‹ Méditations et études moralesChapitre 11 sur 23 · PRÉFACE. XIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIX

soiiiielles et de vieilles erreurs; mais ils sont tous, quelles que soient leurs formes, par prudence ou par devoir, sérieusement préoccupés de la nécessité de respecter les droits et d'améliorer la condition des hommes ; et les plus rebelles aux apparences libérales font tous les jours, dans leurs lois et dans leurs pratiques, une multitude de changements favorables h la justice et à la liberté.

J'ajoute que les gouvernements européens, h travers tant d'orages qui ont éclaté sur eux depuis soixante ans, se sont conduits, à tout prendre, avec une grande modération. Incessamment insultés dans leur dignité et attaqués dans leur existence, ils ne se sont point livrés, ni pendant le combat, ni après la victoire, à ces emportements de passion et de pouvoir dont l'histoire du monde a été si longtemps remplie. On peut trouver qu'ils n'ont pas toujours été prévoyants ni habiles dans leurs actes, soit de résistance , soit de concession à l'esprit nouveau ; on n'est point en droit de dire qu'ils aient été, pour lui, des adversaires intraitables. Dans cette redoutable lutte de notre époque entre les gouvernements et les révolutions, ce ne sera certainement pas aux gouvernements que l'histoire aura k imputer le plus insolent

XX PRÉFACK.

mépris de la justice et de la liberté ; et si l'esprit de révolution était aussi modéré dans ses prétentions et dans ses actes que les gouvernements se sont montrés disposés à l'être envers l'esprit de progrès, le grand problème de la conciliation de l'ordre avec la liberté serait, dans la société civile, bien près d'être résolu.

Le gouvernement de la société religieuse, et pour parler avec plus de précision et de franchise, l'ÉgliseCalholiquea un problème analogue à résoudre. Problème d'autant plus pressant qu'à bien observer l'état des esprits , c'est surtout dans l'ordre religieux que l'idée de la liberté est aujourdhui fortement enracinée et puissante. Les droits de la conscience devant Dieu paraissent et sont en effet bien supérieurs aux droits de la pensée devant les honmies- S'il y a, dans la vie de l'àme, une part où l'intervention de la force soit plus inique et plus odieuse, c'est évidemmeut dans la relation de l'àme avec son créateur et son juge, et quand il s'agit, pour elle, de l'éternité et du salut. C'est ici d'ailleurs un sentiment que nous avons tous éprouvé, un principe auquel nous avons tous rendu hommage ; chrétiens ou philosophes, catholiques ou prolestants, nous avons eu tous, et sans cesse encore, au milieu des nations les plus civilisées.

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