PRÉFACE. XXI
nous avons tous besoin toiir-h-loiir d'invoquer la liberté religieuse; de tous les cris de liberté, c'est celui qui réveille le plus sûrement dans les cœurs l'idée d'un droit sacré et d'un fait nécessaire, celui qui excite la susceptibilité la plus vive et la plus générale sympathie.
Je porte à l'Église Catholique un profond respect. Elle a été, pendant des siècles, l'Église chrétienne de toute l'Europe ; elle est la grande Église chrétienne de la France. Je regarde sa dignité, sa liberté, son autorité morale comme essentielles au sort de la Chrétienté tout entière : si je croyais que l'Église Cnlholique ne peut, sans s'abjurer elle-même, accepter dans l'État le j)rincipe de la liberté religieuse, je me tairais, car je déteste par-dessus tout l'hypocrisie et la subtilité. Mais il n'en est rien. Que l'Église Catholique maintienne pleinement ses principes (bndamentaux , son inspiration permanente , son infaillibilité doctrinale, son unité; que, par ses lois et sa discipline intérieures , elle interdise à ses fidèles tout ce qui pourrait y porter atteinte ; c'est son droit comme sa foi. Que seulement et en même temps elle admette pleinement , non pas la séparation de l'Eglise et de l'Etat, grossier expédient qui les abaisse et les affaiblit l'un et l'autre sous prétexte de les aflran-
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chir l'un de l'autre, mais la séparation de l'ordre spirituel et de l'ordre temporel, de l'état religieux et de l'état civil, et l'illégitimité de toute intervention de la force dans l'ordre spirituel , même au service de la vérité. Que par conséquent elle accepte la liberté religieuse comme une loi, non de la société religieuse, mais de la société politique, comme un droit, non du chrétien , mais du citoyen. Aussitôt la prétendue incompatibilité entre la société moderne et l'Église Catholique disparaît; le problème de la paix entre la société civile et la société religieuse est résolu. L'Église Catholique peut tenir cette conduite, car tout ce qui la constitue religieusement, tout son ordre spirituel demeure ainsi intact et indépendant. Et si elle se conduit ainsi, si en même temps qu'elle maintient fermement ses principes et ses droits comme société religieuse, elle accepte sincèrement les principes de noire ordre politique et la liberté religieuse qui en fait partie, non-seulement elle fondera la paix entre elle et la société civile, mais elle s'assurera à ellemême une grande force et un grand avenir. Le Christianisme a bien des conquêtes à faire et à refaire ; pour le rétablissement de l'ordre social et pour le salut moral des âmes, il faut qu'il repagno bien du terrain : on ne sait pas avec
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(juelle rapidité les obstacles et les résistances s'évanouiraient devant lui si les terreurs de l'ancienne intolérance disparaissaient, et si, de la part de l'Église Catholique elle-même, le respect de la liberté religieuse était tenu pour assuré.
Je veux aller plus loin, et soumettre aux chrétiens une autre considération.
A quelque église qu'ils appartiennent, il y a, entre tous les chrétiens, une foi commune : ils croient à la révélation divine contenue dans les Évangiles, et en Jésus-Christ, venu sur la terre pour sauver le monde.
A quelque église qu'ils appartiennent, il y a aujourd'hui, pour tous les chrétiens, une cause commune : ils ont la foi et la loi chrétienne à défendre contre l'impiété et l'anarchie.
Cette foi commune et cette nécessité commune à tous les chrétiens sont infiniment au-dessus de tous les dissentiments qui les divisent.
Est-ce à dire qu'ils doivent, h tout prix, mettre de côté leurs dissentiments, et au nom de leur foi commune et de leur péril commun, en venir, selon le langage du moment, à la fusion, pour ne plus former qu'une seule et même Église?
Je ne le pense pas. Le rétablissement de l'unité au sein du christianisme, par la réunion de toutes les églises chrétiennes, a élé le vœn et