COMPLICATIONS
C'est également à une [uéclisposition antériourc (|u'i[ faut attribuer le psoriasis vaccinal (Hiobiunc), et surtout l'e^c^a vaccinal, moins exceptionnel. Cet eczéma débute autour des boutons, peut envahir tout le corps ; il disparaît d'ordinaire fort vite, mais il peut aussi donner lieu à des poussées successives interminables. Les eczémateux peuvent soulIVir du vaccin, au même titre qu'ils sont fort susceptibles à l'égard de tant d'influences diverses.
Beaucoup plus graves que les précédentes sont les complications de nature infectieuse. Il s'agit manifestement ici de complications liées à une altération du vaccin, que cette altération vienne d'une contamination accidentelle au cours des manipulations, d'une conservation défectueuse ou d'une maladie du sujet vaccinifère.
C'estprobablement dans ce groupe qu'il faut ranger la vaccine rouge et la vaccine hémorragique. La première, signalée dès 1892 (Dauvé et Larue) parmi les sujets vaccinés avec le vaccin d'une même provenance, est ainsi appelée parce qu'avec ou après la pustule vaccinale, souvent mal venue, on voit évoluer une éruption particulière, bulle ou pustule, de coloration rouge (rouge vif, rosée, lie de vin), sans auréole; elle est inoculable d'homme àhomme (Goumy et Cozette), mais non à la génisse, et ne donne pas l'immunité vaccinale. Sa cause est restée inconnue ; elle accompagnait une atténuation marquée de la pulpe vaccinale.
Quant à la vaccine hémorragique, elle est rare : la pustule devient hémorragique, en même temps qu'apparaissent en divers points du corps des pétéchies ou des ecchymoses; en même temps ilyadel'hémalurie, des épistaxis et des phénomènes générauxgraves (Gregory). Dans un cas de Burlureaux, cette vaccine hémorragique l'ut mortelle.
Particulièi'ement sévères se sont montrées les pyoderaiies vaccinales contagieuses, heureusement exceptionnelles. Leur forme la plus smiple est la ««ccmeM/céreHse, signalée dans l'épidémie delà iMotteaux-Bois(l). Chez presque tous les enfants vaccinés, on constata vers le huitième jour, sur les scarifications, des ulcérations mesui-antl/2à 2 centimètres, à fond empâté, à bords indurés, plus ou moins douloureuses, accompagnées de tuméfaction inflammatoire étendue d adenile axiilaire et de phénomènes généraux. On pourrait croire à un chancre syphilitique vaccinal, d'autant plus que le vaccin avait ele emp.unté à un enfant; mais ces ulcérations difTèrent du chancre syphilitique par leur apparition précoce, la natu.'e ulcéreuse et suppuralive des lésions, leur multiplicité, l'inilamma-
1) IIkuv.k. x, ViuAf,, Bn/l. Jcml. médecine, ISSU.
JE. SACQUÊPË1<:. —
VACCINATION ANTIVARIOLIQUE.
lion (jui les cnloui'c, leur auréole très accusée, elc. (Fournier) (1).
A la MoLle-aux-Bois, il y eut 2 cas de contagion à des personnes non vaccinées (pustules d'ecthyma, ulcération de la paupière) et quelques éruptions érythémateuses ou papuleuses. Mais ces deux caractères, contagiosité et apparition d'éruption secondaire, lurent beaucoup plus marqués dans d'autres épidémies, généralement rapportées à Vimpclir/o conlagieiu;. Telles sont les épidémies de l'île de Rûgen (2), de Strasbourg (3), et celle consécutive à l'emploi du vaccin d'Elberfeld (4). Dans ce dernier épisode, on vit survenir à Ansberg des suppurations prolongées; à Elberl'eld, des ulcérations avec adénite; à Crangen, des ampoules, et plus tard (du onzième au quinzième jour) une éruption impétigineuse généralisée, très contagieuse pour l'entourage. 11 y eut 4 décès, dont 3 cliez des sujets vaccinés; 3 fois la mort fut subite. Avec moins de gravité, les accidents furent identiques à l'ile de Rùgen et à Strasbourg.
La cause de ces mécomptes est inconnue; il est évident qu'il faut incriminer une contamination accidentelle du vaccin.
Parfois on a \u auvveniv Vérijsipèle, des phlegmons, des épidémies de septico-pyohémie (épidémies de Grabnick, de San Quirico d'Orcia, d'Asprières). Dans ces différents cas, le vaccin était mal conservé, parfois putréfié, ou bien il avait été prélevé sur des enfants malades. De tels accidents, au moins sous forme épidémique, ne sont plus à craindre aujourd'hui.
