‹ Méditations chrétiennes. Avec une introd. et des notesChapitre 10 sur 42 · II. MEDITATION · texte numérisé non relu

II. MEDITATION

Les Anges ne peuvent aussi nous eclair er par eux-memes. II ny a que le Verbe de Dieu qui soil la Raison universelle des esprits .

I. Je suis convaincu que les corps qui liTenvironnent ne peuvent m’eclairer, et que celui-la meme, auquel je suis le plus etroitement uni, m’est entierement invisible. Je ne connais ni sa grandeur, ni sa situation, ni sa figure : ainsi je ne crois pas qu’il puisse par lui-meme se faire sentir ou se representer a mon esprit.

II. Je demeure d’accord que je ne suis point ma burner e a moi-meme; que je ne puis former en moi mes Idees; et que quand j’aurais ce pouvoir, il me serait absolument impossible de m’en servir.

III. Enfin je suis convaincu, que celui qui m’instruit, me inontre autre chose que ma

MA LEBRANCHK

substance, lorsqu’il me represente 1’infini, lorsqu’il me fait connaitre l’ordre, lorsqu’il me fait penser aux corps.

IV. La connaissance meme, que j’ai de mon Etre et de ses modifications, est si confuse et si imparfaite, qu’il me semble aussi, que je ne puis etre intelligible a moi-meme; et que tant que je ne regarderai que moi, je ne decouvrirai jamais ce que je suis. Car je ne vois en moi que tenebres; et peut-etre que ma substance n’est pas plus intelligible par elle-meme que celle des corps qui m’environnent. II est vrai que je me sens, mais je ne me vois pas, je ne me connais pas. Et si je me sens, c’est qu’on me touche, car je ne puis agir en moi. Mais quand je me sentirais par moi-meme, quand je pourrais agir en moi, et produire en ma substance toutes les modifications de plaisir et de douleur dont elle est capable, et par lesquelles je me sens; je decouvre tant de difference entre se sentir et se connaitre, qu’il me semble que je puis me sentir et que je ne puis me connaitre : qu’il est necessaire que je ne me sente qu’en moi-meme, lorsqu on me touche ; et qu’il n’est pas vraisemblable que je me puisse voir en moi-meme, quoiqu’on m’eclaire.

y* ^ je ne pnis agir en moi ni m’eclairer, si je ne puis produire ni rues plaisirs, ni mes

MEDITATIONS CHRfiTIENNES 25

lumieres, qui sera capable de m’instruire, et de me rendre heureux? N’ai-je point quelque Demon familier qni me gouverne, qui penetre mon esprit, et qui lui communique sa lumiere? Pures Intelligences, si vous etes capables d’eclairer les hommes, faites-vous connaitre a eux? Etes-vous? Qu’etes-vous? Etes-vous veritablement lumiere et puissance a notre egard? Si cela est, que les hommes vous rendent les honneurs qui vous sont dus, et qu’ils aient tons les sentiments de reconnaissance pour les obligations qu’ils vous ont. Nos Peres ont adore le Soleil, a cause qu’ils etaient persuades, qu’il repandait cette lumiere qui eclaire les corps, et cette chaleur qui leur donne la vie; et vous donnez peut-etre la lumiere et le mouvement aux espnts.

Peut-etre que c’est vous aussi qui gouvernez les astres, qui leur communiquez leurs influences, et qui donnez par eux la vie et la fecondite a toutes choses. Mais je ne veux pas vous reverer pour des bienfaits, qui n ont rapport qu’a la vie du corps. Je veux vous rendre un culte tout spirituel, pour les faveurs toutes spirituelles que je regois de vous. Je crois que vous etes, car je ne vois que vous qui soyez capables d’agir en moi, et je sens bien qu’on agit en moi. Je veux done.

VI. Doucement, pauvre esprit. Suspends ton jugement. Tu es plus raisonnable que

MALEBRANCHE

les paiens : tes pensees sont plus relevees que les leurs. Tu as raison de t’elever au-dessus de toi-meme et des corps : mais ne t’arrete pas encore. Passe les Intelligences meme les plus pures et les plus parfaites, si tu veux rencontrer celui que tu dois adorer pour la grandeur de ses bienfaits, et pour la souverainete de sa puissance. Je vais tacher de te conduire jusqu’a lui : fais quelque effort pour me suivre.

