A. CALMETTE. — SÉROTHÉRAPIE ANTI VENIMEUSE
de venin chloruré, on supprime le chlorure et on inocule directement une demi-dose minima mortelle de venin pur, puis, trois ou quatre jours après, les trois quarts de celte même dose minima mortelle, et enfin, trois ou quatre jours après, une dose mortelle.
Si les animaux résistent, on peut dès lors pousser rapidement la vaccination et augmenter la quantité de venin injectée chaque lois, en tâtant la susceptibilité de 1 organisme par les variations de poids.
Il laut, en général, trois mois pour vacciner un lapin contre 20 doses mortelles. En six mois, on arrive à lui faire supporter très facilement 100 doses mortelles.
Le sérum des lapins ainsi traités ne larde pas, déjà après qu ils ont reçu cinq à six doses mortelles, à montrer des propriétés antitoxiques in vitro ; mais ces dernières ne sont bien manifestes qu’après un long traitement. Elles deviennent peu à peu aussi intenses que celles que l'on observe chez les animaux vaccinés contre la diphtérie ou contre le tétanos.
Fraser (d’Edimbourg) a confirmé, en 189a, ces résultats et a présenté à la Société médico-chirurgicale d’Edimbourg (15 mai 1895) un lapin vacciné contre une dose de venin 50 fois mortelle.
Envisageant aussitôt la possibilité d’obtenir des sérums très antitoxiques contre le venin des serpents et utilisables pratiquement dans la thérapeutique des morsures de reptiles venimeux, j'entrepris de vacciner de grands animaux (chèvres, ânes, chevaux) pour obtenir de grandes quantités de sérum actif. Je suis arrivé à faire supporter à des chevaux jusqu’à 2 grammes de venin sec de Cobra en une seule injection (dose environ 80 fois mortelle).
L immunisation des chevaux jusqu’à ce degré très élevé de tolérance pour le venin ne s’obtient pas sans difficultés : beaucoup d'animaux succombent en cours de traitement, avec des lésions d'endocardite ou de néphrite aiguë; d’autres font, à chaque injection de venin, d’énormes abcès aseptiques, qu’on est obligé d’ouvrir et de drainer. On peut compter qu’en moyenne un délai de seize mois est nécessaire pour obtenir un sérum suffisamment antiloxique.
Le sérum antivenimeux, Anticobra par exemple, peut être considéré comme utilisable lorsqu’un mélange de t centimètre cube de sérum avec I milligramme de venin de Cobra ne produit aucun accident d’intoxication chez le lapin, et lorsque 2 centimètres cubes de sérum, injectés préventivement à un lapin de 2 kilogrammes par voie sous-cutanée, lui permettent de résister, deux heures après, à I inoculation — également par voie sous-cutanée — de 1 milligramme de venin.