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PRÉVENTION DU TÉTANOS PAR LE SÉRUM

humain. Quatre expériences pratiquées sur des medecms concnrdent entre elles pour montrer que la résorption du sérum (12-18 centimètres cubes) n’est pas terminée en vingt-quatre heures. Après deux ou trois jours, la teneur du sang en antitoxine demeure constante pour tomber brusquement vers le septième ou le huitième jour; toutefois des traces demeurent encore décelables au vingtième jour. Il parait évident à ces auteurs que la chute du taux de l’antitoxine est en rapport avec la disparition de l’albumine de l’espèce étrangère (cheval), disparition due à la réaction cellulaire, vraisemblablement des leucocytes.

I. Données expérimentales sur l’emploi du sérum dans la prévention et le traitement du tétanos.

Il ne suflisait pas de connaître la propriété antitoxique du sérum des animaux immunisés contre le tétanos : l’important était de savoii dans quelle mesure et dans quelles conditions cette propriété peut servir à la prévention et au traitement de la maladie chez 1 homme ou les grands animaux domestiques. C’est ce que nous avons cherché à établir avec Houx (1), dans un mémoire qui a servi de base aux applications pratiques et dont un court résumé est ici nécessaire.

A. Prévention. — On peut provoquer le tétanos chez les animaux d’expérience, soit en leur injectant de la toxine, soit en leur inoculant le microbe. Dans les deux cas, le poison tétanique produit la maladie. Mais, pour le premier, la dose de toxine est fixe et ne se renouvelle pas ; pour le second, plus semblable à la maladie naturelle, la toxine est produite en quantité indéterminée par le microbe qui se développe au point d’inoculation. Ces deux modes d’infection ont été particulièrement étudiés sur le cobaye en raison de son extrême sensibilité au tétanos.

1° Infection par la toxine. — L’expérience suivante établit que le poison tétanique est rapidement absorbé. On injecte une dose mortelle de toxine à la partie moyenne de la queue dun certain nombre de rats, puis on sectionne les queues, à la base, après des temps variables: tous les rats dont la queue a été coupée plus de quarante minutes après l’inoculation meurent tétaniques dans le même délai que les témoins. On sait, d autre part, que 1 antitoxine du sérum apparaît dans le sang de trente-cinq à soixante minutes après l’injection. 11 y avait donc lieu de prévoir que, si le sérum était administré de quarante à soixante minutes avant la toxine, celle-ci

(I) Roux et Vaii.iaud, Annales Institut Pasteur ,

!.. V AILLA JW.

ilahd. — sérothérapie antitétanique

maladie peut être longue ou courte suivant que la culture du virus débuté presque aussitôt après l’infection ou qu’elle est retardée. Un ne connaît alors ni le moment où la toxine commence à agir, ni les quantités qui interviennent, car le microbe en élabore tant qu'il e<=t vivant; l’empoisonnement ne se fait plus en un seul temps, il est continu. Ces conditions sont bien celles de l'infection naturelle. L infection a été réalisée par l’inoculation de spores additionnées de microbes favorisants. L'essai de prévention s’est borné à l'injection

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(1 est alors possible de préserver les animaux en leur injectant le sérum au moment même de Vinfection ; toutefois, la dose doit être plus glande que celle qui suffirait à prévenir contre une quantité déter-

Si le sérum intervient plus tardivement, pendant la période d'incubation, les résultats varient suivant plusieurs conditions, parmi lesquelles figurent la dose de sérum et le tissu dans lequel l'infection évolue. Lorsque 1 infection a pour siège le tissu cellulaire souscutané, la préservation complète de l’animal est presque certaine, pourvu que le sérum soit donné quarante heures et quelquefois plus après 1 inoculation. Mais, si l’infeclion se fait par 1 implantation dans un muscle d'une écharde imprégnée de virus, la préservation devient aléatoire et peut aussi n’être que temporaire : on voit alors des cobayes, qui paraissaient d’abord indemnes, prendre un tétanos mortel,

minée de toxine.

TRAITEMENT DU TÉTANOS DÉCLARÉ PAR LE SÉflRUM 221'

douze et même seize jours après l’injection immunisante. La phagocytose, en effet, est beaucoup moins active dans le muscle que dans le tissu cellulaire sous-cutané. Les cas de tétanos tardif surviennent lorsque la propriété antitoxique du sang a déjà diminué; alors les bacilles, mieux protégés contre les phagocytes dans le muscle que dans le tissu cellulaire, continuent à se cultiver et à déverser de nouvelles doses de toxine. C’est un fait remarquable que, pour entraver la maladie, il ne suffit pas que le sang soit antitoxique; il faut qu’il le soit à un très haut degré.