VII. Lorsque tu t’entretiens avec les autres hommes, ils comprennent et approuvent tes sentiments : lorsque les Marchands (1) se resident leur compte, et que des Geometres raisonnent entre eux, ils se convainquent les uns les autres. Prends garde; comment se peut-il faire, que tous les hommes s’entendent et conviennent entre eux, si la Raison qu’ils consultent est une Raison particuliere? Peuxtu concevoir que le genie que tu penses t’eclairer, soit capable de repandre la meme lumiere generalement dans tous les esprits, et qu’une Intelligence particuliere puisse etre la Raison universelle, qui rend raisonnables toutes les Nations du monde?

VIII. Tu sais que les autres voient ce que tu vois, s ils s’y appliquent comme toi : tu sais meme qu’ils ne peuvent voir les choses

(1) Premiere edition : « marchands ».

autrement que tn les vois : tu experimentes au contraire qu’ils peuvent juger des choses que tu vois, autrement que tu en juges. D’ou vient cela, si ce n’est que tes idees, ou l’objet immediat de ton esprit est celui de tous les esprits, et que le principe de tes jugements n’appartient qu’a toi : si ce n’est que ta Raison est universelle, immuable, necessaire, et que ton esprit est borne, et tes volontes cbangeantes et particulieres? (1) N’adore done pas les Anges ni les Demons. Ce sont aussi bien que toi des Etres particulars et des Intelligences bornees. Tu ne depends point d’eux, tu n’as point immediatement de rapport a eux, tu ne recois d’eux ni la lumiere qui t’eclaire, ni le mouvement qui t’anime.

(1) Malebranche adopte la theorie cartes ienne du jugement. Dans la IVe Meditation Metaphysique, « Du vrai et du faux », Descartes explique que le jugement depend du concours de deux causes : Ventendemenl el la volonte. « Par V entendement seul, je n assure ni ne nie aucune chose, mais je congois seulement les idees des choses que je puis assurer ou nier » (t. IX de Vedition Adam, p. 45 Par la volonte, j'affirme le rapport que me presente V entendement et c'est avec cel acte de la volonte qu'apparaii la possibility de Uerreur.

Nous nous trompons lorsque nous affirmons des rapports ■ que V entendement n'a pas vus clairemenl et distinctement, c'est-a-dire, lorsque nous jugeons sans bien connaiire ce donl nous jugeons. En effel, l entendement est limite, landis que la volonte est en quelque sorte infinie : il arrive done que la volonte dipasse les limites de Ventendemenl et qu'elle ajjirme plus que l entendement ne concoil. « La volonte eiant beaucoup plus ample et

MALEBRANCHE

IX. Je vois bien que ton imagination te veut encore seduire dans la subordination des causes. Tu es porte a croire que la lumiere, qui eclaire tous les esprits, se repand d’abord dans les Intelligences les plus pures : que de la elle reflechit ou s’ecoule dans celles du

plus etendue que V enlendement, je ne la conliens pas dans les merries limites, mais je Vetends aussi aux choses que je n entends pas » (IVe Meditation, ibidem p 46 —

palue^arl'iclettl £ 350 ' PM ^ PhiIosoPMe>

... Toul fugerncnt est done un acle de volonle el de la volonte •7 re,’ meme lorsqu’il ajfirme que 2 et 2 jont 4. Par suite nfuLT, nr re p°uv?jr d'eviter Verreur; il s’agit de savoir ^■ler}flre-La uolonte ne poriera pas de jaux jugemer.ls

meat <tmtfienr S°n cor}s^n}emenl jusqu'd ce que Ventendemenl soil pleinemenl eclaire. (IVe Meditation, ibidem,

P™,cipes, /, an. 6 et 33). D'ou la premiere nmir vrnfe Melh.ode ne recevoir jamais aucune chose fvvL vraie’(!u^ ne la connusse evidemment etre telle » (Discours de la Methode, deuxieme parlie.)

