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POUVOIR THÉRAPEUTIQUE DU SÉRUM

voir aux tableaux des pages 159 et 160. La courbe du pouvoir antitoxique est plus irrégulière, et elle descend vers le seizième jour qui suit la dernière injection de toxine. La courbe du pouvoir préventif est plus régulière ; c’est un plateau qui se maintient au môme niveau pendant tout le mois qui suit la dernière injection de toxine. Malgré ces différences, on peut dire que tout sérum antitoxique est préventif et réciproquement.

Il en est de même du pouvoir agglutinant et de la présence de la sensibilisatrice qui existent en môme temps dans les sérums.

Par contre, Cruveilhier (1) a montré que des sérums agglutinants et possédant une sensibilisatrice pouvaient n’avoir aucune propriété antitoxique.

De même, un sérum qui est autitoxique et préventif peut manquer de toute action agglutinante et de sensibilisatrice.

Pouvoir thérapeutique. — 11 est évident que le meilleur sérum est celui qui guérit le mieux les malades ; et, il semble logique d’apprécier le pouvoir thérapeutique en essayant de guérir des animaux déjà infectés.

On peut étudier un sérum en injectant d’abord de la toxine, et on voit que, pour sauver les animaux, il faut d’autant plus de sérum qu’on intervient plus tard et encore, après un certain délai, l’effet thérapeutique est nul.

Si, au lieu de toxine, on inocule sous la peau des animaux des cultures de bacille diphtérique, on voit qu’on peut intervenir efficacement à un moment où l’intervention est inefficace si l’on a injecté de la toxine. On peut guérir des cobayes en les traitant douze et quatorze heures après l’infection ; alors que les témoins meurent en vingt-quatre et trente heures. Tant que la température est élevée et que l’abaissement qui précède la mort n’a pas commencé, l’injection de fortes quantités de sérum peut être curative ; il faut bien savoir cependant que beaucoup de cobayes, qui paraissent guéris, deviennent cachectiques, et finissent par succomber parfois après des mois.

Au lieu d'injecter sous la peau de la toxine ou des microbes, on peut étudier l’action thérapeutique des sérums en reproduisant une fausse membrane diphtérique sur la vulve des cobayes femelles. Après douze heures, la fausse membrane est déjà bien développée, la rougeur et la tuméfaction de la vulve sont très prononcées. Si l’on injecte à ce moment le sérum à la dose de 1 p. 10 000 du poids de l’animal, celui-ci guérit très bien. Quelques heures après, l’œdème

(1) Société de Biologie , t« juin 1907.

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s’arrête, puis le gonflement diminue, elle deuxième jour, les fausses membranes se détachent. Lorsque la guérison de la muqueuse est complète, on ne trouve plus de bacilles diphtériques. Les témoins succombent avec des lésions étendues du vagin vers le cinquième ou le sixième jour.

Pour reproduire la maladie avec plus d’exactitude, on peut inoculer les animaux dans la trachée ; il est préférable pour ces expériences de prendre des lapins.

La gêne respiratoire se montre au bout de quarante-huit heure-:, et les lapins succombent entre trois et cinq jours. On peut, dans ce cas, varier le traitement en intervenant après quelques heures ou après plus longtemps ; jusqu’à la vingt-quatrième heure, le sérum est toujours efficace, mais, plus on s’éloigne du moment de l'inoculation, plus il faut augmenter les doses.

11 est possible, dans la diphtérie t rachéale d’associer au microbe de la diphtérie du streptocoque et d’étudier l’action thérapeutique : on voit alors que, pour guérir, il faut des doses de sérum beaucoup plus fortes.

En opérant comme nous venons de l’indiquer, on peut comparer entre eux divers sérums ; mais il est difficile de trouver une mesure qui permette de fixer le pouvoir thérapeutique d’un sérum et pouvant être reproduite par tous les laboratoires.

Lorsqu’on veut serrer le problème de plus près, comme l'a fait Cruveilhier, on arrive à constater que le moment de l'intervention joue le rôle prépondérant et que les questions de doses sont moins importantes que la question de temps. Ainsi, en opérant sur des cobayes ayant reçu la même dose mortelle de toxine, on constate qu’après six heures, une dose même faible de sérum guérit les animaux ; après huit heures, une dose de sérum très forte ne guérit pas ; entre six et huit heures, certains cobayes guérissent, les autres meurent sans qu'il soit possible de faire des dosages précis; car chaque cobaye réagit à sa manière et parmi les cobayes, comme parmi tous les animaux, les uns sont très sensibles, d'autres moins. 11 est bien certain qu’on doit chercher une méthode sûre pour fixei exactement le pouvoir thérapeutique d’un sérum, mais celte méthode n’est pas encore trouvée.

Cruveilhier (1) a étudié expérimentalement la valeur thérapeutique du sérum antidiphtérique en variant les doses et la ■soie de pénétiation, et il conclut :

1° Au cours de la diphtérie comme dans le tétanos, il y a un temps

(1) Annales de l'Institut Pasteur, janvier 1904.

