administrait le sérum à ses malades par la voie sous-cutanée et à la dose de 200 à 300 centimètres cubes, et même plus, dès la première injection. Selon la gravité de la maladie, des injections de 100 à 150 centimètres cubes étaient renouvelées toutes les douze heures. Cette pratique a donné à Duprat d’excellents résultats, puisqu’il a obtenu 38 guérisons sur 45 traités, ce qui équivaut à une mortalité de 15,5 p. 100. Dans l’Inde, Choksy a traité de la même façon plusieurs milliers de cas; mais il ne dépasse pas la dose de 100 centimètres cubes en une fois et renouvelle les injections, à la même dose, de douze heures en douze heures, puis de vingtquatre heures en vingt-quatre heures.
Cependant, on pourrait objecter à cette voie d’introduction du sérum la résorption assez lente dans le tissu cellulaire et aussi les quantités énormes de sérum que l’on devrait avoir à sa disposition si le nombre des pestiférés était un peu important.
Or, la voie intraveineuse permet de saturer l’organisme d’antitoxine immédiatement et à doses moindres. Calmctte et Salimbeni, lors de l’épidémie d’Oporto, ont démontré l’efficacité de cette méthode en obtenant, dans les cas graves et même dans la pneumonie pesleuse secondaire, des guérisons inespérées. Les quantités injeclées en une fois ne dépassaient pas alors 40 à 60 centimètres cubes de sérum.
Depuis, lous ceux qui ont utilisé cette pratique n’ont eu qu’à se louer des avantages qu’ils en retiraient. Penna, directeur de la maison d’isolement de Buenos-Aires, a employé systématiquement
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lii voie intraveineuse pour ie traitement de ses malades. Il leur injecte d'emblée des doses massives, car il ne donne pas moins de 100 centimètres cubes dès la première injection, suivie vingt-quatre heures après d’une nouvelle injection de même quantité. Enfin, si 1 état général n est pas sensiblement amélioré, il a recours à une troisième injection. Sa statistique porle sur 204 malades et la mortalité ne dépasse pas 14,2 p. 100.
Sur les indications de Gruz, directeur général de la Santé publique au Brésil, cette pratique des injections intraveineuses à très hautes doses a été exécutée sur une vaste échelle et explique la très laible mortalité des pestiférés traités, comme on peut le constater dans les statistiques brésiliennes.
^ Par exemple, dans le service d’Antonino Ferrari, à l’hôpital de Sâo-SebasliâO; sur 69 malades traites exclusivement par des injections intraveineuses de sérum, il y eul un pourcentage remarquable de 7,2 p. 100. On peut encore citer les résultats de Tavarès de Macedo dans la petite, mais très grave épidémie de Campos (1900;, dont le premier cas était une forme pneumonique, passée inaperçue. Les trois médecins, qui avaient été appelés près de ce malade et qui n’avaient pas reçu de sérum, sont morts de pneumonie pesteuse. Tous les cas qui se sont présentés dans la suite au nombre de 15, et dont 7 étaient des pneumonies pesteuses primitives, ont été traités par voie endoveineuse et à doses massives (100 à 350 centimètres cubes) ; trois seulement sont morts, soit une mortalité de 20 p. 100 ; et, en supprimant un pesteux traité, mort moins de vingt-quatre heures après l’intervention, le taux s'abaisse à 13 p. 100.
Un a aussi recommandé l’introduction du sérum par la voie intrapéritonéale, pour remplacer la voie endoveineuse chez les cardiaques et chez les personnes dont le tissu adipeux rend impossible cette méthode d’administration. Elle a été employée pour la première fois chez l’homme, par A. G. Fontes (1), à Rio-de-.laneiro. Comme valeur thérapeutique, bien que supérieure à la voie hypodermique, elle est loin de valoir l’injection intraveineuse. Dans la statistique ci-jointe recueillie par A. Ferrari sur ses malades, il est facile de faire une comparaison entre ces différents modes de traitement.
(1) l’oNTfts, Vaccinaçao c sorotherapia antipcslosas, Rio-dc-Jnnoiro, 1903.