Aussi les principals sources de nos erreurs sont-elles la prevention et la precipitation; la prevention 1st la permanence en nous des jugemenls lout fails accents sans examen et qui s'imposent d nous par habitude la

vSndfmmieSneleso^faUl ^ C°"S/s?e d fuger unique

lemenaement ne soil parvenu a une complete evidence Fom : Disccmrs de la Methode. Texle el commentate par

Fn /n°n’ PrTV J ■ Vrin> 1925> PP- 198-199. P D^scJrles rhduif n , ]uge™nl une adhesion de la volonle. juqement rf ?«n„/„“VC7hema Unigue r analyse du faux de lZreur etc nrnhr6 la.mauv,aise action; le probleme

‘Z'i°7u P" l0ra^H ,r“i“ ™ senlemenl de ferret

E vt np; Tv l.

second ordre, et qu’elle se communique ainsi comme par degres jusqu’a toi. Mais l’origine de ton systeme est que ton esprit aime la proportion et l’ordre. Tu te plais beaucoup plus a considerer la chute des eaux et les cascades des fontaines que le cours uniforme des rivieres : car tu decouvres avec plaisir plusieurs rapports dans le grand nombre des bassins, qui re<joivent l’eau d’un cote, et qui la regorgent de l’autre. Ainsi tu te formes avec plaisir certains ordres d’intelligences pour recevoir et pour repandre successivement la lumiere.

X. Tu n’es pas seul dans cette pensee, ce sentiment est devenu fort common : mais c’est que les opinions les plus agreables paraissent souvent les plus solides. Elies entrent facilement dans I’esprit, lorsqu’elles ont gagne le cceur. On aime naturellement ce qui plait : et Timagination est bien plus contente, lorsqu’elle se represente Dieu comme un Souverain, qui donne ses ordres a ses Ministres, et qui les instruit de ses pouvoirs, que lorsque l’esprit le considere, comme une cause universelle, qui fait tout en toutes choses immediatement et par lui-meme.

XI. Ne sens-tu pas que la lumiere de ta Raison t’est toujours presente, qu’elle babite en toi, et que lorsque tu rentres en tobmeme, tu en deviens tout eclaire? N’entends-tu pas

MALEBRANCHE

qu’elle te repond par elle-meme, d’abord que tu 1 interroges, lorsque tu sais Pinterroger par une attention serieuse; lorsque tes sens et tes passions sont dans le respect et dans le silence? Ainsi quel besoin as-tu de te rendre les Demons favorables? Ce ne sont point eux qui t eclairent, puisque sans que tu les consultes, tu entends bien qu’on te repond.

Rentre en toi-meme, et ecoute-moi :

et compare ce que je te vais dire avec ce que t’apprend la Religion que tu professes. Voic\ comment la verite parle a tous ceux qui l’aiment, et qui par des desirs ardents la prient de les nourrir de sa substance.

XIII. Je ne suis point comme le pain qui entretient la vie du corps : on ne me divise point en parties pour me distribuer aux homines. Je nourns et j’engraisse par moi-meme les esprits : mais ils ne me changent point en leur substance. Je me donne tout entier a tous, et tout entier a chacun d’eux. Je les ai crees pour les rendre semblables a moi, et les nourrir de ma substance; et ils sont d autant plus raisonnables, qu’ils me goutent mieux et qu ils me possedent plus parfaitement. Je suis la Sagesse de Dieu meme, a verite eternelle, immuable, necessaire. Et quoi qu’il n’y ait que mon Pere, qui me possede entierement, je fais neanmoins mes

delices d’etre avec les enfants des hommes (a). Je me communique a tous les esprits autant qu’ils en sont capables; et par la Raison, dont je les fais participants (1), je les unis entre eux et meme avec mon Pere : car ce n’est que par moi, que les esprits peuvent avoir entre eux quelque liaison et quelque commerce.

