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LES SÉRUMS ANTITUBERCULEUX. — MODE D’ACTION

ci-dessus des effets favorables, voire même de véritables guérisons. Mais il n’est pas possible d’établir scientifiquement que ces effets favorables sont dus aux propriétés spécifiques des sérums dont il s’agit. Chacun sait qu’en phtisiothérapie il arrive à chaque instant que les améliorations les plus surprenantes surviennent à la suite des circonstances les plus variées ou des médications les plus anodines. Le simple repos, la cure d’air, les changements de régime modifient ou arrêtent parfois en quelques jours l’évolution d’une tuberculose qui s’annonçait comme grave. Chacun sait aussi combien fréquente est la curabilité apparente d’une lésion tuberculeuse au début, sous l’influence de petites doses de tuberculine répétées assez fréquemment et assezlongtemps. Or, il ne parait pas douteux que certains sérums. dits« antituberculeux », agissent comme s’ils renfermaient de très faibles quantités de tuberculine : à ce titre, ils peuvent donc exercer une action utile. Mais celle-ci est souvent contrariée par les accidents d’anaphylaxie qu’ils produisent lorsque les injections sont répétées, et aussi par la sensibilité toute spéciale et bien connue que présentent les tuberculeux à l’égard des sérums étrangers, sérums antidiphtériques (L. Martin), sérums antiméningococciques (Nobécourt et Tixier) (1), sérums normaux ou physiologiques, et aussi à l’égard de médicaments d’ordinaire bien tolérés, tels que l’iodure de potassium. La plus grande prudence s’impose donc quand il s’agit d’apprécier la part qui revient à un sérum dit « antituberculeux » dont on a fait usage pour le traitement d’un malade, lorsqu’on constate une amélioration passagère ou définitive. Le seul critérium qui permette de porter un jugement est l 'expérimentation sur l'animal tuberculeux. Encore celle-ci est-elle sujette à de nombreuses causes d’erreur qu’on doit s’efforcer d’écarter.

L’une des plus communes résulte de ce fait que les animaux neufs, cobayes aussi bien que bovidés, auxquels on injecte des produits tuberculeux (bacilles morts ou vivants atténués, endotoxines, extraits bacillaires ou tuberculines) acquièrent fréquemment,, après une seule injection de ces produits, une grande résistance aux infections tuberculeuses artificiellement provoquées dans la suite. Les mêmes produits, injectés après infection aux animaux déjà malades, ralentissent toujours, parfois pour un temps extraordinairement long, l’évolution de la maladie. Les témoins succombent alors longtemps avant les animaux traités, et la forme de tuberculose présentée par ces derniers prend fréquemment une allure de bénignité et de

(I) dnz. des hô/t., nov. 1909.

chronicité loul à fait saisissante. On pourrait croire à une guérison, si la mort ultérieure, plus ou moins tardive, des animaux, n apportait la preuve de la persistance de 1 infection tuberculeuse dans leur organisme.

Avec les divers sérums d’animaux, même hypervaccinés, on a de ces surprises. J’ai pu m’en convaincre avec O. Guérin, car, dans leexpériences que nous avons publiées (1), nous avons vu que des sérums particulièrement riches en anticorps, — doués du pouvoir agglutinant le plus intense qu’on ait jamais observé 1/10000 et provenant de bovidés vaccinés si solidement qu’ils pouvaient supporter tous les deux mois, sans faire aucune lésion tuberculeuse, jusqu’à 200 milligrammes de bacilles (d’origine bovine cultivés en séries sur bile de bœuf) par voie intraveineuse, — hâtaient, chez le cobaye, 1 évolution de la tuberculose expérimentale, au lieu de la retarder, tandis qu’ils conféraient aux bovidés la faculté d ‘éliminer par la voie hépatico-intestinale, avec leurs déjections, les bacilles tuberculeux virulents introduits dans leur organisme. 11 nous a paru évident que, dans certains cas, les injections de sérum faites aux animaux tuberculeux mobilisent les bacilles, et ce peut être un grave danger lorsqu’il s’agit du traitement sérolhérapique de la tuberculose humaine.

L. Guinard et Louis Rénon, qui ont fait l’étude clinique comparative des principaux sérums antituberculeux, déclarent avec raison, dans une note récente à l’Académie de Médecine (2), que jusqu'ici le problème de la sérothérapie antituberculeuse, posé dès l'année 1S91», attend encore sa vraie solution, et qu’ « on n’a pas le droit de conclure que la sérothérapie soit la meilleure voie pouvant conduire à la guérison de la tuberculose ».

C’est aussi mon avis. En cherchant à traiter les malades par des injections- de sérums plus ou moins riches en sensibilisatrices, en agglutinines, en précipitines, etc., nous faisons vraisemblablement des efforts tout à fait vains; car, si riches que puissent être les meilleurs de nos sérums en ces diverses substances, ils n'ajoutent presque rien aux quanti tés normalement beaucoup plus considérables de sensibilisatrices, d’agglutinines, etc... que renferme le sérum des malades eux-mêmes. Au surplus, en introduisant des bacilles ou des produits bacillaires (endotoxines, tuberculines, etc.) à doses progressivement croissantes dans l'organisme d'animaux neufs ou déjà tuberculeux, personne n'est encore parvenu, quoi qu’en aient dit certains auteurs, à faire produire à ces animaux de véritables

(1) Ann. de rinst. Pasteur, 25 sept. 1911.

(2) Acad, de méd 17 oct. 1911.

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