V. — PROPRIÉTÉS DU SÉRUM ANTIDIPHTÉRIQUE
Mesure du pouvoir préventif du sérum autidiphtérique.
— La propriété que possède le sérum antidiphtérique de préserver un animal contre une dose mortelle de microbes ou de toxine a été une des premières connue et étudiée; il laut dire, du reste, que cette étude est facileet qu’on peut aisément mesurer le pouvoir préventif. Prenons pour cela un cobaye de N grammes, il nous sera facile de lui injecter sous la peau 1/10, 1/100, 1/lOOOde son poids, et, vingt- ‘ quatre heures après, d’injecter un nombre fixe de doses mortelles de toxine ou de microbes. Si le cobaye survit, on dit que le sérum est actif au 1/10, au 1/100, au 1/1000. Le sérum sera d’autant plus fort que la dilution sera plus grande, que le nombre qui divisera N sera plus grand.
(jette méthode, qui a été tout d’abord employée par Behring, puis par MM. Roux et Martin, a été remplacée parla méthode d’Ehrlich qui dose l’antitoxine.
La mesure du pouvoir préventif était simple, mais tous les laboratoires ne pouvaient pas la pratiquer avec des facteurs toujours identiques. Si l’on employait la toxine pour éprouver les cobayes, il était difficile d’injecter une dose de toxine toujours équivalente; si on se servait de microbes, il aurait fallu pour tous les laboratoires
156 LOUIS MARTIN. — SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE.
le môme microbe, cultivé dans des conditions semblables, dans; des milieux toujours les mêmes; ce n’était pas réalisable, aussi les dosages variaient avec chaque laboratoire.
Malgré tout, on doit rechercher le pouvoir préventif; car on doit étudier toutes les propriétés des sérums et en tenir compte dans la pratique.
Mesure du pouvoir antitoxique du sérum antidiphtérique. — C’est Ehrlich qui, le premier, a proposé de doser les sérums en mesurant le pouvoir antitoxique; pour cela, il cherchait au début quelle quantité de sérum neutralisait 100 doses mortelles de toxine. Si un centimètre cube de sérum neutralisait 100 doses mortelles, on disait que ce centimètre cube contenait une unité antitoxique. On s’aperçut bientôt qu’une unité antitoxique ne neutralisait pas toujours 100 doses mortelles ; ainsi présentée, la méthode n’était pas précise.
Puis Ehrlich a montré que, sion prend différentes toxines, X, Y, Z., et un même sérum A, le sérum A neutralise 60 doses toxiques de X, 100 doses toxiques de Y, 120 doses toxiques de Z.
On ne peut donc pas avoir des résultats comparables, en partant de cette idée qu’une unité est la dose de sérum capable de neutraliser 100 doses mortelles.
» Ehrlich a indiqué, en outre, que, pour une même toxine, un sérum A neutralise 120 doses mortelles quand la toxine est fraîche et 60 doses mortelles quand la toxine est ancienne.
On ne peut donc pas se servir de la toxine comme point de départ.
Au contraire, lorsqu’on se sert d’un sérum qui a été bien dosé, ou voit que ce sérum se conserve avec toutes ses propriétés lorsqu'il est maintenu bien desséché au froid et dans le vide.
Ehrlich, après de longs travaux, a défini et déterminé une unité antitoxique, et c’est à celte unité que tous les laboratoires ont actuellement recours quand ils veulent rechercher la valeur d'un sérum.
Ce serait trop long d’expliquer comment Ehrlich a déterminé son unité, qui, dans la notation, s’écrit : l.E. 11 n’est, du reste, pas nécessaire de savoir comment on a déterminé le mètre pour mesurer une route ; on accepte généralement le mètre comme unité de mesure. Acceptons de même l'unité de mesure d’Ehrlich.
Pour permettre le dosage des sérums, Ehrlich envoie dans les laboratoires des solutions glycérinées de sérum qui contiennent par centimètre cube 17 unités; pour avoir une unité, on prend 1 centimètre cube du mélange glycériné qu’on dilue dans 16 d’eau,