‹ Méditations chrétiennes. Avec une introd. et des notesChapitre 29 sur 42 · XVIII. MEDITATION · texte numérisé non relu

XVIII. MEDITATION

Autres moyens pour obtenir la Grace. Jesus- Christ s' applique parti culierement a ceux qui travaillent a son Ouvrage, au salut des times, a V Edification des fideles.

Souverain Pretre des vrais biens, vous repandez sur les hommes cette pluie celeste qui produit des fruits pour l’eternite. Mais je me trouve souvent a vos pieds sec et aride, comme une terre sans eau. Qui pourra, Seigneur, supporter ce froid et ces rigueurs extremes que la Saintete de Dieu fait sentir aux ames? 0 Mediateur entre Dieu et les hommes, 6 Sauveur des pecheurs, ne nToubliez pas. Faites ma paix avec Dieu; et continuez de m’instruire des moyens par lesquels je pourrai obtenir le secours de votre grace.

I. Je t’ai deja dit bien des choses sur cela, mon cher Fils : mais tu te lasseras plutot de m’interroger que moi de te repondre;

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car certainement j ’ai plus d’amour pour toi que tu n’en as pour toi-meme. Ne juge pas, de ces secheresses qui te desolent, que je t’abandonne. C’est dans ces temps difficiles que j eprouve la vertu des ames genereuses. C’est alors que je leur fais meriter la couronne, qui est due a ceux qui souffrent le martyre, ou qui sacrifient leur bonheur a l’amour de 1 ordre. Le plaisir quel qu’il soit diminue le merite : bien loin d’en etre le principe, il en est la recompense. Tout plaisir actuel rend actuellement heureux : on ne renonce done pas a soi-meme de la maniere la plus pure et la plus meritoire, si on y renonce avec plaisir. On sent bien, qu’alors on trouve la vie, quelque pretention qu’on ait de s’offrir a la mort. Car le plaisir est la vie de l’ame, et la douleur est plus terrible que la mort meme.

II. Neanmoins, mon Fils, tu as raison de craindre extremement ces etats facheux, oil 1 ame est comme abandonnee a elle-meme, sans force et sans mouvement vers le vrai bien. Car tes secheresses sont quelquefois

I effet de tes negligences, et de ton orgueil.

II vaut mieux pour toi que tu merites moins, que de courir de grands dangers. Mais cela n est pas avantageux a la beaute de mon Ouvrage. Cette beaute demande, que mes enfants se sacrifient de la maniere la plus meritoire, et la plus pure. Car la gloire et la

beaute de TEglise triompbante suppose les travaux et les merites de l’Eglise militante. Malheur a ceux qui ne perseverent pas jusqu’a la fin. Ainsi, mon Fils, dans ces etats de desolation, aie soin de t’humilier, et de m’invoquer : je ne t’abandonnerai point. Souvienstoi de ces paroles que j’ai poussees vers le Ciel pour ta consolation : Mon Dieu , Mon Dieu , pourquoi m'avez-vous abandonne. Demeure ferme dans ta foi, et tu finiras comme moi ton sacrifice en paix. Tes dernieres paroles seront semblables aux miennes. Tu diras plein de joie, et avec une entiere confiance : Mon Pere je remets mon ame entre vos mains.

Je t’ai deja explique les principaux moyens par lesquels tu peux obtenir les secours qui te sont necessaires : mais puisque tu apprehendes d’en manquer, je vais t’apprendre ce que tu dois faire pour attirer sans cesse sur toi mes regards et mes bienfaits.

III. Le plus ardent de mes desirs est celui de former mon corps, de sanctifier mon Eglise, d’achever le Temple que mon Pere m’a ordonne de construire en son honneur (a). Je veux faire ce Temple le plus ample, et le plus parfait qui se puisse, autant que la perfection et la grandeurse peuvent accommoder Tune avec l’autre; et ayant egard a bien des regies

(a) Jean, 4. 34.

