‹ Méditations d'un solitaire en 1916Chapitre 24 sur 34 · U MALÉDICTION DES PETITS ENFANTS · texte numérisé non relu

U MALÉDICTION DES PETITS ENFANTS

La malédiction des petits enfants ! Essayez d'imaginer cela. Le récit très court de l'Evangile concernant le massacre des Innocents à Bethléem, a tellement impressionné le monde qu'aucun événement historique ne le surpasse dans le souvenir des hommes.

C'est comme une épouvante unique, un météore d'épouvante qu'il ne serait pas facile d'envisager. Les artistes qui ont essayé de traduire à leur manière l'étonnante concision des lignes du Texte sacré paraissent avoir été frappés d'une étrange paralysie.

Les petits enfants ressemblent au Sacrement de l'Autel. Il n'est permis qu'aux saintes mains d'y toucher. C'est le troupeau des petits de Dieu.

« Quiconque reçoit en mon nom un de ces

petits », a dit Jésus, « c'est moi-même qu'il reçoit ». Que penser de celui qui les égorge, qui les mutile, ou qui inflige à leurs âmes blanches une tristesse plus noire que la mort?

La malédiction d'un seul enfant est une chose panique, surhumaine, qui déconcerte les plus forts. Le cœur humain n'est pas fait pour supporter cela.

Mais la malédiction d'une multitude d'enfants, c'est un cataclysme, un prodige de terreur, une chaîne de montagnes sombres dans le ciel avec une chevauchée ininterrompue d'éclairs et de tonnerres sur leurs cimes ; c'est l'infini des aboiements de tous les gouffres ; un je ne sais quoi de tout puissant qui ne pardonne pas et qui tue l'espérance de tout pardon.

Les Hérodes ont été, dans tous les temps, les majordomes de la Maison stérile, du Palais de ténèbres où les enfants sont détestés. Ils

savent ce qu'ils ont à faire et leur Maître sait mieux encore ce qu'il prépare pour les récompenser de leur zèle. Notre cher Guillaume l'apprendra bientôt.

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