‹ Méditations chrétiennes. Avec une introd. et des notesChapitre 11 sur 42 · III. MEDITATION · texte numérisé non relu

III. MEDITATION

La verite parle aux homines en deux manieres ; comment on Vinterroge, et sur quels sujets on la doit interroger , afin de recevoir ses reponses.

I. O Jesus ma lumiere et ma vie, nourrissez-moi de votre substance, faites-moi part de ce pain celeste, qui donne aux esprits la force et la sante. Je ne puis vivre pour vous, si je ne vis de vous : je ne serai jamais anime de votre esprit, si je ne suis eclaire de votre lumiere : et si je ne suis etroitement uni a vous, je ne serai jamais parfaitement raisonnable. Mon unique Maitre, mettez-moi, je vous prie, au nombre de vos fideles Disciples, et donnez-moi les regies que je dois observer pour comprendre votre doctrine et pour en profiler. Car je me trouve souvent fort embarrasse. Je ne puis souvent discerner votre voix d’avec les inspirations secretes

que mon imagination et mes passions forment en moi (1). Je ne sais comment vous inter roger pour vous obliger a me repondre. Je ne vois pas meme encore de quoi je dois d’abord souliaiter d’etre instruit.

II. Afin que tu puisses discerner les reponses de la verite d’avec celles de I’erreur, tu dois savoir, mon cher Disciple (2), que je ne parle aux hommes qu’en deux manieres : on bien je parle a leur esprit immediatement et par moi-meme, ou bien je parle a leur esprit par leurs sens. Comme Raison universelle et lumiere intelligible, j’eclaire interieurement tous les esprits par l’evidence et la clarte de ma Doctrine : comme Sagesse incarnee et proportionnee a leur faiblesse, je les instruis par la foi, c’est-a-dire par les Ecritures saintes et l’autorite visible de 1’Eglise universelle. Ainsi lorsque tu entends quelque reponse qui n’est point accompagnee d’evidence, ni confirmee par la loi, prends garde a ne te pas laisser seduire : ce n’est point moi qui te parle. Les pensees que tu as alors sont des sentiments confus que tes passions t’inspirent, ou de vains fantomes que ton imagination se forme, ou enfin des impressions ou des

(1) Premiere et deuxieme editions : « que mes passions forment en moi ».

(2) Premiere el deuxieme editions : « disciple ».

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prejuges que tu dois a Fopinion et a la coutume.

III. Mais il laut que tu remarques que je n’instruis point les liommes par la foi, ou par une autorite qui frappe les sens, lorsque je leur parle des verites qui n’ont point de rapport a la Religion. Car, comme les liommes peuvent etre sages et heureux sans les sciences tuimaines, je n’ai pas du leur apprendre ces sciences par une autorite visible. Le travail de la Meditation est encore aujourd’hui absolument necessaire pour meriter la vue claire de la verite; et je ne suis point venu sur la terre pour epargner aux hommes ce travail. Comme je ne les delivre pas entierement de leur concupiscence, lorsque je repands la charite dans leurs cceurs; je ne dissipe pas aussi leurs tenebres, lorsque j’instruis leurs esprits par 1 infaillibilite de ma doctrine ; car outre qlie la foi ne s etend qu’a un certain nombre de verites, l’evidence seule eclaire parfaitement l’esprit.

? Cependant, quoique je n enseigne jamais d une maniere sensible les verites, qu’il n’est pas necessaire de savoir pour honorer mon Pere, et se regler Fesprit et le cceur, je montre souvent a 1 esprit d une maniere purement intelligible plusieurs verites qui appartiennent a la foi. Car, lorsque mes Disciples rentrent en eux-memes, et me consultent avec tout

le respect et toute l’application necessaire , je decouvre a leur esprit avec evidence plusieurs verites qu’ils savaient seulement avec certitude a cause de l’infaillibilite de ma parole.