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et des circonstances, qu’il n’est pas necessaire que je te dise presentement. Ainsi, mon Fils, je m’appliquerai a toi d’une maniere particuliere, si tu contribues aussi d’une maniere particuliere a la grandeur et a la perfection de mon Ouvrage. Car je ne fais pas toutes choses immediatement par moi-meme : je me sers des instruments que la Nature et la Grace me fournissent. Ecoute-moi attentivement, de peur de prendre le change, et de tomber dans l’erreur.

IV. Sache done, mon Fils, que je fais servir la Nature et la Grace a mes desseins : qu’avant que d’agir, je suppose la Nature, que j en considere 1 ordre, et que pour Fordinaire, sans rien changer de ses lois, je m’en sers pour executer mon Ouvrage. Par exemple, quoique je puisse eclairer les esprits immediatement par moi-meme, comme sagesse eternelle, et cause veritable de tout ce qui se produit, et que je le puisse encore comme cause occasionnelle, qui determine infailliblement l’efficace des volontes divines; neanmoins j’ai envoye des Predicateurs et des Apotres (a), et j ai etabli dans mon Eglise des temoins de la foi que tu es oblige de croire. Je pourrais convertir tous les Heretiques en les eclairant interieurement : mais la simplicite "de mes

[a) Ephesiens, 4. 11.

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voies, Pordre que je dois suivre ne me le permet pas. Ma conduite doit porter le caractere de mes qualites. Je suis Dieu, je dois done agir en Dieu par des voies simples, generates (a), uniformes et constantes. Je suis homme : je dois done agir en homme, et me servir des moyens humains : je dois respecter la conduite de mon Pere, et la simplicite de ses voies, et ne pas lui demander sans raison un miracle. Je dois done faire servir la Nature a la Grace, lorsque rien ne m’oblige a en user autrement.

V. Mais, mon Fils, si je fais servir la Nature a la Grace, je fais bien plus servir la Grace meme a la Grace. Ce n’est que par accident que la Nature sert a la Grace : mais la Grace sert a la Grace et par accident et par son merite. La Nature ne merite jamais la Grace interieure : elle ne peut meriter que des graces relatives : mais le bon usage de la Grace merite des graces interieures aussi bien que des graces relatives. Par graces relatives entends celles qui ont rapport a l’edification des fideles et qui par elles-memes ne sanctifient point ceux qui les regoivent.

VI. Par exemple, un particular qui par ses dispositions naturedes est plus propre qu’aucun autre a executer quelqu un de mes

(a) Traite de la Nature et de la Grace, ler Discours.

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desseins, merite par la que je Fy emploie, et que je lui donne les graces relatives, comme le don des langues, des miracles, ou d’autres dons qui etaient si frequents, lorsqu’ils etaient necessaires a l’etablissement de mon Eglise; mais il ne merite pas de graces interieures par ses dispositions naturelles : car tout liomme

etant corrompu par le peche, nul homme n’est dispose a recevoir la grace interieure. Un homme qui a Fimagination vive et de bons pqumons, a quelques dispositions a precher 1 Evangile; je puis done le choisir, et l’elever meme comme Judas a la grace relative de 1 Apostolat en vue de ces dispositions. Mais depuis le peche, il n’y a point dans l’homme de^ dispositions a la grace que celles que la giace meme y met. L homme ne peut done meriter la grace interieure par les dispositions que la Nature lui donne, ou par celles qu’il se donne a lui-meme par les forces du libre arhitre. Mais le juste, par les dispositions quil acquiert avec la grace, peut se mettre en tel etat, que j’aurai pour lui plus d’egards que pour plusieurs autres.

VII. J aime, mon Fils, generalement tous les justes. Ce sont les membres de mon Corps : ils sont formes de ma chair et de mes os, et personne ne hait sa propre chair; il la nourrit au contraire et l’entretient avec soin(a).

(a) EpMsiens, 5. 29. 30.

