‹ Méditations d'un solitaire en 1916Chapitre 31 sur 34 · TRANSLATION HISTORIQUE DES PORTES DE L'ENFER · texte numérisé non relu

TRANSLATION HISTORIQUE DES PORTES DE L'ENFER

Translation historique des portes de Fenfer. A l'extrême fin du siècle dernier, la spirituelle France était menacée d'imbécillité. Quinze ans plus tard, une Volonté supérieure ayant transféré le Démon dans l'épaisse Allemagne, celleci qui n'avait rien à perdre intellectuellement, devint aussitôt la plus dangereuse de toutes les brutes. La première ne pouvait que descendre un peu au-dessous d'elle-même, pour quelques jours ; la seconde, située au plus bas étage, ne pouvait étonner le monde que par son ingression définitive dans l'animalité.

Certes, la bêtise allemande était proverbiale depuis toujours. On savait la horde germanique basse, haineuse, déloyale, cupide, stercoraire et facilement atroce. Il y avait les sou-

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venirs de i8i4, de i8i5, de 1870, effacés, il est vrai, en grande partie, par la générosité ou la frivolité française,malgré les efforts de quelques historiens, dont j'ai l'honneur d'être, qui voulaient que certaines abominations ne fussent pas oubliées. Mais on tenait précisément à les oublier.

On en était venu à supposer une Allemagne douce et inoffensive et son chef passait pour un « mystique de la paix », selon le mot ridicule attribué à un de nos plus célèbres musiciens, — cependant qu'elle préparait, presque sous nos yeux,le plus formidable matériel de guerre et qu'un prodigieux réseau d'espionnage facilitait à l'avance l'invasion de notre territoire.

Le réveil fut ce qu'il devait être. On se trouva tout à coup en présence d'un déluge de barbares outillés diaboliquement pour l'extermination et la destruction. L'horreur fut si grande qu'elle n'est explicable que théolo-

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giquement, par l'hypothèse probable d'une possession collective... Comment interpréter autrement le fait que voici ?

Des centaines de milliers d'hommes sont habitués à la vie calme et sédentaire dans les villes ou les villages d'un grand empire, exerçant des professions diverses. Quelquesuns même, on veut le croire, incapables d'une injustice flagrante, honorables même autant que le puissent être des Allemands ; bons époux, bons pères de famille, à la façon des prolifiques marsupiaux et délicieusement engourdis dans leur somnolente bêtise congénitale.

Un ordre souverain les appelle à prendre les armes. Ils obéissent en maugréant, cela va sans dire, mais ils obéissent comme des esclaves sous la trique de l'excitateur. On peut même ajouter qu'une sorte de mysticisme ténébreux les a prédisposés, dès l'enfance, à l'adoration de la botte prussienne de leur Kaiser

Isapostole qui leur paraît une émanation divine.

Qu'arrive-t-il alors ? Aussitôt qu'on leur a donné un fusil et un casque à pointe, avec la ration obligatoire et teutonique de coups de poing en pleine figure pour la moindre faute, ces hommes placides et insignifiants deviennent sans transition des brutes enragées, des instruments sûrs de destruction, de profanation, de carnage, d'incendie, de viol, d'atrocités infernales.

Joseph de Maistre a dit en propres termes qu'en 1793, la plupart des Français furent habités par les démons. C'est possible. Seulement ce savoyard plein de rêves qui n'avait rien compris à la Révolution, ne vit pas que la plus sublime pénitence militaire allait être la suite et le contre-poids de ce délire momentané d'une nation que Dieu préférait à toutes les autres.

Il u'en va pas ainsi de l'Allemagne, surtout

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de l'Allemagne prussianisée, laquelle n'a pu être préférée que par le Diable. Avant l'annexion de tous les peuples germaniques par les ineptes successeurs de Frédéric II, on pouvait se contenter de voir en eux simplement une race inférieure de domestiques et de mercenaires qu'il suffisait de surveiller avec attention.