TOXICITÉ DU SÉRUM.

après lequel l’antitoxine ne peut rien, quelle que soit la façon dont elle est employée ;

2° Dans les cas de diphtérie provoquée que nous avons observés il n’est pas indifférent, mais utile et nécessaire, d’injecter d’emblée, une dose massive de sérum ;

3° On doit répéter cette injection tout au moins dans les cas de diphtérie grave, comme ceux sur lesquels nous l’avons expérimentée ;

4° Les injections intracérébrales nous ont permis d'intervenir presque toujours un certain temps après que les injections souscutanées avaient cessé d’être efficaces ;

5° La voie veineuse, qui nous a fait obtenir un gain constant sur tous les autres modes de pénétration de l’antitoxine, est dans la diphtérie, comme au cours de la peste, «le bon endroit » pour l’antitoxine. Elle semble lui faire produire un maximum d’effet utile et constitue ainsi une ressource thérapeutique précieuse.

11 est bien probable qu’en étudiant les sérums, on trouvera d’autres propriétés qui auront leur importance et qui modifieront peut-être le dosage tel qu’on le pratique aujourd’hui ; et si, par hasard, on pouvait fixer quel est le sérum qui prévient les cachexies tardives des animaux et les paralysies, si l’on voyait que ce sérum évite les accidents tardifs des diphtéries graves des enfants, ce sérum, même s il possédait un petit nombre d’unités, devrait être considéré comme plus parfait, puisqu’il permettrait de traiter des diphtéries à une époque plus avancée de la maladie.

11 y a d’autres points que la clinique nous laisse entrevoir et que l’expérimentation n’a pas fixés; nous avons remarqué qu'avec certains sérums les fausses membranes disparaissent rapidement, d’où la conclusion qu’avec de pareils sérums on évite le croup, ou, s'il se déclare, on peut enlever la canule vers le troisième jour, alors que souvent il faut attendre cinq jours; l’expérimentation ne nous permet pas de distinguer ces sérums d’une façon certaine.

Toxicité. — La pratique hospitalière nous avait appris que les sérums de certains chevaux donnaient de l’urticaire, des éruptions sériques et même des accidents plus graves : œdème au point d’inoculation, angoisse, dyspnée et autres accidents que nous étudierons. Jusqu’à ces derniers temps on ne pouvait pas doser la toxicité d’un sérum ; les expériences de Mlle Steinhardt et de Besredka (t) nous le permettent aujourd’hui. Dans leur mémoire, Resredka et Steinhardt nous indiquent que les cobayes ayant servi

(lj Annales de V Institut Pasteur , 1007. On trouve dans ce mémoire le résumé des travaux de Otto. Rosenau et Anderson.

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au dosage du sérum antidiphtérique deviennent extrêmement sensibles à l'injection intracérébrale de sérum normal de cheval, si celte dernière est laite au moins dix à douze jours après la première. Cette hypersensibilité ou anaphylaxie se Lraduiten général par des phénomènes très graves se terminant le plus souvent par la mort.

Mais on peut vacciner les cobayes contre ces accidents et une injection de sérum de cheval dans le péritoine, ou dans le cerveau, faite avant l’expiration du délai de douze jours, est inoffensive ; elle est de plus vaccinante: le cobaye, non seulement ne succombe pas à 1 injection intracérébrale de sérum, mais ne présente même aucun trouble sérieux. Peut-être y a-t-il là une indication utile pour la prévention des accidents sériques chez l’homme.

On a cherché aussi à détruire dans le sérum la substance toxique sans altérer les propriétés curatives. Pendant notre internat chez Sevestre, nous avons constaté par comparaison que les sérums fraîchement recueillis donnaient plus d’accidents sériques que les sérums anciens, et, depuis celte constatation, à l’Institut Pasteur, on a conservé les sérums plusieurs semaines avant de les livrer aux pharmaciens. Depuis ce moment, les accidents ont certainement diminué.

D’autre part, lors des discussions, sur les accidents sériques, à la Société médicale des hôpitaux, en 1895 et 1897, le professeur Hayem avait conseillé de chauffer les sérums à 56°-57°pour détruire leur toxicité ou du moins l’atténuer. Enfin Béclère, Chambon et Ménard ont étudié expérimentalement les accidents sérothérapiques(l) et, comme conclusion, ilsdisaient : « On peut prévoir que les accidents post-sérolhérapiques seront un jour évités, probablement par le chauffage des sérums ; il est au moins légitime de l’espérer .

Dès les premiers temps de la sérothérapie, à l'Institut Pasteur, M. Roux nous a fait étudier le chauffage discontinu, et, en l'ajoutant au vieillissement, nous avons obtenu des sérums qui. donnaient très peu d’accidents sériques.

Dans son mémoire de décembre 1907, Besredka constate expérimentalement l’efficacité du chauffage pour diminuer la toxicité des sérums. D’après lui, ces effets toxiques sont très amoindris à 76,'et deviennent nuis à 100°; malheureusement au-dessusde 5S°, le sérum est déjà modifié et le chauffage ne peut donc que fournir une atténuation des effets toxiques.

Concentration des sérums. — Les expérimentateurs ont cherché à produire des sérums d’une très grande activité sous un faible volume.

(1) Annales de l'Institut l'astcur , 1S9G. p. 667-379

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