Mais j’ai une application particuliere a ceux qui entrent dans mes desseins, qui contribuent par leurs travaux a l’edifice que je construis, et qni apportent sur le fondement, que j’ai pose, de l’or, de l’argent, des pierres precieuses (a), ou du bois meme et de la paille, a proportion de leurs forces. Je perdrai au contraire ceux qui profanent la saintete de mon Temple (6). Celui qui est un sujet de chute et de scandale a quelqu’un de mes enfants , il vaudrait mieux pour lui qu on lui mit une pierre au cou , et qu on le jetat au fond de la mer (c). II s’oppose a mes desseins, il detruit ce que j’edifie, il enipeche ou retarde 1 ceuvie de Dieu, et cause la damnation de tous les reprouves qui naissent pendant ce retardement. L’ardeur qui me presse d’achever et d’embellir mon Ouvrage, fait naitre en moi mille desirs differents, qui te seront extremement avantageux, si tu secondes mes intentions, et fais servir a mes desseins les talents que la Grace et la Nature t’ont donnes. Ainsi observe les regies que je vais te prescrire.

VIII. Lorsque tu converses parmi le monde aies soin de l’edifier par tes manieres et pm ta modestie. La plupart des hommes sont plus touches des manieres qui frappent les

(a) 1. Corinthiens, 3. 12.

(b) Ibidem, 17.

(c) Matthieu, 18. 6.

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sens, que des discours, qu’on ne con^oit que par 1 attention de l’esprit. On s’instruit avec plaisir par ses sens : mais toute attention de l’esprit est penible et desagreable. Evite surtout les manieres qui ont quelque chose de fier et de cavalier, principalement dans des discours qui ont rapport a la Religion. II faut s humilier devant les Homines : mais en la presence du Dieu vivant il faut etre ventre a terre. Si tu attires les regards et l’estime des autres, que ce soit pour les porter a Dieu : car l’esprit de l’homme n’est pas fait pour s occuper de toi, ni son coeur pour s’arreter a toi. Sois done humble et modeste : prends la posture d’un homme qui adore; n’aies rien de fier, afin que ceux, qui sont tournes vers toi, se retournent comme toi, vers celui que tu adores qui seul merite d’etre adore.

Avant que de parler tache de connaitre la force et la capacite de ceux qui t’ecoutent. Respecte les consciences faibles et delicates : il y en a un tres grand nombre. Prends garde que, par ton indiscretion, tu ne sois un sujet de scandale a des personnes que j’ai lavees et purifiees dans mon sang (a). Il y a bien des verites dont tout le monde n’est pas capable. Souvent il n’y a pas grand danger

(a) Corinlhiens, 8. 1 ] .

a se taire, mais a parler il y en a beaucoup plus qu’on ne s’imagine.

X. On compte, mon Fils, la verite pour rien. Ainsi, lorsque la uecessite de la defendre t’oblige a rompre le silence, prends garde a toi. Celui qui l’attaque s’imaginera que tu en veux a sa personne. II ne lui viendra pas seulement dans l’esprit, que c’est l’amour de la Religion et de la morale, qui t’anime : car on ne donne point aux autres ce qu’on ne sent point en soi. Tu dois avoir egard a sa faiblesse pour ne pas blesser la charite. Appuie done d’abord ce qu’il dit de bon : car afin qu’il re^oive le bien que tu veux lui faire, il faut auparavant que tu dedommages son amour-propre. Lorsqu’un malade aime son mal, il faut le tromper pour le guerir. Tout le monde aime ses opinions : mais l’on cherit particulierement les prejuges qui favorisent ses passions. Pense done que tu veux eclairer un aveugle, qui se plait dans son aveuglement, qui dort fort en repos dans les tenebres, et qui ne peut souffrir une lumiere qui le trouble et qui l’inquiete cruellement.

XI. Si tu reconnais qu’on soit en humeur pour disputer, tais-toi. Cela ne sert qu’a exciter les passions, et principalement l’orgueil, qui est la plus dangereuse. Cbacun veut alors faire voir qu’il a de l’esprit, et s’attirer l’estime des autres, aux depens de la verite.

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Ceux qui haissent la verite parce qu’elle les blesse, sont souvent plus en etat de la recevoir, que ceux qui parlent cavalierement de toutes choses, parce que la Verite ne les touche point. Ceux qui sont insensihles sont ordinairement les plus malades.

