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LES TUBERCÜLINES. — MODE D’ACTION

culines en clinique, et je me borne à étudier ici brièvement ces substances, en me plaçant seulement au point de vue biologique.

Mode d action de la tuberculine. — Malgré le nombre immense de travaux qu’a suscités la découverte de Robert Koch, le mécanisme de l’action des tuberculines nous est encore peu connu.

Je crois inutile de rapporter ici les innombrables hypothèses qui ont été proposées pour l’expliquer. Je ne retiendrai que les principales.

Gartner, puis Marmorek (1) ont émis l’idée que la tuberculine ne représentait pas le véritable poison du bacille de Koch, mais qu’elle suscitait l’élaboration de celui-ci dans l’organisme tuberculeux et que c'est à cette « toxine vraie » que sont dues les reactions spéci— tiques. Marmorek cite en faveur de ccttc interprétation ce fait que l’on obtient facilement une réaction thermique appréciable chez le cobaye auquel on injecte de la tuberculine quelques minutes après avoir inoculé les bacilles tuberculeux eux-mêmes, tandis que cette réaction ne se produit plus si l’injection de tuberculine n’est pratiquée que vingt-quatre heures après l’infection. Celle disparition de la réaction serait due, selon lui, à ce que les bacilles, ayant été englobés par les leucocytes et emprisonnés, ne peuvent plus émettre leur toxine liyperthermisante.

Pour Maurice Nicolle, il se forme dans les foyers tuberculeux une lysine des endotoxines tuberculeuses, et, lorsqu’on vientà injecter ces endotoxines représentées soit par des tuberculines, soit par des bacilles vivants ou morts, sous la peau d’un sujet hypersensible, elles sont décomposées par la lysine homologue avec mise en libel lé du poison vrai qui engendre les accidents caractéristiques. La réaction locale traduit alors une concentration notable de la lysine dans les humeurs ; la réaction éloignée, une concentration notable de celle même lysine au sein des lésions; la réaction générale, une influence nocive du poison vrai sur les centres thermiques et autres.

L'aflinité des foyers tuberculeux pour la tuberculine est indéniable, puisque des doses infinitésimales de celle-ci, déposées à la surface d’une muqueuse ou d’une pelite plaie dermique, ou introduites dans la circulation, suffisent à produire une réaction locale ou générale dont l’intensité apparaît d’autant plus grande que la lésion tuberculeuse est moins étendue. Mais nous ignorons ce qui se passe dans l’intimité des tissus malades ou des humeurs du sujet tuberculeux.

Wassermann et Bruck admettent que l’organisme de celui-ci produit une sensibilisatrice ( aniiluberculine ) identique, d’après Maurice

(1) Soc. de biol.j 19 déc. 1903.

Nicolle, à la lysine qui se retrouve dans la circulation et qui serait surtout abondante au niveau des granulomes. L'union delà tuberculine avec cette sensibilisatrice déterminerait les réactions générales fébriles, les réactions locales et, par une sorte de phénomène de digestion, le ramollissement des lésions.

Cette hypothèse est séduisante. Nous 1 acceptons provisoirement, car elle est la seule qui réponde aux faits observés, sous cette réserve qu on n a pas le droit de considérer 1’ « antituberculine » comme une antitoxine tuberculinique, c’est-à-dire comme une substance neutralisant la tuberculine. Cette «antituberculine » de. Wassermann et Bruck (lysine de Maurice Nicolle), plus habituellement dénommée «anticorps »,peut être décelée par la réaction de Bordet-Gengou (réaction de déviation du complément) dans le sérum des sujets tuberculeux; on peut même, avec assez de précision, déterminer sa plus ou moins grande abondance, grâce à son aptitude à fixer in vitro une quantité plus ou moins grande d’alexine, en présence de tuberculine ou de bacilles tuberculeux jouant alors le rôle d 'antigènes.

Mais la mise en présence de l’antigène (tuberculine) et de l'anticorps (sensibilisatrice) ne réalise ici en aucune manière la neutralisai ion des effets toxiques de la tuberculine vis-à-vis de l'organisme tuberculeux. 11 ne s’agit donc pas d’une réaction comparable à celle qui résulte du mélange d’une toxine diphtérique ou tétanique par exemple, ou du venin de serpents, avec les antitoxines correspondantes. La tuberculine, mélangée à un excès d’ « antituberculine , reste nocive. Elle garde son aptitude à provoquer, dans l’organisme des sujets tuberculeux, les effets d’intoxication générale et les réactions de foyers desquelles résultent la digestion et le ramollissement. des granulomes. On comprend dès lors que, chez les sujets tuberculeux, l’évolution des lésions se poursuive, bien que leur sérum renferme parfois en grande abondance des Ivsines au sens de Maurice Nicolle, de l'antituberculine au sens de Wassermann et Bruck, c’est-à-dire des « anticorps », et queceux-ci ne jouent point un rôle décisif dans la défense contre la tuberculose. Us apparaissent simplement comme les témoins de la réaction cellulaire contre la tuberculine sécrétée par les bacilles dans les tissus parasités, ou contre la tuberculine introduite artificiellement de l'extérieur: et ils

disparaissent lorsque la tuberculine introduite ou sécrétée se trouve en excès, comme c’est le cas chez les animaux tuberculeux entraînés à recevoir des doses progressivement croissantes de tuberculine [Burnet, Manaud (1)], ou chez les malades soumis au traitement

(I) C. 1 1 . Soc . de f/io/.y 17 oct. 1908 cl 27 mars 1999.

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