PRÉFACE. XVII
l'industrie , tant de progrès de justice et de bien-être introduits dans la condition des petits comme des grands, des faibles comme des forts ; l'homme portant en maître ses pas dans tous les espaces de la terre qu'il habite, et sondant d'un œil sûr les mondes où il ne peut porter ses pas ; l'esprit répandant ses découvertes et ses idées dans tous les replis des sociétés humaines ; la matière, sous toutes ses formes, partout domptée et asservie à l'usage humain ; cette ardeur expansive et ascendante qui circule dans tout le corps social ; cette activité universelle et incessante, et incessamment féconde, qui met toutes choses en mouvement et en œuvre , au profit de tous. Jamais l'homme n'avait marché si rapidement à la conquête et à la domination du monde; jamais, en sa qualité et avec ses forces d'homme, il n'avait exercé tant d'empire sur la nature et sur la société.
Je sais tout ce qu'il y a là de mal et de péril, d'enivrement et de mécompte ; pourtant ce ne sont pas là les symptômes de la décadence ; il y a aussi de la grandeur et de l'avenir.
C'est avec ce grand fait, c'est avec cet immense accroissement de puissance et d'ambition de l'humanité, que l'État et l'Église, le gouvernement civil et le gouvernement chrétien, ont
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désormais à traiter. Quand ils auront, avec l'aide de Dieu et des événements, ramené l'homme au respect des lois éternelles qu'il a follement méconnues, quand ils auront relevé les bornes de sa puissance et rabattu les fumées de son orgueil, l'homme restera encore puissant et fier, et plein du sentiment de sa force et du désir des droits qui ont excité son ambition. Là où est la force^, là vont aussi , par une harmonie naturelle et dans une certaine mesure, le pouvoir et la liberté. Quelle sera maintenant cette mesure? Quelle part d'influence auront les hommes , et chaque homme , dans les destinées publiques et dans leurs propres destinées ? C'est là le problème : on peut le résoudre ; on ne saurait l'éluder : h la suite des travaux et des progrès de l'humanité, l'esprit de liberté est entré dans les sociétés humaines; il faut l'y contenir dans sa juste place; on ne l'en expulsera point.
Partout, les gouvernements civils le sentent et se conduisent en conséquence. Je trouve qu'on est, envers les gouvernements de notre temps, d'une injustice choquante. Il n'est pas vrai qu'ils s'obstinent dans l'indifférence pour le bien et le progrès des peuples. Il n'est pas vrai qu'ils n'aspirent qu'à l'immobilité et h la tyrannie. Ils ont sans doute et des passions per-