XII. Que si tu juges qu’on ait quelque amour pour la verite, et qu’on desire de la connaitre, voici la conduite que pour 1’ordinaire tu dois tenir. Interroge, mais en Disciple, afin que l’amour-propre renouvelle et fortifie l’attention. Approuve ce qu’il y a de bon dans les reponses qu’on te rend, sans faire d’abord attention au reste. Decouvre la verite de maniere qu’on s’imagine soi-meme ladecouvrir Ims en sorte qu’avec toi tout le monde ait de l esprit. Attribue aux autres des pensees sohdes, qu’ils n’expriment qu’a demi, et qu’ils n ont peut-etre pas. Afin que I’homme aime la verite, il faut qu’elle lui appartienne, et quelle le touche : il faut qu’il la regarde comnie une production de son esprit.

XIII. Lorsque tu sens que la verite est bien etablie dans les esprits par la force de son evidence, et par tes surprises charitables.

“f llen1,SOrte (Iu,elIe aille jusqu’au cceur, qu elle 1 amme, qu’elle le purifie, qu’elle le iegle par le secours de ma grace, car sans elle tu ne peux nen. L’homme plante et arrose : mais c est moi qui donne 1’accroissement.

Excite done d’abord en toi-meme les mouvements que la verite y doit faire naitre, et expose ensuite tes sentiments sans te contrain dr e. II faut que tu sois penetre pour toucher les autres ; niais je ne manquerai pas de te secourir, et de te penetrer de mon amour, si tu ne converses dans le monde que dans le dessein de l’edifier, et de travailler a mon Ouvrage.

XIV. Lorsque tu te trouves avec des personnes qui ont un fort grand amour pour la verite, alors il ne faut plus tant prendre de mesures. Leur amour leur donnera de Fatten tion, et l’attention fera naitre en eux la lumiere. Ne crains point de les nourrir d’une viande trop solide : ils sauront bienla digerer. Exposeleur tes principes : quelque abstraits qu’ils soient, ils y atteindront, ils les examineront, ils en jugeront. Si tu te trompes, ils t’eclaireront. On ne trompe pas facilement ceux qui ont beaucoup d’amour et de respect pour la verite. Ils ne croient jamais les liommes a leur parole, ils ne se rendent qu’a la Raison. Ils ne suivent, mon Fils, que la lumiere et l’evidence : ils ne se soumettent qu a 1 autorite de la foi. C’est la leur regie, aussi bien qu’a toi. Ils ne s’arretent point aux manieres : ils n’ont point ci’egard a leurs interets . ils font taire leurs sens et leurs passions, et m’ecoutent avec respect. Point d entetement.

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point de prejuges, rien chez eux qui sente la dispute et le parti. Communique done le plus que tu pourras avec ees personnes pour recevoir par leur moyen l’lntelligence des verites que tu crois deja par la foi, et pour leur faire part des biens que je t’ai donnes. Ne sois point avare de mes liberalites : fais-les servir a mes desseins, et je te comblerai de faveurs au-dela de tes esperances.

Tu te plais dans la retraite : le commerce du monde te fait horreur. Content de mes reponses et de mes faveurs, tu ne veux maintenant rien davantage. Tu fais bien : mais tu peux mieux faire. Va, ne crains point d exposer ton salut, en exposant la verite. Tu la defendras sans blesser, ou du moins sans rompre la charite, pourvu que tu rentres souvent en toi-meme, et que tu regardes ceux a^ qui tu paries, comme des personnes que je t’adresse, afin que tu travailles a leur sanctification, et qu’ils travaillent a la tienne. Contnbue done a leur salut, et tu assureras le tien, parce que tu m’obligeras de prendre un soin particulier de tout ce qui te regarde. Assurement, mon Fils, assurement, si tu fais mes affaires, je n’oublierai pas les tiennes.

