SCÈNE PREMIÈRE
CHARLES. FIRMIX.
CH. Ah. mon père! ai^renez ... F. QiK»i? CH. Je T^î
retronrêe, F. Qui donc? CH. Lan^. F. Plait-U? CH. DefHi^ irn^n
arrivée Je la cherche par-tont: pour la première fois Je viens dans vos bnreaiix. mon père, et je la vois. Quel bonheur! F. Que dis-tn? CH. Cette fille charmante. Que dans ma garnison je voyois chez sa tante. Que mon i«ort est d'aimer enfin jusqu'au tombeau. Cest la fille ... F. De qui? CH. Du ministre nouveau. Je ne la eonnoissois que sous le nom de Laure. F. Cest la fille? CH. D'Ariste. F. Et tu l'aimes encore? CH. Plus que jamais, mon père. Elle ne ma pas vu: Xallois la saluer quand vous avez paru:
Peut-^tre est-ce un bonheur. Qu*aurois-je pu lui dire? Mon trouble de mes feux auroit trop su l'instruire: Car enfin cet amour à l'extrême est porté.
Mes vers depuis six mois célèbrent sa beauté: A mes foibles essais on a dai^é sourire:
Reconnoissez l'amour pour le dieu qui m'inspire. F. C'est ainsi qu'amoureux et poète à vinjrt ans. Comme lui je perdois et mes vers et mon tems: Avec Vk^se on «niérit de cette maladie:
Trop tard, on a perdu la moitié de sa v' Encor si cet amour te laissoit quelques Mais aimer un objet qu'on ne sauroit a'
Laure réunit tout, fortune, rang, jeunesse;
Ta paye et mon emploi, voilà notre richesse.
CH. Mais n'est-ce pas un peu votre faute? Pardon:
Des plus rares talens le ciel vous a fait don;
Pour ce que vous valez, si vous vouliez paroître,
A sa main j'aurois droit de prétendre peut-être,
Et vous seriez ministre, au lieu d'être commis:
Je parle librement, vous me l'avez permis.
F. Vraiment, qui t'entendrait me croirait un génie:
Va, va, bien mieux que toi, mon fils, je m'apprécie.
Je dois quelques talens peut-être à mes travaux,
Et je sais ce quil faut savoir dans nos bureaux;
Mais combien ma science à mes yeux est petite!
Quand par hasard je songe aux hommes de mérite
Qui languissent par-tout, par-tout persécutés;
Et par des parvenus lâchement insultés.
Ainsi, pas tant d'orgueil. CH. Pas tant de modestie.
Quoi! ne valez-vous pas mille fois, je vous prie,
Dorival, votre chef, cet homme suffisant,
Qui de l'ancien ministre assidu complaisant,
Faisoit tout, brouilloit tout, disposoit seul des places.
Accumuloit sur lui les pensions, les grâces,
Et qui déjà, dit- on, est, je ne sais comment,
Du ministre nouveau l'intime confident?
F. Eh! contre Dorival pourquoi cette sortie?
Sa place, comme il faut, n'est-elle pas remplie?
CH. Oui, car foil; à propos vous lui portez secours:
Vous ne pouvez nier que presque tous les jours
Vous faites les trois quarts au moins de son ouvraj^e.
F. Mais réciproquement ainsi l'on se soulage;
Si je fais son ouvrage, il fait souvent le mien.
CH. Justement; ainsi donc, pour que tout allât bien.
Vous devriez avoir sa place, et lui la vôtre.
^. Outre que je ne veux rien aux dépens d'un autre,
"ai placé mon bonheur dans mon obscureté.
H. Vous devez vos talens à la société.
. Dans mon petit emploi, je m'acquitte envers elle. CH. Non; si vous méritez une place plus belle, '«t^no devez faire tout, afin d'y parvenir.
Tant que vous avez eu Torgueil de vous tenir
Sous cet ancien ministre, à votre place obscure.
J'ai reconnu cette âme aussi noble que pure
Qui ne sait pas plier au gré d'un protecteur.
Mais Ariste, dit-on, est un homme d'honneur.
Eh quoi! voulez-vous donc par trop de modestie,
Laisser régner encor l'intrigue et l'ineptie?
Ariste veut le bien; de flatteurs obsédé,
Par les honnêtes gens il faut qu'il soit aidé.
F. Ainsi la passion à tes yeux exagère
Les torts de Dorival, les vertus de ton père:
Peut-êti*e Dorival a trop d'ambition
Pour son peu de talens; il est honnête et bon.
Qu'il fasse son ouvrage, ou qu'il le fasse faire,
L'ouvrage est fait enfin, c'est le point nécessaire:
Mais valût-il bien moins, vaudrais-je mieux d'ailleurs?
Et les défauts d'autrui nous rendent-ils meilleurs?
Jusqu'ici satisfait de mon obscure vie,
La fortune jamais n'excita mon envie.
Changerai-je de plan, quand je suis déjà vieux?
Ma place est au-dessous de moi; cela vaut mieux
Que si j'étois moi-même au-dessous de ma place.
CH. Faudroit-il donc qu'à Laure, ô ciel! je renonçasse?
Non, j'aime à m'en flatter, comme en notre âge il est
En nos affections quelque rapport secret;
Eh bien, je franchirai l'odieuse barrière
Qui sépare deux coeurs si bien faits pour se plaire;
Et ces deux cœurs enfin pourront se rapprocher.
F. Je le vois, de long-tems je ne puis t'empêcher.
Mon fils, de te livrer à ces vaines chimères;
Au moins, sans écouter les conseils salutaires
De ton meilleur ami, mon fils, n'entreprends rien.
Adieu; nous poursuivrons ailleurs cet entretien;
Car l'heure du travail tout en causant s'approche.
Et peut-être on m'attend. Ah! vous voilà, Laroche?