XIV. Mais les hommes sont si miserables, qu’au lieu de rentrer en eux-memes pour m’ecouter, ils se repandent au dehors par leurs sens et par leurs passions. Comme ils ne me consultent plus, ils deviennent deraisonnables : ils ne peuvent plus avoir de Societe avec personne, et principalement avec mon Pere. Car les hommes peuvent par les memes passions se lier entre eux pour quelque temps : mais on ne peut avoir de Societe durable, on ne peut avoir de Societe avec Dieu que par mon moyen. Cependant j’ai eu pitie d’eux. Comme ils sont devenus sensibles, grossiers, charnels, je me suis rendu visible pour les instruire par ma parole, et par les exemples de ma vie : et comme ils ne veulent pas rentrer en eux-memes, je me suis presente devant eux, et par des miracles, qui ont frappe leurs sens et qui les ont surpris, je les ai obliges de m’ecouter. Je leur

(a) Prov. 8. 29. 31.

( 1 ) Premiere et deuxieme editions : «■ que je leur donne ».

a* ^nseigne Par ma patience a conserver la Societe parmi les liommes : et je leur ai fait comprendre par les maux que j’ai soufferts, que le pecbeur ne pent rentrer en grace avec Dieu que par une serieuse penitence. C’est amsi que j’ai appris d’une maniere sensible, et qui est a la portee des plus simples et des plus stupides, comment les liommes doivent etablir entre eux et avec Dieu une Societe eternelle. Et je leur ai encore merite par la digmte de^ ma personne un oubli general de eurs pecbes. Car je suis le sauveur des bommes et Je les delivre sans cesse, non de leurs maux presents, qm leur sont necessaires, afin qu’etant pecheurs ils rentrent dans l’ordre, mais de eurs pecbes (a) qui les empechent d ’avoir acces aupres de Dieu, et de se reconcilier

XV. Quoi, mon Jesus, c’est done vousmeme qm me parlez dans le plus secret de m a Raison . C est done votre voix que j’entends. Que vous venez de repandre en un instant de lumieres dans mon esprit? Quoi c est vous seul qui eclairez tous les bommes? Helas que j etais stupide, lorsque je pensais que vos creatures me parlaient, quand vous repondiez , Que j ’etais superbe, lorsque je m imagmais que j ’etais ma lumiere a

(a) Matthieu, i. 2lr

moi-meme, quand vous m’eclairiez ! Que j’etais insense, lorsque je voulais rendre aux Intelligences le culte et la reconnaissance que je ne dois qu’a vous ! 0 mon unique Maitre, que les Anges memes vous adorent avec tout ce qu’il y a d’esprits, puisque vous etes seul leur Raison et leur lumiere : et que les hommes sachent que vous les penetrez de telle maniere, que lorsqu’ils croient se repondre a euxmemes, et s’entretenir avec eux-memes, c’est vous qui leur parlez et qui les entretenez. Oui, lumiere du monde, je le comprends maintenant. C’est vous qui nous eclairez (a), lorsque nous decouvrons quelque verite que ce puisse etre. C’est vous qui nous exhortez, lorsque nous voyons la beaute de l’ordre. C’est vous qui nous corrigez, lorsque nous entendons les reprocbes secrets de la Raison. C’est vous qui nous punissez, ou nous consolez, lorsque nous sentons interieurement des remords qui nous dechirent les entrailles, ou ces paroles de paix qui nous remplissent de joie. Vous venez tout d’un coup de m’eclairer l’esprit, et je comprends clairement qu’il n’y a que vous qui soyez notre Maitre, que vous etes seul le vrai pasteur de nos ames, que

(a) Jacques, I. 17. (« Tout don excellent, toute grace parfaite descend d’en haut, du P6re des lumiferes, en qui n’existe aucune vicissitude, ni ombre de changement. »)

MALEBRANCHE

vous etes non seulement la Sagesse de Dieu, mais encore la veritable lumiere qui eclaire seule tous les homines. J’avais lu autrefois ces verites dans vos Saintes Ecritures (a), mais je ne les entendais que d’une maniere fort imparfaite. Je vous comparais aux hommes que nous appelons nos Matties , et dont les plus sages et les plus savants ne sont au plus que de fideles Moniteurs (b). Car je ne pensais pas que vous parlassiez incessamment a 1 esprit dans le plus secret de la Raison : Et quoi que je susse que vous etes la Sagesse du Pere, je ne m’avisais pas de penser, que vous etes aussi la notre, ou la Raison universelle a laquelle tous les esprits sont unis, et par laquelle seule ils sont raisonnables.

