‹ Méditations et études moralesChapitre 14 sur 23 · PRÉFACE. XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXV

vent sérieux et honnête, et qui cherche à se voiler plutôt qu'à s'étaler. Mais au fond de la société et dans les masses, c'est l'impiété passionnée qui fermente et qui , pour vaincre , se met au service des plus grossiers et plus ardents intérêts. La foi chrétienne, dans son caractère essentiel et vital, c'est-à-dire la foi et la soumission h l'ordre surnaturel chrétien, peut seule soutenir ce grand condjat. Catholiques ou Protestants , que les chrétiens en soient tous bien convaincus : ce que le Catholicisme perdrait, en crédit et en empire , dans les sociétés catholiques, ce que le Protestantisme perdrait, en crédit et en empire, dans les sociétés protestantes, ce ne seraient pas le Protestantisme ou le Catholicisme qui le gagneraient ; ce serait l'impiété. C'est donc pour tous les chrétiens , quelles que soient leurs dissidences dans la sphère chrétienne, un intérêt évident et un devoir impérieux de s'accepter et de se soutenir mutuellement, comme des alliés naturels, contre l'impiété antichrétienne. Ce ne sera pas trop (le toutes leurs forces et de tous leurs efforts réunis pour triompher enfin dans cette guerre, et pour sauver à-la-fois le christianisme et la société.

Ce que l'intérêt conseille aux t hréliens, la

Xïvi PRÉFACE.

charité ( hrétienne le leur prescrit. J'emploie sanshésiter les mots simples qui expriment vraiment les idées et les sentiments auxquels je m'adresse; et même au milieu de ce refroidissement des cœurs qui est l'une des plus tristes maladies de mon temps, je n'éprouve nul embarras à parler de charité chrétienne à des chrétiens.

Quand les luttes religieuses sont la passion active et la grande affaire pratique d'une époque, quand les croyances diverses sont aux prises, maniant les armes non-seulement spirituelles, mais temporelles, et avec l'espoir de s'asservir ou même de s'extirper mutuellement, je comprends que la charité chrétienne soit difficile ; elle a des tentations trop fortes et de trop pressants intérêts à surmonter. Le chancelier de Lhospital et le président de Thon, qui conseillaient la paix aux catholiques et aux protestants, ne pouvaient guère sonsçer, la veille ou le lendemain d'un massacre ou d'une bataille, à leur parler de charité.

Mais quand toute lutte matérielle a cessé, quand la liberté religieuse est établie dans les mœurs comme dans les lois, lorsque, en fait et en droit, les croyances diverses sont obligées de vivre en paix les imos à côté des autres, pour-

PRÉFACE. xxvii

(jiloi le désir ne leur viendrait-il pas d'enibellir et de féconder la paix par la charité? Pourquoi, lorsque les passions dures sont impuissantes, des sentiments plus équilablesel plus doux manqueraient-ils à se développer? Je sais ie pouvoir des traditions, des souvenirs, et aussi des dissidences permanentes qui entretiennent la polémique, même quand elle reste purement spéculative. Cependant la paix et la liberté prolongées ont un grand empire pour calmer les âmes. Aujourd'hui même, nous en avons sous les yeux un exemple éclatant ; je n'hésiterai point à répéter ce que je disais aussi à la Société Biblique : « Voyez ce qui se passe en Angleterre : certes, l'irritation protestante est là bien vive ; il y a là un mouvement bien général , bien passionné, en laveur d'une foi populaire et puissante. Le gouvernement lui-même s'associe à ce mouvement et le suit. Le protestantisme anglais se montre bien tenté de chercher sa sécurité et sa satisfaction aux dépens de la liberté religieuse des catholiques. Eh bien! ce qu'on a l'air de faire à cet égard, on ne le fait réellement pas ; on ne l'ose pas ; on ne le peut pas; au fond du cœur on ne le veut pas. Au milieu de cette effervescence protestante , la liberté religieuse dos catholi([ues anglais persiste

Page 1