V. Mais, parce que la Religion renferme des mysteres tout a fait incomprehensibles a l’esprit humain, et que souvent les verites de la Morale sont si composees, qu’il faut avoir une application tres grande pour les connaitre avec evidence; la maniere la plus courte et la plus sure pour apprendre la Religion et la Morale, est de lire l’Ecriture, et d’ecouter l’Eglise, qui conserve le depot de la tradition, et par laquelle je parle encore a present aux fideles. Cependant les verites de la foi supposees incontestables, l’on peut, Ct meme, l’on doit mediter ma loi jour et nuit, et me demander bumblement la lumiere et l’intelligence.

VI. Sacbe done que 1’evidence et la foi ne peuvent jamais tromper : mais ne prends pas la vraisemblance pour l’evidence, ni I’opinion de quelques Docteurs pour la foi. L’evidence exclut de l’esprit toute incertitude ; la vraisemblance laisse quelque obscurite. Ainsi tu dois suspendre ton jugement a 1’egard de la vraisemblance; car il t’est encore libre de le suspendre : et la regie que tu dois observer dans la recherche des connaissances naturelles,

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c’est de faire un usage continuel de ta liberte; c’est de retenir ton consentement jusques a ce que tu ne puisses plus le refuser a I’evidence de la verite (1).

VII. Corome la foi comprend ma parole ecrite ou non ecrite, et que cette foi est de tous les siecles et de toutes les nations, auxquelles l’Evangile a ete annonce, tu ne dois point craindre d’y assujetir ton esprit : car il n est pas possible que les Chretiens de differents siecles et de pays fort eloignes se soient accordes pour corrompre la purete de leur foi, pour laquelle plusieurs d’entre eux ont repan du leur sang (ci). Outre que je gouverne invisiblement mon Eglise; et que je n ai garde de lui oter son universalite, qui est le caractere sensible de la veritable Eglise, et la voie la plus courte que puissent avoir les personnes simples et grossieres pour la distinguer de toutes les Sectes particulieres.

VIII. Cependant ne meprise point absolument les vraisemblances ni les opinions communes des Docteurs, quoique ces opinions ne passent point les limites de ton pays, et qu’elles aient ete inconnues dans les siecles passes.

(fl) Voy. le 13 et 14, entr. des Entretiens sur la Metap Milton Ja RellSlon- ( A 1'oule en marge dans la troisieme (1) Voir Med. II, § VIII, n. 1.

Mets chaque chose en son rang : ce qui ne te parait que vraisemblable, estime-le comme tel : car en cela clu moins porte-t-il l’image de la verite, du moins est-il vrai en quelque sens. Et comme la foi n’apprend pas toutes choses, si tn rejetais comme fausses des opinions revues, peut-etre que tu condamnerais la verite. Tu ne dois point rejeter comme contraires a la foi des sentiments que l’Eglise permet d’enseigner. Tu dois me consulter sur cela; et si tu sais bien m’interroger je te ferai comprendre qu’il y a des opinions particulieres a quelques Docteurs, lesquelles sont tres certaines et tres evidentes.

IX. Je vous rends graces, 6 mon unique Maitre, de l’instruction importante que vous venez de me donner. II me semble que maintenant je discernerai bien votre parole d’avec celles qui m’ont trompe jusques ici. C’est vous seul qui parlez par l’evidence (1) lorsque vous nous enseignez les sciences humaines, par la foi lorsque vous nous instruisez de la Religion : et quoique vous n enseignez point par la foi les verites qui n’ont aucun rapport a la Religion, vous promettez de me decouvrir avec evidence beaucoup de verites de foi, pourvu que je sache bien vous interroger pour vous obliger a me repondre. Je

(1) Premiere edition : « C'esl vous seul qui parlez pai V evidence el par la foi : par 1' evidence lorsque vous nous enseignez, etc... »

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vous prie done de m’apprendre quelle est cette maniere de vous consulter qui est toujours recompensee d’une connaissance claire et evidente de la verite.

