LES TUBERCULINES. — PRINCIPES ACTIFS
tuberculinique intensif, ou chez ceux atteints de formes aiguës, ou de tuberculose très avancée.
Est-ce adiré que ces sensibilisatrices ou «anticorps », auxquels cliniciens et expérimentateurs ont attaché jusqu’ici tant d’importance, ne remplissent aucune fonction réellement utile, et qu'on ne doive point chercher, soit à en provoquer l’apparition, soit à en accroître la quantité dans les humeurs des tuberculeux.
S’il en était ainsi, les injections de tuberculine ne devraient exercer aucune action favorable, et nous savons, au contraire, qu’à certaines périodes de leur maladie les tuberculeux en tirent un bénéfice réel. C’est donc que ces anticorps, lorsqu’on en sollicite la formation par l’introduction répétée de très petites doses de tuberculine dans l'organisme des malades, finissant par être en excès et restant en grande partie disponibles dans la circulation sanguine, s’emparent de la tuberculine sécrétée dans les granulomes et l’éloignent de ces derniers, au lieu delà laisser s’accumuler exclusivement autour d’eux. La maturation des tubercules se trouve alors ralentie et, par là même, l’évolution de la maladie est retardée.
C’est bien ainsi, semble-t-il, qu’il faut comprendre les eiïets thérapeutiques de la tuberculine, et cette interprétation explique ce fait que les tuberculeux avancés, chez lesquels les anticorps sont parfois très abondants, deviennent très tolérants à l’égard de la tuberculine, tandis que les tuberculeux au début, dans le sérum desquels la présence des anticorps est à peine décelable, réagissent violemment, sousl’influence des injections de tuberculine, à la fois par une élévation de température et par la production de quantités plus grandes de lysine ou d’anticorps.
Principes actifs de la tuberculine. — La multiplicité des préparations offertes sous le nom de tuberculines, ou sous une dénomination analogue, constituées soit par des bacilles vivants ou morts linement broyés, soit par des produits plus ou moins solubles extraits du bacille tuberculeux ou de ses milieux de culture, atteste notre ignorance sur la véritable nature de la substance active à laquelle sont dues leurs propriétés thérapeutiques et plus particulièrement leur aptitude à former, dans l’organisme des malades, les « anticorps » dont il a été question ci-dessus.
11 faudrait un volume pour décrire leur mode de préparation et les avantages que chacun de leurs inventeurs a cru pouvoir leur attribuer. Je renonce d’autant plus volontiers à les énumérer toutes que ces avantages sont le plus souvent illusoires, et je me borne à citer les plus connues après la tuberculine ancienne de Robert Koch.
A. Nouvelle tuberculine Tr. — Proposée par Koch en 1897,
celle tuberculine est obtenue en broyant finement, dans un mortier el avec un pilon d’agate, des bacilles tuberculeux desséchés dans le vide. Ces bacilles triturés sont ensuite émulsionnés dans l’eau distillée, puis centrifugés. La partie liquide, opalescente, qui surnage, renferme une partie des endotoxines bacillaires. Elle constitue la préparation TO. On la décante. Le résidu boueux, refoulé au fond du tube, eslalors desséché, broyé, repris par l’eau, centrifugé el rebrové de nouveau à plusieurs reprises jusqu’à ce que la centrifugation n’en sépare plus de bacilles intacts. Ces divers résidus de trituration sont réunis, additionnés de glycérine à 20 p. 100 et forment la TU, émulsion des diverses substances qui entrent dans la constitution des corps microbiens.
L’emploi thérapeutique de cette tuberculine devait permettre la résorption des produits protoplasmiques bacillaires. Un centimètre cube correspondait à environ 2 milligrammes de substance sèche provenant de 10 milligrammes de bacilles également secs. Une dose de 0OC,0002 ne produit pas de réaction, et beaucoup de médecins en ont injecté à leurs malades des quantités progressivement croissantes jusqu’à 2 centimètres cubes. Mais les résultats ont été, en général, peu satisfaisants, et l’on a observé fréquemment, à la suite des injections, des abcès ou des accidents graves. Aussi, bien qu’on en fabrique encore à l’usine de tlœchst, son usage a-t-il été presque partout abandonné.
En 1901 , R. Koch (1) a proposé de lui substituer une préparation nouvelle, présentée sous le nom de « Neutuberkuliu Bazillene mulsion . obtenue par mélange d’une émulsion de bacilles, soit humains, soit bovins, pulvérisés à 1 p. 200 dans l'eau glycérinée à 50 p. 100 et non centrifugée. On en fait des dilutions avec de l’eau salée physiologique, en exprimant le titre par leur teneur en bacilles, et en partant de cette base que 1 centimètre cube du produit brut initial renferme b milligrammes de substance bacillaire.
Plusieurs cliniciens allemands (Krause, Weicker, Elsoesser, John el Volhard, Bandelieret Roepke, etc...) considèrent cette tuberculine comme la plus active de toutes celles actuellement connues, et comme la plus apte à accroître très rapidement le pouvoir agglutinant du sérum des malades. Mais il semble qu’on ne doive I utiliser qu’avec une extrême prudence, à cause des réactions violentes qu elle produit parfois aux doses les plus faibles, chez certains sujets.
R. Tuberculine de Béranek (2 . — Pour éliminer les albumoses
(1) R. Koch, Deutsche mcd. Woch 1901, p. S29.
(2) K cl . Rmiankk, C. H. Acad, des sciences. 23 nov. 1903 et Revue mcd. de la Suisse romande y 20 oct. 1905.