FONCTION TOXIQUE; DOSAGE DE LA TOXICITÉ DES SÉRUMS
L’apparition de cet anticorps, chez l’animal anaphylactisé, explique bien des choses. Elle explique d’abord pourquoi la réaction anaphylactique est si spécifique; elle explique aussi pourquoi l’anaphylaxie ne peut jamais être constatée plus tôt que dix ou quinze jours après la première injection; enfin, sa localisation explique pourquoi l'animal est si sensible lorsque l’injection d’épreuve est faite par la voie intracérébrale.
Cet anticorps, ou la sensibilisine, n’est pas imaginaire ; sa présence dans le sérum peut être démontrée de la laçon la plus nette, sui tout si l’on s’y prend d'une certaine façon. Le plus simple est de saigner l’animal en plein état d’anaphylaxie et de transfuser ensuite son sang à un animal neuf ; ce dernier devient alors d’emblée anaphylactique. .Mais il y a un moyen beaucoup plus sûr, que nous recommandons tout particulièrement; il consiste en ceci : on prend un lapin auquel il avait été injecté du sérum de cheval (5 à 10 centimètres cubes) trois ou quatre fois, à six jours d’intervalle. Huit jours après la dernière injection, on saigne le lapin et on constate que son sérum renferme, en abondance, de la sensibilisine; il suffit, en effet, d’injecter 1 centimètre cube de ce sérum de lapin à un cobaye neuf, pour constater, déjà quelques heures après, que ce cobaye est devenu anaphylactique, c’est-à-dire qu’il est capable de réagir anaphylactiquement à une réinjection de sérum de cheval (Doerr).
Cette substance contenue dans le sérum des animaux anaphylactiques. que nous désignons sous le nom de sensibilisine, a été appelée toxogénine par Ch. Richet.
Fonction toxique; dosage de la toxicité des sérums; moyen de neutraliser cette toxicité. — Dès le moment que le cohaye est devenu sensibilisé, il suffit de lui injecter une dose très faible de sérum — un dizième ou un vingtième de centimètre cube — dans le cerveau ou dans les veines, pour voir se dérouler chez lui aussitôt les symptômes anaphylactiques classiques dans l’ordre toujours le même : toux, dyspnée intense, excitation, soubresauts, convulsions, paralysie avec arrêt de respiration et mort en deux ou trois minutes.
En règle générale, tout sérum est toxique pour l’animal qui a été une fois injecté avec ce même sérum. Mais, tous les sérums ne sont pas toxiques au même degré. Ainsi, nous avons constaté que l’on peut doser très exactement la toxicité d’un sérum, soit par voie cérébrale, soit par voie veineuse, fout comme on dose celle d’une toxine microbienne ou de tout autre poison. Pour chaque sérum, on peut établir exactement la dose toxique et mortelle.
Il existe des différences individuelles considérables d’un sérum à
504 A. BESREDKA. — ANAPHYLAXIE ET ANTIANAPHYLAXIE
I autre. Ainsi, 1 âge du sérum est un facteur très important de la toxicité. L’expérience nous a montré que la toxicité est sensiblement égale chez les chevaux d’une même écurie au moment de la saignée, mais quelle décroît assez rapidement avec le temps. Très toxique le jour de la saignée, le sérum perd rapidement de sa toxicité dans les dix premiers jours qui la suivent; elle continue à décroître, lentement il est vrai, pendant un mois et demi environ ; passé ce délai, la toxicité se maintient pendant des mois au même taux (dose mortelle: un dixième ouun huitième de centimètre cube en injection intracérébrale) ; comme nous 1 avons fait déjà remarquer, elle ne disparaît jamais totalement; ainsi, un sérum antidiphtérique, conservé pendant treize ans au laboratoire de M. Roux, a tué, néanmoins, un cobaye anaphylactisé, à la dose d un quart de centimètre cube dans le cerveau.
Le piemier renseignement pratique qui se dégage de ces recherches est que, pour atténuer le plus possible la toxicité des sérums théi apeutiques, on a tout intérêt à n'emplover que des sérums âgés de plus de deux mois.
Cela ne suflit cependant pas pour éviter les accidents anaphylactiques, cai , comme nous 1 avons vu tout à l’heure, même des sérums très âgés sont encore assez toxiques.
Le pioblème de la toxicité des sérums étant d'une importance pratique très grande, on a cherché, naturellement, à la faire disparaître.
Partant de l’idée que le sérum renferme un poison, on s'est mis à attaquer ce dernier par les substances chimiques les plus variées : pei manganate de potasse, alcool, eau oxygénée, chloroforme : ferments, alcaloïdes, sels, mais tout cela sans le moindre succès.
Seul s’est montré efficace, pour supprimer la toxicité, le chauffage du sérum à 100°. Ce procédé de chauffer les sérums n'est cependant pas piatique, surtout lorsqu il sagit des sérums thérapeutiques; cai , si à la température de 100° la toxicité des sérums disparaît, il en va de même de leur propriété curative; ce procédé est donc à rejeter.
Nous nous sommes cependant demandé si l'on n’arriverait pas, sinon à supprimer complètement la toxicité, au moins à l'atténuer, en chau liant les sérums d une façon modérée. L expérience nous a montré que la toxicité décroît, en elfet, progressivement et parallèlement avec la température. Llle nous a montré que, si l'on chauffe le sérum seulement à '>0°, pendant quatre jours consécutifs, une heure par jour, on arrive à diminuer la toxicité d'une manière très sensible ; elle diminue, notamment, dans ce cas, de quatre fois environ, sans