X. Tu sais deja en partie ce que tu me demandes, mon cher Disciple, je te l’ai deja dit? Mais tu n’y fais pas de reflexion. Ne te souviens-tu pas que je t’ai repondu souvent des que tu l’as desire? Tes souhaits suflisent done pour m’obliger a te repondre. II est vrai que je veux etre prie, avant que de repandre mes graces. Mais ton desir est une priere naturelle, que mon esprit forme en toi. C’est l’amour actuel de la verite qui prie, et qui obtient la vue de la verite. Car je fais du bien a ceux qui m’aiment : je me decouvre a eux, et je les nourris par la manifestation de ma substance. Leur prikre est done toujours exaucee, pourvu qu’elle soit faite avec attention et avec perseverance; pourvu qu’ils me demandent ce qu ils sont en etat de recevoir de moi; ou enfin, pourvu qu’ils me demandent ce que je possede en qualite de sagesse et de verite Eternelle.

XI. Par exemple, si tu me demandes sans attention, si 1 ame est immortelle, je ne te repondrai point : car si tu demandes sans attention, c’est faute d’amour.

XII. Si tu me demandes avec attention, mais sans perseverance, si ton ame remue

ton corps, je te repondrai, mais si bas que tu n’entendras pas clairement ma reponse : car ton amour est trop faible pour obtenir ce que tu demandes.

XIII. Si tu desires de decouvrir le rapport de la diagonale d’un carre a sa racine, ton desir bien que violent et perseverant sera vain et inutile : car tu demandes par ce desir deregie plus que tu ne peux recevoir.

XIV. Si tu me pries de t’apprendre a doubler un cube avec la regie et le compas : tu ne sais toi-meme ce que tu me demandes : je ne t’ecouterai done point. Si neanmoins tu perseveres, je te repondrai que tu demandes une chose impossible; et afin que tu demeures en repos, je t’en ferai voir Timpossibilite.

XV. Enfin si tu veux que je t’apprenne ce que pense ton ennemi, le succes que doit avoir une affaire, ou quelque secret de la nature, je ne te repondrai point encore. Car e’est me prier de te donner ce que je ne possede point precisement en qualite de sagesse et de verite eternelle, ou en qualite de Raison universelle des esprits. Ce que tu me demandes aussi ne t’est pas necessaire pour devenir sage et heureux. Ce n’est pas la connaissance de ces verites qui te rend juste et raisonnable : ce ne sont point la des verites dont tu te puisses nourrir. Ce sont des faits qui seront peut-etre necessaires a la conservation de ton

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corps : mais ce n’est pas moi que tu dois consulter dans ces occasions. Interroge les sens que je t’ai donnes : regarde ton ennemi au visage : prends garde a son air et a ses manieres : enquiers-toi de ceux qui conversent avec lui, et peut-etre que tu apprendras ce que tu desires.

XVI. Comme les evenements futurs et plusieurs autres verites dependent de la volonte de Dieu, et meme comme ce ne sont point des verites Eternelles, je ne les renferme point dans ma substance. Ainsi les esprits qui me contemplent ne les decouvrent point en moi. Car encore que je sois la regie immuable de toutes les volontes divines par lesquelies toutes les cboses ont ete produites; ces volontes n’etant point des emanations necessaires de ma substance, on ne peut les reconnaitre avec evidence en me contemplant, comme la raison universelle des Intelligences. Cependant, comme Dieu ne veut que selon l’ordre que lui prescrit sa sagesse, on peut en me consultant s’instruire non des etres que Dieu a crees, mais de la maniere dont il les a crees ( a ), ou du moins eviter beaucoup d’erreurs communes aux Philosophes qui se consultent eux-memes au lieu de m’interroger.

(o) Voyez le ler Ch. de la morale. (Malebranche appelle ainsi son Traite de Morale. Note ajoutee dans la deuxieme edition.)