En résumé, la réussite de la prévention dépend de la quantité de sérum injectée, du temps écoulé entre l’infection et l’intervention du sérum, du tissu où le bacille végète. Quand l’inoculation est faite dans le muscle, la prévention échoue le plus souvent si l’on a réalisé un tétanos rapide ; elle réussit, au contraire, si l’évolution est plus lente, mais, pour être alors définitive, elle exige l’ablation du foyer.

B. — Traitement du tétanos déclaré. — Les faits concernant la prévention laissaient déjà prévoir que la guérison de la maladie déclarée serait malaisée à obtenir sur des espèces aussi sensibles que la souris et le cobaye.

Les expériences de traitement ont porté sur les souris, les cobayes, les lapins, les moutons, animaux de réceptivité très différente. Le mode d’infection a été varié : injection de toxine, inoculation de spores tétaniques ou de terre tétanigène. Le plus souvent, l’infection était faite à une patte, de façon à saisir les plus légers signes de la maladie et à commencer l’administration du sérum dès le début des accidents. Le sérum, très actif, était injecté à doses massives sous la peau ou dans le péritoine. Les résultats obtenus se résument ainsi :

Morts. Guérisons.

Animaux témoins 43 39 4

Animaux traités 83 73 10

Contrairement aux premières affirmations de Behring et Ivitasato, il est donc très difficile de guérir le tétanos déclaré chez les animaux. Quelques instants après l’administration du sérum, le sang des sujets traités est devenu antitoxique et immunisant à un haut degré ; la maladie poursuit cependant son cours. La raison en est simple. Au moment où apparaissent les premiers symptômes, la toxine a déjà agi sur les éléments cellulaires, et ceux-ci peuvent être assez atteints pour que la mort survienne fatalement : l’antitoxine neutralise bien le poison qu’elle rencontre dans les humeurs, mais demeure sans action sur les lésions déjà faites.

Les expériences ci-dessus comportaient l’injection du sérum dans

222 L. VMLLAIiD. — SÉROTHÉRAPIE ANTITÉTANIQUE.

le péritoine ou sous la peau. Or, en ces conditions, comme Houx et Borrel l’ont montré ultérieurement (1), l'antitoxine circule bien dans le sang, mais ne semble pas arriver au contact des éléments nerveux; du moins ne les préserve-t-elle pas contre l’action du poison tétanique. La preuve en est la suivante. Les cobayes auxquels on donne préventivement des doses élevées de sérum immunisant sont préservés contre une dose cinq fois mortelle de toxine introduite sous la peau, mais ils ne le sont plus contre une dose beaucoup plus faible injectée directement dans le cerveau : les animaux succombent presque tous au tétanos cérébral décrit par les auteurs. Pendant que l’antitoxine circule avec le sang, la toxine injectée dans le cerveau peut donc se fixer sur les éléments nerveux. « Le contrepoison n’arrive pas au contact du poison et les deux substances, pourtant si rapprochées, ne se rencontrent pas. Le sérum est efficace contre la toxine mise sous la peau, parce que la majeure partie de celle-ci passera par le sang, mais il est impuissant contre le poison déjà arrivé aux éléments nerveux. C’est pourquoi, dans le tétanos déclaré, il échoue si souvent. Au moment où on l’emploie, une partie de la toxine est déjà adhérente aux cellules nerveuses; l’antitoxine neutralise bien le poison qui circule encore, mais n’atteint pas celui qui est fixé aux éléments de la moelle épinière. Elle limite l’empoisonnement. Si celui-ci est trop avancé, la maladie suivra son cours, car la toxine diffusera de cellule nerveuse à cellule nerveuse à l’abri de l’antidote. « De là, l’idée d’introduire l'antitoxine dans les centres nerveux, de façon à préserver les portions vitales de la moelle avant qu’elles soient atteintes.

Roux et Borrel ont traité le tétanos déclaré chez les animaux par l’injection directe du sérum dans la masse cérébrale : sur 45 cobayes rendus tétaniques au moyen de la toxine et traités ainsi à divers moments, 35 ont survécu, tandis que, des 17 cobayes qui avaient reçu le sérum sous la peau à doses beaucoup plus fortes, 2 seulement sont restés vivants. Les cobayes rendus tétaniques à l’aide d’échardes imprégnées de virus vivant peuvent aussi être guéris, de même que les lapins auxquels on injecte une dose mortelle de toxine dans les veines. « L’antitoxine portée dans le cerveau protège donc la moelle supérieure, alors que la moelle inférieure est déjà atteinte par le poison, mais elle ne défait pas les lésions accomplies ; les contractures établies au moment de l’intervention persistent longtemps. Aussi l’injection intracérébrale ne sauve pas tous les animaux; si l’empoisonnement des parties supérieures de la moelle est fait, la

(1) Roux et UonnEL, Tétanos cérébral (Ann. Inst. Pasteur, 1898).

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