XVI. Non Seigneur, vous n’oublierez pas mes affaires si je fais les votres. Car vous ne les avez pas oubliees dans le temps meme que je ne faisais ni les miennes ni les votres; dans

le temps meme que je ruinais mes affaires, et que je retardais les votres. Combien de fois, ai-je renverse ce que vous aviez edifie? Combien de fois ai-je corrompu ee que vous aviez sanctifie? Combien de fois ai-je donne des sujets de scandale a vos chers enfants. O Dieu n’ai-je point precipite dans les enfers plusieurs ames, pour lesquelles vous avez repandu votre sang; et qui, maintenant pleines de rage et de desespoir, vous blasphement et me mau dissent, au lieu que sans moi elles vous beniraient eternellement. Du moins est-il sur que j’ai retarde l’accomplissement de votre Ouvrage. Or le monde doit subsister jusqu’a ce que votre Eglise soit achevee : je suis done la cause de la damnation eternelle de tous les paiens, les Mahometans, les Heretiques qui naitront, et qui periront dans le temps du retardement de votre Ouvrage. Ah ! Dieu que j’ai cause de maux et de maux irreparables. Comment m’avezvous souffert jusqu’ici; et comment pourriez-vous me souffrir, si je n’etais pas dans le dessein de travailler a votre edifice de toutes les forces que vous me donnerez. Oui, mon Sauveur, Architecte du Temple vivant que Dieu habitera eternellement, et pour lequel il a fait toutes choses, me voici en votre presence, penetre de douleur des maux que j’ai causes : je suis entre vos mains, comme un

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instrument pret a suivre tous vos mouvements, faites-moi l’honneur de m’employer aux derniers offices de votre Maison. Autrement je m’enfuirai dans les deserts faire Penitence de mes desordres, et prier le Maitre de la vigne qu’il envoie des Ouvriers plus forts et plus diligents que moi pour y travailler (1). O Jesus, qui brulez du desir d’acbever et de sanctifier votre Eglise, comment souffrez-vous ces libertins, qui ruinent ouvertement ce que vous edifiez, ces voluptueux qui corrompent la saintete de votre Temple, ces femmes immodestes qui, par leurs manieres lascives et impudentes, precipitent dans les enfers des ames que vous avez rachetees au prix de votre sang. Ou est ce zMede la Maison de Dieu(a)qui vous animait autrefois contre des gens qui ne portaient point assez d’honneur a un Temple materiel qui tenait d’un Herode sa plus grande magnificence. On profane le Temple du Saint-Esprit. On le renverse, on le desole, et vous ne paraissez point; faut-il que le demon fasse aussi son ouvrage, et que maintenant vous souffriez que ses ministres vous ravissent vos materiaux et vos enfants, pour les lui donner. Ministres de l’Enfer que pensez-vous faire? Vous outragez un Agneau.

(a) Jean, 2. 17.

(!) Par a bole de Matthieu, 20. 1 a 16 et 21. 33 a 46. — Marc, 12, 1 a 12. — Luc, 20. 9 a 19.

Mais qu’un jour la colere de cet Agneau sera terrible. Vous direz en ce grand jour, Montagues , rochers , tombez sur nous et nous cachez a, la colere de V Agneau (a). Le poids des rochers et des montagnes vous paraitra plus leger a porter que sa presence. Pensez-y serieusement et cessez de combattre a vos depens sous les enseignes de Satan, a la gloire de Lucifer et de ses Anges. O Jesus apprenezmoi a reparer les desordres que j’ai causes dans votre Ouvrage, afin qu’au jour de votre vengeance je sois a couvert de votre juste colere. Et faites-moi servir a l’edification des fideles, afin que j ’assure mon salut par les graces particulieres que vous donnez a ceux qui travaillent sous vous a F execution de de vos desseins.

XVII. On assure, mon Fils, son salut par toute sorte de bonnes oeuvres. Celui qui fait l’aumone rachete ses peches (6) ; et je rangerai a ma droite avec mes bien-aimes celui qui m’aura nourri, habille, visite, en la personne des pauvres (c). Mais celui qui joint les aumones spirituelles aux corporelles (d), celui qui nourrit, console, soutient mes enfants dans le

(а) Apocalypse, 6. 16.