Parmi les maladies spécifiques, on a signalé la possibilité de transmettre la lèpre, la tuberculose, la syphilis. Pour la Ibpve, on ne possède jusqu'ici qu'une seule observation de transmission d'homme à homme due à Gairdner (5). Quant à la tuberculose, aucune preuve clinique ou expérimentale ne démontre qu'elle puisse être inoculée avec le virus vaccinal prélevé sur l'homme ; les essais expérimentaux de .losserand (6), Straus (7), Lothar Meyer (8) sont restés complètement négatifs. Néanmoins c'est là un danger toujours à éviter, et dont la vaccination animale nous met heureusement à l'abri.
De beaucoup les plus retentissants ont été les accidents syphilitiques dont l'histoire a été magistralement établie par Fournier (9). Syphilis vaccinale. — Longtemps niée au nom des « principes »
(1) Fournier, La syphilis vaccinale. Paris, 1880.
(2) Verœffeiit. des Kaiscrl. Gcsiindlieitsamlcs, 1883.
(3) Goi.DSCHMiDT, Pyodennies vaccinales contagieuses. Revue iV hygiène, 1!)03.
(4) Vei'œU'enl. des Kaiserl. Gesnndheitsanites, 1888.
(5) GAïunNER, A rcmarqnalile expérience concerning leprosy (/?;•/(;.</( med. .loiirnnl. I8S7).
(6) JossmiAND, Tlièse de Lyon, 1884.
(7) SruADS, Société méd. des hôpitaux, 1883.
(8) I-ol. Meyeb, Eulenbuvgs Vierlcljahresb. f. g. Medie., 180.'. (0) Foijnxnîii, toc. cil.
SYPHILIS VACCINALE
(Bous(iucl), sou cxisU'iico lïiL iiollcnieiiL démontrée à lu siiilu de vaccinalions malheureuses pratiquées à l'Académie (Millui'd, Depaul, etc.). Depuis, d'autres épisodes de mèiiK! oi'dre ont été signalés plusieurs l'ois, ils sont rares d'ailleurs, au total que^iues centaines de cas sur des millions de vaccinations; mais ils sont toujours graves, ils sont surtout évilables. Leur gi'avilé est toute d'emprunt, due à ce qu'ils sont méconnus, à ce que les victimes soni jeunes et souvent misérables, etc. : ainsi s'expliquent les û\x moi-ts de Crémone (Gerioli), les sept morts de llivalta, etc.
Ces accidents sont évilables, en raison même de leui' cause. Pai'l'ois ils sont dus à ce que le même instrument a successivement vacciné un sujet syphilitique, puis un sujet sain : ce dernier prend la syphilis (Lorain, Oiy, elc). D'ordinaire, le vaccin a été prélevé sur un sujet humain syphilitique; et comme ce vaccin humain, en raison même de sa rareté, sert généralement à inoculer des « fournées » d'enfants, le nombre des victimes est généralement élevé. 11 l'est d'autant plus qu'on ne se méfie point, et que d'habitude les victimes sont des enfants : car ceux-ci à leur tour peuvent infecter par ricochet » leur entourage (nourrice, parents) dans les contacts journaliers; ils peuvent être utilisés comme vaccinifères, et transmettre à d'autres personnes à la fois la vaccine et la syphilis qu'ils ont reçues. Nul exemple de cette « cascade de contaminations » n'est plus instructif et plus dramatique que ceux de Rivalla (Pacchiotti) et de Torre de Busi (Adelasio). A Rivalla, en 1861, le vaccin d'un enfant, reconnu plus tard syphilitique, sert à inoculer 46 enfants (première série); dix jours après, le vaccin de l'un d'entre eux est inoculé à 17 autres enfants (deuxième série) ; 39 enfants dans la première série, 7 dans la seconde contractent la syphihs vaccinale. A Torre de Busi, en 1862, 6 enfants sont inoculés avec le même vaccin ; 5 contractent la syphilis; les 5 viclimes contaminent ensuite leur entourage : nourrices, mères, h'ères, sœurs, etc. ; des mères contaminent leurs maris : au total, 18 infections par ricochets.
11 est inutile de multiplier ces exemples: ils sont calqués les uns sur les autres. Us montrent que la syphilis vaccinale vient de la sypiiilis du vaccinifère (sauf le cas exceptionnel de transmission pai' une lancette malpropre). Ce vaccinifère estpresque toujours un enfant atteint de syphilis héréditaire, méconnue ou latente; ou bien un enfant chez qui évolue une syphilis vaccinale, en incubation » dans la pustule vaccinale à la suite d'une inoculation antérieure. La pro|)liylaxie se déduit d'elle-même : il faut substituer à la vaccination inlerhumaine le vaccin animal.
