PRÉVENTION DU TÉTANOS CHEZ L'HOMME
français de chirurgie de 1900 (1). Depuis plusieurs années, il injectait systématiquement le sérum aux blessés atteints de plaies profondes et souillées de terre; tous avaient été préservés, sauf un seul qui prit un tétanos mortel. Mis en éveil par ceL échec, Krafft procéda à une enquête auprès des chirurgiens de divers pays, dont 122 répondirent à son questionnaire: 101 déclaraient n’avoir jamais vu le tétanos survenir après une ou plusieurs injections préventives de sérum; par contre, 21 avaient observé des cas de tétanos se produisant dans ces conditions. Après examen critique des 21 cas signalés, Krafl't n’hésita pas à reconnaître que la plupart de ces insuccès n’étaient pas imputables à une défaillance fondamentale de la méthode, car, dans le traitement de certaines plaies en cause, tout le nécessaire n’avait peut-être pas été lait pour concourir utilement à la préservation du tétanos. « Ces échecs cliniques, dit-il, étaient prévus par le laboratoire et clairement annonces dès 1 oi igine , il n y a lieu ni de s’en étonner, ni surtout de les laisser amoindrir la confiance dans la sérothérapie préventive. » Le doute sur la valeui des injections préventives n’en a pas moins pénétré dans certains esprits ; il s’est fait particulièrement jour à la Société de chirurgie do Paris, où le procès de celte méthode prophylactique a été débattu, au couis de l’année 1907, avec une vivacité égale du côté de ses adversaires et du côté de ses partisans. Les arguments émis doivent être reproduits et discutés pour en dégager la vérité.
Les partisans des injections préventives (ils constituent la majorité) s’appuient :
1° Sur la démonstration fournie par Nocard en médecine vétérinaire ;
2° Sur les résultats de leur pratique personnelle. Ces chirurgiens n’observent plus le tétanos dans leur service depuis le jour où ils ont établi comme règle invariable de soumettre à l’inoculation prophylactique tout porteur d’une plaie pouvant donner lieu au développement de cette maladie. S’ils le rencontrent encore, c’est uniquement parmi les blessés amenés du dehors en pleine évolution du mal et n’ayant pasété soumis à l’injection préventive, ou chez les sujets de leur propre service qui, par infraction à la règle établie, n avaient point reçu l’injection prescrite. On a pu objecter que dans tel service chirurgical où le titulaire attribuait au sérum la disparition du tétanos, son successeur obtenait exactement le même résultat par l’abstention (Thiéry). 11 est, cependant, impossible de n’être pas impressionné par ces milliers d’injections demeurées préservatrices,
(I) Krafft, Utilité des injections préventives du sérum antitétanique (Congres français de chirurgie , 1906).
!.. VA ILLARD. — SÉROTHÉRAPIE ANTITÉTANIQUE.
cl celle survenance singulière du tétanos chez les seuls blessés q ne l’on avait omis de soumettre au traitement préventif. A-t-on le droit de ne voir là qu’une pure coïncidence?
Contre la valeur de la méthode, on a opposé les argumenls ~ui- \ ants :
1° L’emploi des injections préventives n’a pas influencé la mortalité par tétanos à Paris. — Si le sérum est réellement actif, a dit Delbet (i), la mortalité par tétanos doit avoir diminué depuis que la pratique des injections préventives s’est généralisée à Paris. Or, il n’en serait rien.
De 1886 à 1890 : 133 individus sont morts, à Paris, du tétanos;
De 1891 à 1893 : 128 — — —
En 1896, on commence les injections préventives dans un certain nombre de services hospitaliers; et, de 1896 à 1900, la mortalité augmente pour s’élever à 176.
A partir de 1900, la pratique des injections préventives est adoptée à peu près dans tous les services. De 1901 à 1903, la mortalité baisse un peu, mais reste encore à 133.
Ces chiffres de mortalité pris en bloc semblent prouver, dit Delbet, l’inefficacité absolue du sérum.
Cette statistique aurait une valeur si tous les cas de tétanos suivis de mort s’étaient déclarés apres , c’est-à-dire malgré le s injections préventives de sérum. Rien n'établit qu’il en soit ainsi; on doit même croire le contraire en raison du soin avec lequel ont été relevés les insuccès plus ou moins imputables à la sérothérapie préventive.
Les cas de tétanos survenus de 1896 à 1907 dans les hôpitaux de Paris, après injection de sérum, ont été mentionnés pendant la discussion de la Société de chirurgie; ils sont exactement au nombre de 11 (2), et, si d’autres s’étaient produits, on n'eût pas omis de les rapporter. Il est donc permis de dire que, sur les 329 décès tétaniques enregistrés à Paris de 1896 à 1903, 318 sont survenus chez des sujets qui n'avaient pas reçu d'injections préventives. Dès lors, la statistique de Delbet ne prouve absolument rien, sinon l’augmentation manifeste du tétanos à Paris et l'insuffisance des mesures prises pour préserver les blessés de cette redoutable maladie.
2° Le tétanos se déclare assez souvent malgré les injections préventives. — En colligeant tous les faits publiés en France et à l’étranger, on a réuni un ensemble de 41 cas dans lesquels le tétanos est apparu plus ou moins longtemps après l'injection du sérum.
« Devant ces faits posilils, n’ayant que des faits négatifs à objecter,
(1) Dki.ukt, Société de Chirurgie , 1907, p. 135.
(2) Cas de Rémy, Monod, Bouglé, Reynier (2), Mauclaire (2), Thiéry, Reclus. Terrier (2).
PREVENTION HTl TÉTANOS CHEZ L'ÎTOMME.
il faut, .lit Ko y nier, avoir une foi bien robuste pour continuer à affirmer scientifiquement la vertu prophylactique des injections de
sérum antitétanique (1). » - , ■ f
Quelle est donc la réelle signification de ces 41 cas dits posit d’où l’on pense déduire l’inef (icaciLé du sérum !
Deux d'entre eux (cas de Deutscblander, cas de Picry) ne se prêtent pas à l’analyse, faute de renseignements à leur sujcL.
Des 39 cas reproduits avec les détails suffisants, quatre cites par Sutter (2) ne ressortissent certainement pas au tétanos [observations
de Briischkc, Tizzoni eL Ulrich]. U en est de même pour trois laits (n05 2 , 3 , 4) sur six rapportés par N. Jacobson et 11. Pease (3), à propos desquels la nature des symptômes relatés permet de croire a de simples accidents sériques. Enfin, des deux cas de Lotheisen (4) men tionnés dans la statistique de Reynier, l'un vise un malade qui, ayant reçu l'injection prophylactique, n\i pas contracté le tétanos -, il n y a donc pas lieu de l’imputer au passit de la méthode.
Restent donc 34 cas pour lesquels le diagnostic tétanos ne saurait être douteux, ils se divisent ainsi suivant la dale de l'apparition du tétanos après l’injection du sérum :
I. — Dans 10 cas, le tétanos est survenu du 1 7° au S 7e jour après l'injection du sérum ,
Obs.de Jacobson et Pease. 47 jours.
— Sutter.. 48 —
— Juillard 49 —
— Lannelougue (Bordeaux). 37 —
— Terrier 87 —
Obs. de Mauclairc 17 jours.
— Prchammer .... 21 —
— Dionis du Séjour. 21 —
— Rocher 3 semaines.
— Rémy 39 jours.