II. — LES TUBERCULINES
Le 4 août 1890, au Congrès international de Berlin, Robert Koch annonçait en ces termes la découverte qu’il croyait avoir laite du remède spécifique de la tuberculose :
« Je possède maintenant, disait-il, le remède cherché. Les cobayes, animaux extraordinairement prédisposés à la tuberculose, résistent, grâce à cette substance, à l’inoculation du virus tuberculeux, et ceux qui sont déjà atteints d’une tuberculose avancée peuvent être guéris sans que cette substance ait une autre influence sur 1 organisme. »
Au mois de janvier suivant (1891), l’illustre bactériologiste faisait connaître la nature de sa « lymphe » que, dans 1 intervalle, Roux et Nocard avaient d’ailleurs reconnue et qu’ils avaient réussi à préparer.
Cette «lymphe », bientôt dénommée tuberculine, était ce que nous appelons aujourd’hui la tuberculine ancienne de Koch ou tuberculine brute, simple produit de concentration des cultures stérilisées de bacilles tuberculeux, préparé de la manière suivante :
Des cultures âgées de cinq à six semaines, développées en voile sur bouillon glycérine à 5 p. 100, sont stérilisées à l’autoclave à 110° pendant une demi-heure. On les concentre ensuite dans des capsules, au bain-marie, jusqu’à réduction au dixième de leur volume primitif, et on les-filtrc sur papier épais recouvert de coton pour en séparer les corps microbiens. Le liquide sirupeux, brun clair, limpide, qui passe à travers le filtre, est la tuberculine brûle. Celle-ci, maintenue à l’abri de la lumière, conserve pendant très longtemps ses propriétés. Pour l’usage, il faut la diluer dans l’eau stérile, et, ces dilutions s’altérant très rapidement, il est nécessaire de les préparer au fur et à mesure des besoins.
R. Koch avait constaté que celle tuberculine est inoffensive poulies animaux sains. Le cobaye en supporte 2 centimètres cubes sans inconvénients. Par contre, elle constitue un poison violent pour l’hommeet pour lesanimaux tuberculeux, cardes doses de 1 millième ou 1 centième de centimètre cube suffisent déjà le plus souvent a pioduire une réaction fébrile intense. Chez le cobave tubercule** depuiscinq à sixsemaines, 2dixièmesdecentimètre cube représentent ordinairement une dose mortelle. L’homme y est encore plus sensible, et 1 on sait aujourd'hui qu’il ne faut injecter la tuberculine aux malades qu’avec une extrême prudence, si l’on veut être sur d’éviter des accidents toujours redoutables et parfois mortels.
La réaction fébrile tuberculinique a une durée variable, mais elle n’excède généralement pas vingt-quatre heures. Elle s’accompagne de troubles fonctionnels de la respiration etdelacirculation qui rappellent ceux qu’on observe au début d’une atteinte d’infiuenza aiguë. En même temps apparaissent, au niveau des lésions tuberculeuses et
tout autour de celles-ci, des signes d’infîtration lymphatique et d’œdème congestif. Ces signes sont visibles lorsqu'il s’agit de tuberculoses cutanées ou siégeant, soit dans des articulations, soit dans des ganglions ou des organes superficiels (larynx). L’auscultation les révèle lorsqu’il s’agit de lésions pulmonaires, "ils attestent la présence du bacille tuberculeux dans un organe ou chez un sujet suspect, de sorte que la tuberculine, employée à dose convenable pour produire une réaction fébrile modérée, est un merveilleux agent de diagnostic de l’infection tuberculeuse.
Malheureusement ses effets thérapeutiques sont loin d’avoir répondu aux espérances qu’avait fait naître la communication initiale de Robert Koch. Avec le recul des années, notre jugement ne risque plus d être entaché d exagération, soit dans le sens d’un enthousiasme outrancier, soit dans celui d’une impitoyable condamnation. L’expérimentation clinique a pu nous convaincre que, si la tuberculine n est point le remède « héroïque » de la tuberculose, il faut l’envisager, à l’heure actuelle, comme le meilleur moyen que nous possédions de réaliser partiellement celte immunisation active dont j ai parlé, à l’obtention de laquelle doivent tendre tous nos efforts.
Dans l’un des volumes de celle bibliothèque, qui traite de la thérapeutique des maladies respiratoires et particulièrement de la tuberculose pulmonaire, Iviiss a consacré plusieurs chapitres à la tuberculinothcrapie. 11 a fourni des indications très complètes sur le mode d’emploi des diverses luberculines et sur les principes fondamentaux du traitement tuberculinique, .le prie donc le lecteur de se reporter à cet ouvrage pour tout ce qui concerne l’usage des tuber-