Au point de vue clinique, trois alternatives sont possibles : t" la
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vaccine échoue; après vingtjours ou plus apparaitlo chancre vaccinal, chancre syphilitique typique, accompagné de son adénopathie caractéristi([ue; 2° la vaccine prend; elle a terminé son évolution, quand apparaît à son tour le chancre vaccinal; 30 1a vaccine évolue normalement d'abord, mais la croûte ne tombe pas; c'est sous cette croûte (jue se développe le chanci'e. Plus tard, la syphilis évolue comme; d'ordinaire, et à part sou origine et sa gravité d'emprunt, rien ne la diirérencie de la syphilis commune.
11 ne faudrait pas croire pourtant que toute syphilis apparais.sant a))rès la vaccine est nécessairement d'origine vaccinale. 11 faut se méfier des syphilis » pseudo-vaccinales », nullement rares chez l'entant. La vaccine a évolué, régulièrement ou non, sans chancre vaccinal; après quelque temps, ap[)araissent des manifestations syphilitiques. L'absence de chancre initial, le début par des a(xidents généraux, l'existence possible des stigmates habituels permettront de reconnaître qu'il s'agit de syphilis héréditaire, non de syphilis vaccinale.
En définitive, les complications de la vaccine sont rares ; la plupart d'entre elles — les plus graves surtout — appartiennent à l'histoire, et il n'y a plus lieu de les redouter dans l'avenir. Elles ne sauraient être mises en balance avec les bienfaits prouvés de la vaccine ; ces bienfaits se résument dans l'immunilé antivariolique, corollaire elle-même de l'immunité vaccinale.
Immunité et Réceptivité vaccinales. — L'immunité vaccinale, c'est-à-dire l'inaptitude d'un organisme animal à contracter la vaccine, est le point culminant de l'histoir'ede la vaccine; car elle comporte comme corollaire l'immunité antivariolique. Cette immunité vaccinale est généralement acquise à la suite de la vaccination ; parfois cependant elle est consécutive à une atteinte antérieure de variole. Très rarement elle est « naturelle », indépendante de toute atteinte de vaccine et de variole. De même qu'auti'efois on trouvait exceptionnellement des sujets réfractaires à la variole, de même un nombre infime de personnes sont réfractaires au vaccin; mais la plupart des sujets récalcitranis ne résistent pas à une deuxièjnc vaccination bien faite. Il reste néanmoins quelques réfractaires, 1 p. 100 suivant d'Espine, 1/9000 suivant Seaton, chez qui on ne peut faire prendre le vaccin, même en ayant soin « d'alTamer les vaisseaux absorbants » parla diète et la saignée (Bousquet) : faculté aussi impénétrable pour la vaccine qu'elle l'est ])our les autres maladies. D'après Spui'gin et Marshall, les sujets réfractaires à la vaccine seraient également réfractaires à la variole.
Peut-être une partie de ces faits s'expliquenl-ils par Vhcrédilé;
HOOL OF MFDIG
IMMUNITÉ ET RÉb|E;jRî;ftîTÊ;-yAT'<?iNô^^ LtED®!
poui-lunl, luômo ••hoz les enfants issus do mèios vai-iolcuscs ou vaccinées, on rencontre rarement l'immunité. Une mère vaccinée peut donner naissance à dos enfants varioleux, la maladie « touche le fruit sans toucher à l'arbre » ; et, des enfants issus de mère vaccinée à la lin de la grossesse, ÎH sur 63 (Bohm) et 44 sur 50 (Dubiquel), prennent le vaccin le plus légiliine. De même la variole de la mère laisse le fœtus sensible à la vaccine, à moins que cette dornièi'o ne se trouve à la pûriode de dessiccation ou de cicatrisation au moment de la naissance; encore dans ce cas l'immunité est-elle rare (Auché et Delmas) et, suivant Lop, disparait-ellc après six à
dix-huit mois (1).
Pour l'immense majorité des sujets, l'immunité est acquise, soil par une vaccination antérieure, soit au prix d'une atteinte de variole. Un sujet vacciné ou variole se trouve être réfractaire à la variole et à la vaccine.