XVII. Voici maintenant, non ce que tu dois, mais ce que tu peux me demander : voici ce que je suis toujours pret de te donner; et meme ce que je me suis oblige de te donner, si tu me le demandes avec assez d’attention et de perseverance. Je suis pret de te decouvrir tous les rapports qui sont entre les idees claires que tu as des choses, pourvu que ces rapports ne soieut point trop composes. Car, lorsque tu m’interroges, tu dois savoir ce que tu me demandes, afin de pouvoir le reconnaitre, lorsque je te le presente. Tu dois aussi avoir assez de capacite pour le recevoir : car ton esprit est fort limite, et la dependance oil il est de ton corps le partage extremement.

XVIII. Lorsque tu as recherche les rapports des nombres, ne les as-tu pas toujours decouverts? Lorsque tu as compare avec l’attention necessaire des lignes entre elles, des surfaces, des solides, des sursolides (1) meme entre eux, n’as-tu pas appris un grand nombre

(1) Sursolide : « Terme d'algebre. C'esl la quatrieme multiplication de quelque nombre que ce soil, pris pour racine. Ainsi le nombre 2, pris pour cote ou racine, multiplie par soi-meme, produit 4, nombre carre, qui est la premiere puissance, et 4 multiplie par 2 produit 8, nombre cube el solide, qui est la seconde puissance de la racine 2, et 8 multiplie par 2 produit la troisieme puissance 16, nombre carre de carre; et 16 multiplie par 2 produit 32, qui esl la qualrieme puissance ou nombre sursolide. » Dictionnaire de Trevoux. Nouvelle edition, 1771.

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<^e verites? Je t’ai repondu clairement sur ces questions : parce que tu savais exactement ce que tu me demandais, et que je possede, en qualite de Sagesse Eternelle ou de Raison universelle, ce que tu desirais de moi.

XIX. Cependant, mon cher Disciple, ne continue pas de me faire de semblables questions. Je ne me plais pas a ces interrogations qui ne vont point a honorer mon Pere. Je renferme en moi-meme ces sortes de verites, et je les decouvre a ceux qui souhaitent de les voir. Mais, comme je suis la vie des esprits, aussi bien que leur lumiere, j’aime beaucoup mieux -eur enseigner les verites qui nourrissent i’ame, et qui en meme temps quVles eclairent I’esprit, penetrent, agitent, et animent le cceur. Quand je suis venu sur la terre pour mstruire les hommes, je ne leur ai point appris la Geometrie, l’Astronomie, ni tout ce que les Savants de ce siec*e font gloire de savoir : parce que ce sont des sciences, qui enflent (1) ordinairement l’esprit de ceux dont

Q) Voir. Meditation IX, §§ XIV et XXIV. Expression de saint Paul, Premiere aux Corinthiens 8- ) } La science enfle, tandis que la ,• ha rile edifie. Malebranche renvoie d ce lexle dans La Recherche II ~e part'e, chap. IV : Deux mauvais effets de la lecture sur 1 imagination, oil it definit les sciences « qui enflent » • « Le qu il faul principalemenl remarquer, c'est aue les connaisscinces qu' acqui brent ceux qui lisent sans mediter et settlement pour retenir les opinions des autres en un mot, loutes les sciences qui dependent de la memoire sont proprement de ces sciences qui enflent (scientia

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ie coeur esc corrompu. La iumiere que je repands voiontiers, cest ime iumiere qui ecirauiie la voionte, et qui produit 1 amour de Dieu. Lar, comme j aime mon Fere d un amour inlmi, je me piais a envoy er cet amour

inflat, 1. Cor. 8. 1), a cause qu' elles ont de r eclat et qu' elles donnent beaucoup de vanile a ceux qui les possedent » (p. 206 de l’ edition Bouillier).

Malebranclie est attache a deux principes :

D'une part,un chretien a line ame a sauver, it n'a pas de temps d gaspiller a d'autres laches : la vocation de son intelligence est l’ etude de la Bagesse ou la connaissance de Dieu et de sol-meme. Par exemple, Recherche. Preface, p. Pi : « Les homines ne sont pas nes pour devenir astronomes, ou clnmistes, pour passer toute leur vie pendus a une lunette, ou attaches a un fourneau, etc. »

D’autre part, la science veritable est bonne et Malebranche blame les « personnes de piete » qui considerenl indistinctement toutes Les sciences « comme incertaines ou comme inutilesn. (Recherche, IV, chap. VI, § II, pp. 405-40t>.)