(б) Daniel, 4. 24. — Luc, 11. 41.

(c) Matthieu, 25. 33. (et suivants).

(d) Jacques, 5. 20.

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cliemin dur et penible de la vertu, m’applique bien davantage a ses besoms, que celui qui les soulage dans leur misere. La pauvrete de 1 esprit est plus grande, du moins est-elle plus dangereuse, que celle du corps. L ’indigence est un sujet de merite et de sacrifice a celui qui la souffre en patience : mais 1’ignolance n est jamais bonne a rien. A in si. mon Fils, tache de connaitre les besoins spirituels de mes enfants. Et lorsque tu es en etat de joindre l’aumone a l’instruction, fais en sorte par tes liberalites, qu’on regoive tes instructions, et qu’on en profite. Lorsque tu instruis ton prochain, sans peine de ta part, tu n’offres point de sacrifice, car tu retiens ce que tu donnes. Tu fais neanmoins a celui qui t’ecoute le plus grand bien que l’bomme soit capable de faire. Lorsque tu donnes l’aumone, tu ne fais pas grand bien a celui qui la regoit. Cet argent que tu donnes le tentera peut-etre et ne te tentera plus : il diminuera le sujet de son merite, neanmoins il augmentera le tien. Car naturellement tu regardes ce qui t’appartient comme une partie de ton etre propre, amsi tu fais quelque sacrifice en t’en depouillant. Mais, si tu soutiens par tes charitables instructions la vertu de ceux dont tu soulages la misere, ta charite sera entiere et parfaite. Tu auras entre autres merites celui du sacrifice : et comme par ton moyen mes membres

recevront une solide nourriture, tu m’appliqueras a toi d’une maniere particuliere.

XVIII. II y a, mon Fils, bien du merite ' a acquerir parmi les malades : ils repandent, pour ainsi dire, le degout et Fhorreur : ils communiquent souvent leurs maux; et lorsqu’on surmonte sa repugnance et son apprehension, afin de les soulager, chagrins du bien qu’on leur fait, ils vous disent des injures. II n’y a que le devoir et la charite qui puissent porter a leur rendre service. Mais il y a souvent plus de merite a acquerir, et beaucoup plus de profit a faire, parmi ceux qui ont le cceur corrompu, et qui suivent aveuglement les mouvements de leurs passions. Ces malades font borreur aux esprits bien faits. Leur conversation a je ne sais quoi d’etrange et de rebutant; que mes enfants ont peine a supporter. Leurs maladies sont contagieuses, et lorsqu’on s’expose pour les soulager, bizarres et capricieux, ils vous chassent de leur presence. Cependant, mon Fils, ce sont ces malades que je suis venu guerir (a). Leur salut c’est mon Ouvrage : et j’aurai un soin particulier de ta sante, si tu contribues a leur guerison. Voici done ce que tu dois faire pour y travail ler heureusement.

(a) Matthieu, 9. 1.2.

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XIX. II ne faut pas d’abord attaquer ouvertement leur passion dominante, quoiqu’elle soit le principe de la corruption de leur coeur. Le malade ne souffre jamais cette operation, s’il ne souhaite ardemment sa guerison : et les malades, dont je parle, se plaisent dans leur maladie; car les maux de l’esprit sont presque gueris, lorsqu’ils deplaisent. Le malade regarde sa passion dominante, comme sa vie, son bonheur, son etre propre. On assassine un homme, on l’aneantit, on le reduit meme dans un etat pire que le neant, lorsqu’on retranche de lui tout ce qui fait son bonheur. Comment voudrais-tu done qu’il t’ecoutat avec plaisir, qu’il suivit tes conseils, qu’il te laissat faire : ou plutot qu’il se plongeat le poignard dans le sein pour te contenter. Pense done, mon Fils, que tu as affaire a un malade qui suit sa propre lumiere, et ses propres mouvements ; et que tu ne peux changer son cceur, qu’en changeant la face que les choses ont prise dans son esprit, dans son imagination, dans ses sens : ce qui est infiniment plus difficile que tu ne penses.