Mais cette immunité n'est pas indéfinie, au moins est-il rare qu'elle soit permanente. Chez la plupart des sujets, après une première vaccination, suivie de quelques années d'immunité, on voit réapparaître l'aptitude à contracter la variole, comme aussi l'aptitude à prendre à nouveau le vaccin [récupcravité vaccinale). L'immunité vaccinale n'a donc qu'une durée limitée : sur ce point, tout le monde est d'accord. Par contre, les opinions ditTèrent davantage quand il s'agit de préciser cette durée. En moyenne, dans nos pays, et dans le jeune âge, elle persiste sept à dix ans, mais ce n'est qu'une moyenne, sujette à des variations individuelles fort étendues : chez certaines personnes, un.e seule vaccination maintient l'immunilé indéfiniment; chez d'autres, on voit la vaccine prendre peu de temps après une première vaccination positive (de douze mois à cinq ansd'aprèsH. Roger). Ce sont des exceptions, qui n'infirment pas les données de l'oKservation séculaire. En dehoi'S de ces variations individuelles, d'autres causes peuvent intervenir : ainsi il est admis que la vaccination protège l'adulte beaucoup plus longtemps qu'elle ne protège l'enfant, fait qu'on explique par la rénovation incessante et rapide des tissus chez ce dernier. Elle protège moins longtemps dans les pays chauds que dans nos climats tempérés ; les observations à l'appui abondent, et sont suffisamment démonstratives pour que l'Académie ail demandé la revaccination tous les trois, qîiatre ou cinq ans en Algéiie, alors qu'elle se fait tous les dix ans seulement dans la métropole. Peut-être aussi cette immunité est-elle plus chancelante en temps d'épidémie (Teissier), l'organisme devenant alors
(I) TiEiiNf, Ze.itsch.f. Ilehuvt.uiid G ijn.vkologii), vol. III. — Duiiiqukt, Thèse, l-illc, 1>S00. — .\Lciiiua Dki.mas, Archives cliiiirjucs de llordcaux, ISOi. — Loi-, das.dcs hiijnliiu.v, 1891.
60 E. SACQUÈPÊE. — VACCINATION ANTIVARIOLIQUE.
plus sensible à la vaccine, de même que le » génie épidérnique » le rend plus vulnérable à la variole. En LouL cas, dans nos pays, il est certain qu'une partie (15 à 25 p. 100, Saint-Yves Ménardj des ■ enfants vaccinés dans l'enl'ance sont à nouveau susce|)tibles de contracter la vaccine pendant la période scolaire, de huit à treize ans; plus tard, lors du service militaire, le nombre des succès s'accroît singulièrement, atteignant 50 à 60 p. 100. Hien ne démontre mieu.K la récupéravité vaccinale, le retour de l'aptitude à conti'acter le vaccin — et aussi la variole; et, comme corollaire, rien ne démontre mieux non plus la nécessité des revaccinations.
D'ailleurs, la récupéravité vaccinale n'apparait pas seulement à la suite de la vaccine, car cette dernière ne l'ait que suivre en cela l'exemple de la variole. On aurait pu croire que cette dernière, maladie générale grave, immunisait d'autant mieux qu'elle est plus sévère : il n'en est rien ; la variole peut récidiver, et de même les anciens vai'ioleux sont parfaitement aptes à contracter la vaccine. Chez d'anciens variolés, les vaccinations à l'armée donnent 44 p. 100 (Vaillard), 52 p. 100 (Molitor) de succès. Chez eux aussi, les revaccinations sont nécessaires.
La vaccine n'immunise pas pour toujours; elle n'immunise pas non plus tout de suite. Entre le moment où le sujet est inoculé, et le moment où le même sujet se trouve être réfractaire à la variole et à la vaccine, il s'écoule un certain temps. Ce temps d'attente a été nettement précisé par une série d'expériences précises, élégantes, souvent répétées depuis les premiers essais de Mongenot. On vaccine un certain nombre de sujets; vingt-quatre heures après, on inocule la variole à l'un d'eux; quarante-huit heures après, on variolise un second; trois jours après, un troisième, et ainsi de suite. La variole évolue, comme la vaccine, chez les sujets inoculés pendant les quatre premiers jours; elle avorte en partie (absence d'éruption secondaire et d'accidents généraux) si l'inoculation variolique est laite cinq jours ou plus après l'inoculation vaccinale. Elle avorte complètement quand la variole est inoculée onze jours après la vaccine (Mongenot, Sacco). C'est donc au onzième jour plein qu'est acquise l'immunité variolique. Dans la pratique, il ne faut pas oublier que ces expériences indiquent le moment où la variole devient incapable de contaminer l'organisme vacciné, et non le moment où elle ne peut plus se déclarer; entre la contamination et l'invasion, il faut compter l'incubation, c'est-à-dire en moyenne dix à treize jours. C'est donc seulement vingt et un à vingt-quatre jours après l'inoculation vaccinale que le sujet sera mis à l'abri de l'apparition de la variole.