Ces deux principes, Malebranclie ne les croil pas opposes, parce que Descartes a donne au rnonde cette science veritable qui repond a la fois aux exigences de la vie chretienne et de la curiosite inteliectuelle. La phgsique cartesienne est une oeuvre de raison, et non d’ imagination ou de memoire; elle a pour condition premiere un effort de l’ esprit pour s'ajfranchir du rnonde sensible: n’est-ce point aussi la condition premiere de la vraie religion?

Voir Recherche, IV, chap. VI, § II defa cite : il faut apprendre des sa jeunesse les mathemaiiques et les sciences de la nature; « elles detachent l' esprit des choses sensibles et Vempechent de devenir mou et effemine ; elles sont assez d' usage dans la vie ; elles nous portent meme a Dieu; la connaissance de la nature le / uisunt par elle-meme, et celle des mathemaiiques par le degout qu’elle nous inspire pour les fausses impressions des sens » (p. 406). — Recherche, V. chap. V : « J'oserais presque dire que Vapplication a ces sciences est I’application de Vesprit d jjieu, la plus pure et la plus parjaite dont on soil naturellement capaoie » [p. oil).

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pour remplir de charite tous les esprits que j’eclaire.

XX. Tu ne peux, mon Fils, acquerir la perfection de ton esprit qu’en contemplant ma substance : tu ne peux devenir parfaitement sage et raisonnable qu’en t’unissant avec la Raison. Mais il y a des manieres de s’y unir qui sont assez vaines et inutiles. On peut me consulter, ecouter mes reponses, et demeurer fou et insense. Sache que tous les esprits sont unis a moi, que les Philosophes, que les impies, que les Demons meme ne peuvent etre entierement separes de moi : car, s’ils voient quelque verite necessaire, c’est en moi qu’ils la decouvrent, puisqu’il n’y a point hors de moi de verite Eternelle, immuable, necessaire. Je penetre done et j’eclaire tous les esprits. Mais que sert a un Demon de savoir que deux et deux sont quatre, ou meme de connaitre exactement le rapport de la circonference d'un cercle a son Diametre? S’il en est plus savant, il n’en est ni plus sage ni plus heureux : et tu ne voudrais pas sans doute etre uni a moi, com me Test le plus savant des impie , et le plus eclaire des malins esprits.

XXI. Apprends done aujourd’liui que je ne suis pas seulement la verite Eternelle ( a) ;

(a) Eons sapienliae verbumDeiin excelsis, et ingressus illius mandata asterna. Ecclesiastique, 1. 5.

mais encore l’ordre immuable et necessaire. Que comme verite j’eclaire ceux qui me consultent pour devenir plus savants, et que comme ordre je regie ceux qui me suivent pour devenir plus parfaits. Sache que je suis la Loi Eternelle, Loi que Dieu meme consulte sans cesse, et qu’il suit inviolablement. Car je suis la sagesse de mon Pere, et il maime non comme un homme aime son enfant, a cause que son enfant lui ressemble; mais il m aime par la necessite de sa nature comme un fils qui lui est consubstantiel, et auquel il communique toute sa substance.

XXII. Ne me consulte done pas seulement comme verite, mais comme ordre, ou comme la Loi immuable des esprits, et je reglerai ton amour : je te communiquerai la vie : je te donnerai la force de vaincre tes passions, et pour recompense de tes victoires je te ferai part de ma Gloire et de mes plaisirs pendant toute l’Eternite. Mais si tu me consuites seulement comme verite, tu passeras pour savant dans l’esprit de ceux qui vivent dans les tenebres. Mais enfin je me lasserai de tes importunites, je t’abandonnerai a toi-meme, tu seras esclave de tes passions pendant ta vie, et la victime de ma justice pendant toute l’Eternite.

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