XX. Tu ne peux pas, mon Fils, lui crever les yeux pour fermer l’entree au poison qui le tue. Tu ne peux pas, pour guerir les blessures de son imagination, effacer les traces que l’objet de sa passion a gravees dans son cer-

veau (1). Tu ne peux enfin aller a son esprit et a son cceur que par des sens toujours fideles a la passion qui le domine. II faut done que tu trompes ses gardes, sans qu’ils s’en apergoivent, que par eux tu reveilles les inclinations naturelles dont cette passion abuse : que tu proposes a ses inclinations des biens solides et durables. Et lorsque ces memes inclinations seront accompagnees de passions assez fortes et plus raisonnables, alors il faudra, par le secours de ces passions, attaquer, mais peu a peu, celle qui regne ; et representer sans cesse a l’esprit qu’elle tient en servitude, les maux eternels, dans lesquels elle le precipitait, et les biens solides dont elle le privait,

XXI. II ne faut jamais reprendre le pecheur des qu’il a commis le peche. II faut auparavant

(i) tl s'agit des traces laissees sur le cerveau par le passage des esprits animaux. Les blessures de l’imagination sonl bien d'ordre phgsiologique.

« Puis done que F imagination ne consisle que dans la force qu'a Fame de se former des images des objels, en les imprimant, pour ainsi dire, dans les fibres de son cerveau, plus les vestiges des esprits animaux, qui font les traits de ces images, seront grands el dislincts, plus Fame imaginera fortement el dislinctement ces objels. Or, de meme que la largeur, la profondeur et la neltete des trails de qaelque gravure depend de la force dont le burin agit, et de Fobeissance que rend le cuivre : ainsi la profondeur et la netlele des vestiges de Fimagination depend de la force des esprits animaux, et de la constilulion des fibres du cerveau. » (Recherche, II. 1. chap. I. § III.)

Voir les textes cites, Med. XX, § VIII, n. 1.

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laisser refroidir sa passion allumee. Les remedes sont dangereux, lorsqu’on les donne dans 1 acces : ils augmentent presque toujours l’ardeur de la fievre. Neanmoins, lorsqu’il y a du scandale, et qu’on est en droit de reprendre; alors, plus pour 1’utilite des autres que de celui qui est en faute, on doit le reprendre avec force, et quelquefois avec durete. Mais, apres 1’avoir repris de la sorte,ilfaut en particulier adoucir son coeur aigri. II faut s’humilier jusqu a lui demander pardon, com me si on avait manque a la charite qu’on lui doit, et ne pas s appliquer a justifier la conduite qu on a tenue. II vaut mieux qu’il croie qu’on ait manque de charite pour un moment, que de s imaginer qu’on en manque encore.

XXII. II y aurait, mon Fils, bien des clioses a dire sur ce sujet selon les diverses circonstances des temps, des lieux, des personnes ; mais cela irait trop loin. Tu devrais avoir etudie la science de l’liomme. De toutes les sciences humaines, c’est celle qui a de plus grands usages, et pour la matiere dont je t’mstruis et pour plusieurs autres de consequence. Mais, si tu es humble, patient, perse- \eiant, plein de charite et de compassion pour ces miserables malades; tu obtiendras presque toujours leur guerison. Ta charite, ta compassion te donnera de l’adresse et de la lumiere.

Ton humilite et ta patience te donneront entree partout : et ta perseverance remportera la victoire. Car, lorsque tu parleras aForeille, je ne manquerai pas de parler au cceur. Mais souviens-toi toujours que tu traites des maladies contagieuses, et que Fair que tu respires est corrompu. Ce seul souvenir te servira de preservatif. II te donnera de la vigilance. II te portera a la priere et a la retraite. Tu demanderas du secours a celui pour qui tu travailles, et sans ce secours le commerce du monde est infiniment plus dangereux que tu ne penses.