XVI. Helas a quoi pensent les hommes de ne point reconnaitre celui qui leur donne la vie ! Ils se met tent en peine de savoir quelles sont les viandes dont on nourrit le corps, et ils negligent d’apprendre quelle est la substance qui nourrit l’esprit. Ils recherchent meme avec assez de curiosite quelle est la nournture des Chinois ou des Tartares : ils en parlent avec plaisir : ils voudraient peut-

■a) m2? XXIIL 10- Et qu’°n ne vous appelle maitres. car vnna

point maitres, le Christ. '

car vous n’avez qu’un seul maitre,

(b) Aug-. Lib. de Magistro.

MEDITATIONS CHRET1ENNES

etre en gouter; et ils ne s’entretiennent jamais de la manne veritable des esprits, de la Raison universelle, qui les rend tous raisonnables, et dans laquelle on se repait de la verite. Enfin ils vivent sans s avoir qui les nourrit, et leur ingratitude est telle qu’ils ne veulent pas seulement connaitre celui qui les comble de biens.

XVII. II est vrai que vous vous cachez aux yeux des hommes, et que vous ne laissez point paraitre la main qui leur fait tant de biens : mais cela ne justifie pas leur ingratitude. Quoique vous n’ayez pas besoin de nos reconnaissances, et que vous le temoigniez assez par la maniere dont vous repandez insensiblement vos faveurs; neanmoins nous devons vous en rendre graces; et si nous ne vous les rendons pas, comment pourrons-nous meriter la continuation de vos bienfaits?

XVIII. Les Atheniens qui ne connaissaient point le vrai Dieu, avaient dresse un Autel au Dieu inconnu (a ). Mais belas ! entre les hommes qui ne connaissent point celui qui est la vie et la lumiere de 1’esprit, les uns regardent les corps qui les environnent comme le principe de leurs connaissances, et comme la cause veritable des plaisirs dont ils jouissent : et les autres, moins stupides et plus superbes,

(a) Actes, 17. 23.

MALEBRANCHE

s’imaginent pouvoir etre a eux-memes le principe de leur felicite et de leur lumiere. 0 Dieu, que d’orgueil, que d’aveuglement, que d ’ingratitude !

XIX. Que ceux qui vous connaissent comme un Dieu incessamment applique a eux, agissant en eux, les eclairant, les exhortant, les corrigeant, les consolant, vous rendent graces incessamment des faveurs que vous leur faites, afin qu’ils en meritent de nouvelles, et que vous les rendiez enfin dignes de vous posseder eternellement. Que ceux, qui ne sentant point l’operation secrete par laquelle vous agissez en nous, ne connaissent point l’Auteur de leur etre, ni celui qui leur donne a tous moments le mouvement et la vie, recherchent leur bienfaiteur de toutes leurs forces, avec amour, empressement, perseverance; et qu’ils dressent un Autel au Dieu inconnu ; jusqu’a ce que vous vous decouvriez a eux. Mais malheur aux insenses qui recherchent la perfection de leur etre dans ce qui est au-dessous d’eux, la lumiere de leur esprit dans les objets visibles, la cause de leur felicite dans les corps, le mouvement et la vie dans ces creatures mortes et incapables d’aucune action. Malheur encore aux superbes qui se contentent d’eux-memes; qui pensent pouvoir se rendre sages et heureux, par leurs propres forces; et qui s’imaginent

produire en eux-memes les plaisirs dont ils jouissent a l’occasion des corps, et les idees qui les eclairent a la presence des objets, ou selon les differents desirs que la curiosite excite en eux.

Page 1