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II. — PRÉPARATION DE LA TOXINE DIPHTÉRIQUE

Bouillons de culture. — Pour obtenir la toxine diphtérique avec un microbe qu'on vient d'isoler d'une falisse membrane humaine, il faut faire des ensemencements sur milieux liquides; on doit savoir que la préparation des ces milieux liquides est soumise à des règles qu'il importe de bien connaître.

Mais avant delixer le meilleur mode de préparation, voyons comment MM. Roux et Yersin ont opéré quand, ils ont obtenu pour la première fois une toxine diphtérique active.

Dans leur premier travail (1888, page 642), ils indiquent comme milieu de culture le bouillon de veau; dans le deuxième mémoire (1889, p. 274), ils précisent en disant que ce milieu doit être légèrement alcalin. Dans ces conditions, le bacille diphtérique donne Une culture peu abondante, caractérisée par la formation d'amas microbiens qui se déposent au fond des vases de cultures. Si l'on recherche la réaction du milieu, on voit que le bouillon, d'alcalin qu'il était, devient légèrement acide, puis redevient alcalin après un temps plus ou moins long, suivant les cas. Si l'on liltre sur bougie Chambei'land le liquide de culture et si on recherche son activité en l'injectant sous la peau d'un cobaye, on voit que le bouillon est inuctif tant (|u'il est acide et qu'il devient toxique quand l'alcalinité apparaît. -

13/. LOUIS MARTIN. — SÉIIOTIIÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE.

lAI.M. Koiix oL Yorsin iinu-iliiiTciiL un procédé qui permit d'obtenir l)lus rapidoinonl une toxine active, voici sa description (i) :

« J)ans les conditions habituelles, il faut maintenir les cultures pendant des mois à la teni])érature de :]7" pour (jue le ))oison s'y accumule. Un procédé plus rapide peut être recommandé : il donne des résultais plus constants; il consiste à faire la cultiu-e dans un courant d'air humide. On se sert de vases à fond |)lat, munis d'une tubulure latérale (vases de Fei-nbach), dans lesquels on met du bouillon alcalin peptoniséà 2 p. 100, de fa(;on que la couche liquide ait une faible épaisseur. Après stérilisation à Tauloclave, on sème du bacille diphtérique récent, très virulent, et on porte à l'étuve à 37°. Lorsque le développement est bien commencé, la tubulure de chaque ballon est reliée par un tube de caoutchouc à un ajutage d'un tuyau de cuivre qui est lui-même en relation avec une trompe à eau. Au moyen de pinces à vis, placées sur les tubes de caoutchouc, il est facile de régler le courant d'air qui pénètre par le col de chacun des matras, après avoir barboté dans un flacon laveur. Cet agencement est préférable à celui qui dispose^ les vases de culture les uns à la suite des autres, et les fait tous traverser par le même courant d'air. Après trois semaines, un mois au plus, la culture est suffisamment riche en toxine pour être employée. Sur le fond des vases, on voit un fort dépôt de microbes, et, à la surface, un voile formé de bacilles plus jeunes. A ce moment la réaction est fortement alcaline. Tous les bacilles diphtériques, môme lorsqu'ils paraissent également virulents pour les cobayes, ne donnent pas les mêmes quantités de toxine dans les cultures. L'essai de bacilles de diverses provenances fera reconnaître ceux qui fabriquent la toxine la plus active. Nous n'étonnerons aucun bactériologiste en disant que la force de la toxine n'est pas toujours la même dans des cultures faites, en apparence, dans des conditions identiques. Aussi est-il préférable de faire une provision de toxine qui servira pendant loute une série d'expériences, afin que celles-ci soient bien comparables entre elles.

Les cultures achevées sont filtrées sur une bougie Chamberland, et, le liquide clair est gardé dans des vases bien remplis, bouchés et tenus à l'abri de la lumière, à la température ordinaire. Ainsi préparée, la toxine tue d'ordinaire un cobaye de 500 grammes en quarante-huit heures à la dose de 1 dixième de centimètre cube. Elle perd son activité à la longue, mais lentement si on la maintient dans les conditions que nous venons de dire. »

(1) Annales de l'Insl'Uul l'asleur, 1894, (i. Gll.

l'IlÉPAllATION DE LATOXINIS DIl'lITfC UIQ U 15.

Avec le procédé (lue nous venons de décrire, on oblenail des toxines peu aclives elsurloul il y avait des irrégularités. Aussi les travailleurs onl-ils recherché les conditions qui favorisaient la production des toxines et, en précisant les expériences, ils ont vu que la production des toxines dépendait en grande partie :

1° de l'alcalinité primitive du milieu,

■2° de la persistance de cette alcalinité.

Alcalinité primitive des bouillons. — D'après MM. Iloux et Ycrsin, le bouillon de veau devait être franchement alcalin; Parle et Williams (1) étudièrent spécialement celte question et voici leurs conclusions: « Les meilleurs résultats sont obtenus avec du bouillon qui, après avoir été neutralisé, est additionné d'environ 7 centimètres cubes de soude normale par litre. »

Pour appliquer cette règle, il y a un point délicat : la neutralisalion du bouillon; pour l'apprécier on se sert comme indicateur de la teinture de tournesol. 11 faut à l'avance préparer, comme point de comparaison, un tube contenant de l'eau distillée et trois gouttes de teinture de tournesol; il donne la teinte neutre dont on devi-a se rapprocher autant que possible en alcalinisant le bouillon.

Quand on observe bien la règle posée par Park et Williams, on A'oit que le bouillon ensemencé avec un bacille diphtérique devient acide et que l'alcalinité apparaît vers le deuxième, troisième ou quatrième jour de la culture ; et, de ce fait, on constate parfois des irrégularités dans la production de la toxine; aussi a-t-on cherché quelle était la cause de celte acidité.

Corps qui favorisent la production d'acidité. — C'est le G. Spronck, d'Utrecht (2) qui, le premier, mil en cause la glucose présente dans les milieux de culture et nous avons étudié avec le D'' Louis Momont (3) l'influence de différents corps.

Nous avons vu, qu'à la dose de 5 grammes par litre, la glucose, la lévulose, la saccharose, la galactose, la glycérine favorisaient la production d'acide ; tandis que le glycogène, l'amidon, la lactose, la maltose, la rafiinose, l'arabinose, l'érythrile, la dulcite et la mannite ne provoquent pas l'apparition de l'acidité.

Tous ces faits nous ont permis de conclure qu'en éliminant du bouillon tous les corps qui favorisent la production d'acidité, on peut obtenir un milieu qui reste toujours alcalin et dans lequel la toxine doit se produire rapidement.

Pour éliminer toute glucose, il importe d'avoir des peplones

(1) T/te Jour/irtl of Expérimental Alcdicine, vol. 1, p. |.

(2) Annnlos i/c l'JiixIitiit l'nsleur, 1895, p. 738.

(3) Annales de l'Iiixlilul l'asleur, 1898, p. 39.

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