XXIII. II y a, mon Fils, encore bien des manieres de travailler a mon Ouvrage, a Fedification de mon Eglise. II ne faut pas seulement guerir ceux qui se portent mal, il faut aussi conserver la sante de ceux qui se portent bien. II faut meme augmenter leurs forces, et les soutenir contre les tentations par ton exemple, par tes discours, par tes prieres ferventes et contumelies. II faut que tu t’appliques a leur oter les sujets de chute et de scandale. Ils ne voient point a leurs pieds : on doit ranger les pierres qui se trouvent dans le chemin des aveugles. II faut done que tu veilles pour eux, lorsqu’ils dorment : que tu pleures pour eux, lorsqu’ils se rejouissent : que tu combattes

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pour eux, lorsqu’ils se laissent surprendre a (1) leurs ennemis. Mais il faut encore que tu combattes avec ceux qui combattent; que tu pleures avec ceux qui pleurent; et que tu sois de toutes les bonnes oeuvres que font mes enfants. Toujours applique a augmenter l’etendue de mon Temple par la conversion des pecheurs, et a l’embcllir par la sanctification des justes. Toujours brulant de zele pour la gloire de la Maison de Dieu; de cette Maison spirituelle dont je suis le fondement inebranlable : meprisant tout, negligeant tout ce qui doit perir, et travaillant pour l’eternite. Quelle consolation ne dois-tu point avoir : ton Ouvrage subsistera eternellement. Une ame te doit son bonheur eternel : sans toi ma grace lui etait inutile : elle serait dans les enfers. Quel amour, quelle liaison, quelle reconnaissance de sa part ! Penses-tu pouvoir perir l’ayant sauvee? Penses-tu qu’elle te puisse oublier : ou que moi je le puisse, qui tiens de ton travail une partie de mon heritage, un membre de mon corps, un ornement de mon Temple, une ame qui chantera eternellement les louanges de celui dont je ne cherche que la gloire. Ya, mon Fils, si tu travailles a mon Ouvrage, si tu fais mes affaires, ne

(1) Surprendre a : Ni le Dictionnaire de l’Academie, 1694, ni Liltre, ni Huguet (Petit glossaire, etc) ne donnent cede forme.

crains point, je ferai les tiennes. Ne crains point, te dis-je : ta crainte me deshonore. Elle m’accuse de negligence, d’infidelite, d’ingratitude. Je suis le Sauveur des pecheurs, abandonnerais-je mes enfants, et mes ministres?

XXIV. O mon Sauveur, que ceux-la sont heureux, qui sont du nombre de vos enfants et de vos ministres? Que rkonneur du Sacerdoce est grand ! Pretres du Seigneur n’oubliez pas votre qualite; votre dignite, votre ministere. Yousavez entre vos mains le salut des hommes : ne vivez pas dans l’oisivete. Yous donnez la mort eternelle a ceux qui perissent par votre negligence : Dieu s’en vengera sur vous. Rachetez done le temps perdu. Arracbez au demon et a ses ministres les ames qui appartiennent a Jesus-Christpar tant de titres. II vous a fait les dispensateurs des sacres mysteres. Yous avez en votre pouvoir et la source de la grace et les canaux qui la repandent. Sauvez done les pecheurs, sanctifiez les justes, travaillez a FOuvrage du Seigneur, au Temple eternel, d rectification du Corps de Christ. Assurez votre salut, votre couronne, votre gloire, envoyant au Ciel des ames qui louent le Seigneur et qui ne vous oublient jamais. O Sauveur des pecheurs. Je vous reconnais en cette qualite pour mon Sauveur. Helas, qui suis-je moi pour contri-

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buer a la perfection de votre Ouvrage. Je pense a mes desordres. Je sens actuellement ma faiblesse, et ma misere. Je crains : mais je veux vaincre ma crainte. Je veux me confier en votre secours : car je sais que je ne puis travailler sous vous que par les forces que vous me donnerez. Nourrissez-moi bien de votre substance : animez-moi de votre esprit. Eclairez-moi, fortifiez-moi, et employez-moi. Je suis entre vos mains comme un instrument qui ne tire sa force et son action que du mouvement de votre grace.

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