PRÉVENTION DU TÉTANOS CHEZ LES ANIMAUX
mort ne sera pas évitée. Il y a un temps après lequel l’antitoxine ne peut rien, quelle que soit la façon dont elle est employée. L'injection intracrânienne augmente la période d’intervention efficace. »
En relatant ces expériences mémorables de guérison du tétanos déclaré chez le cobaye et le lapin, Roux et Borrel ont eu soin de faire toutes réserves pour les autres espèces animales, « car il se pourrait que, sur les chevaux et les moutons, le résultat fût différent de celui constaté chez les cobayes. Un animal dont le tétanos serait bulbaire dès le début ne guérirait peut-être pas mieux par le sérum injecté dans le cerveau que par le sérum injecté sous la peau ». Or, à l’inverse du tétanos du cobaye, qui débute toujours par la région du corps où se fait l’infection, le tétanos de l’homme commence toujours par des symptômes indiquant que certains centres bulbaires sont primitivement atteints.
II. — Emploi du sérum dans la prévention du tétanos chez les grands animaux domestiques.
C’est à Nocard qu’est due l’application du sérum à la prophylaxie du tétanos en vétérinaire, et l’on sait avec quel succès.
Nocard avait constaté que, chez le cheval, une faible dose de sérum suffit à préserver lorsqu’elle est injectée sous la peau, vingtquatre et même quarante-huit heures après l’infection par une dose mortelle de toxine ; la marge laissée à l’action préventive du sérum était donc plus étendue que chez les petits animaux de laboratoire. Aussi déduisait-il de ce fait que, dans la pratique, on pourrait enrayer l'évolution du tétanos ou l’empêcher d’apparaitre en intervenant même plusieurs jours après le traumatisme, sous la réserve que, plus l’intervention est tardive, plus aussi la dose de sérum doit être considérable. Dès la fin de l’année 1894, Nocard incitait les praticiens à utiliser ce moyen, recommandant d’injecter 10 centimètres cubes de sérum le plus tôt possible après le traumatisme suspect, accidentel ou opératoire, et de renouveler l’injection douze ou quinze jours après. En 1897, il a fait connaître, d’abord à l'Académie de médecine (1), puis au Congrès de Moscou, les résul tats obtenus.
Les observations recueillies ont porté sur 3 088 animaux, dont 2 708 chevaux inoculés préventivement après une intervention chirurgicale ou un traumatisme accidentel. Un premier groupe
(1) Nocaud, Sur la sérothérapie du tétanos {Acatl. de miid., 1897).
224 L. VAILLAVD. — SÉROTHÉRAPIE ANTITÉTANIQUE.
comprend 2 500 animaux inoculés aussitôt après l’une des opération' ordinairement compliquées de tétanos (castration, amputation de la queue, hernie ombilicale ou inguinale); pas un seul de ces animaux n’a pris le tétanos. Le second groupe réunit près de 600 sujets traités, un, deux, quatre jours et même plus après un traumatisme accidentel : clou de rue, enclouure, javart, morsures, blessures par dents de herse, coups de pied, blessures souillées par de la terre ou du fumier, etc. Un seul cheval traité cinq jours après l'accident (piqûre de maréchal) a présenté un tétanos très bénin. Pendant la durée de l’expérience, les vétérinaires qui relevaient ces documents ont constaté dans leur clientèle 314 cas de tétanos sur des animaux non traités, dont 220 chevaux. — Une statistique particulière de Labat(l) portait sur 70o solipèdes blessés ou opérés dans des conditions telles que le tétanos devait être redouté. Aucun des traités n’est infecté ; parmi les quelques animaux non traités, 3 deviennent tétaniques.
De tels résultats ne pouvaient que frapper les esprits et imposer la vulgarisation d’une méthode prophylactique si simple et si sûre : aussi l’emploi du sérum s’est-il très rapidement généralisé.
Poursuivant l’enquête de Nocard, nous avons pu, grâce à l'obligeance du professeur Vallée (d’Alfort), connaître les résultats fournis par l’inoculation préventive dans quelques régions de France. Celle enquête s’est limitée à la pratique de huit vétérinaires. Le nombre des animaux inoculés par eux de 1898 à 1906 a été de 13 124. Dans le plus grand nombre des cas, il s’agissait d’injections préventives en vue de diverses opérations chirurgicales (castration, écourtage de la queue, hernie ombilicale) ; pour les autres, dont la proportion a été de plusieurs centaines, le sérum était injecté à la suite de traumatismes accidentels, particulièrement dangereux. Pas un seul de ces 13 1 24 animaux n'a contracté le tétanos. Tel vétérinaire qui enregistrait autrefois des désastres pendant ses campagnes de castration n’a plus perdu un opéré depuis dix ans, grâce au sérum. Et il ne s’agit pas d’une simple coïncidence, car maint de ces praticiens qui avaient ainsi éteint le tétanos dans leur clientèle, l'observaient encore avec une redoutable fréquence chez les propriétaires dont les animaux étaient confiés aux soins des hongreurs et empiriques ou refusaient l’injection du sérum pour n'en pas payer le prix. Pendant les années sur lesquelles l’enquête a porté, deux vétérinaires ont, à eux seuls, constaté 139 cas de tétanos parmi les animaux non traités.
Lmiat, Revue vétérinaire, l‘J02.