Autrefois, cependant, bien longtemps avant Luther, elle avait donné quelques saints à l'Eglise et même, au commencement du siècle dernier, on avait vu sortir d'une vieille souche de paysans de Westphalie l'étonnante fleur de mysticité chrétienne qui se nomme Anne-Catherine Emmerich. Mais rien, au delà du Rhin, ne subsiste aujourd'hui de ces empreintes. /

1870 est venu et il n'y a plus eu que la Prusse et son incommensurable orgueil d'avoir vaincu la France par trahison. Napoléon à Sainte-Hélène regretta fort amèrement de ne

Tavoir pas anéantie quand il le pouvait ; mais le pauvre grand homme fasciné par l'espérance de partager avec Alexandre la domination universelle, n'avait pas osé contrister le tzar parricide et astucieux qui tenait à cette volière de reptiles. On sait ce que cette complaisance a coûté à la France et ce qu'elle coûte aujourd'hui au monde entier.

Une imagination religieuse peut se représenter l'Europe actuelle, c'est-à-dire le monde, comme une pyramide au sommet de laquelle est accroupie Ja Prusse ennemie de Dieu et des hommes. C'est de là que viennent les influences néfastes, les conseils de perdition, les sentences de mort. C'est le lieu du mensonge, de la perfidie, de l'orgueil bête, de la folie furieuse des grandeurs, c'est le paradis de Satan qui s'y fait adorer sous les dégoûtantes espèces d'un empereur en putréfaction.

Lorsque, fatigué de la France que protégeait la Mère de Dieu et où trop d'âmes gé-

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néreuses s'opposaient à lui, ie vieux Capitaine de Penfer s'y installa, il était bien sûr d'y pouvoir loger avantageusement quelques milliards de ses démons, sans préjudice de ses entreprises habituelles sur d'autres contrées moins hospitalières. Quel lieu delà terre eût été plus digne de son choix ?

La Prusse apostate dès le commencement, avant même d'être devenue un petit royaume, s'agrandit peu à peu en vertu de ce principe que tout ce qui avoisine est bon à prendre et elle continua avec l'insolent bonheur des pirates qui ne peuvent prétendre qu'à la pendaison en cas d'insuccès.

Quand le premier Frédéric, électeur de Brandebourg, duc de Prusse et grand-père de Frédéric II surnommé le grand, devint roi, il y eut quelque hésitation sur le nom à donner au nouveau royaume. Il fut d'abord question de Je nommer royaume des Vandales, parce que les Vandales avaient occupé autrefois le

nord de la Germanie. Ce nom prophétique malheureusement fut écarté et celui de Prusse prévalut. La veille de son couronnement le nouveau monarque institua Tordre deY Aigle noir. On sait avec quel tendre soin ses successeurs ont cultivé ce rapace.

Il n'y a pas d'histoire aussi parfaitement ignoble que celle de la Prusse. A l'exception de Frédéric II qui fut un sage brigand et un sodomite austère, la dynastie des Hohenzollern est une purulence continuelle sans l'atténuation d'un seul acte de grandeur. Quand l'hégémonie allemande lui fut acquise, — Dieu sait au prix de quelles iniquités diplomatiques et de quelles turpitudes, mais surtout après le guet-apens de 1870 ! — son unique étude fut d'acclimater le démon prussien dans toute l'Allemagne, et elle y parvint avec une facilité qui épouvante.

De la Baltique au Danube et du Rhin jusqu'à la Pologne, tout le monde était mûr pour

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la trique et les coups de botte. Kant, Fichte, Schelling, Hegel, Schopenhauer et Nietzche avaient nivelé toutes les âmes pour la servitude, en faisant passer sur elles l'écrasant rouleau d'une philosophie qui n'épargna que le ventre pour que les galériens ne fussent pas sans consolation.

L'Allemagne chrétienne des vieux siècles appartient désormais comme une chienne à celui, quel qu'il soit, qui lui donne à manger, le bâton levé. Peu lui importe la qualité des aliments. Charognes ou excréments, elle avale tout et son appétit est insatiable. Lorsque Guillaume deuxième et dernier n'aura plus d'ordures à lancer au monstre, il se jettera sur lui et le dévorera pour en crever aussitôt après.

Dieu veuille ne pas refuser cette grâce aux saints de France qui l'implorent dans le Paradis I

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